http://www.midilibre.com/articles/2009/ ... ifier.php5Le père affamait ses huit enfants pour les « purifier »Publié à 6 h - Remis à jour à 14 h 50 - Le procureur de la République de Perpignan Jean-Pierre Dréno a qualifié aujourd'hui d'"illuminé" le père de famille incarcéré lundi à Perpignan, avec son épouse, pour avoir maltraité et privé d'aliments et de soins huit de ses enfants, au nom de la religion musulmane.
"Ca va bien au delà de la pratique religieuse rigoureuse", a déclaré le procureur, rejetant tout amalgame entre ces sévices et la pratique de la religion musulmane. "C'est pas le cas du tout. Là, on a un illuminé, avec un fonctionnement qui s'apparente à celui d'une secte", a-t-il estimé.
Le père de famille, d'origine marocaine, et son épouse d'origine slave, convertie à l'islam, âgés respectivement de 49 ans et 50 ans, ont été mis en examen et écroués lundi pour privation d'aliments et de soins au point de compromettre la santé des enfants mineurs, pour manquement à leurs obligations légales et violences habituelles sur mineurs.
Les gendarmes avaient perquisitionné samedi le domicile du couple vivant à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), après avoir été informés que l'un des enfants du couple, un garçon de 13 ans, mesurant 1,65 m et ne pesant que 32 kg avait été signalé fouillant dans les poubelles à la recherche de nourriture. L'enfant portait des traces de coups sur le visage et sur les bras.
"L'adolescent, grelottant, des traces sanguinolentes sur le visage, pieds nus, avec des engelures, d'une extrême maigreur, a expliqué qu'il venait de subir une correction parce qu'il avait volé une poignée de sucre en poudre", a indiqué le procureur, précisant que sa mère l'avait frappé à l'aide d'un bâton et du pot de verre contenant le sucre. Son père, marchand ambulant sur les marchés, a expliqué aux enquêteurs qu'il fallait rééduquer son fils car "il était un peu habité par le mensonge".
Le fait qu'il ait maigri "était un bon signe. Ca voulait dire qu'effectivement on avait extirpé le mensonge qui était en lui", a-t-il estimé.
Lors d'une perquisition samedi au domicile familial, les gendarmes ont découvert les autres enfants dans un état tout aussi déplorable, deux fillettes du couple, âgées de 15 ans et de 13 ans et demi, ne pesant chacune que 22 kg.
"On a comparé la taille et le poids des enfants et leur indice de masse corporelle (...), on est en bien en deçà de la normale, en insuffisance pondérale", a indiqué M. Dréno. "Le père a expliqué l'absence de provisions, de denrées dans le frigo et sur les étagères de la cuisine en indiquant qu'il avait découvert depuis quelque temps les vertus des aliments biologiques, qui participaient à la purification de la famille et de ses enfants", a-t-il ajouté.
"Les parents ont expliqué qu'ils sont des pratiquants de la religion musulmane et qu'ils pratiquent scrupuleusement leur religion et considèrent qu'un régime alimentaire très strict s'impose", a précisé le magistrat. Des châtiments corporels étaient infligés "lorsque les règles dictées par le chef de famille n'étaient pas respectées".
Selon le procureur, les aînées ne fréquentaitent plus le collège à cause de l'interdiction du port du voile: "Elles étudiaient sous le contrôle de la mère à la maison via le centre national d'enseignement à distance (Cned)", a encore indiqué le procureur, précisant
que la famille vivait "en autarcie, sans relation avec les voisins" de leur HLM.
Trois des huit enfants vivant au domicile familial, les plus amaigris, ont été hospitalisés, les autres ayant été placés dans un foyer. Une expertise médico-psychologique a été demandée pour l'ensemble des enfants, âgés de 7 à 17 ans.
Plus d'un mois après la découverte du calvaire du petit Dylan à Millau, une affaire de maltraitance est dévoilée à Banyuls.« Avant de les conduire au foyer dimanche soir, les gendarmes se sont arrêtés au fast-food. Les enfants avaient les yeux écarquillés, ils avaient l'air de découvrir un monde nouveau. » Depuis ce week-end, les huit enfants d'un couple de Banyuls-sur-Mer dans les Pyrénées-Orientales, âgés de 7 à 17 ans, ont été soustraits à leur famille par la justice. Ils ont été placés dans un foyer et, pour trois d'entre eux, qui souffrent de malnutrition grave, au service de pédiatrie de l'hôpital de Perpignan.
Les parents ont, eux, été incarcérés lundi soir, pour « privation d'aliments et de soins compromettant la santé d'un mineur, manquement par un parent à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité et l'éducation d'un enfant mineur, violences habituelles sur mineur ». Derrière ces termes juridiques se cache une réalité hors du commun : celle d'une famille vivant en vase clos, coupée de la société, « selon des pratiques qui font penser à celles en vigueur dans certaines sectes », estime Jean-Pierre Dreno, le procureur de la République de Perpignan.
C'est vendredi matin qu'un habitant de Banyuls décide d'appeler les gendarmes, en voyant dans quel état se trouve un adolescent de 16 ans qu'il connaît bien. Le garçon est « prostré, pieds nus, grelottant, le visage portant des traces de sang », raconte le magistrat. « Il avait le crâne ouvert et était en train de faire les poubelles », confie une jeune fille de Banyuls. Vu sa maigreur effrayante, le garçon est hospitalisé : il mesure 1,65 m, mais ne pèse que 32 kg. Aux gendarmes qui l'accompagnent, il explique qu'il vient d'être frappé par sa mère, parce qu'il avait volé une poignée de sucre : elle l'a frappé sur la tête avec le pot, puis sur les bras, avec un bâton. L'adolescent décrit aussi un quotidien familial marqué par une extrême sévérité paternelle, et une pratique scrupuleuse de la religion musulmane.
Les gendarmes décident donc d'interpeller les parents, dès samedi matin dans l'immeuble HLM du Puig de Mas II.
Ce que découvrent ensuite les enquêteurs est édifiant. Un logement « spartiate, sans mobilier, des chambres sa ns lit, avec des couvertures en guise de matelas ». La cuisine et le salon sont fermés à clé, le frigo est presque vide, alors que vit là le couple avec sept autres enfants. Un autre garçon et six filles, dont deux présentent des symptômes inquiétants : âgées de 13 ans et demi et quinze ans, elles ne pèsent toutes les deux que 22 kg. Elles ont aussi des engelures aux pieds, car elles vivent à la maison sans chaussure. Toutes deux ont également été hospitalisées, et soumises à un régime hyperprotéiné.
Pendant que les parents sont placés en garde à vue, les enfants sont interrogés. Ils décrivent un quotidien rythmé par les ablutions rituelles et les prières, un régime alimentaire très succinct. Seuls les trois plus jeunes sont scolarisés en primaire. « Les contacts pris avec l'inspection académique font état derelations conflictuelles entre la mère et l'équipe éducative, et d'absentéisme », indique le procureur. « Ces relations laissent à penser que les enfants pouvaient voler les goûters de leurs petits camarades. » Les adolescentes, elles, ont cessé d'aller au collège à la puberté, parce que l'établissement refusait qu'elles s'y rendent voilées. « La seule affaire de voile à l'école que nous ayons eu dans le département en 2003 l'a été avec cette famille », rappelle le magistrat. Depuis, elles suivent, théoriquement, des cours par correspondance.
Les enfants vont être prochainement soumis à une batterie d'examens médicaux et psychologiques, afin que l'on détermine avec précision l'ampleur des dégâts causés par cette vie. Les parents, eux, encourent sept ans de prison.
François BARRERE