Presse Canadienne
Téhéran ne "réagit pas bien à la pression". C'est ce qu'a déclaré samedi l'ambassadeur d'Iran auprès des Nations unies, assurant cependant que son pays cherchait à résoudre la crise née de son programme nucléaire, au lendemain du rapport de l'AIEA qui a confirmé ce que tout le monde savait: l'Iran n'a pas cédé aux injonctions de la communauté internationale et a réussi pour la première fois à enrichir de l'uranium.
A la BBC, Javad Zarif a expliqué que Téhéran était prêt à coopérer avec l'Agence internationale de l'énergie atomique: "Il y a une multitude de possibilités pour arriver à une solution, si nous partons du principe de base que l'Iran a le droit (au nucléaire) (...) et que l'Iran ne devrait pas chercher à développer des armes nucléaires".
"Je crois que si vous partez de ces deux principes et ne fixez pas de lignes rouges arbitraires, alors nous serons en mesure d'aboutir à une solution négociée acceptable pour tous", a-t-il ajouté, estimant que l'Occident avait crée "une crise inutile" en saisissant le Conseil de sécurité: "cela ne sert à rien, parce que l'Iran ne réagit pas bien à la pression".
Vendredi, le nouveau rapport de l'AIEA a confirmé que l'Iran n'avait pas obtempéré en gelant ses programmes d'enrichissement d'uranium. Du coup, les pays occidentaux (Etats-Unis, Grande-Bretagne et France) disposant d'un droit de veto au Conseil dé sécurité ont annoncé leur intention de présenter une nouvelle résolution la semaine prochaine.
De leur point de vue, il s'agirait d'un texte contraignant, placé sous le Chapitre VII de la Charte de l'ONU. C'est-à-dire assorti de la menace de sanctions et à terme du recours à la force. Les chefs de la diplomatie des cinq membres permanents, plus l'Allemagne, se retrouvent le 9 mai à New York pour discuter de la prochaine étape.
Cette nouvelle montée en puissance embarrasse les deux autres membres permanents, Chine et Russie. Proches et clientes du régime de Téhéran, elles s'opposent à des sanctions et veulent que l'AIEA garde la maîtrise du dossier.
Ce fossé entre les "Cinq" aura déjà provoqué des semaines de négociations péniples avant de déboucher sur la résolution du 29 mars, qui fixait un ultimatum d'un mois à Téhéran. La nouvelle phase de tractations ouverte par le rapport de l'AIEA s'annonce encore bien plus laborieuse.
Les Cinq sont cependant d'accord sur un point capital: priorité à la diplomatie.
Mais le nouveau rapport du directeur général de l'AIEA Mohamed El-Baradei est particulièrement dur: outre la réussite pour la première fois de l'enrichissement de l'uranium, il accuse Téhéran d'avoir failli à la coopération avec l'agence et de ne pas apporter d'éléments rassurants sur la vraie nature de son programme prouvant qu'il est bien destiné à un usage exclusivement civil. Autre nouveauté du rapport, l'Iran pourrait avoir utilisé du plutonium d'une origine inconnue, cet élément atomique servant à la fabrication de bombes.
Face à la communauté internationale, l'Iran reste intransigeant. "La nation iranienne se fichera de ce type de résolutions inutiles", lançait vendredi le président Mahmoud Ahmadinejad.
L'enrichissement continue, a expliqué pour sa part le numéro deux du programme nucléaire, Mohammad SaJidi, annonçant en outre l'installation de deux nouvelles cascades de 164 centrifugeuses à Natanz. L'Iran serait en revanche prêt à permettre le retour des inspecteurs dans ses installations nucléaires, mais uniquement si le dossier revient à l'AIEA. Téhéran avait fermé la porte aux inspecteurs en février, riposte à la saisine du Conseil de sécurité.
Au Conseil, c'est l'ambassadeur de Washington John Bolton qui a adopté la ligne la plus dure. Il y a "urgence" à activer le Chapitre VII et à donner à Téhéran un "très bref" délai pour obéir, a-t-il estimé. Son collègue britannique Emyr Jones Parry rappelait lui que la priorité reste bien entendu
à la solution diplomatique, et parlait d'une "approche calibrée et réversible si l'Iran est prêt à respecter totalement les souhaits de la communauté internationale".
Le représentant de Pékin Wang Guangya notait pour sa part l'opposition de son pays au recours au Chapitre VII: "la région est déjà compliquée (...) nous ne devrions pas faire quoi que ce soit qui rende la situation encore plus compliquée". "Des sanctions ne sont pas le moyen de résoudre le problème iranien, en tout cas pas au stade actuel", renchérissait l'ambassadeur russe Konstantin Dolgov.
http://www.matin.qc.ca/monde.php?article=20060429085046
