Le vote de la Tunisie n’est ni une surprise, ni incompréhensible.
C’est le vote du ras le bol.
Au même titre que les français sont à deux doigts de voter FN, au même titre que les allemands ont voté pour les national-socialistes en pleine crise économique.
Ils sont las de la corruption, de l’hypocrisie, des inégalités et de l’amoralisme, du modèle occidental. Et l’amoralisme n’est pas un vain mot : il est l’attitude qui consiste à ne jamais prendre position, la neutralité non pas bienveillante mais léthargique qui accompagne le libéralisme économique (qui prend largement le pas sur le libéralisme social).
Ils le disent clairement : laissez-nous gérer nous-mêmes notre pays, nous ne voulons pas de votre démocratie.
Or il faut les comprendre : quel choix ont-ils eu ?
Voter pour un quelconque parti occidentalisé et continuer la mascarade du mauvais goût occidental ou oser le réel changement ?
Mais voilà l’endroit où blesse le bât :
la vie commune et normale des démocraties est de tanguer gentiment entre un pôle moyennement conservateur et libéral économiquement et un pôle moyennement réformateur et social. Les moments de crise indiquent le ras le bol, la nausée du peuple devant ce tangage et le besoin qu’il a de sortir de ce bateau démocratique. Alors il vote pour ce qu’il croit être une nouveauté : un parti extrémiste.
Car la réelle nouveauté est très rare en politique : les groupes humains ne sont pas capables de s’attacher aux véritables positions révolutionnaires. Quand c’est trop neuf, ça fait peur. Alors ils se rabattent sur quelque chose qui a toujours existé dans les marges des systèmes politiques démocratiques (les extrêmes dangereux) mais qui leur paraissent neufs dans les situations de blocage du système.
Les mouvements initiés durant le printemps arabe étaient des soulèvement contre des dictateurs ayant maintenu une chape de plomb au dessus du peuple tandis qu’ils se compromettaient largement avec les puissances occidentales.
Ces peuples croient que les islamistes ne sont pas de ce jeu car ils se présentent comme anti-occidentaux.
Ils ignorent que les américains jouent encore plus facilement avec leurs camarades les islamistes. Ils ignorent que voter pour les islamiste, c’est non seulement accepter la terreur islamiste mais aussi accepter que les inégalités du modèle américain s’imposent d’une manière encore plus radicale et sans limite. Sans le savoir, en votant « islamistes », ils renforcent les américains.




