de maried » 20 Avr 2012, 16:16
La figure du Messie dans le judaïsme et le christianisme
En hébreu, le mot Mashiakh (Messie), signifie ‘celui qui a été oint d’huile’. Ce rituel de l’onction d’huile vise à glorifier ceux qui sont destinés à des fonctions de prêtre, de roi et parfois même de prophète (par exemple le prophète Elisée).
Dans le judaïsme, le Messie est une figure salvatrice, dotée des caractéristiques du prêtre et du roi ; il bouleversera l’ordre du monde selon la volonté divine :
« Alors le loup habitera avec l’agneau, et le tigre reposera avec le chevreau ; veau, lionceau et bélier vivront ensemble, et un jeune enfant les conduira. Génisse et ourse paîtront côte à côte, ensemble s’ébattront leurs petits ; et le lion, comme le bœuf, se nourrira de paille. Le nourrisson jouera près du nid de la vipère, et le nouveau-né avancera la main dans le repaire de l’aspic. Plus de méfaits, plus de violences sur toute ma sainte montagne ; car la terre sera pleine de la connaissance de Dieu, comme l’eau abonde dans le lit des mers » (Isaïe 11, 6-9).
Voici les caractéristiques du Messie juif :
1. Il est le serviteur de Dieu : « Voici mon serviteur, que je tiens par la main, mon élu, en qui mon âme se complaît ; sur lui, j’ai répandu mon esprit, pour qu’il annonce la justice aux nations » (Isaïe 42, 1).
2. Il construit le royaume de Dieu : « C’est lui qui édifiera un temple en mon honneur (…) » (II Samuel 7, 13).
3. Héros national, il vainc les ennemis d’Israël : « En ces jours, Juda sera libéré et Jérusalem vivra en sécurité (…) » (Jérémie 33, 16) ; « Depuis l’époque où j’ai préposé des juges à mon peuple Israël, je n’ai accordé qu’à toi la sécurité à l’égard de tous les ennemis. L’Eternel t’a annoncé par là que lui-même veut t’ériger une maison » (II Samuel 7, 11) ; « Que tous les rois, enfin, lui rendent hommage, que tous les peuples deviennent ses tributaires ! » (Psaumes 72, 11).
4. Son règne est éternel : « (…) et j’affermirai à jamais le trône de sa royauté » (II Samuel 7, 13).
5. Il possède des pouvoirs miraculeux : « Et sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Dieu » (Isaïe, 11, 2).
6. Il se préoccupe de justice et de morale : « Mais il jugera les faibles avec justice, il rendra des arrêts équitables en faveur des humbles du pays (…) » (Isaïe 11, 4).
7. Il constitue un exemple, une ‘lumière pour les nations’ : « Moi, l’Eternel, je t’ai appelé pour la justice et je te prends par la main ; je te protège et je t’établis pour la fédération des peuples et la lumière des nations ; pour dessiller les yeux des aveugles, pour tirer le captif de la prison, du cachot ceux qui vivent dans les ténèbres » (Isaïe 42, 6-7).
8. Sa réussite est due à son action spirituelle et non violente : « (…) du sceptre de sa parole il frappera les violents et du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant » (Isaïe 11, 4).
9. C’est une figure battue, souffrante, qui porte sur ses épaules les maux de la société : « Et pourtant ce sont nos maux dont il était chargé, nos souffrances qu’il portait, alors que nous, nous le prenions pour un malheureux atteint, frappé par Dieu, humilié. Et c’est pour nos péchés qu’il a été meurtri, par nos iniquités qu’il a été écrasé ; le châtiment, gage de notre salut, est tombé sur lui, et c’est sa blessure qui nous a valu la guérison » (Isaïe 53, 4-5).
10. Il appartient à la lignée de la Maison de David : « Or, un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton poussera de ses racines » (Isaïe 11, 1).
11. On ignore le moment exact de son apparition.
Selon le livre de Zacharie, le messie doit arriver chevauchant un ânon : « Sois transportée d’allégresse, fille de Sion ! Jubile, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi juste et victorieux, humble, monté sur un ânon, sur le petit de l’ânesse » (Zacharie, 9, 9).
Dans le judaïsme, la croyance en ce concept du messie et son essence est controversée. Elle a subi des changements au fil du temps, selon le contexte historique et social des diverses époques.
Dans la doctrine chrétienne, Jésus, identifié au messie, est appelé Christ (du grec –messie). Dans le Nouveau Testament, Jésus est appelé messie à plusieurs reprises. Par exemple, l’Evangile selon Marc débute par la phrase suivante : « Commencement de l’Evangile de Jésus-Christ, messie fils de Dieu » (Marc 1, 1). Dans l’Evangile selon Matthieu, Pierre identifie Jésus comme étant le messie et le fils de Dieu : « Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu, 16, 16).
Cette affirmation exprime la conviction que Jésus, fils de Dieu, possède une nature divine. Dans l’Evangile selon Marc, Jésus reconnaît devant le Grand-Prêtre qu’il est le messie : « (…) Le souverain sacrificateur l’interrogea de nouveau, et lui dit : Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? Jésus répondit : Je le suis (…) » (Marc 14, 61-62).
Outre les passages du Nouveau Testament présentant Jésus comme le messie, Jésus révèle dans le récit de sa vie et de sa mort les caractéristiques d’un messie tel qu’il est perçu dans le judaïsme :
1. Il agit au nom de Dieu : « L’esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; (…) Aujourd’hui, cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, est accomplie » (Luc 4, 18-21).
2. Il établira pour l’éternité le royaume de Dieu - le royaume des cieux : « (…) Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Matthieu 3, 2).
3. Il possède des pouvoirs miraculeux lui permettant d’accomplir des miracles, y compris de ressusciter des morts : « (…) Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Matthieu 11, 5).
4. Il se préoccupe de justice : « Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs » (Matthieu 25, 31-32).
5. Il est présenté comme recherchant la paix et s’opposant à la violence : « Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre » (Matthieu 5, 39).
6. Jésus est décrit comme souffrant, dans son action comme dans sa mort : « Mais il faut auparavant qu’il souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté par cette génération » (Luc 17, 25).
7. Son action est destinée non seulement au peuple d’Israël, mais également aux nations : « Quiconque croit en lui échappera à l’indignité. Il n’y a aucune différence, en effet, entre le Juif et le Grec, puisqu’ils ont tous le même Seigneur, dont la richesse se déverse sur tous ceux qui l’invoquent » (Epître de Paul aux Romains 10, 11-12).
8. Il est issu de la lignée de la Maison de David : « (L’Annonce) concerne son fils (le fils de Dieu), né de la postérité de David selon la chair » (Epître de Paul aux Romains 1, 3).
9. Jésus est décrit comme chevauchant un ânon à son entrée dans Jérusalem : « Ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et Jésus s’assit dessus » (Marc 11, 7).
10. On ignore le moment de sa venue, mais cet événement doit se produire à la fin des temps : « Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quel moment de la nuit le voleur doit venir, il veillerait pour l’empêcher d’entrer. C’est pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à une heure que vous ne soupçonnez pas » (Matthieu 24, 43-44).
En dépit des ressemblances entre les deux conceptions, il existe des différences fondamentales entre la perception du messie dans le judaïsme et dans le christianisme :
1. Dans le judaïsme, le messie est un être de chair et de sang. On souligne bien dans l’Ancien Testament que Dieu sera pour lui un père et que le messie sera pour Dieu un fils : « Je lui serai un père, et lui me sera un fils » (II Samuel 7, 14). Mais la signification de ce verset reste semble-t-il symbolique : le messie jouira des bienfaits de Dieu tout comme un fils jouit des bienfaits de son père.
Dans le catholicisme, le messie est le fils de Dieu (tout en étant un homme) : « A eux [aux Israélites] les pères, d’eux est issu par la chair le Christ, qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement (…) » (Epître de Paul aux Romains 9, 5).
2. Contrairement à la croyance répandue dans le judaïsme, selon laquelle le messie est encore à venir, pour le christianisme, le messie est déjà arrivé : « La femme lui dit : Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ) : quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle » (Jean 4, 25-26).
Selon la conception chrétienne, le peuple d’Israël a péché en refusant de reconnaître en Jésus le messie : « Ce n’est pas par les œuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ (…) » (Epître de Paul aux Galates 2, 16). Si le peuple d’Israël reconnaissait en Jésus le messie, il serait sauvé : « Si tu confesses de ta bouche que Jésus est le Seigneur, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé » (Epître de Paul aux Romains 10, 9).
Recherche"Qui n'empêche pas le mal le favorise"
Cicéron.
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