de ajm » 10 Juin 2006, 19:47
Normal: qui est dépourvu de tout caractère exceptionnel, qui est conforme au type le plus fréquent, qui se produit selon l’habitude. Sain: qui est en bonne santé, qui n’est pas malade, dont l’organisme est bien constitué et fonctionne normalement, sans trouble d’une manière habituelle.
«Sainement normal» est donc presque un pléonasme. Mais cette expression a un sens plus précis et plus parlant lorsqu’on l’oppose à son inverse, «normalement sain», qui désigne plutôt une santé moyenne, c’est-à-dire presque médiocre, tandis que «sainement normal» évoque plutôt une normalité réjouissante.
Les «idées rigides et préconçues», en l’occurrence, sont celles qui s’imposent dès que l’on évoque le terme d’esclavage à notre époque et qui consistent à confondre l’esclavage avec l’esclavagisme, qui est l’exploitation de l’esclavage. Pour briser ces idées, on peut par exemple évoquer l’opposé de cette définition, soit son aspect entièrement positivé –l’esclavage dans l’amour. L’être amoureux, vraiment amoureux, fou amoureux, peut rêver comme d’un bonheur sublime de se faire l’esclave de la personne aimée. Et si cette dernière à le même rêve, alors l’amour et son esclavage deviennent bel et bien sublimes.
Les gens qui savent maîtriser, en eux-mêmes, les sentiments qu’évoquent de telles descriptions sont prêts à examiner d’un œil clair les tenants et aboutissants d’un état qui ressemblerait à l’esclavage mais dont on aurait ôté les aspects répugnants. Quitte à le refuser, bien sûr, mais en connaissance de cause.
C’est là l’effet de la culture dans ce qu’elle a de plus bénéfique – elle parvient à nous faire dépasser, le cas échéant, les sentiments frustes dont nous avons dû nous habitués, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, à nous servir en présence de stimuli spécifiques. L’absence de culture, ou son remplacement par des croyances strictes et rigides (suivez mon regard), conduit les gens à se comporter de manière indifférenciée, exagérée, outrancière, dans certaines situations précises – celles dont les croyances en question ont fait largement usage pour fonder leur message.
Mais attention, l’usage de la culture peut aussi être exagéré. S’il est trop cérébral, pratiqué par des gens qui oublient, par négligence ou par malice, de vraiment internaliser les sentiments qu’ils évoquent, il peut mener à une dangereuse attitude d’équivalence ou de relativisme absolu. Et les victimes du remplacement culturel évoqué plus haut ne sont pas insensibles à cette pente. Au contraire.
Et là aussi, l’expression «sainement normal» est extrêmement utile pour désigner un juste milieu, une situation sereine, sans fracas, sans outrances, sans caractère exceptionnel. Si ce n’est peut-être, pour quelques élus, l’appel de l’amour fou, ou du génie ou de la vocation, de la mission. Et, encore une fois, si la société, vraiment, est sainement normale, alors il est d’autant plus probable que les amoureux fous, les génies, les grands esprits qui s’en dégageront auront des actions bénéfiques pour cette société, car ils n’y trouveront rien d’excessif à condamner ou à éliminer et sauront en apprécier la quiétude, le sentiment de douce sécurité qui en émane.
C’est pourquoi, je pense, les lois ont tant d’importance pour la qualité d’une société. Car si elles n’en préservent et n’en favorisent pas la saine normalité, au sens décrit plus haut, alors les êtres d’exception qui en seront issus participeront plutôt des exagérations que les (mauvaises) lois tolèrent ou encouragent. Et le résultat sera atroce. Alors, il est fort probable, par exemple, que l’esclavage y devienne l’esclavagisme. Et que l’amour fou y soit découragé, écrasé, puni. De mort. Indigne. En place publique.
Les droits fondamentaux doivent toujours être respectés – dans les cas de détresse comme dans tous les autres. L’un d’entre eux n’est-il pas le libre choix de son destin? Si je veux me faire l’esclave de quelqu’un, de quel droit m’en interdire la possibilité?
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