Al Ghazali, grand philosophe de l’islam
Al Ghazali, célébré par les sunnites comme l’un des plus grands philosophes de l’islam, est surtout connu pour sa triste « réfutation des philosophes ».
Indépendamment du fait qu’Averroès ait montré par la suite la faiblesse de ce texte, son titre témoigne de l’orgueil démesuré de cet homme, qui prétend à lui seul réfuter toutes les systèmes de l’antiquité.
Depuis cette attitude n’a pas changé dans le monde musulman, le croyant, convaincu que le coran vaut plus que tout, ne prend pas la peine de lire d’ouvrage philosophique, faisant confiance au grand Al Ghazali qui lui a dit que ce n’était pas la peine.
Mais Al Ghazali lui-même était-il calé en philosophie ? Les a-t-il étudiés sérieusement ces ouvrages qu’il condamne avec tant de virulence ?
Pour le savoir le mieux est de lui laisser la parole :
« J’ai appris que, réfuter un système avant de le comprendre et de le connaître à fond, serait le faire à l’aveuglette. Je me suis mis donc sérieusement à l’acquisition de cette science dans les livres, par la seule lecture, sans le secours d’un professeur. Je l’ai fait durant les moments de loisir que me laissaient le travail de composition et l’enseignement du droit canon : j’avais alors trois cents étudiants à Baghdâd.
Grâce à Allah, la seule lecture, durant ces moments pris à la dérobée, m’a fait comprendre la “Philosophie” en moins de deux ans. Je continuais, ensuite, à y réfléchir près d’un an : j’y revenais, je la reprenais, j’en scrutais les profondeurs et les périls cachés. Finalement, je me suis rendu compte, indubitablement, de son contenu d’hérésies et d’illusions, aussi bien pratique qu’imaginaire » La délivrance de l’erreur, chapitre II.
Extraordinaire ! Ce penseur de second ordre avoue sans vergogne avoir passé moins de deux ans à lire la philosophie, et encore durant des moments pris à la dérobée, et sans professeur pour corriger ses erreurs, il a donc à peine le niveau d’un étudiant débutant et n’hésite pas à regarder Platon ou Aristote de haut.
Je ne puis résister à citer son résumé de ce qu’il a cru comprendre du matérialisme de l’antiquité, dans toute ma carrière de professeur je n’ai jamais rencontré un élève, fut-il le plus mauvais, qui ait osé déclamer de telles niaiseries :
" Les “Matérialistes” (dahriyyûn) sont les plus anciens. Ils nient l’existence de l’Agent Moteur[1], du docte Tout-Puissant. Ils soutiennent que l’Univers a toujours existé par lui-même, sans Agent. Selon eux, l’animal serait issu du sperme, et le sperme, de l’animal, indéfiniment. Ce sont des athées (zindîq)."
Pour qui connaît, par exemple, la subtilité du matérialisme stoïcien, leur ontologie extraordinaire, leur réflexion sur le temps, les incorporels, etc…, une caricature si réductrice a de quoi à faire rire.
Voilà ensuite comment il résume la pensée de ceux qu’il nomme « les naturalistes » :
« Ils ont donc prétendu que l’âme humaine meurt et ne revient plus à la vie. Ils ont nié la fin dernière, le Paradis et l’Enfer, la Résurrection et le Jugement. La récompense de la bonne conduite et le châtiment de la mauvaise devenaient alors sans objet. Restés sans frein, ces “Naturalistes” se sont plongés, comme des animaux, dans la concupiscence. Ce sont aussi des athées (zindîq) puisque la foi doit être en Allah et au Dernier Jour, et que les Naturalistes, s’ils ont cru en Allah et en ses attributs, ont nié l’existence du Jugement Dernier. »
Mais franchement ! Un étudiant actuellement qui oserait pondre des âneries pareilles serait la risée de la fac de philosophie. Plus aucune réflexion, plus rien, sauf l’accusation de Zindîq;
Et dire qu’il est tenu comme une référence intellectuelle par les sunnites, on comprend mieux qu’après la persécution d’Averroès la philosophie ait disparu du monde musulman…






