de botchan » 03 Mar 2010, 19:22
Je ne mettrais pas Sifaoui dans le même sac que Ayaan Hirsi Ali, Wafa Sultan ou Ibn Warraq. D'abord, lui est resté musulman, tandis que les trois autres ont apostasié. En soi, ce n'est pas forcément une différence hautement significative, mais il y a plus. Certes, il a mené un combat courageux contre l'intégrisme musulman, en mettant sa propre vie en danger ; il a eu des prises de position d'une lucidité et d'une franchise qu'on trouve rarement chez ses corréligionnaires (voir par exemple sa préface à Gaza le grand mensonge de Claude Moniquet). Pour cela, j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour lui.
Mais comme beaucoup de musulmans dit "modérés", et contrairement aux véritables combattants pour la civilisation et la liberté que sont Hirsi Ali, Sultan et Ibn Warraq, il a toujours refusé de se rendre à l'évidence : que toutes les horreurs qu'il dénonce et combat trouvent leur source dans les textes fondateurs que sont le Coran et la sunna, et que le problème de l'islamisme, c'est, avant tout, l'islam. En cela, il est finalement assez proche d'un Malek Chebel. Cela le met dans une position ambiguë, où d'un côté il se bat contre les effets, et de l'autre contribue à perpétuer les causes en les balayant sous le tapis, à l'abri des regards critiques.
Ses mensonges par omission mettaient déjà un bémol à l'admiration que j'avais pour son combat contre l'"islamisme". Sa polémique avec Riposte Laïque l'a fait encore baisser d'un bon cran dans mon estime. Rappelons que, suite à un article d'une collaboratrice de ce site qui critiquait la pratique du ramadan, Sifaoui - qui le pratique lui-même - s'est lancé sur son site dans une diatribe hystérique contre Riposte Laïque, n'hésitant pas à recourir à la calomnie, aux insultes les plus basses et aux amalgames grossiers (critique de l'islam = racisme, etc.) pour tenter de discréditer ceux qu'il semble considérer comme ses adversaires.
Cette schizophrénie est, me semble-t-il, courante chez les musulmans qui prennent conscience de l'horreur de leur religion, mais dont le solide conditionnement rend l'apostasie tellement douloureuse qu'ils ne tirent jamais les conséquences pratiques de cette prise de conscience, et restent plongés dans l'incohérence.
Sifaoui lui-même en a fait l'aveu dans le film "C’est dur d’être aimé par des cons". Après y avoir déclaré, à propos des attentats islamistes et des menaces de mort à son égard que "s’avouer que ces actes et cette violence était le fait de musulmans lui était très difficile.", il s'entend demander par le journaliste qui l'interviewe : "pourquoi est-ce difficile ?". Voici sa réponse (Sifaoui a reçu une éducation religieuse solide et a été un musulman pur et dur avant de commencer à se poser des questions) :
"On a été élevés dans une société où on nous a appris que nous étions dans une société aseptisée, où il n’y avait que du bien, et que le mal était toujours ailleurs. Certainement pas chez nous, mais ailleurs. Quand je dis très souvent que dans le monde musulman on enlève à l’individu tout esprit critique, c’est parce qu’on lui inculque une telle arrogance ... on façonne, dans le monde arabo-musulman et dans les sociétés musulmanes, l’individu à être suffisant. Moi je le vois régulièrement, et j’ai beaucoup de mal avec ça. Y compris ceux qui sont résolument et sincèrement anti-intégristes. Par exemple, quand ils se retrouvent avec des non-musulmans, ils ont beaucoup de mal à le dire clairement, à critiquer d’autres musulmans."
Ayaan Hirsi Ali, Wafa Sultan et Ibn Warraq ont fait le pas nécessaire pour être cohérents avec eux-mêmes. Sifaoui, lui, est encore embourbé dans un marais de contradictions qui, à côté de prises de position admirables, lui fait tenir aussi des propos aberrants, parfois odieux, et à coup sûr dommageables au combat contre l'emprise de cette idéologie criminogène et totalitaire qu'est l'islam sur le monde. Sifaoui est-il un idiot utile ? Il faudrait pour cela qu'il soit "idiot", c'est-à-dire inconscient que ses déclarations font progresser, indirectement, la cause qu'il prétend combattre. Et je ne suis pas sûr qu'il soit idiot à ce point. J'ai plutôt l'impression qu'il est tiraillé entre deux tendances contradictoires, dont l'une est profondément enracinée en lui, et qu'il n'arrive pas à se dépétrer.