abdelbouddha a écrit:saliut aliad
Bonjour abdelbouddha,
(ps : mon pseudo Alia, du féminin de Ali comme truc mémotechnique
)Merci pour tes réponses rapides.

"J'avais entendu parler du fait que comme le non-être était inconcevable dans la culture grecque"
non, c'était inconcevale pour Parménide et les éléates, Héraclite au contraire l'admet et toute la philosophie grecque à sa suite, en tentant une synthèse entre immobilismme parménidien et mobilisme héraclitéen.
Ainsi le monde des idées de Platon est immobile, parfait, éternel, incréé, alors que le monde sensible, imparfait, admet le non être das les 5 genres de l'être ( Être (et Néant), Repos et Mouvement, Même (Identité) et Autre).
de même Aristote assigne à la sphère des fixes les qualités parménidiennes d'éternité, acte pur, moteur immobile, etc, et les qualités héraclitéennes au monde sublunaire (temporalité, changement, puissance, etc.)
de même les matérialistes atomistes donnent aux atomes eux mêmes les qualités de l'être parménidien,( ils sont éternels, incréés, évidemment indivisibles, sans saveur, sans changement, etc.) , le non être n'est que dans l'apparence du changement de surface que produit la recombinaison des atomes .
etc. etc.
Merci pour la précision.
Donc pour Platon, le non-être existe, mais pas dans le monde de la perfection. Ce dernier point est contraire à ce que pense les taoistes : "l'être nait du non-être" comme l'écrit le Tao Te Ching (et/ou Tchouang-Tseu). Le vide détient la potentialité de toutes choses (ce n'est pas très "vide", mais c'est pourquoi on ne peut parler de perspective nihiliste dans ce cas), point qui est encore souligné dans l'Art de la Guerre de Sun Tzu, où la plénitude du vide est aussi mis en avant quand il s'agit de s'approprier des champs de batailles. C'est donc le plein qui est limité pour les taoistes. Je crois que ce point est important, car il explique bon nombre de différences entre la culture occidentale et la culture extrême-orientale. Faire le vide est un ascétisme qui est beaucoup plus caractéristique des moines orientaux que des moines occidentaux (qui s'imprègnent de dieu chez les mystiques). (Je note que ces deux sortes d'ascétisme/mysticisme ne m'attire pas des masses et me semblent tout aussi vide de sens pour un accès vers une expérience quelconque.)
Est-ce que pour Héraclite, le non-être puisse être l'origine de toute chose? La seule chose que je sais de lui, c'est qu'il pense que l'être est éternellement en devenir, mais qu'en est-il du non-être?
EDIT: Je me suis souvenue du fait que je crois pas que les Chinois (pas que les taoistes) croient en l'existence d'une substance indivisible, mais je ne me souviens plus où je l'ai lu.
"Ensuite, tu parlais de "Logos", mais une caractéristique particulière de la philosophie asiatique est une certaine méfiance par rapport au "Logos".
"J'ai l'impression que l'être de Parménide a un certain immmobilisme comparé au mouvement du Tao de Lao Tseu. J'ignore si cette différence peut être imputé aux différences culturelles de ces deux penseurs (le conceptuel grec et l'exemplariste taoiste)."
le sens de "discours logique" n'est qu'un sens secondaire du mot "logos", chez les stoïciens par exemple le logos est avant tout le principe d'harmonie du monde (tao si tu préfères), une sorte de souffle chaud (pneuma aristotélicien) qui investit toute chose et lui donne sa tension, sa dynamique.
Il prend le nom d'hexis dans les minéraux, de phùsis dans les plantes et de psyché dans les animaux, mais c'est toujours du logos
l'homme, le plus favorisé des animaux dispose donc d'un logos supérieur: l'hégémonique, l'âme raisonnable, ce qui lui permet de produire effectivement des discours logiques, mais il ne faut pas réduire le terme grec à cette seule faculté et moins encore l'ontologie présocratique à du conceptuel.
Merci pour cet éclaircissement. Je commence à comprendre pourquoi on pense que l'Evangile de Saint-Jean s'est inspiré de doctrines gnostiques, la théologie chrétienne étant elle-même un produit hybride entre la culture grecque (philosophie) et la culture sémitique (religion).
Je vois un peu mieux le sens "Au commencement était le Verbe". Mais le Logos me semble pouvoir être intelligible (même si elle ne peut l'être totalement), et donne une hiérarchie des être qui me semble fort différente de la hiérarchie/anarchie taoiste, tandis que le Tao est inintelligible. On ne forme aucun discours du Tao car tout discours du Tao n'explique pas vraiment le Tao. On ne peut l'atteindre que par le non-agir (enfin, je crois, je ne suis plus sûre sur ce point). Le Logos comme raison fait que le monde fonctionne alors sous la structure de la raison. Le "tao", la voie, ne peut être arrêté par des mots car le Tao est indistinct, informe.
J'ignore si ce point pourrait expliquer si le Logos a donné une base explicite pour la naissance de la science et de la philosophie en Occident. Car si les Chinois étaient à une époque de grands inventeurs, on ne peut dire qu'ils étaient fans de théories scientifiques. Pragmatiques, ils font montre d'une moindre curiosité pour les choses que l'on considère plus "fondamentales" en Occident (on note ainsi qu'ils y a beaucoup d'ingénieurs japonais, mais en terme de recherche fondamentale, les Occidentaux les dépasse toujours).
"Pourrais-tu me préciser quels sont les points de l'éthique taoiste qui sont pour toi en opposition totale avec l'éthique existentialiste? Peut-être que c'est dû à une méconnaissance de ma part, mais je ne vois pas ce qu'il peut y avoir de tout à fait opposé."
le taoisme est une croyance car c'est une métaphysique, comme toute ontologie.
l'humanisme moderne fait de l'homme seul l'origine de toutes les valeurs, pour lui il ne faut pas vivre conformément à la nature, elle n'est pas sacrée, pas même respectable.
par exemple: "tout ce qui est creux, lourd, femelle, obscur, stable est yin, et tout ce qui plein, léger, mâle, lumineux, volatil est yang. Lao-Zi (Lao-Tseu)" , cela ne me semble pas totalement compatible avec l'humanisme moderne (je n'ai pas dit en opposition totale)
cordialement
Sous ce point-là, l'humanisme est donc aussi une croyance (dire que l'homme est seul l'origine de toutes les valeurs est déjà une croyance), donc, cela me semble plus juste de dire que le taoisme est
basée sur (plutôt que est une) des croyances.
Quant à l'éthique, je pense que des croyances différentes peuvent parfois mener plus ou moins au mêmes conclusions éthiques. Ainsi vivre conformément à la nature n'est pas incompatible avec vivre conformément à soi-même. Je pense que quand le taoisme parle de nature, cela n'a rien à voir avec la forêt, l'écologie, les animaux ni même à une certaine "sacralité" de la nature : tous les êtres n'étant que "chiens de paille" vis-à-vis du tao, si je paraphrase un chapitre du tao te king (la "sacralité" de la nature me semble plutôt être une croyance shinto ou animiste). Le taoisme n'est pas de l'animisme. La nature n'est pas un objet de vénération pour les taoistes.
Pour la phrase sur le ying et le yang que tu as cité, il est vrai que pris littéralement on sent un certain dualisme dans l'air, mais le taoisme est ultimement non dualiste. D'ailleurs, la croyance du yin et du yang n'est pas spécifique à la philosophie du taoisme. Des notions comme le
wu wei (non agir) me semblent être plus essentielles.
Il n'y a donc pas d'opposition essentielle (j'insiste sur essentielle) entre l'homme et la nature dans le taoisme (une conséquence du non-dualisme de cette philosophie), tout comme il n'y a pas d'opposition entre le corps et l'esprit (contrairement aux philosophies occidentales), mais cela n'a rien à voir avec une quelconque sacralité de la nature.
Notons aussi que les interprétations du taoisme sont extrêmement diverses et qu'il n'y a pas une école unique. D'ailleurs, dans le Zhuang Zi, on peut parfois remarquer certains textes qui ne collent pas aux chapitres que certains exégètes attribueraient à Zhuang-Zi lui-même.
On m'avait un jour dit qu'un vie ne suffit pas pour la pleine compréhension du yin et du yang. Mais, pour ma part, je prends beaucoup de recul par rapport aux interprétations du yin et du yang les plus courantes que j'entends (qui me semblent souvent superstitieux), surtout les occidentales qui ont une tradition dualiste (substantialiste) fort différente du "dualisme" (dynamique) chinois.
Les taoistes ont souvent étudié le Tao Te King avec le Yi King en parallèle, mais je suis fort sceptique vis-à-vis du Yi King (ainsi qu'à toute forme de divination), un euphémisme pour dire simplement que je n'y crois pas.
Je ne suis littéralement aucune éthique d'aucune école, et il est vrai qu'il y a certains points dans le taoisme tout comme dans l'existentialisme pour lesquels je suis en désaccord. Mais ce que je sais c'est que je cherche toujours à comprendre un peu plus les aspects (différences, similitudes) entre philosophies asiatiques et occidentales.
Merci beaucoup pour ta réponse abdelbouddha.

Alia