liza a écrit:"quand une femme avorte c'est un crime, et quand un homme ce marsturbe qu'est-ce que c'est ? Un génocide ?"
En me faisant l'avocat du diable, ou plutôt en essayant d'anticiper les répliques des intégristes genre khristodoulos, je dirais qu'on pourrait rétorquer qu'un spermatozoïde c'est avant la fécondation (il est haploïde), tandis que le foetus, c'est après (il est diploïde).
Mais en réalité, cet argument n'est pas déterminant : le fait que, pour certains, les gamètes isolés ne sont pas considérés comme des êtres humains alors que l'ovule fécondé, lui, l'est, est lui-même un postulat ne reposant sur aucune base rationnelle. Rien ne permet de déterminer le moment précis à partir duquel les éléments qui entrent en jeu dans le processus qui aboutit à la naissance d'un être humain doivent être traités comme un/des individu(s) (au sens légal) à part entière.
Après tout, même s'il s'agit d'une boutade, la phrase que tu cites n'a rien d'absurde : un spermatozoïde, avec son flagelle frétillant et son apparente détermination à atteindre son but, ressemble plus à un être vivant qu'un blastomère, pourtant sacré pour les intégristes cathos complètement indifférents à la mort de millions de ces pauvres petits êtres que sont les gamètes mâles, à la moindre éjaculation (pour la masturbation, le problème est particulier : le christianisme l'interdit, sur base de l'histoire d'Onan, dans la Genèse).
Entre le zygote tout frais et le foetus prêt à naître, l'évolution est continue, et même après la fécondation, aucun scientifique ne se risquerait à donner une limite précise à partir de laquelle on est indubitablement en présence d'un être humain. On est ici dans le domaine de la croyance, du sentiment et de la subjectivité. La seule solution est donc de partir du point sur lequel tout le monde s'accorde : une fois né, le bébé est un être humain et le tuer est un crime. Avant ça, le plus raisonnable est de laisser la décision à la principale intéressée, qui est aussi en principe la personne qui possède les meilleurs éléments pour juger, en tenant compte bien sûr des contraintes et risques médicaux, ce qui exclut de toute façon les avortements trop tardifs.
Si une femme ne peut envisager l'avortement pour des raisons religieuses, c'est elle que ça regarde ; si une autre prend une décision dans ce domaine sans avoir cette contrainte, c'est son affaire, et la sienne seule. Khristodoulos, trouverais-tu normal que des athées obligent des chrétiennes à avorter parce qu'ils considèrent que donner naissance à un enfant dans ce monde de brutes est un crime - ce qui est une opinion tout à fait respectable ? Alors pourquoi des croyants auraient-ils le droit d'émettre des objections à l'avortement de foetus qui ne sont pas les leurs sous prétexte qu'ils pensent, selon leurs convictions éminemment subjectives, que c'est un crime ? Qu'ils se mêlent de ce qui les regarde.