de Sandra » 29 Jan 2009, 00:28
Une société bien gouvernée est avant tout une société ayant choisi pour elle-même le meilleur modèle d’organisation ainsi que, dans ce cadre, les meilleures politiques. Ce choix peut s’effectuer de manière directe, notamment par référendum, ou indirectement, par la gouvernance en place.
Le choix de la nature de la construction de l’Union Européenne illustre cette problématique.
La gouvernance actuelle, volontariste et déterminée, est résolue à faire aboutir son projet. Deux processus démocratiques rejetèrent néanmoins chacun la ratification du traité formalisant celui-ci. Pourtant, malgré ce résultat réitéré, la gouvernance refuse d’entériner le rejet. Elle qualifie les citoyens d’incompétents à effectuer le bon choix.
Juridiquement, le traité n’est pas valable et ne peut donc être légitimement appliqué s’il n’a pas acquis un statut démocratique ; c’est la nécessité d’équivalence droit démocratie. Ne pouvant passer outre, la gouvernance entend réorganiser, après les élections législatives européennes, une troisième fois le processus : nous en somme là.
Les membres d’une équipe médicale sont régulièrement amenés à se réunir pour se concerter afin de prendre des décisions ; des désaccords peuvent survenir justifiant des discussions plus approfondies. Parfois, un incident médical se produit et des responsabilités peuvent être mises en cause mais pas toujours : le corps médical a généralement une obligation de moyens mais pas de résultats.
Il arrive cependant qu’un membre de l’équipe soit d’un avis différent d’avec tous les autres à propos d’une décision cruciale. En dépit des avis contraires et unanimes de ses pairs, il peut user de faire prévaloir un motif à ce que ses positions l’emportent ; les prétentions qu’il confère ainsi à sa légitimité à s’imposer impliquent son engagement à ce que sa responsabilité soit mise en jeu de façon correspondante.
Dans chaque pays, certains sont partisans d’un rôle plus important de l’état, de plus d’interventions, de plus de régulations, de plus de services publiques, de plus d’entreprises nationales, voire d’une planification économique tandis que certains autres sont partisans de moins de tout cela. Au gré des majorités, le marché devient davantage régulé ou bien c’est le contraire.
Parfois, une rupture particulièrement nette se trouve mise en œuvre. Ce fut le cas avec Margaret Thatcher, au Royaume-Uni, et avec Ronald Reagan, aux USA. Concernant ces exemples, cela fut en faveur d’une sévère dérégulation et d’une quasi-totale privatisation de l’économie. Néanmoins, dans ces deux pays, des nationalisations sont actuellement effectuées et des régulations sont réinstaurées ; les partisans d’un rôle plus important de l’état y gagnent en influence.
En France, la gouvernance actuelle s’affirme extrêmement résolue à mettre en œuvre une rupture vers la dérégulation économique. Le président français rappelle régulièrement que chacun des projets prévus pour cette rupture sera réalisé et qu’il ne serait s’en trouver autrement.
L’économie des USA a généré une crise financière majeure qui s’est généralisée à tous les secteurs d’activité et qui continue de s’amplifier. La dépression économique a rapidement affecté les autres pays capitalistes ainsi que le commerce mondial. Le cercle vicieux de la récession s’est instauré, avec le risque, dans chaque pays, qu’il s’emballe.
Pour le président français, la dépression est le contexte dans lequel il entend que la rupture qu’il veut se fera telle qu’initialement prévue.
L’itinéraire que doit emprunter un navire va l’obliger à contourner un récif dangereux lui faisant obstacle et l’équipage se trouve partagé entre ceux préconisant de l’éviter par le nord et ceux de le faire par le sud. Plusieurs navires de leur flotte sont déjà passés tantôt par l’un tantôt par l’autre des deux cotés. Le capitaine du présent navire préfère nettement celui sud.
Le temps devient mauvais et tourne à la tempête. Alors que le récif n’est pas encore en vue, le pilote suggère au capitaine de choisir le coté inverse d’où proviendront là-bas les puissants vents latéraux, argumentant que ce choix est fédérateur et qu’ainsi l’équipage sera d’autant plus soudé. Le capitaine s’affirme sûr de sa préférence et décide que l’évitement s’effectuera par le sud.
Le navire approche ainsi, dans une mer déchaînée, le redouté récif.
A quelques mois des élections législatives européennes, les citoyens peuvent commencer à songer à la manière dont il décideront de renouveler leurs représentants pour gouverner. L’engagement de la responsabilité des élus à faire prévaloir leurs positions dans un cadre légitime s’équilibre par le droit à les choisir et de les sanctionner. Si la gouvernance européenne peut concrètement promouvoir de façon continue ses positions quant à la construction de l’Union Européenne, les citoyens doivent avoir conscience que, eux, c’est une seule fois tous les cinq ans qu’ils possèdent une influence grâce au vote.
Ce qu’implique la dépression économique mérite d’être matière à réflexion concernant l’Europe. La volonté de la présidence européenne s’est puissamment identifiée pendant six mois à celle française et cette dernière voulait que ce soit encore le cas pendant un an … Je ne sais pas dans quel cadre juridique. Pour le président français, les projets politiques, dont la ratification du traité européen, doivent se réaliser comment prévus : la crise est un contexte.
Il appartient à la gouvernance d’estimer si le niveau de l’union nationale lui est important ou pas ; c’est elle qui est responsable de ce dont elle choisit de tenir compte. Puisque l’action partisane n’a pas à s’effacer, la dépression économique est le contexte dans lequel les composantes sociales peuvent réagir aux projets politiques de la gouvernance.
Une conception n'a à être tenue pour exacte que parce qu'elle l'est.