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Spiritualités & Philosophies

ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Spiritualité ou philosophie - Métaphysique - Paranormal -Expériences spirituelles - Découverte de nouvelles pensées et de nouveaux horizons

ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede curtz » 05 Avr 2008, 22:11

ARISTOTE AU MONT SAINT-MICHEL.


Extraits d’un article paru dans le journal Le Monde :

Etonnante rectification des préjugés de l’heure, ce travail de Sylvain Gouguenheim va susciter débats et polémiques. Son thème : la filiation culturelle monde occidental-monde musulman. Sur ce sujet, les enjeux idéologiques et politiques pèsent lourd. Or cet universitaire des plus sérieux, professeur d’histoire médiévale à l’Ecole normale supérieure de Lyon, met à mal une série de convictions devenues dominantes. Ces dernières décennies, en suivant notamment Alain de Libera ou Mohammed Arkoun, Edward Saïd ou le Conseil de l’Europe, on aurait fait fausse route sur la part de l’islam dans l’histoire de la culture européenne.



Que croyons-nous donc ? En résumé, ceci : le savoir grec antique - philosophie, médecine, mathématique, astronomie -, après avoir tout à fait disparu d’Europe, a trouvé refuge dans le monde musulman, qui l’a traduit en arabe, l’a accueilli et prolongé, avant de le transmettre finalement à l’Occident, permettant ainsi sa renaissance, puis l’expansion soudaine de la culture européenne. Selon Sylvain Gouguenheim, cette vulgate n’est qu’un tissu d’erreurs, de vérités déformées, de données partielles ou partiales. [..]

“AGES SOMBRES”

Y a-t-il vraiment eu rupture totale entre l’héritage grec antique et l’Europe chrétienne du haut Moyen Age ? […] Non, réplique Sylvain Gouguenheim. Même devenus ténus et rares, les liens avec Byzance ne furent jamais rompus.[…]

Nombre de Pères de l’Eglise, formés à la philosophie, citent Platon et bien d’autres auteurs païens, dont ils ont sauvé des pans entiers. L’Europe est donc demeurée constamment consciente de sa filiation à l’égard de la Grèce antique, et se montra continûment désireuse d’en retrouver les textes. Ce qui explique, des Carolingiens jusqu’au XIIIe siècle, la succession des “renaissances” liées à des découvertes partielles.

La culture grecque antique fut-elle pleinement accueillie par l’islam ? Sylvain Gouguenheim souligne les fortes limites que la réalité historique impose à cette conviction devenue courante. Car ce ne furent pas les musulmans qui firent l’essentiel du travail de traduction des textes grecs en arabe. On l’oublie superbement : même ces grands admirateurs des Grecs que furent Al-Fârâbî, Avicenne et Averroès ne lisaient pas un mot des textes originaux, mais seulement les traductions en arabe faites par les Araméens… chrétiens ! […]

Parce que nous confondons trop souvent “Arabe” et “musulman”, une vision déformée de l’histoire nous fait gommer le rôle décisif des Arabes chrétiens dans le passage des oeuvres de l’Antiquité grecque d’abord en syriaque, puis dans la langue du Coran.

Une fois effectué ce transfert - difficile, car grec et arabe sont des langues aux génies très dissemblables -, on aurait tort de croire que l’accueil fait aux Grecs fut unanime, enthousiaste, capable de bouleverser culture et société islamiques. Sylvain Gouguenheim montre combien la réception de la pensée grecque fut au contraire sélective, limitée, sans impact majeur, en fin de compte, sur les réalités de l’islam, qui sont demeurées indissociablement religieuses, juridiques et politiques. Même en disposant des oeuvres philosophiques des Grecs, même en forgeant le terme de “falsafa” pour désigner une forme d’esprit philosophique apparenté, l’islam ne s’est pas véritablement hellénisé. La raison n’y fut jamais explicitement placée au-dessus de la révélation, ni la politique dissociée de la révélation, ni l’investigation scientifique radicalement indépendante. […]

Somme toute, contrairement à ce qu’on répète crescendo depuis les années 1960, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l’islam. En tout cas rien d’essentiel. Précis, argumenté, ce livre qui remet l’histoire à l’heure est aussi fort courageux.

ARISTOTE AU MONT SAINT-MICHEL. LES RACINES GRECQUES DE L’EUROPE CHRÉTIENNE de Sylvain Gouguenheim. Seuil, “L’Univers historique”, 282 p., 21 €.
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Yacoub » 30 Avr 2008, 14:44

Aristote, un détour arabe contesté
Polémique. Un livre de l’historien Sylvain Gouguenheim suscite de vives réactions.
ERIC AESCHIMANN
QUOTIDIEN : mercredi 30 avril 2008
Une nouvelle affaire secoue le milieu des historiens, autour d’une question d’apparence très pointue. Il s’agit de savoir à qui l’Occident chrétien doit d’avoir reçu l’héritage du rationalisme grec, et en particulier les textes d’Aristote, dont la diffusion en Europe à partir du XIIIe siècle joua un rôle décisif dans la préparation intellectuelle de la Renaissance. Aux Arabes, ainsi qu’on le dit souvent, parfois en simplifiant ? Ou à une «filière grecque»qui, de Byzance jusqu’aux monastères du XIIe siècle, conserva, fit circuler et, finalement, traduisit les grands auteurs de l’antiquité ? C’est en soutenant la deuxième thèse que l’historien Sylvain Gouguenheim a déclenché la polémique. Sorti début avril au Seuil, son livre, Aristote au Mont Saint-Michel, a suscité de vives réactions, notamment sous la forme d’une pétition signée par 54 historiens et philosophes que Libération publie aujourd’hui en pages Rebonds (lire page 32). Au moins deux autres textes, dont un «Appel aux enseignants, élèves et anciens élèves» (Ecole normale supérieure de Lyon), circulent actuellement.

Au-delà de la querelle d’historiens - les faits présentés par Gouguenheim comme des nouveautés sont connus depuis longtemps et l’importance qu’il leur accorde est contestée -, la vivacité des réactions s’explique par les conclusions auxquelles parvient l’auteur, lorsqu’il affirme, par exemple, que l’islam n’a non seulement pas eu le rôle qu’on lui prête, mais n’a pas su mettre à profit les penseurs grecs pour son propre développement en raison d’une incapacité structurale à accéder à une certaine forme de rationalité. La présence d’un essayiste ouvertement islamophobe parmi les personnes remerciées au début de l’ouvrage a alimenté une polémique qui prend parfois, dans le livre de Gougenheim autant que chez certains de ses détracteurs, des airs de procès d’intention mutuels.
Dans un entretien au Monde , Sylvain Gouguenheim s’est dit «bouleversé» et se défend de toute «critique de la civilisation arabo-musulmane».
«Le livre allie, sur un sujet délicat, deux risques : celui de la vulgarisation et celui de la polémique», reconnaît Laurence Devillairs, qui a supervisé la publication du livre dans la collection l’Univers historique, au Seuil. Hier, dans un communiqué, la maison d’édition a rappelé que sa vocation a toujours été de laisser «s ’exprimer des points de vue divergents, voire opposés», et s’est dit prête «à accueillir les auteurs qui […] souhaiteront, dans le respect de leurs adversaires, apporter leurs contributions au débat.»

Lire le compte-rendu du livre par Jean-Yves Grenier sur liberation.fr.
"Coiffant les aspirations les plus viles, flattant les pulsions les plus archaïques, encourageant la paresse intellectuelle, l'intolérance, l' hypocrisie, la violence, prêchant un virilisme pathologique, justifiant les pires ignominies antiféministes, l'islam n'est ni une sagesse , ni une civilisation (mode de vie), c'est un fléau."
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Yacoub » 30 Avr 2008, 14:55

Oui, l’Occident chrétien est redevable au monde islamique
Un collectif international de 56 chercheurs en histoire et philosophie du Moyen Age
QUOTIDIEN : mercredi 30 avril 2008
Historiens et philosophes, nous avons lu avec stupéfaction l’ouvrage de Sylvain Gouguenheim intitulé Aristote au Mont- Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne (Seuil) qui prétend démontrer que l’Europe chrétienne médiévale se serait approprié directement l’héritage grec au point de dire qu’elle «aurait suivi un cheminement identique même en l’absence de tout lien avec le monde islamique». L’ouvrage va ainsi à contre-courant de la recherche contemporaine, qui s’est efforcée de parler de translatio studiorum et de mettre en avant la diversité des traductions, des échanges, des pensées, des disciplines, des langues. S’appuyant sur de prétendues découvertes, connues depuis longtemps, ou fausses, l’auteur propose une relecture fallacieuse des liens entre l’Occident chrétien et le monde islamique, relayée par la grande presse mais aussi par certains sites Internet extrémistes. Dès la première page, Sylvain Gouguenheim affirme que son étude porte sur la période s’étalant du VIe au XIIe siècle, ce qui écarte celle, essentielle pour l’étude de son sujet, des XIIIe et XIVe siècles. Il est alors moins difficile de prétendre que l’histoire intellectuelle et scientifique de l’Occident chrétien ne doit rien au monde islamique !

Il serait fastidieux de relever les erreurs de contenu ou de méthode que l’apparence érudite du livre pourrait masquer : Jean de Salisbury n’a pas fait œuvre de commentateur ; ce n’est pas via les traductions syriaques que ce qu’on a appelé la Logica nova (une partie de l’Organon d’Aristote) a été reçue en Occident ; enfin, et surtout, rien ne permet de penser que le célèbre Jacques de Venise, traducteur et commentateur d’importance, comme chacun le sait et l’enseigne, ait jamais mis les pieds au Mont-Saint-Michel ! Quant à la méthode, Sylvain Gouguenheim confond la présence d’un manuscrit en un lieu donné avec sa lecture, sa diffusion, sa transmission, ses usages, son commentaire, ou extrapole la connaissance du grec au haut Moyen Age à partir de quelques exemples isolés. Tout cela conduit à un exposé de seconde main qui ignore toute recherche nouvelle - notons que le titre même de son livre est emprunté à un article de Coloman Viola… paru en 1967 ! Certains éléments du livre sont certes incontestables, mais ce qui est présenté comme une révolution historiographique relève d’une parfaite banalité.

On sait depuis longtemps que les chrétiens arabes, comme Hunayn Ibn Ishaq, jouèrent un rôle décisif dans les traductions du grec au IXe siècle. De plus, contrairement aux affirmations de l’auteur, le fameux Jacques de Venise figure aussi bien dans les manuels d’histoire culturelle, comme ceux de Jacques Verger ou de Jean-Philippe Genet, que dans ceux d’histoire de la philosophie, tel celui d’Alain de Libera, la Philosophie médiévale, où l’on lit : «L’Aristote gréco-latin est acquis en deux étapes. Il y a d’abord celui de la période tardo-antique et du haut Moyen Age, l’Aristote de Boèce, puis, au XIIe siècle, les nouvelles traductions gréco-latines de Jacques de Venise.» La rhétorique du livre s’appuie sur une série de raisonnements fallacieux. Des contradictions notamment : Charlemagne est crédité d’une correction des évangiles grecs, avant que l’auteur ne rappelle plus loin qu’il sait à peine lire ; la science moderne naît tantôt au XVIe siècle, tantôt au XIIIe siècle. Le procédé du «deux poids, deux mesures» est récurrent : il reproche à Avicenne et Averroès de n’avoir pas su le grec, mais pas à Abélard ou à Thomas d’Aquin, mentionne les réactions antiscientifiques et antiphilosophiques des musulmans, alors que pour les chrétiens, toute pensée serait issue d’une foi appuyée sur la raison inspirée par Anselme - les interdictions d’Aristote, voulues par les autorités ecclésiastiques, n’ont-elles pas existé aux débuts de l’Université à Paris ? La critique des sources est dissymétrique : les chroniqueurs occidentaux sont pris au pied de la lettre, tandis que les sources arabes sont l’objet d’une hypercritique. L’auteur enfin imagine des thèses qu’aucun chercheur sérieux n’a jamais soutenues (par exemple, «que les musulmans aient volontairement transmis ce savoir antique aux chrétiens est une pure vue de l’esprit»), qu’il lui est facile de réfuter pour faire valoir l’importance de sa «révision».

Au final, des pans entiers de recherches et des sources bien connues sont effacés, afin de permettre à l’auteur de déboucher sur des thèses qui relèvent de la pure idéologie. Le christianisme serait le moteur de l’appropriation du savoir grec, ce qui reposerait sur le fait que les Evangiles ont été écrits en grec - passant sous silence le rôle de la Rome païenne. L’Europe aurait ensuite réussi à récupérer le savoir grec «par ses propres moyens». Par cette formule, le monde byzantin et les arabes chrétiens sont annexés à l’Europe, trahissant le présupposé identitaire de l’ouvrage : pour l’auteur, l’Europe éternelle s’identifie à la chrétienté, le «nous» du livre, même quand ses représentants vivent à Bagdad ou Damas. La fin du livre oppose des «civilisations» définies par la religion et la langue et ne pouvant que s’exclure mutuellement. L’ouvrage débouche alors sur un racisme culturel qui affirme que «dans une langue sémitique, le sens jaillit de l’intérieur des mots, de leurs assonances et de leurs résonances, alors que dans une langue indo-européenne, il viendra d’abord de l’agencement de la phrase, de sa structure grammaticale. […] Par sa structure, la langue arabe se prête en effet magnifiquement à la poésie […] Les différences entre les deux systèmes linguistiques sont telles qu’elles défient presque toute traduction». On n’est alors plus surpris de découvrir que Sylvain Gouguenheim dit s’inspirer de la méthode de René Marchand (page 134), auteur, proche de l’extreme droite, de Mahomet : contre-enquête (L’Echiquier, 2006, cité dans la bibliographie) et de La France en danger d’Islam : entre Jihad et Reconquista (L’Âge d’Homme, 2002), qui figure en bonne place dans les remerciements. Il confirme ainsi que sa démarche n’a rien de scientifique : elle relève d’un projet idéologique aux connotations politiques inacceptables.

La liste des signataires



Cyrille Aillet, Maître de conférences (MCF), histoire de l’islam médiéval, Un. de Lyon II
Etienne Anheim, MCF, histoire médiévale, Un. de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines
Sylvain Auroux, Directeur de recherches au CNRS
Louis-Jacques Bataillon (Dominicain), Commission Léonine pour l’édition critique des œuvres de Thomas d’Aquin, comité international pour l’édition de l’Aristote latin
Thomas Bénatouïl, MCF, histoire de la philosophie antique, Un. de Nancy II
Luca Bianchi, Centro per lo studio del pensiero filosofico del Cinquecento e del Seicento, CNR, Milano
Joël Biard, Professeur, philosophie médiévale, Un. de Tours
Patrick Boucheron, MCF, histoire médiévale, Un. de Paris I, IUF
Jean-Patrice Boudet, Professeur, histoire médiévale, Un. d’Orléans
Alain Boureau, Directeur d’études, histoire médiévale, EHESS
Jean-Baptiste Brenet, MCF, Philosophie médiévale, Un. de Paris X
Charles Burnett, Professor, history of arabic/islamic influence in Europe, Warburg Institute, London
Philippe Büttgen, Chargé de recherches, CNRS, Laboratoire d’études sur les monothéismes, Villejuif
Irène Caiazzo, Chargée de recherches, CNRS, Laboratoire d’études sur les monothéismes, rédactrice en chef des Archives d’histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge
Barbara Cassin, Directrice de recherches au CNRS, dir. du centre Léon Robin
Laurent Cesalli, Assistant scientifique, Un. de Freiburg-im-Breisgau
Joël Chandelier, Ecole française de Rome (Moyen Âge)
Riccardo Chiaradonna, Professore associato, filosofia antica, Università di Roma III
Jacques Chiffoleau, Directeur d’études, histoire médiévale, EHESS
Jacques Dalarun, Directeur de recherches, CNRS, IRHT
Isabelle Draelants, Chargée de recherches, CNRS, UMR 7002, Un. de Nancy II
Anne-Marie Eddé, Directrice de recherches, CNRS, directrice de l’Institut de Recherches et d’Histoire des Textes (IRHT)
Sten Ebbesen, Institut du Moyen Age Grec et Latin, Copenhague
Luc Ferrier, Ingénieur d’études, histoire médiévale, CNRS, CRH (EHESS)
Kurt Flasch, Professeur émérite à l’Université de Bochum
Christian Förstel, Conservateur en chef de la section des manuscrits grecs, Bibliothèque Nationale de France
Dag N. Hasse, Institut für Philosophie, Lichtenberg-Professur der VolkswagenStiftung
Isabelle Heullant-Donat, Professeur, histoire médiévale, Un. de Reims
Dominique Iogna Prat, Directeur de recherches, histoire médiévale, CNRS, LAMOP
Charles Genequand, Professeur ordinaire, philosophie arabe, Un. de Genève
Jean-Philippe Genet, Professeur, histoire médiévale, Un. de Paris I
Carlo Ginzburg, Professore, Scuola Normale Superiore, Pisa
Christophe Grellard, MCF, Un. de Paris I
Benoît Grévin, Chargé de recherches, CNRS, LAMOP.
Ruedi Imbach, Professeur, philosophie médiévale, Un. de Paris IV
Catherine König-Pralong, Maître assistante, philosophie médiévale, Un. de Lausanne
Djamel Kouloughli, Directeur de Recherches au CNRS (UMR 7597)
Max Lejbowicz, Ingénieur d’études honoraire, CNRS, UMR 81 63, Univ. de Lille III
Alain de Libera, Professeur ordinaire, Un. de Genève, Directeur d’études à l’EPHE (Ve section)
John Marenbon, Professor, History of Medieval Philosophy, Trinity College, Cambridge
Christopher Martin, Professor, Philosophy department, Auckland University, Visiting Fellow All Souls College, Oxford
Annliese Nef, MCF, histoire de l’islam médiéval, Un. de Paris IV
Adriano Oliva (Dominicain), Chargé de recherches, CNRS, IRHT, Commission Léonine pour l’édition critique des œuvres de Thomas d’Aquin, comité international pour l’édition de l’Aristote latin
Christophe Picard, Professeur, histoire de l’islam médiéval, Un. de Paris I
Sylvain Piron, MCF, histoire médiévale, EHESS
David Piché, Professeur adjoint, Département de Philosophie, Univ. de Montréal
Pasquale Porro, Professore ordinario di Storia della filosofia medievale, Universita di Bari
Marwan Rashed, Professeur, philosophie ancienne et médiévale, ENS Paris
Aurélien Robert, Membre de l’Ecole française de Rome (Moyen Âge)
Andrea Robiglio, Phil. Seminar, Univ. Freiburg-im-Breisgau ;
Irène Rosier-Catach, Directrice de recherches au CNRS (UMR 7597), Directrice d’études à l’EPHE (Ve section)
Martin Rueff, MCF, Théorie littéraire et esthétique, Un. de Paris VII
Jacob Schmutz, MCF, philosophie médiévale, Un. de Paris IV
Valérie Theis, MCF, histoire médiévale, Un. de Marne-la-Vallée
Mathieu Tillier, MCF, histoire de l’islam médiéval, Un. d’Aix-Marseille
Luisa Valente, Ricercatrice, Filosofia medievale, Università di Roma – La Sapienza
Dominique Valérian, MCF, histoire de l’islam médiéval, Un. de Paris I
Eric Vallet, MCF, histoire de l’islam médiéval, Un. de Paris I.


http://www.liberation.fr/rebonds/323893.FR.php
"Coiffant les aspirations les plus viles, flattant les pulsions les plus archaïques, encourageant la paresse intellectuelle, l'intolérance, l' hypocrisie, la violence, prêchant un virilisme pathologique, justifiant les pires ignominies antiféministes, l'islam n'est ni une sagesse , ni une civilisation (mode de vie), c'est un fléau."
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Yacoub » 30 Avr 2008, 14:58

Aristote au Mont-Saint-Michel", savant et ambiguë
L'auteur de ce livre assure que l'héritage grec de l'Occident chrétien doit peu à l'islam, contrairement aux affirmations répandues.
Par Jean Yves Grenier
QUOTIDIEN : mardi 29 avril 2008
Sylvain Gouguenheim, «Aristote au Mont-Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne», Seuil, 280 p.
Quelle est la dette de l’Europe chrétienne à l’égard de la civilisation musulmane ? Aucune, ou presque, répond Sylvain Gouguenheim dans ce livre à la fois savant et polémique. La partie la plus solide de son argumentation consiste à s’inscrire en faux contre une idée très répandue dans l’historiographie selon laquelle l’essentiel de l’héritage de la Grèce classique a été transmis à l’Occident par l’intermédiaire des savants arabo-musulmans.
Ces derniers ont traduit les auteurs de l’antiquité du grec vers l’arabe et ces manuscrits, nombreux dans l’Espagne musulmane, ont ensuite été traduits en latin par des clercs et des savants chrétiens. L’auteur ne conteste bien sûr pas cette transmission, bien attestée, du savoir grec par la rive sud de la Méditerranée mais il considère que son importance a été beaucoup exagérée. La chrétienté médiévale aurait en effet eu une connaissance de la philosophie, de la science et de la médecine grecque grâce à un mouvement de traduction directe du grec vers le latin, « étonnant effort pluri-séculaire dont la constance et l’opiniâtreté témoignent de l’intime conviction que là résidait la matrice de sa civilisation ». La langue grecque, qui fût celle de la rédaction des Évangiles, n’a jamais perdu de son prestige au cours du Moyen-Âge, bien au contraire, même si sa connaissance a presque disparu. Une hypothèse centrale de l’auteur est que les relations entre le monde latin et l’Empire byzantin ont été plus importantes que ne le laissent supposer les sources disponibles. A Rome, on rencontre beaucoup de Grecs et de Syriaques et les monastères orientaux sont nombreux. Les livres y circulent et la bibliothèque du Latran, enrichie par les papes successifs, fut un centre de redistribution des œuvres grecs grâce à l’activité de nombreux copistes. Des traductions du grec au latin sont réalisées même si la plupart ont été perdues. Rome n’est pas unique et Sylvain Gouguenheim insiste sur la personne de Jacques de Venise, clerc italien qui vécut longtemps à Constantinople avant de devenir moine au Mont-Saint-Michel. C’est là qu’il traduisit en latin une bonne partie de l’œuvre d’Aristote du grec au latin, et ce dès le début du XIIème siècle, soit plusieurs décennies avant que la même opération ne se fasse à Tolède à partir de la version arabe. Le succès de ces traductions est considérable, des copies circulant en France du Nord en Angleterre et en Allemagne. La demande des abbés, des théologiens voire des légistes est forte ce qui prouve l’intérêt suscité par la physique et la métaphysique aristotéliciennes bien avant la fin du Moyen-Âge.
Les renaissances culturelles successives y puisent leur inspiration et elles ne seraient guère envisageables sans la mobilisation du savoir grec. Les clercs carolingiens, désireux d'avoir des textes précis pour réglementer la foi et l'Eglise, s'efforcèrent de mieux maîtriser le latin et sa grammaire, c'est-à-dire les principes de la logique, et Aristote fut ici d'un grand secours. Quant à la renaissance scientifique du XIIIe siècle, c'est la mobilisation du savoir antique qui la rendit possible.

Du côté du monde musulman, le tableau est bien différent. Sylvain Gouguenheim insiste sur le rôle plutôt passif des lettrés par rapport au savoir grec. La plupart d'entre eux ne connaissaient d’ailleurs pas le grec et ils furent initiés à ces auteurs grâce aux Syriaques (chrétiens orientaux) qui les traduisirent dans leur langue dès le IVe siècle, puis en arabe à partir du VIIe siècle et de l'occupation musulmane. La médecine arabe doit ainsi beaucoup à la médecine syriaque qui lui a donné, via les traductions, l'essentiel de son vocabulaire. Un personnage comme Hunayn ibn Ishaq, le "prince des traducteurs", illustre bien le multiculturalisme assez fascinant de ce milieu syriaque : arabe nestorien (donc chrétien), maîtrisant parfaitement l'arabe, le syriaque et le grec, il traduisit avec beaucoup d'intelligence la quasi-totalité de l'oeuvre d'Aristote.

Arrivé à ce point, Sylvain Gouguenheim élargit beaucoup sa problématique en s'interrogeant sur le lien entre islam et savoir grec. Son idée principale est que la Grèce était un monde radicalement étranger à l'islam, pour des raisons politiques (antagonisme avec l'Empire byzantin) et surtout culturelles. L’islam ne s'intéressa au savoir grec que dans la mesure où il était en accord avec les principes énoncés dans le Coran. Nul problème pour l'optique ou les mathématiques, domaines dans lesquels excellèrent les savants musulmans arabes et perses, mais pour le droit ou la philosophie, l'héritage grec dut passer au crible des principes religieux. L’analyse du mu'tazilisme est un bon exemple de la façon dont argumente notre auteur. Ce courant religieux du IXe siècle, défenseur de l'idée du libre arbitre de l'individu, est souvent présenté comme une réaction rationaliste contre certaines formes primitives de l'islam. Pour l'auteur, il ne s'agit en fait aucunement d'un thomisme avant la lettre mais plutôt du souci de mettre au service de la foi les ressources de la raison car, du fait de l'absolue rationalité du Coran, la philosophie peut aider à en comprendre le sens caché. Les mêmes raisons expliquent la très faible influence de la pensé politique d'Aristote. Le contraste est net avec la situation de l'Occident latin où les légistes des souverains ont au contraire mobilisé la Politique pour se soustraire au pouvoir temporel d'une papauté alors envahissante.

A travers la question de l’héritage grec, Sylvain Gouguenheim non sans raison met au cœur de sa réflexion les processus différents d’autonomisation des activités intellectuelles par rapport au religieux. D’évidence les deux mondes chrétien et musulman sous cet angle s’opposent. Mais cette grille de lecture n’est pas sans ambiguïté. S’il est en effet bien certain que la longue histoire culturelle de l’Europe est marquée par une lecture sans cesse remaniée de l’héritage de l’antiquité gréco-romaine, il est tout aussi certain que la pensée grecque a beaucoup moins fécondé la civilisation arabo-musulmane, elle-même influencée de son côté par des traditions orientales que l’occident n’a jamais connu. Constater cette différence ne doit pas conduire à opposer de façon caricaturale un orient islamique limité dès ses débuts aux principes coraniques et un occident chrétien très tôt tourné vers la rationalité. C’est finalement l’ultime paradoxe de cet ouvrage que de procéder à un jugement comparatif sur deux civilisations en usant du critère de l’hellénisation du savoir, procédé que l’auteur lui-même dénonce avec justesse dans les dernières pages comme une dérive ethnocentrique qui « dénature la civilisation musulmane ».



http://www.liberation.fr/culture/livre/323869.FR.php
"Coiffant les aspirations les plus viles, flattant les pulsions les plus archaïques, encourageant la paresse intellectuelle, l'intolérance, l' hypocrisie, la violence, prêchant un virilisme pathologique, justifiant les pires ignominies antiféministes, l'islam n'est ni une sagesse , ni une civilisation (mode de vie), c'est un fléau."
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Victorien2 » 30 Avr 2008, 15:52

Sylvain Gouguenheim au Mont Saint-Michel.
"On me prête des intentions que je n'ai pas."
Le Monde des livres, 24 avril 2008

Sylvain Gouguenheim, comment réagissez-vous à la polémique suscitée par votre livre ?
Je suis bouleversé par la virulence et la nature de ces attaques. On me prête des intentions que je n'ai pas. Pour écrire ce livre, j'ai utilisé des dizaines d'articles de spécialistes très divers. Mon enquête porte sur un point précis : les différents canaux par lesquels le savoir grec a été conservé et retrouvé par les gens du Moyen Age. Je ne nie pas du tout l'existence de la transmission arabe, mais je souligne à côté d'elle l'existence d'une filière directe de traductions du grec au latin, dont le Mont-Saint-Michel a été le centre au début du XIIe siècle, grâce à Jacques de Venise. Je ne nie pas non plus la reprise dans le monde arabo-musulman de nombreux éléments de la culture ou du savoir grecs. J'explique simplement qu'il n'y a sans doute pas eu d'influence d'Aristote et de sa pensée dans les secteurs précis de la politique et du droit ; du moins du VIII e au XII e siècles. Ce n'est en aucun cas une critique de la civilisation arabo-musulmane. Du reste, je ne crois pas à la thèse du choc des civilisations : je dis seulement - ce qui n'a rien à voir - qu'au Moyen Age, les influences réciproques étaient difficiles pour de multiples raisons, et que nous n'avons pas pour cette époque de traces de dialogues telles qu'il en existe de nos jours.

Certains s'étonnent de vous voir citer et remercier René Marchand, auteur de pamphlets contre l'islam.
M. Marchand fait partie des gens qui ont attiré mon attention sur les problèmes de traduction entre l'arabe et le grec et sur les structures propres à la langue arabe. Voilà pourquoi je le remercie, parmi d'autres. Je l'ai cité en bibliographie car je me dois d'indiquer tous les articles et tous les livres que j'ai consultés. Cela ne fait pas de chaque volume cité un ouvrage de référence. Je m'étonne qu'on s'attarde sur ce point, alors que j'utilise de nombreux livres remarquables, dont ceux de Dominique Urvoy, de Geneviève Balty-Guesdon, ou d'autres spécialistes.

Comment expliquer que plusieurs mois avant sa parution, des extraits de votre livre se soient retrouvés sur un site d'extrême droite ?
J'ai donné depuis cinq ans - époque où j'ai « découvert » Jacques de Venise - des extraits de mon livre à de multiples personnes. Je suis totalement ignorant de ce que les unes et les autres ont pu ensuite en faire. Je suis choqué qu'on fasse de moi un homme d'extrême droite alors que j'appartiens à une famille de résistants : depuis l'enfance, je n'ai pas cessé d'être fidèle à leurs valeurs.

Propos recueillis par Jean Birnbaum
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede dexter » 30 Avr 2008, 21:42

si les "site d'extreme droite" c'est France-echo, c'est un peu léger quand même. Crié au fachisme est une mauvaise habitude des gauchos bon teint type libération pour se passer d'arguments.
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Yacoub » 02 Mai 2008, 19:46

LE CAUCHEMAR VYCHINSKY : SYLVAIN GOUGUENHEIM

Le cauchemar Vychinsky, du nom du célèbre compagnon de Staline, procureur général du régime lors des « procès de Moscou », continue dans notre pays. Cette fois-ci c’est au tour du médiéviste Sylvain Gouguenheim de comparaître devant le tribunal du Politburo islamogauchiste. Il n’est pas le premier. Il ne sera pas le dernier.

Il y a eu Michel Houellebecq accusé en 2001 de propos racistes et islamophobes. Son crime, avoir déclaré, en septembre 2001 dans le mensuel « Lire », son rejet de tous les monothéismes avec toutefois cette précision : « la religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran on est effondré... effondré! » Les tours jumelles allaient bientôt s’effondrer en même temps que les cons zélés allaient porter plainte. Parmi ceux-ci Mouloud Aounit, le petit procureur stalinien du MRAP qui démontrera une parfaite maîtrise de l’art de la synthèse islamogauchiste, puisque n’ayant pas son pareil pour marier petit livre rouge, petit livre vert et sans doute quelques chapitres du petit livre brun. Parallèlement à ce tir de barrage, on entendra les petits choeurs gauchistes de l’armée verte chanter que Houellebecq serait un « beauf égaré en littérature », un « nouveau réactionnaire ». Quelques voix à gauche le défendront toutefois, notamment Dominique Noguez et Philippe Sollers

En octobre 2003 c’est au tour de Louis Chagnon de subir l’assaut des milices parajudiciaires. Après avoir donné un cours sur le monde islamique prévu au programme de 5e, il sera accusé de « propos racistes anti-musulmans ». Qu’a-t-il bien pu raconter à ses élèves ? À vrai dire, juste la réalité dans son intégralité. Il compléta le cours classique sur l’islam, où Mahomet y est souvent dépeint comme un pieu bédouin, progressiste et tolérant, par les aspects guerriers de la vie du prophète de l’islam, mentionnant ainsi les pillages et les massacres ordonnés par celui-ci, notamment celui de la tribu juive des Beni Qoraiza, où 900 hommes furent massacrés en une seule journée. L’affaire montée en épingle par des parents d’élèves soutenus par le MRAP vaudra au professeur Chagnon un blâme de la part de sa hiérarchie ainsi qu’une citation directe à comparaître devant le Tribunal de Nanterre, adressée par le procureur Aounit, pour « appel à la haine raciale et propos racistes anti-musulmans ». Chose que je n’ai absolument pas comprise. Allah limite que les descendants directs de Mahomet, faisant fi de leurs propres livres, aient porté plainte pour diffamation soit, mais là « propos racistes », je ne vois pas. À moins que le procureur Aounit soit un descendant direct du prophète et que cette réalité infamante soit perçue par lui comme diffamante, ce qui se règle non pas devant un tribunal mais plutôt chez un psy. Signalons au passage notre joie d’apprendre que le tribunal administratif de Paris, vient d’annuler (par un jugement du 26 févier 2008) la mesure disciplinaire qui frappait Louis Chagnon.

8 février 2006, Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet avec en première page ce titre « Mahomet débordé par les intégristes » jouxtant un dessin de Cabu qui représente Mahomet se prenant la tête entre les mains et disant « c’est dur d’être aimé par des cons… » Charlie Hebdo ne fut pas le seul à publier les caricatures mais le seul à être poursuivi par les cons habituels, sans doute blessés par la vérité. Le procureur Aounit sans se joindre à la plainte qualifiera tout de même ces caricatures « d’islamophobie rampante » et estimera qu’elles font exception à la liberté d’expression. Un procès qui accompagnera un autre, celui du directeur du journal Philippe Val, accusé par nos amis gauchistes d’autoritarisme, d’avoir « recentré » son discours, et de soutenir Israël. Bref, Philippe Val serait presque un néoconservateur qui mériterait d’être abattu.

19 septembre 2006, c’est au tour du professeur Redeker de devenir l’objet d’une chasse à l’homme. Il publie ce jour-là une tribune dans le Figaro intitulée « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre », où il rappelle simplement que la démarche des islamistes visant à imposer les règles de l’islam au monde libre n’est pas le fruit de leur simple esprit. « Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran ». Mahomet, leur « beau modèle », ayant été un « chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame ». Notre professeur se verra démontrer l’inverse de ses propos par une belle fatwa appelant à son assassinat. Le procureur Aounit comparera lui Robert Redeker à Ben Laden (sic) pendant qu’à la télé j’entendrai à travers un reportage effectué dans le lycée où enseignait Robert Redeker ces propos dans la bouche d’élèves « on ne savait pas qu’il avait ces idées-là ». Ces idées-là (re-sic). Un début de procès qui sera arrêté par la levée de boucliers pro-Redeker de la part d’une bonne partie de la communauté intellectuelle de gauche comme de droite.

Un peu comme pour Ayaan Hirsi Ali que l’on recevait récemment à Paris et qui eut droit, d’un côté, aux mêmes soutiens dont bénéficia Monsieur Redeker pendant que d’autres la présentaient comme trop proche des milieux néoconservateurs. Comme si les faits et la réalité étaient nécessairement une affaire de politique.

Il semble malheureusement que ce soit le cas puisque le professeur Gouguenheim s’apprête à faire les frais d’une tribune le visant, signée par une quarantaine d’historiens et de philosophes des sciences, qui doit paraître ces jours-ci dans Le Monde et Libération sous le titre « prendre de vieilles lunes pour de nouvelles étoiles ou comment refaire aujourd’hui l’histoire des savoirs ». Une pétition dont le texte se conclut ainsi « Il est difficile de voir dans l’ouvrage de S. Gouguenheim, tel que Le Monde en rapporte les thèses de façon complaisante – lui assurant ainsi une diffusion inespéré – autre chose que les propos d’un idéologue ». Mais de quoi peut-il bien s’agir ?

Laissons Max Gallo nous l’expliquer tel qu’il le fit très justement dimanche matin dans l’émission de France culture « Esprit public »

Dans « Aristote au Mont Saint Michel, Sylvain Gouguenheim, un très bon médiéviste, professeur à l’Ecole Normale Supérieure, démontre que le vulgate selon laquelle la connaissance des philosophes grecs nous est venue par l’intermédiaire de l’islam est pour le moins à reconsidérer, en tout cas à discuter puisqu’il fait état de la traduction des œuvres d’Aristote au Mont St Michel par un personnage qui se nomme Jacques de Venise. Et malheureusement cette thèse fort intéressante ne va pas pouvoir être discutée calmement puisque dans l’un des Le Monde de cette semaine, j’apprends qu’il y a une pétition d’une quarantaine de médiévistes déclarant que monsieur Gouguenheim n’est jamais que l’un de ceux favorables à la thèse du choc des civilisations, que ce livre est un scandale, d’extreme-droite etc. Bref, dès lors que l’on n’est pas tout à fait d’accord avec la doxa, avec ce qui règne, même quand on est un médiéviste indiscutable, il devient dangereux de faire de l’histoire ».

D’autant plus dangereux quand on est un spécialiste de la mystique rhénane, des chevaliers teutoniques et des croisades, comme le rappelle gentiment Assouline dans son petit billet si délicatement fielleux.

Éléments « croisés » qui permettraient d’étayer la thèse d’accointances avec l’extrême-droite. Car outre le fait qu’il cite dans la bibliographie de son livre René Marchand, un essayiste marqué très à droite, après une enquête approfondie de nos petits juges d’instruction, il se trouverait que le site islamovigilant « occidentalis », définit par certains comme d’extreme-droite, aurait publié les bonnes feuilles du livre neuf mois avant sa parution. Un site où un certain Sylvain G. aurait déposé des commentaires encore plus vifs que dans le livre. Un site certes très à droite mais où l’on pouvait lire des positions pro-israéliennes et pro-américaines, des positions incompatibles avec la philosophie générale de l’extreme-droite.

Mais il est vrai que pour nos intellogauchistes si tolérants, si humanistes, c’est déjà trop. Car voyez-vous, l’important pour nos petits procureurs n’est pas comment vous vous définissez, ce que vous êtes maintenant, mais comment ils vous jugent, ce que vous avez été politiquement, dans votre stupide jeunesse, voir même dans une vie antérieure.

Or déjà que centriste c’est limite et que néoconservateur résonne dans la bouche de ces staliniens comme fasciste, imaginez le sort réservé alors à des sites ultraconservateurs. Leur crime politique est au-dessus de tout. Ils sont irrécupérables ma bonne-dame. Comme quoi nos intellogauchistes demeurent pour la peine capitale en matière politique. Avec en plus un goût pour la pensée virale. Non seulement tout militant de la droite ultraconservatrice restera un malade à vie, mais toute personne effleurant tout militant de cette droite le deviendra quasi-instantanément. Il n’y a que les va-et-vient entre gauche et extreme-gauche qui ne leur posent aucun problème. Et dire que ces gens-là sont payés pour réfléchir.

Une fragilité intellectuelle et une reductio ad Hitlerum qui explique parmi le tas d’arguments de mauvaise foi, cette perle dans l’une des tribunes « à propos du livre de Sylvain Gougueheim ». La thèse de Monsieur Gouguenheim serait la « négation » d’un siècle de travaux mais aussi une « révision » de l’histoire. Après la négation de crimes contre l’humanité voici le négationnisme ou le révisionnisme de « progrès en recherche historique ». À moins que la « translatio studiarum », l’échange d’études, entre musulmans et chrétiens soit un crime indéniable ou à moins que ce ne soit l’absence d’échanges le crime non révisable. Il est vrai que je m’y perds un peu dans toute cette confusion mentale…

Moralité de l’histoire, au lieu de nous proposer un intéressant débat, ces historiens préfèrent nous proposer un petit procès moscovite, visant à classer cette thèse dans « l’islamophobie ambiante », le tout à quarante contre un. Bravo, quel courage. Il ne manque plus que la plaidoirie du procureur général Aounit.

Voyez-vous messieurs dames gogochistes, la différence entre vous et les droites que vous conspuer, qu’elle soit républicaine, néoconservatrice et même ultraconservatrice, réside dans le fait que ces droites n’agitent pas la menace du tribunal, ne pétitionnent pas quand des marxistes, rêvant de la chute de la république, intègrent les universités de cette même république, ou à chaque fois que l’un de ces universitaires propose une thèse sociologique, historique, que sais-je, inspirée par la grille d’analyse marxiste. Et pourtant ce ne sont pas ce genre de thèses qui manquent. Comme quoi la tentation totalitaire n’est pas toujours là où on la dénonce mais après tout comme la meilleure défense reste l’attaque…

En attendant la plaidoirie ou bien un salutaire débat, je lirai non seulement ce livre mais soutiendrai également Monsieur Gouguenheim face aux disciples de Vychinsky.

VaSILi Sharangovich
"Coiffant les aspirations les plus viles, flattant les pulsions les plus archaïques, encourageant la paresse intellectuelle, l'intolérance, l' hypocrisie, la violence, prêchant un virilisme pathologique, justifiant les pires ignominies antiféministes, l'islam n'est ni une sagesse , ni une civilisation (mode de vie), c'est un fléau."
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Victorien2 » 02 Mai 2008, 23:38

Joli papier !
Qui est son auteur et où sévit-il ?
J'ai particulièrement apprécié le commentaire de Max Gallo.

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Re: Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Yacoub » 03 Mai 2008, 19:58

Victorien2 a écrit:Joli papier !
Qui est son auteur et où sévit-il ?
J'ai particulièrement apprécié le commentaire de Max Gallo.

Victorien


Voici le lien:

http://extremecentre.org/2008/04/30/le- ... uguenheim/

Ik est auteur de ce blog.

http://republicoin.blogspot.com/
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Yacoub » 09 Mai 2008, 19:31

Grecs et Arabes : déjà d’antiques complicités
Youssef Seddik répond à Sylvain Gouguenheim
Publié le vendredi 2 mai 2008 à 12h31 | LE FIL IDéES | Tags : histoire europe sylvain gouguenheim




Raphaël, L'école d'Athènes, 1508-1511.
Youssef Seddik est philosophe et anthropologue. Il est notamment l'auteur de Qui sont les barbares ? (L'Aube) et de L'arrivant du soir : cet islam de lumière qui peine à devenir (L'Aube). Il répond, dans cette tribune, à l'historien Sylvain Gouguenheim qui a déclenché une violente polémique et la fronde de dizaines d'universitaires avec son livre, Aristote au Mont Saint-Michel (Seuil), déniant le rôle des Arabes dans la transmission, au Moyen Age, du savoir grec à l’Europe.

« Ce répugnant dessein de raturer les Arabes de la surface visible de l’Histoire n’est ni nouveau ni original : le grand Saladin, icône en Occident médiéval du « preux chevalier », n’était pas arabe mais kurde. Târîq Ibn Ziâd, l’hyponyme de Gibraltar, auteur d’une victoire éclair en Ibérie sur les Wisigoths, était berbère. Ishâq Ibn Huneyn, immense traducteur des œuvres grecques en arabe n’était que syriaque, chrétien qui plus est. Voilà parmi tant d’autres exemples ce qui tend à réduire à néant la notion même d’arabité. Il s’agit tout au plus, et surtout dès l’avènement de l’islam, d’établir l’idée que ces « gens-là » n’étaient qu’une poussière de bédouins dont la gestion de l’espace et du temps se reconnaît de l’éphémère et ne peut donc ni bâtir ni instituer ni rien avoir à transmettre au monde. Ces hommes n’avaient même pas droit pendant des siècles à se faire nommer par ce vocable d’Arabes qu’ils se donnaient à eux-mêmes : ils n’étaient que « Sarrasins » ou « païens » pour ces hordes de croisés qui allaient leur disputer une sépulture du Christ dont ils avaient toujours protégé et défendu la sacralité.

Car, la réplique à Sylvain Gouguenheim et à son fumeux pamphlet devrait commencer bien avant la querelle qu’il ramène sur la transmission à l’Europe renaissante d’Aristote et de l’hellénité du savoir. D’abord par la dénonciation de cette réduction raciste de l’Arabe au bédouin. Une telle dénonciation est inscrite à plusieurs reprises à même le Coran. Le geste de baptiser la première capitale de l’islam, du vivant même du prophète, par le vocable « Médine » ( La Cité), montre à quel point l’idée d’une « polis » constituait l’horizon du projet islamique. Mieux : le touriste, aujourd’hui, à travers les vestiges de la ville d’al-Hijr, au nord-ouest de l’Arabie Saoudite (ville qui donne son nom à la sourate XIV du Coran), peut admirer des édifices à frontons et colonnes dans la pure tradition architecturale grecque.

« ll est stupide qu’un historien s’engage à asséner
ces vérités comme si son sujet venait à la pensée
tout habillé d’un ex nihilo historique »

L’heureuse et profonde complicité des espaces grecs et arabes est bien plus étonnante et beaucoup plus ancienne dans l’énorme puzzle de l’histoire ancienne, très loin aujourd’hui d’être reconstituée et dont historiens, archéologues et épigraphistes ne disposent que de rares pièces. Avant de contester aux Arabes leur rôle de médiateurs et de passeurs, il convient pour la sérénité et l’humilité du savant de se poser des questions auxquelles l’état des matériaux et des recherches dont l’humanité dispose ne permet pas de répondre. Comment se fait-il en effet que, aussi loin que la mémoire puisse remonter, ce que les orientalistes appellent « le domaine arabe » ne connait en matière de monnaie que deux entités désignées de deux mots grecs : le dinar (qui donne denier en français) pour la pièce d’or, et le drachme pour la pièce d’argent, dirham, deux mots qui se trouvent dans le Coran ? Et comment expliquer ces nombreux emprunts coraniques au lexique grec, tels que « sema » (signe ou marque d’où « sémantique »), ou « zukhruf, » encore une fois l’intitulé d’une sourate (de « zoghrophiô », « je peins », « je décore », « j’enjolive »). Et puis, comment lire cette inscription en grec sur un ex-voto de l’île de Délos où il est dit qu’un commerçant arabe et son ami grec ont offert une libation, le premier à Appolon et le second à Wadd, l’équivalent du Dieu hellène dans le panthéon arabique, divinité curieusement citée dans la bouche du très biblique Noé dans le Coran ? Enfin, et toujours à titre seulement d’exemple, par quel « miracle » les Dioscures (ces dieux dynamiseurs du monde, venus tout droit de la tradition védique) se voient porter dans les temples de Samothrace le nom de « Cabires », mot qui signifie en arabe depuis toujours et aujourd’hui encore, les « grands » ?

Il est stupide qu’un historien, même quand il est spécialiste d’une époque ou d’une période, s’engage à asséner ces vérités comme si son sujet venait à la pensée et à la lisibilité, tout habillé de vérité et d’un ex nihilo historique. Par ailleurs, l’entreprise de ce médiéviste est frappée d’une amnésie bien plus dangereuse quand il s’agit d’un historien contemporain. Sylvain Gouguenheim oublie en effet, ou feint d’oublier, que l’espace du savoir arabe dont il parlait n’était pas régi par les normes et les frontières des nationalités et des appartenances territoriales, ethniques ou religieuses. La grande majorité des théoriciens de la grammaire arabe étaient persans. Les jurisconsultes qui ont fait passer les prescriptions coraniques dans les sommes juridiques venaient de tous les horizons du vaste empire. Médecins, chimistes et alchimistes, géographes, philosophes et théologiens de Fès, Kairouan, Alexandrie, Moussoul ou Bagdad ne se reconnaissaient que d’une appartenance commune, celle qui leur faisait consigner en arabe leur pensée et leurs découvertes. Peu importe qu’ils aient été musulmans ou chrétiens, sabéens ou juifs. Dès le début de l’islam, un des pères fondateurs de l’Eglise, Saint Jean Damascène (676-749), de son vrai nom Mansour Ibn Sarjûn, était tout à la fois vizir auprès du calife Marwân et grand pourfendeur de ce qu’il appelait l’hérésie islamique, sans que cela l’ait conduit au bûcher, comme il était d’usage en Europe jusqu’aux époques chantées par Sylvain Gouguenheim, et pour beaucoup moins que cela ».

Youssef Seddik
SUR LE NET

« Oui, l'Occident chrétien est redevable au monde islamique », par un collectif de 56 chercheurs en histoire et philosophie du Moyen Age
http://www.liberation.fr/rebonds/323893.FR.php
"Coiffant les aspirations les plus viles, flattant les pulsions les plus archaïques, encourageant la paresse intellectuelle, l'intolérance, l' hypocrisie, la violence, prêchant un virilisme pathologique, justifiant les pires ignominies antiféministes, l'islam n'est ni une sagesse , ni une civilisation (mode de vie), c'est un fléau."
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Victorien2 » 11 Mai 2008, 22:02

Ce que ce monsieur écrit est du pipi de chat.
Il attaque Sylvain Gouguenheim sur ses intentions et non sur ses travaux, ravalés au rang de pamphlet.
On trouve dans ce papier les amalgames habituels qui font le discours muzz : posture victimaire, dénonciation vertueuse du racisme anti-arabe, rente de la dette contractée par l'Occident vis-à-vis de l'islam.
Au lieu d'apporter la contradicton et de critiquer sur le fond, c'est encore la bonne et vieille ficelle de la diabolisation qui est employée par ce monsieur.

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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede dexter » 12 Mai 2008, 17:41

Avec les raisonnement de cette "historien", toutes les africains seraient "français" car leur élite le parle encore massivement? En plus ca ne prouve en rien que la transmission vers l'occident s'est faite via les envahisseur arabes.
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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Victorien2 » 19 Mai 2008, 13:18

http://www.letemps.ch/template/opinions ... cle=231663

Voir Saint-Gall et comprendre l'Europe
Beat Kappeler, Samedi 10 mai 2008

A qui l'Europe doit-elle sa culture et sa science précoce, qui se basait sur l'Antiquité ? Aux moines du couvent de Saint-Gall des années 750 et suivantes, par exemple. Le débat fait rage de savoir si l'Europe a dépendu de la transmission de ce savoir par le détour des traductions dans le monde islamique. Des intellectuels politiquement corrects se précipitent pour l'affirmer et pour contrer la thèse de l'indépendance intellectuelle européenne, publiée par Sylvain Gouguenheim.

Et bien, il ne faut pas ergoter longuement - les témoignages matériels d'une transmission autochtone et indépendante en Europe même reposent dans la fameuse bibliothèque du couvent de Saint-Gall. Je les ai vus de mes propres yeux lors des expositions bisannuelles de ses trésors, au cours des quarante dernières années. Il s'agit, par exemple, de pratiquement tous les écrits de Saint-Augustin, né en 354 dans l'Afrique du Nord romaine, et du catalogue de toutes ses oeuvres. Les traductions d'Aristote par le romain Boèce, né en 480, se trouvent à Saint-Gall. Mieux, elles ont été traduites en un allemand ancien par le fameux moine Notker dit «l'Allemand», né en 950. La synthèse du savoir antique en sciences, réalisée par l'anglais Beda Venerabilis, né en 672, a été collectionnée par Saint-Gall à partir de l'an 750. Et l'œuvre d'Isidore de Séville (http://www.cesg.unifr.ch), né en 560, une somme du savoir scientifique antique, se trouve à Saint-Gall en des versions datant de l'an 650 environ. Ces écrits d'Isidore, sous le titre grec d'Ethymologiae, ont été cités dans pratiquement chaque œuvre scientifique du Moyen Age. La très riche abbaye de Saint-Gall les copiait à tour de bras pour les envoyer et les troquer partout. Elle en conserve un exemplaire magnifique réalisé en 760 par le moine Winithar.
Ce nom, comme celui de Notker, symbolise bien la soif des Alémaniques de l'époque pour le savoir antique. Faut-il rappeler que pendant ces temps lointains, les Arabes ne traduisaient pas Aristote, Boèce, Isidore, Beda, mais avaient tout juste conquis et détruit les trésors en or et en écrits du royaume chrétien wisigoth d'Espagne, la patrie d'Isidore, dont ils héritaient.
Le couvent de Saint-Gall n'était pas un îlot d'érudition refermé sur lui-même, mais il rayonnait à travers toute l'Europe mérovingienne et carolingienne. Ses moines étaient des conseillers à la cour de Charlemagne, plusieurs aussi étaient chargés de l'éducation des princes impériaux. Le couvent, puis la principauté impériale de Saint-Gall, partageait cette position de plaque tournante du savoir avec les autres centres comme Saint-Martin de Tours, Fulda, Reichenau, Saint Albans, Saint-Denis et les couvents d'Irlande, en contact constants.

Si je m'arrête si longuement sur cette question, c'est que l'ignorance de la tradition culturelle européenne est tellement patente chez certains intellectuels qu'ils croient que ce qu'ils méconnaissent n'existe pas. En plus j'ai fait la Klosterschule à Saint-Gall, dans une salle de classe située directement au-dessus de la bibliothèque du couvent, une des plus vieilles du monde et la plus fournie.
Certains intellectuels français feraient donc mieux de s'incliner devant les vitrines de la bibliothèque de Saint-Gall dans sa salle baroque splendide. L'exposition actuelle traite des écrits scientifiques antiques et du haut Moyen Age et de leur présentation graphique et en énigmes. On y peut voir et toucher les témoins physiques de ce qu'énonce le savant Sylvain Gouguenheim.

On sait que les Zurichois ont pillé la bibliothèque lors de la guerre en 1712. Après des négociations difficiles, ils viennent de rendre à Saint-Gall des écrits d'Isidore, de Beda et de Notker, ainsi qu'une introduction à la rhétorique par le romain Quintilien, traduit en allemand ancien autour de l'an 1000. Les Zurichois gardent le merveilleux globe en bois, ne concédant à Saint-Gall qu'une copie qui est en trait d'être réalisée. Soit! Comme on voit, les trésors des racines culturelles et scientifiques européennes résident dans les écrits. Que les Zurichois gardent l'objet en bois.

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Re : ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Victorien2 » 21 Juil 2008, 12:42

http://www.lefigaro.fr/actualite-france ... attre-.php

L'historien à abattre
Par Paul-François Paoli
Figaro, 15/07/2008

Le seul tort de Sylvain Gouguenheim aura été de s'aventurer sur un terrain sensible, celui de l'importanced e l'Islam dans l'histoire de l'Europe.
Depuis trois mois, un essai sur les racines de l'Europe signé de l'universitaire Sylvain Gouguenheim sème la discorde dans le milieu intellectuel.

Sylvain Gouguenheim a l'air fatigué, comme après plusieurs nuits sans sommeil. S'il avait su que son livre déchaînerait de telles passions, peut-être s'y serait-il pris autrement. Des livres, il en sort à la pelle ; mais, avec un titre pareil Aristote au Mont-Saint-Michel : les racines grecques de l'Europe chrétienne , comment ne s'est-il pas méfié ? «Racines», «grecques», «chrétienne» : des mots malsonnants aux oreilles d'une gauche bien-pensante pour laquelle l'Europe ne peut être que sans identité ni frontières.
Cet homme n'imaginait pas qu'il y ait encore en France une police de la pensée. Il a depuis quelques semaines deux pétitions d'universitaires contre lui et subit toutes sortes d'injures. Agrégé d'histoire et germaniste, Sylvain Gouguenheim enseigne l'histoire médiévale à l'École normale supérieure de Lyon. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont un sur les chevaliers teutoniques. Tout allait bien pour lui jusqu'au jour où il s'est piqué de se mêler d'une question hautement sensible : celle, fameuse, de «l'Islam des Lumières». En un mot : entre le IXe et le XIIe siècle, cette civilisation aurait constitué, notamment avec Averroès, un modèle de tolérance et de curiosité intellectuelle, pendant que l'Occident subissait le joug d'une Église obscurantiste et de croisés barbares. Lisant les ouvrages des spécialistes, Gouguenheim entreprend des recherches sur ce qu'il considère comme une vérité partielle, voire partiale. Dans Aristote au Mont-Saint-Michel, publié fin mars, il prétend montrer que, si Averroès a bien été le grand commentateur d'Aristote que l'on sait, il n'a été ni le seul ni le premier. Une autre «filière» a existé qui via Byzance et la Sicile et jusqu'au Mont-Saint-Michel où se trouvait un atelier de copistes au XIIe siècle a transmis l'œuvre du philosophe à travers un autre canal de traductions. Il affirme aussi que, dans le monde musulman, les penseurs grecs traduits en arabe l'ont été, avant tout, par des chrétiens, syriaques notamment. Il rappelle, comme d'autres l'ont fait avant lui, notamment les historiens Pierre Riché ou Jacques Heers, que le «Moyen Âge» occidental n'est pas cet âge sombre que certains se sont complus à dépeindre. La Renaissance a été précédée d'une «renaissance carolingienne» où l'influence de la pensée grecque était déjà significative. Enfin, il formule une question cruciale : pourquoi les Arabes qui ont eu accès à l'héritage grec n'en ont-ils pas fait le même usage que les Européens ?
Sous d'autres cieux, Aristote au Mont-Saint-Michel aurait suscité de doctes débats de spécialistes. En France, où le terrorisme intellectuel a de beaux restes, son succès réactive une de nos spécificités nationales : la machine à discréditer. Le 28 avril, une pétition signée par 200 personnes anciens élèves et enseignants de l'ENS de Lyon, mais aussi personnel universitaire et section syndicale du FSU (sic) accuse Sylvain Gouguenheim d'avoir «commis au minimum une faute, qui procède d'un grave manquement aux principes fondamentaux de la déontologie universitaire pour n'avoir à aucun moment, dans aucun des lieux collectifs, fait état de sa recherche en cours».
Bientôt l'affaire sort des cénacles universitaires. D'autres chercheurs choisissent Libération pour exprimer leur «stupeur» dans une lettre signée, entre autres, par Alain de Libéra, l'auteur de Penser au Moyen Âge. Les gardiens de la doxa sortent de leurs gonds. Le 5 mai, c'est Télérama qui sonne la charge : Gouguenheim est accusé de couver un «répugnant dessein» : celui de «réduire à néant la notion même d'arabité» (sic). D'autres lui reprochent le fait que des sites d'extrême droite aient exploité à son insu des passages de son livre à des fins partisanes. La chasse à l'homme est en cours.
Profondément affecté par ces attaques publiques, Gouguenheim interrompt ses cours. Il est d'autant plus blessé qu'il connaît les instigateurs des pétitions, «signées par des gens qui n'avaient pas lu le livre et l'ont demandé après coup». Ce qu'admet Jean-Claude Zancarini qui a fait circuler la pétition de l'ENS de Lyon. «Gouguenheim n'a pas les compétences requises, ni en grec ni en arabe, il est sorti de son domaine pour des raisons idéologiques évidentes», affirme ce spécialiste de Machiavel, qui reconnaît que ses collègues se sont contentés de «faire confiance» aux organisateurs de la mise au pilori. Il est vrai que Gouguenheim ne se contente pas de se référer aux travaux de Rémi Brague, helléniste incontestable et professeur de philosophie du Moyen Âge, et de Dominique Urvoy, auteur d'une monumentale Histoire de la pensée arabe et islamique sommités que les pétitionnaires se gardent bien de mettre en cause , il a aussi accepté les contributions d'un essayiste arabisant, René Marchand, se réclamant du gaullisme et ne faisant pas mystère de sa hantise de la progression de l'islam en Europe. Horresco referens !
Si le livre de Gouguenheim avait été publié chez un éditeur marginal, le «délit» serait passé inaperçu. L'ouvrage eût été jugé inoffensif. Mais, au Seuil, une enseigne prestigieuse classée «à gauche», c'en est trop aux yeux de ses détracteurs, pour qui ce livre est une provocation dans la maison ayant publié Barthes, Lacan et Badiou. Circonstance aggravante : l'ouvrage a été défendu avec chaleur par Roger-Pol Droit dans Le Monde ! «Au Seuil, mon livre était passé sans difficulté ni opposition, explique Gouguenheim, mais il n'est pas impossible que l'émoi suscité ait provoqué un branle-bas de combat.» Propos confirmés par Patrick Boucheron, qui dirige une collection dans cette maison d'édition, mais n'a pas hésité à signer la lettre de Libération, reprochant à Gouguenheim d'avoir fait un «travail d'amateur fondé sur la compilation et l'a priori».
Marqué au fer rouge de la suspicion
Outré par ces attaques, Jacques Le Goff, médiéviste de renommée mondiale, soutient l'accusé. «Son livre est intéressant, quoique discutable», dit-il, remarquant au passage que les plus grands médiévistes se sont abstenus de signer les appels à la vindicte. D'autres prennent plus franchement sa défense. Invité par Alain Finkielkraut à débattre sur France Culture, Rémi Brague explique que le mérite de ce livre est «d'avoir braqué les projecteurs du grand public sur des questions réservées aux spécialistes»… Des intellectuels comme Malek Chebel, auteur d'un Manifeste pour un islam des Lumières, ou Abdelwahab Meddeb déclarent ne pas souhaiter discuter du livre. «Je ne l'ai pas lu, mais son a priori ne me paraît pas intéressant», se contente de dire Malek Chebel. «Je ne veux pas participer à la diffusion d'un mauvais livre dont l'actualité éditoriale ne cesse de démentir la thèse» renchérit Abdelwahab Meddeb.
À Lyon, après la tempête, l'institution universitaire semble vouloir calmer le jeu. Réuni le 19 juin, le conseil scientifique de l'École normale supérieure de Lyon «regrette que les thèses présentées dans l'ouvrage n'aient pas fait l'objet d'une présentation au sein de l'École et appelle à rétablir un climat de confiance au sein de la section histoire médiévale». De leur côté, les élèves de Sylvain Gouguenheim ont signé une pétition de soutien de leur professeur. Mais le mal est fait. Voilà l'auteur marqué au fer rouge de la suspicion. N'était-ce pas l'intention première des pétitionnaires ?
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Re: ARISTOTE, LE VRAI PROPHETE

Messagede Georges » 30 Sep 2008, 16:41

Ernest Renan, l'islam et les sciences

Le Devoir
Édition du samedi 27 et du dimanche 28 septembre 2008 </2008/09/27/>
Mots clés : Québec (province), Devoir de Philosophie, Québec (province)
Galilée n'a pas été mieux traité par le catholicisme que ne l'a été Averroès par l'islamisme, disait l'écrivain
Depuis février 2006, Le Devoir propose à des professeurs de philosophie, mais aussi à d'autres auteurs passionnés d'idées, d'histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un penseur. Cette semaine, un devoir sur une tension trop peu abordée ici, celle entre science et religion. Écrit par Yves Gingras.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences à l'UQAM, l'auteur est aussi chroniqueur à Radio-Canada, à l'émission Les Années lumière. Il a d'ailleurs publié le printemps dernier ses entretiens avec Yanick Villedieu, sous le titre Parlons sciences, chez Boréal.

On assiste depuis plus d'une dizaine d'années à une recrudescence marquée des débats opposant d'un côté les sciences, placées à l'enseigne du progrès et de la raison, et de l'autre les religions, sources, selon ses critiques, d'obscurantisme et même de fanatisme. Aux États-Unis, on s'est habitué aux luttes incessantes des fondamentalistes chrétiens contre l'enseignement de la théorie de l'évolution.

De façon générale, cependant, ces courants religieux anti-science, qui voient dans la Bible la vérité révélée, n'ont pas empêché le monde occidental d'investir massivement dans le développement scientifique et technologique. Après tout, les États-Unis, haut lieu des batailles contre Darwin et contre la recherche sur les cellules souches, sont encore une puissance scientifique inégalée. Et dans la plupart des pays de tradition chrétienne, l'Église catholique n'a plus la force temporelle qui lui a permis de mettre Copernic à l'index et de condamner Galilée pour hérésie.

Dans le monde arabo-musulman aussi, l'opposition entre une interprétation littérale du Coran et le développement scientifique pose aujourd'hui problème. Depuis quelques années, de nombreux observateurs déplorent le fait que certains pays musulmans soient «riches en pétrole mais pauvres en sciences». Ils dénoncent une lecture du Coran selon laquelle toute la science y serait déjà inscrite, ce qui empêcherait la recherche scientifique indépendante.

Arabité et islamisme

Comme le notait tout récemment encore le directeur de la bibliothèque d'Alexandrie, Ismail Serageldin, dans un éditorial de la très prestigieuse revue Science (édition du 8 août), «avec plus d'un trillion de dollars et une population de plus d'un milliard de personnes», les pays musulmans «investissent moins en recherche que les autres pays de taille et de richesse comparables». Pourquoi un tel écart? Après bien d'autres, il n'hésite pas à montrer du doigt «un milieu social de plus en plus intolérant, encouragé par des gardiens autoproclamés de la rectitude religieuse qui imposent leur interprétation étroite de la religion dans tous les débats publics».

Il est d'usage, dans de tels débats, de rappeler la grande tradition scientifique «arabe» ou «islamique» (le choix des termes est ici un enjeu) qui a fleuri dans plusieurs pays du Xe au XIVe siècle et Ismail Serageldin ne fait pas exception en rappelant qu'Ibn al-Haytham, dès le Xe siècle, a jeté les bases de la recherche empirique des siècles avant Galilée. Mais au-delà de l'usage stratégique d'un passé glorieux auquel il est fait appel pour fonder un futur plus radieux pour les sciences dans les pays musulmans, certains chercheurs veulent apporter des nuances à cet «âge d'or de l'islam».

Ainsi, dans son ouvrage récent qui a fait scandale en France, Aristote au mont Saint-Michel, l'historien Sylvain Gouguenheim s'est opposé à une «vision réductrice» qui consiste «à confondre en particulier arabité et islamisme, attribuant à l'Islam, civilisation fondée sur une religion, ce qui relève de la culture de langue arabe».

Un débat enflammé a suivi la publication de ce volume, qui vise en fait à minimiser les contributions -- pourtant avérées -- du monde arabe au développement scientifique. Toutefois, peu de commentateurs semblent avoir noté que ce débat est en bonne partie une reprise de celui lancé plus d'un siècle auparavant par l'historien français Ernest Renan (1823-1892), dans une conférence sur L'Islamisme et la science prononcée à la Sorbonne le 29 mars 1883.

Dans son discours -- republié en 2003 sous le titre modernisé de L'Islam et la science --, Renan proposait lui aussi une réponse à la question de Serageldin: pourquoi le monde musulman fait-il si peu de place aux sciences? Et comme Gouguenheim après lui, Renan annonce en ouverture vouloir débrouiller «une des plus fortes confusions d'idées que l'on commette» en entretenant «l'équivoque contenue dans ces mots: "science arabe", "philosophie arabe", "art arabe", "science musulmane". Des idées vagues qu'on se fait sur ce point résultent beaucoup de faux jugements et même des erreurs pratiques quelquefois graves».

Bien sûr, à 125 ans de distance, le contexte, les motivations et les styles d'écriture diffèrent, mais la question fondamentale demeure, qui intéressait autant Renan à son époque que de nombreux intellectuels aujourd'hui: une foi rigide en la vérité absolue et littérale du contenu d'un livre censé contenir les pensées divines est-elle compatible avec la recherche scientifique moderne?

Tout d'abord, Gouguenheim et Renan contestent, pour des raisons différentes cependant, le rôle central attribué implicitement à la religion musulmane dans le développement scientifique du monde arabe au Moyen-Âge. Le premier comme le second insistent pour rappeler que de nombreux savants écrivant leurs travaux en langue arabe étaient en fait chrétiens ou juifs, et non pas musulmans. Et à ceux qui contestent la légitimité d'une telle distinction entre langue, culture et religion, Renan répondait déjà: «Tout ce qui est écrit en latin n'est pas la gloire de Rome; tout ce qui est écrit en grec n'est pas oeuvre hellénique; tout ce qui est écrit en arabe n'est pas un produit arabe; tout ce qui s'est fait en pays chrétien n'est pas l'effet du christianisme; tout ce qui s'est fait en pays musulman n'est pas un fruit de l'islam.»

On pourrait ajouter: tout ce qui est écrit en anglais n'est pas américain... Il s'agit pour lui d'une question fondamentale de méthode et «ces sortes de distinctions sont nécessaires, si l'on ne veut pas que l'histoire soit un tissu d'à peu près et de malentendus».

Incarnant le courant rationaliste et positiviste qui voit le salut de l'humanité dans la science -- synonyme de raison --, Renan s'oppose à toute religion qui cherche à imposer sa loi à l'ensemble de la société. Celui qui pourrait encore servir d'emblème au mouvement laïque considère en effet la cause comme entendue: jamais les religions n'ont été utiles au progrès scientifique et elles n'ont fait que l'entraver.

La religion musulmane ne fait pas exception, selon lui: «L'islamisme, en réalité, a donc toujours persécuté la science.» Il s'attaque même aux «libéraux qui défendent l'islam [mais] ne le connaissent pas». Car, selon lui, «l'islam, c'est l'union indiscernable du spirituel et du temporel, c'est le règne d'un dogme, c'est la chaîne la plus lourde que l'humanité ait jamais portée».

Il ne faudrait toutefois pas penser que Renan, ancien séminariste, ait été contre toute religion. Il le dit explicitement: «Il ne s'agit pas pour le chrétien d'abandonner le christianisme ni pour le musulman d'abandonner l'islam. Il s'agit pour les partisans éclairés du christianisme et de l'islam, d'arriver à cet état d'indifférence bienveillante où les croyances religieuses deviennent inoffensives. Cela est fait dans une moitié à peu près des pays chrétiens; espérons que cela se fera pour l'islam.»

Pour cet historien de la religion chrétienne qui a écrit en 1864 une Vie de Jésus qui a fait scandale par son analyse positiviste dénuée de toute référence au caractère divin que les chrétiens reconnaissent au fondateur de leur religion -- scandale qui lui coûta d'ailleurs son poste au Collège de France --, il est clair que la religion catholique n'a pas mieux servi ses savants: il «est hors de doute, écrit-il, que Galilée n'a pas été mieux traité par le catholicisme qu'Averroès n'a été traité par l'islamisme». Et, selon lui, «la renaissance scientifique de l'Europe» ne s'est pas faite avec le catholicisme, qui «lutte encore pour empêcher la pleine réalisation de ce qui résume le code rationnel de l'humanité, l'État neutre, en dehors des dogmes censés révélés».

De même, il ne croit pas à «une science admise par l'islam, tolérée par l'islam», et affirme au contraire que la «régénération des pays musulmans ne se fera pas par l'islam: elle se fera par l'affaiblissement de l'islam». Et Renan ne serait pas surpris de voir aujourd'hui les fondamentalistes chrétiens et musulmans -- si éloignés sur d'autres thèmes -- s'accorder facilement dans leur croisade commune contre la théorie de l'évolution.

Une défense de la raison

Bien sûr, le ton est ferme et reflète une époque révolue qui n'avait pas encore connu le langage feutré et euphémisé aujourd'hui dominant. Mais au-delà de la forme nécessairement marquée par son époque, le fond demeure d'actualité: une défense résolue de la raison dont on retrouve aujourd'hui l'écho dans l'éditorial du directeur de la bibliothèque d'Alexandrie, cité plus haut.

L'intervention énergique de Renan n'est pas passée inaperçue. Moins de deux mois pus tard, Jamal al-Din Afghani (qui signe Gemmal-Eddine Afghan), un intellectuel musulman chiite, probablement d'origine iranienne, activiste politique promoteur d'une vision moderne de l'islam, répond à Renan dans les colonnes du Journal des débats, qui avait publié le texte original de la conférence.

Selon Al-Afghani, «aucune nation à son origine n'est capable de se laisser guider par la raison pure». C'est l'évolution naturelle des sociétés qui leur permet de s'affranchir des religions: «S'il est vrai que la religion musulmane soit un obstacle au développement des sciences, peut-on affirmer que cet obstacle ne disparaîtra pas un jour? En quoi la religion musulmane diffère-t-elle sur ce point des autres religions? Toutes les religions sont intolérantes, chacune à sa manière.»

En songeant que «la religion chrétienne a précédé de plusieurs siècles la religion musulmane», Al-Afghani ne peut s'empêcher «d'espérer que la société mahométane arrivera un jour à briser ses liens et à marcher résolument dans la voie de la société occidentale pour laquelle la foi chrétienne, malgré ses rigueurs et son intolérance, n'a point été un obstacle invincible. Non, je ne peux admettre que cette espérance soit enlevée à l'islam».

Il dit plaider ainsi la cause «non de la religion musulmane, mais celle de centaines de millions d'hommes qui seraient ainsi condamnés à vivre dans la barbarie et l'ignorance». Car il admet avec Renan que, comme la religion chrétienne, «la religion musulmane a cherché à étouffer la science et à en arrêter le progrès».

À la question de savoir comment expliquer le déclin de la civilisation arabe après le XVe siècle, il répond comme Renan et de nombreux autres penseurs depuis: «Ici, la responsabilité de la religion musulmane apparaît tout entière. Il est clair que partout où elle s'établit, cette religion a cherché à étouffer les sciences et elle a été merveilleusement servie dans ses desseins par le despotisme.» C'est justement à ce genre de despotisme religieux que le directeur de la bibliothèque d'Alexandrie demande aujourd'hui de résister. Selon lui, le développement des sciences a besoin de plus que de l'argent; il repose en fait sur la liberté: «Liberté de chercher, de critiquer, de penser, d'envisager l'impensable.»

Pour cela, conclut-il, il faut s'engager «à combattre pour les valeurs de la science et rejeter l'obscurantisme, le fanatisme et la xénophobie». Un tel combat sera difficile, mais il «libérera les esprits de la tyrannie de l'intolérance, de la bigoterie et de la peur, et ouvrira les portes à la recherche libre, à la tolérance et à l'imagination». Bien que séparés par 125 ans d'histoire, Ernest Renan, Jamal al-Din Afghani et Ismail Serageldin portent le même message.

La situation de l'homme

Pour Renan, qui semble croire que la religion finira un jour par disparaître ou devenir totalement inoffensive, «la science seule peut améliorer la malheureuse situation de l'homme ici-bas». Plus réaliste, Al-Afghani affirme plutôt que, «tant que l'humanité existera, la lutte ne cessera pas entre le dogme et le libre examen, entre la religion et la philosophie, lutte acharnée dans laquelle, je le crains, le triomphe ne sera pas pour la libre pensée parce que la raison déplaît à la foule».

Et sa conclusion sera la nôtre: «La science, si belle qu'elle soit, ne satisfait pas complètement l'humanité qui a soif d'idéal et qui aime à planer dans des régions obscures et lointaines que les philosophes et les savants ne peuvent ni apercevoir ni explorer.»
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