Il y a quelques semaines, je venais de terminer le livre suivant :
Patrick Wotling : "La philosophie de l'esprit libre : Introduction à Nietzsche"

Ce livre est une compilation de 13 articles écrites par Patrick Wotling, connu avec Eric Blondel comme un des commentateurs principaux de Nietzsche à notre époque.
Nietzsche est le philosophe le plus lu, mais aussi le plus incompris, et l'on connaît les nombreux abus que l'on a fait à partir d'extraits tronqués de sa philosophie. C'est pourquoi on peut dire que Nietzsche est une philosophe dangereux qu'on ne peut absolument pas prendre pour une Bible. Je ne suis pas un néophyte de Nietzsche, ayant déjà lu quatre livres de ce philosophe. Personnellement, j'entretiens un rapport ambigu envers Nietzsche trouvant beaucoup de ses idées intéressantes, mais rebutant sur son projet métapolitique d'une grande culture. C'est un philosophe "inactuel", même à son époque, et c'est pourquoi, on ne peut attendre de lui des discours alliant le consensus des idéaux de l'Occident contemporain. Il n'empêche qu'il reste très intéressant.
Il semblerait que les études sérieuses de Nietzsche ne sont qu'à leur début, Nietzsche étant par son style trop hétérodoxe dans le monde de la philosophie. Wotling donne une analyse intéressante sur quelques notions essentielles de la philosophie de Nietzsche, bien que je le trouve trop complaisant sur le Nietzsche politique (très antimoderne à notre époque). Quoi qu'il en soit, il remet dans les rails certaines conceptions nietzschéennes souvent mal interprétés.
Ici je mets en lien un article qui commente ce livre.
Patrick Wotling : La philosophie de l’esprit libre, Introduction à Nietzsche
Et un petit extrait
actu-philosophia a écrit:L’ouvrage de Wotling, qui est composé d’articles déjà parus, prend le contrepied de ces lectures faciles, et invite à entrer dans la nuance même du texte nietzschéen, c’est-à-dire invite à ne pas tronquer les citations lorsque le texte nietzschéen ne convient explicitement pas à l’idéologie qui veut l’embrigader – l’exemple le plus fameux étant la suppression de la partie essentielle du § 4 de l’avant-propos d’Aurore par Deleuze lorsqu’il en rend compte et où la phrase suivante : « En nous s’accomplit – au cas où vous souhaiteriez une formule – l’auto-dépassement de la morale. – » [2] disparaît totalement des citations deleuziennes pour des raisons évidentes – tout en proposant ainsi de lire Nietzsche avec honnêteté, et l’esprit libéré de toute idée préconçue.
Je n'ai jamais lu, ni Deleuze, ni Foucault, ni Derrida. Ces trois philosophes sont, parait-il très influencés par Nietzsche, mais auraient mal compris sa philosophie (ou compris à leur manière). Wotling serait beaucoup plus objectif, ou plutôt "probe", en ce domaine.
Et un autre extrait, concernant le rapport de Nietzsche à la vérité :
Que pouvons-nous déduire de cela ? Que si les philosophes affirment avec tellement d’entrain qu’ils recherchent la vérité, c’est bien là la marque qu’ils ne la possèdent pas, et que seul celui qui parvient à intérioriser cette vérité, parvient du même geste à se détacher de cette quête obsédante ; mais l’essentiel n’est pas là, ou plutôt il est dans le questionnement de cette quête : pourquoi être en quête de la vérité ? Pourquoi affirmer qu’il y a une vérité, si personne n’y parvient ? Pourquoi continuer à croire qu’il y a une vérité si la quête, comme signe de son absence, est sans cesse revendiquée ? Parce que le vrai est fondamentalement une passion, un amour : l’homme aime la vérité, et cette quête de la vérité ne procède pas d’une quelconque rationalité mais bien plutôt d’un état passionnel dans lequel l’homme éprouve un désir orienté vers une vérité qu’il cherche sans cesse à atteindre, sans jamais réellement parvenir à la saisir. Et cette vérité fuyante après laquelle court l’homme révèle la situation réelle de ce dernier : ne parvenant pas à saisir la vérité, l’homme est condamné à l’erreur, de sorte que l’erreur désigne la vérité de l’homme. La vérité de l’homme est erreur, dan l’exacte mesure où la quête même de la vérité révèle qu’il se tient dans l’erreur, tout en croyant chercher le vrai. « Le vrai est erreur, le vrai est cette espèce de faux que parvient à dissimuler sa nature et se faire recevoir pour la négation de ce qu’il est (…). » [6]
Si une personne est intéressée par Nietzsche, ou s'il a déjà lu Nietzsche et cherche quelques éclaircissements, cet ouvrage constitue une bonne introduction.



