La finance islamique c'est la loi islamique
Par Dave CLARK
La finance conforme à la charia est invitée et encouragée dans tous les pays occidentaux. Cet article vise à lever le voile sur les mensonges et les mythes qui lui sont associés, en particulier l'argument économique. Il est rédigé dans le contexte de l’Australie mais est applicable à tout pays civilisé.
Les principaux arguments en faveur de la finance islamique sont :
1. Rendre service à la communauté musulmane qui actuellement ne disposerait pas de la liberté de choisir. Pourtant la finance islamique est de création très récente, les musulmans ont tout juste commencé à en entendre parler et de récentes études montrent qu’elle stagne par manque d’intérêt desdits musulmans. Ce qui n'est pas surprenant, la finance islamique est plus chère et personne n’a envie de payer plus pour leurs produits. …
En outre de nombreux musulmans la voient quand même pour ce qu'elle est vraiment. Le Dr. Mohamed Ariff, professeur à l’université Bond, commentant le scepticisme de la communauté musulmane énonce : "Beaucoup disent que les banques islamiques ne sont pas vraiment différentes des banques classiques et jouent sur les mots, la sémantique et ainsi de suite en employant des mots arabes qui sonnent très islamiques mais que, si vous grattez un peu, vous voyez que ce n'est pas si différent des produits financiers classiques. Donc, cette préoccupation existe. "[34]
Le peu de succès des produits financiers islamiques a été récemment très médiatisé en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud : "L'Afrique du Sud compte une population musulmane de plus de deux millions de personnes et beaucoup d'entre elles sont établies dans le commerce et les professions libérales.... Mais le recours aux produits du système financier islamique par les entreprises appartenant à des musulmans ne peut au mieux qu’être qualifié de faible."
2. La finance islamique serait socialement éthique parce qu'elle applique les principes islamiques. Je ne vais pas commencer à perdre mon temps à rendre la justice qu'elle mérite à cette idée ridicule et laisse ce soin aux centaines d'articles déjà publiés sur ce site. Cet argument se fonde en outre beaucoup trop lourdement sur le postulat que les produits à base de viande de porc sont l'une des plus grandes menaces qui pèsent sur la planète.
3. La finance islamique va nous donner accès aux capitaux en pétrodollars. C’est possible mais ces capitaux nous arrivaient déjà sans avoir besoin de cet incitant purement politique et, en tout cas, se mettre à genoux pour cet argent c’est le payer d’un prix trop élevé.
4. La finance islamique serait bonne pour l'économie et basée des principes économiques sains et utiles à la société.
C'est sur ce point que je veux me concentrer ainsi que sur l’insécurité juridique qu’elle va créer.
Non seulement cet argument est sans fondement et faux, mais la finance islamique est en réalité mauvaise pour l'économie et rien que pour cela elle devrait être écartée.
Pourtant, c’est surtout cette fiction qui permet à cette industrie de se vendre, à l'Islam de s’implanter dans notre économie et risque de finir par lui donner le pouvoir. C'est la duperie suprême, la tactique du loup dans la bergerie et il n'y a ni lapidations ni décapitations pour nous faire réfléchir mais un flot continu de poudre aux yeux et de mensonges destinés à nous faire croire que nos économies en tireront profit.
Etude de cas sur les structures artificielles et inefficaces de la finance islamique
La finance islamique c’est la primauté de la forme sur le fond : rigidité et inefficacité. Comment ?
A titre d'exemple, voici le mécanisme classique d’un prêt hypothécaire. La banque acquiert sur la maison une part de co-propriété correspondant au montant de son prêt (NB : généralement 100% de la maison au départ.) Vous devez ensuite «louer» auprès de la Banque la partie de l’immeuble qu’elle possède. Chaque mois, vous rachetez donc à la banque une fraction de sa part (remboursement du principal) tout en lui payant un "loyer" (intérêts). Le « loyer » est calculé en fonction d’un « taux du marché » qui fluctue en fonction des mêmes mécanismes que ceux employés par une banque qui veut faire payer un intérêt variable.
Si vous n’êtes plus en mesure de payer, la banque peut alors mettre en vente la maison, le montant de la vente étant partagé en proportion des parts respectives. En cas de défaut de paiement, la banque peut aussi récupérer le principal en vous obligeant à racheter sa participation dans la maison au prix de l'encours.
Techniquement, vous signez un nouveau bail chaque mois et c'est ainsi que le « loyer » peut fluctuer (et respecter la charia puisque le loyer reste inchangé pendant la durée de votre bail d’un mois). De votre côté, vous vous engagez à renouveler le bail chaque mois jusqu'à ce que le principal soit complètement remboursé.
Donc il n'y a absolument aucune différence dans le profil du risque financier, les intérêts ou les droits de la Banque. Aucune. John Foster, ancien rédacteur en chef de Islamic Business & Finance déclare : «même si le produit est revêtu de termes arabes tels que Mudarabah ou Ijara, il consiste en une hypothèque, il s'agit d'un prêt hypothécaire et dire autre chose relève de la sémantique. "[10]
Mais au lieu de faire un emprunt, vous concluez une série de contrats avec la banque :
1. Un contrat de crédit-bail simple (ijara)
2. Un contrat où la banque achète en son nom la maison pour vous (moyennant une avance) et vous la revend (avec paiement échelonné) avec une marge bénéficiaire fixée d’avance ou alors, un accord de Musharaka où vous formez une association de « joint venture» avec la banque pour acheter la maison et où les parts de la banque dans l’association "diminuent" au fur et à mesure que vous les lui «rachetez » jusqu'à transfert complet de la propriété.
3. Pour les bâtiments à construire : un accord istisna par lequel la banque vous avance les fonds pour construire la maison. Une fois la maison finie, la banque en devient propriétaire et vous la loue avec option d’achat.
4. Un contrat de crédit-bail avec promesse d’achat du bien par le « loueur » à l’expiration de la soukouk
5. Un engagement du « bailleur » de vendre la propriété au locataire à un prix convenu à la fin du soukouk
6. Un Servicing Agency Agreement (en vertu de la charia un propriétaire ne peut faire payer au locataire les assurances et les gros travaux d'entretien, la banque vous charge donc à titre d'agent de veiller à l’entretien du bien faisant l’objet de la soukouk)
7. Une lettre d'accompagnement clarifiant les conditions du prêt (en vertu de la charia une transaction ne peut être conditionnelle mais il suffit juste de ne pas le dire aux oulémas ...)
Dans l’exemple de la location vous concluez une location fictive, et non un prêt, et donc les options de flexibilité habituelles ne sont pas disponibles.
Comment cela aidera-t-il l'économie si les ressources ne peuvent être rapidement et efficacement utilisées et mobilisées là où elles sont le plus nécessaires ? Les mêmes questions se posent au niveau des entreprises et c'est un véritable frein à l'économie. Que ce soit une Ijara pour le financement d'actifs, une Musharaka ou une Mudharaba où la banque et l'emprunteur font semblant de s'associer dans un investissement commun ou les contrats d'agence, vous vous retrouvez toujours coincé dans un cadre contractuel artificiel et contraignant qui doit être respecté et n’est qu’un piètre ersatz de son homologue conventionnel.
Et puis il y a des techniques de financement des entreprises (qui s'appliquent également pour les prêts aux particuliers) où un mécanisme entièrement fictif d’achat/vente de métal précieux est utilisé pour produire un prêt à usage général. Cela simplifie un peu mais reste une structure rigide qui patine lamentablement sur le front de l'économie réelle.
Si une entreprise ne peut pas utiliser et appliquer les ressources rapidement et efficacement, la croissance et l'investissement sont bridés.
C'est ce que le Dr Mohamad Nedal Alchaar, secrétaire général de la Accounting and Auditing Organisation for Islamic Financial Institutions (AAOIFI) a reconnu en 2008 suite à un rapport de l’AAOIFI selon lequel plus de 80% de tous les soukouks (NB : terme arabe employé pour désigner les produits financiers conformes au Coran) sont non-conformes à la charia et aux critiques qui s’en sont suivies sur la rigidité de la finance islamique : «Bien que la finance islamique doive dans une certaine mesure être souple, il est essentiel que les produits et services financiers commercialisés sous le label « islamique» puissent passer le test de conformité à la charia. Les normes (de l’AAOIFI) définissent et clarifient les paramètres de la charia au sein desquels des innovations peuvent avoir lieu, "[8]
L'un des plus influents acteurs de la finance islamique avoue donc que la charia passe avant la flexibilité. Et s’il y a bien une chose que nous nous savons, c’est que la charia n'est pas flexible.
Les contrats de financement doivent être en même temps conformes à la charia et aux lois laïques de la nation. Pour les contrats de financement classiques, il suffit de respecter ces dernières. Le bon sens ne vous souffle-t-il pas que si vous devez appliquer deux législations en même temps vous obtenez un système financier plus lent et plus restrictif ?
Et même si « l'innovation » va bon train pour créer des copies "islamiques" des produits financiers classiques, quel sens y a-t-il à limiter la capacité d'une banque à créer des solutions de financement appropriées en fonction des circonstances ?
La spéculation
Il existe un mythe absurde que la finance islamique interdirait la spéculation ou les prises de risque excessives.
Si c'est le cas, je voudrais poser les questions suivantes :
1. Pourquoi la Amlak et la Tamweel, deux banques islamiques des Emirats Arabes Unis (E.A.U.), ont-elles fait faillite lors de l'effondrement de la bulle immobilière au Moyen-Orient ? Alors que les prix de revente des propriétés avaient doublé par rapport à leurs prix de vente initiaux, ces deux banques continuaient allègrement à octroyer des prêts allant jusqu'à 90% du Loan to Value Ratio (LVR) sur des valeurs gonflées. (NDLR :le LVR est le rapport, à une date donnée, entre d’une part le montant ou l’encours en principal d’un prêt immobilier et d’autre part, la valeur de marché du ou des actifs immobiliers financés par ce prêt.)
2. Pourquoi au Koweït la Global Investment House et la Dar Investment ont-elles fait faillite ?
3. Que l’on m’explique la logique de la politique commerciale des banques islamiques du Moyen Orient, particulièrement la Dubai Islamic Bank (DIB), détenue par le gouvernement de Dubai, qui s’est coulée à coup de folies bancaires et de spéculations stupides. Allons-nous évoquer l'Al Saad Group et les nombreux milliards que la DIB à prêté à Dubaï World ? Ils ne sont pas prêts d’avouer le montant total de leurs pertes, mais nous savons que la DIB a perdu sa culotte dans le promoteur immobiler Nakheel qui, entre autres, construit dans le golfe Persique des châteaux de sable géants de plusieurs milliards de dollars en forme de mappemonde et de palmiers. Ils ont également perdu au moins 135 millions de dollars dans un projet de construction au beau milieu du désert de "The Plantation", le plus grand club polo (et mirage) du monde.
Voici ce que The National dit de la DIB: "La banque a perdu son crédit en raison d’inquiétudes sur la qualité de ses actifs et de sa vulnérabilité dans le secteur immobilier". [3] Moi je dirais en raison de ses spéculations !
Et vous savez quoi ? Ce ne sont même pas les vraies mauvaises nouvelles ! "L'ampleur des problèmes n'apparaît pas encore clairement dans les bilans des banques car elles ont utilisé diverses techniques comptables pour masquer leurs pertes" A déclaré Sohail Zubairi, directeur général du Dar Al charia (conseil de surveillance de la charia) de la Dubai Islamic Bank. [4]
Mais au moins, quand la DIB se met dans le pétrin elle dispose de stratégies islamiques éthiques pour en atténuer l’impact. Rifat Usmani, un de leurs anciens cadres, emprisonné sur base d’accusations de fraude, a intenté auprès d’un tribunal de Miami un procès contre la DIB pour "conspiration en vue d’enlever, torturer et faire disparaître le plaignant". [11]
4. Que l’on m’explique les nombreuses récentes faillites d’importantes soukouks comme celle de East Cameron ou celles des soukouks de Nakheel qui n’a échappé à la banqueroute qu’en se faisant renflouer par le gouvernement d'Abu Dhabi ?
5. Expliquez-moi pourquoi les gouvernements du Moyen-Orient doivent constamment injecter des liquidités dans les banques islamiques et pourquoi cette année le gouvernement du Qatar a dû renflouer tout son système bancaire y compris la Qatar Islamic Bank et la Qatar International Islamic Bank?. [5]
Est-ce seulement au Moyen-Orient ? Même avant la crise financière, la Banque islamique de Malaisie, "le symbole de la finance islamique en Malaisie» et «le porte-drapeau de l'industrie des services financiers islamiques dans le pays ", a avoué en 2005 des pertes massives sur des créances douteuses et de mauvais investissements et n’a été sauvée de la faillite que grâce à une recapitalisation. [13]
Par rapport aux banques européennes et américaines, les banques islamiques avaient une exposition limitée aux obligations adossées à des dettes (collateralised debt obligations ou CDO), néanmoins elles ont mal résisté à la crise financière. D’ailleurs depuis environ un an (les islamistes) n’osent plus affirmer qu’elles résistent mieux : la réalité est devenue trop difficile à masquer. Compte tenu de leur relatif manque d'options en matière de couverture des risques et de diversification des actifs, elles se sont retrouvées surexposées et vulnérables dans certaines classes d'actifs et ce n'est jamais une bonne position pour une banque. C’est particulièrement vrai en matière d’actifs immobiliers, la classe d'actif à l’origine de la crise mondiale des subprimes et de l’explosion de la bulle immobilière.
Comme l'écrit Asiamoney : "Mais le fait que les banques islamiques aient l’interdiction d’opérer sur les actifs plus risqués du moment n’implique pas automatiquement qu'elles appliquent les meilleures pratiques en matière de gestion des risques, d’octroi de crédit ou de processus d'investissement." [13]
Les produits dérivés et la couverture des risques
Les instruments dérivés sont des actifs qui tirent leur valeur d'un actif sous-jacent et dont des exemples courants sont les options, swaps et contrats à terme. Ils sont souvent utilisés à titre spéculatif et ont été un facteur de la crise financière.
La finance islamique laisse entendre qu’elle s’interdit de tels produits mais nous allons voir ce que les professionnels eux-mêmes en pensent :
Le texte suivant est tiré de Euromoney’s FOW, une publication de référence mondiale sur les produits dérivés :
"Mais l'intérêt croissant pour des mécanismes de couverture islamiques et la grande variété des initiatives en cours d'élaboration vont dans le sens opposé : un marché islamique des produits dérivés est en train naître et il finira par offrir une vaste gamme de services." ... "Ces produits sont commercialisés à grande échelle et l'intérêt des investisseurs est de plus en plus marqué "..." La majeure partie de ce qui est jusqu'ici proposé par les banques occidentales est une copie de leurs produits conventionnels présentés comme conformes à la charia », explique Danny Goldblum, responsable de FX chez HSBC à Londres. "Les produits islamiques proposés par HSBC comprennent les forwards, options vanilles et over-the-counter swaps."
Ghazantar Naqvi, responsables des produits financiers islamiques à la Standard Chartered de Dubaï énonce que les instruments de couverture islamiques « croissent substantiellement tous les ans. Il y a beaucoup d'espace dans ce marché. Depuis 2005, Standard Chartered offre des solutions islamiques de couverture des risques de change et de taux d'intérêt qui sont comparables aux solutions conventionnelles de produits dérivés."
FOW poursuit : «Le marché secondaire des instruments islamiques de couverture est beaucoup plus complexe. Si une partie veut se retirer d'un contrat, la nouvelle entité qui prendra sa place doit établir un nouveau contrat avec la contrepartie d'origine.» «Vous pouvez prévoir des dispositions qui vous permettent de transférer le contrat à quelqu'un d'autre », explique Naqvi, « mais cela nécessite un petit supplément d'effort par rapport aux contrats classiques. »
«L'un des obstacles à leur croissance est le manque de standardisation. Chaque produit nécessite une grande quantité de documentation, ce qui en fait des transactions nécessitant du temps et coûtant cher. »[6]
Cela ne vous rappelle rien ? Une imitation du système conventionnel, mais en plus rigide et plus compliqué.
Quelques bonnes nouvelles quand même, en mars 2010, l’ISDA (l'International Swaps and Derivatives Association) a lancé son Islamic Master Agreement qui devrait contribuer à améliorer l'efficacité du secteur. C’est la version islamique du Standard Master Agreement qui dans le monde entier réglemente les opérations sur produits dérivés. D’après Reuters: "Ce contrat, qu’ils ont mis trois ans à élaborer, devrait ouvrir la voie à une gestion islamique des risques plus rapide et moins chère et à des transactions en devises plus fréquentes en proposant un modèle accepté par les savants islamiques. Le tout jeune secteur de la finance islamique n'a pas encore développé tous les produits utilisés par les banques classiques et ses banques sont désavantagées sur les investissements transfrontaliers car elles ne peuvent se couvrir contre les risques de change. "[18]
Une minute, si ni les dérivés ni les couvertures ne sont autorisés, qu’est-ce que l’ISDA vient faire là dedans ?
Toujours selon Naqvi de Standard Chartered : "L'industrie de la finance islamique se développe et va continuer à étendre sa couverture géographique et son offre de produits. La normalisation viendra sur le long terme, je prédis un brillant avenir aux instruments de couverture islamique. "[6]
Quelques précisions de FOW :
"«TurkDEX», la bourse des produits dérivés Turque, par exemple, va bientôt introduire deux contrats de change qui seront conformes à la charia" « TurkDEX veut également lancer des futures sur le coton conformes à la charia ". Jeff Singer, directeur général de Nadaq Dubai se dit «optimiste sur (les dérivés conformes à) la charia ". "Une autre façon pour les investisseurs de négocier des produits de style dérivés consiste à acheter et vendre des warrants du London Metal Exchange (LME) sur le marché de gré à gré. Chaque bon de souscription transmet la propriété de 23 tonnes d’un métal ou plastique donné et se trouvant dans un entrepôt du LME." C'est de l'économie réelle ça ?
«Avant la crise du crédit il y avait un véritable élan pour essayer de trouver des repos (repurchase agreements, pension livrée en français) et des CDO (collateralized debt obligation) conformes à la charia. Beaucoup de chemin avait été parcouru. » Enfin, de nouveau selon Raza de HSBC « si la crise financière se calme, la finance islamique s’orientera vers des dérivés islamiques. » [6]
Que dites-vous de l'avis du leader mondial des cabinets d'avocats, Clifford Chance. Leur site Internet énonce : «Nos experts en dérivés islamiques sont constamment consultés par les plus importantes institutions financières et les organismes de régulation mondiaux pour les aider à concevoir d’innovants mécanismes de gestion des risques conformes à la Charia. Nous sommes à la pointe de la conception et de la structuration des opérations de couverture islamique et des pionniers dans le développement de techniques innovantes qui utilisent des produits islamiques traditionnels comme la Mourabaha, le Wa'ad, le Salam et l’Arbun pour créer des produits similaires aux produits économiques dérivés classiques, mais conformes à la charia. "[27]
N’ont-ils pas dit : « mécanismes de gestion des risques», «couverture» et même «produits similaires aux produits économiques dérivés classiques» ?
Les citations suivantes proviennent de Islamic Finance Asia magazine :
"Beaucoup d’oulémas ont su regarder au-delà de l’élément spéculatif (gharar) dans les dérivés, en faisant valoir que ce n'est pas un acte illicite en soi. Les instruments dérivés ne sont pas pensés pour contenir des éléments d’actifs sous-jacents malhonnêtes et des transactions impliquant des contrats à terme et options. "
Abrar Mir de NBD Sana Capital déclare: « Je ne pense pas que cela affectera la croissance des produits dérivés islamiques, ce sera peut être lent mais en temps voulu cela se fera. Une des choses qui font la grandeur de l'islam est la divergence d’opinions et l’absence d’autorité unique. Grâce aux opinions différentes nous pouvons progresser et nous interroger en permanence en vue de nouveaux progrès et d’améliorations. »
Pendant ce temps, selon Afaq Khan, directeur général de Saadiq, la branche islamique de la Standard Chartered Bank : "le marché de la finance islamique a besoin de disposer d'outils de gestion des risques de trésorerie, y compris les dérivés, afin de pouvoir gérer efficacement et soutenir la concurrence dans l'économie mondiale". "Nous pensons que le marché a besoin de trésorerie. A travers les régions les plus diverses, le marché a accepté cette solution comme une alternative à devoir garder une position ouverte, ce qui entraîne la spéculation involontaire et /ou de signer un contrat de produits dérivés donnant intérêt, ce qui est interdit en vertu de la charia. Nous avons fait des transactions en Arabie saoudite, au Koweït, au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Malaisie, pour n'en citer que quelques-uns». [9]
Les banques occidentales qui ont des filiales islamiques sont-elles plus agressives que les banques islamiques ?
Peut-être bien, mais comme l’Amanah de HSBC, la Saadiq de SCB et l’Islamic Investment Bank de la Citibank sont parmi les plus grands acteurs du secteur et ont un poids financier et une influence énorme sur la scène mondiale, s'infiltrer dans ces institutions est bien plus important du point de vue islamiste .
La crise financière a affaibli temporairement le développement des produits de couverture et dérivés islamiques tout comme elle a conduit à une révision de ces même produits dans le monde bancaire classique. Il est également vrai que de nombreux oulémas ne sont pas favorables aux dérivés islamiques parce qu'ils ne sont pas basés sur des actifs corporels et peuvent être utilisés pour spéculer mais prétendre qu'en finance islamique ils n'existent pas ou ne sont pas utilisés (les oulémas contrôlent la conformité du produit, pas son utilisation), est un mensonge éhonté.
L'innovation » est en train de tout doucement revenir dans ce secteur et si un produit n'est pas approuvé, il vous suffit d’essayer autre chose ou de vous adresser à un autre ouléma.
John Foster de nouveau :
« ... Toutefois, cette nouvelle génération de banquiers islamiques s’est aiguisée les dents à la City et à Wall Street et a commencé à créer des produits financiers sophistiqués. Ils se sont souvent heurtés aux oulémas pour qu’ils certifient leurs produits compatibles avec la charia. »
Ces banquiers ont un moyen bien à eux d’y parvenir, comme un banquier d'investissement basé à Dubaï et travaillant pour une importante société financière occidentale l’explique: «Nous créons le même type de produits que pour les marchés conventionnels. Nous téléphonons ensuite à un ouléma pour lui demander une fatwa [d'approbation, qui certifie que le produit est conforme la charia] "..." s’il ne nous la donne pas, nous téléphonons à un autre ouléma et nous lui offrons de l’argent pour ses services et obtenir la fatwa. Nous recommençons jusqu'à ce que nous obtenions le certificat de respect de la charia. Ensuite, nous sommes libres de présenter ce produit comme islamique. "[10]
C’est cher
La finance islamique n'a pas de sens économique car elle est toujours plus chère et rapporte moins aux entreprises qui y investissent.
1. Les coûts sont plus élevés à cause :
a) des coûts engendrés par les nombreux contrats supplémentaires à conclure pour la même affaire,
b) de la rémunération des divers courtiers en métaux, agents et autres participants requis pour faire fonctionner le mécanisme.
2. Les banques facturent au moins 30 points supplémentaires et généralement beaucoup plus pour couvrir le «risque lié à la charia ». Ce risque est :
a) bien que les vrais tribunaux ne se soient pas encore penchés sur les contrats soukouks, il existe un réel risque que cela change comme nous l'avons vu récemment dans le litige opposant devant les tribunaux anglais The Investment Dar à la Blom Bank. [21] Les tribunaux pourraient réviser des contrats et les banques islamiques perdront une fortune si elles doivent prendre en charge les pertes en capital actuellement assumées par leurs clients.
b) les conseils de surveillance de la charia eux-mêmes peuvent décréter qu’une transaction faite en vertu d'un contrat soukouk n'est finalement pas conforme à la charia (gharar) et que les bénéfices doivent en être attribués à des organisations caritatives islamiques. Les banques islamiques ne vont naturellement pas renoncer à cet argent, elles le récupèrent en prenant des marges plus élevées, en particulier sur les frais pour retard de paiement qui ne sont pourtant pas conformes à la charia. Soit dit en passant les frais pour retard de paiement sont une véritable vache à lait pour les banques islamiques ou non (une plainte collective contre ces frais est actuellement examinée par les tribunaux australiens en raison de leur nature disproportionnée [22]) alors que seule une fraction de ces frais pour retard de paiement couvre des pertes réelles. Pour le client d'une banque islamique, cela finit par coûter cher….
3. il y a moins d’épargnants dans la finance islamique mais avec une bonne campagne de marketing qui mette en avant la menace de l'enfer éternel, leur nombre augmentera peut-être ?
J'ai généreusement fait abstraction des coûts de mise en conformité juridiques et réglementaires, en partant de l’hypothèse qu’ils disparaîtront puisque le gouvernement (australien) va faire le nécessaire pour encourager la finance islamique.
Voici un exemple des coûts du système bancaire islamique dans un pays non musulman : «des banques islamiques comme la Albaraka Bank (Afrique du Sud) et les filiales islamiques de banques comme la FNB, l ‘ABSA, la Nedbank ou la Standard Bank ont fait l'objet de fortes critiques de leurs clients musulmans à cause de leur culture bancaire fondée sur la cupidité et même dans certains cas de leurs frais plus élevés que ceux de leurs homologues classiques ". [2]
Et du côté des entreprises : "les produits soukouks sont généralement plus chers en raison des coûts associés à l'approbation du conseil de surveillance de la charia, des frais juridiques et des frais supplémentaires inhérents à des structures souvent complexes." [12]
Est-il logique de promouvoir ce système de financement alors que nous savons d’avance qu’il est plus cher ?
Assez cher pour l'Australian Competition and Consumer Commission ( NB : organisme de protection des consommateurs) se penche sur la question ? Mais les laissera-t-on faire des commentaires ? L'hypothèse selon laquelle l’introduction de la finance islamique rendra le marché plus concurrentiel reste en tout cas à démontrer.




