"J'annonce la création d'un tribunal islamique dans la mosquée et je déclare le début de la loi islamique", a affirmé le mollah Abdul Aziz, imam de Lal Masjid (Mosquée Rouge), devant 2.000 personnes réunies pour son prêche du vendredi.
Le chef d'une des mosquées les plus radicales d'Islamabad a publiquement annoncé vendredi la création d'un tribunal islamique aligné sur la charia, la loi islamique, et menacé d'attentat suicide si les autorités pakistanaises tentaient de s'y opposer.
• Farooq Naeem (AFP/AFP - vendredi 6 avril 2007, 16h22)
Le mollah Aziz a mis en garde le gouvernement contre toute action contre la mosquée où depuis plusieurs semaines étudiants et étudiantes des madrassas (écoles coraniques) qui lui sont affiliées défient ouvertement les autorités au nom d'un islam radical.
"Si ceci (donner l'assaut contre la mosquée) est la dernière option du gouvernement, alors notre dernière option sera de mener des attentats suicide", a affirmé l'imam en lançant aux autorités un ultimatum d'un mois pour fermer "les maisons closes et les repaires où se vend de l'alcool et où l'on joue de l'argent".
"Sinon, nos étudiants se chargeront du travail", a menacé l'imam dont le prêche était entrecoupé des acclamations de la foule.
Les militants de Lal Masjid mènent depuis plusieurs semaines des actions de "moralisation" que les médias pakistanais inscrivent dans la campagne de "talibanisation" déjà largement entreprise dans le nord-ouest du pays.
Barbus enturbannés armés de baguette de bambous, les étudiants des "Brigades Lal Masjid" parcourent le quartier populaire d'Aabpara où se trouvent la mosquée pour exhorter les commerçants à renoncer à vendre des vidéos de films indiens ou de la musique jugée immmorale.
Les femmes ne sont pas en reste. Toutes de noir vêtues, ce sont elles qui la semaine dernière sont allées "arrêter" trois femmes, dont une accusée de tenir une maison close. La police avait alors arrêté deux des enseignantes qui avaient mené le raid. En représailles, les étudiants s'étaient emparés de deux policiers.
A l'issue d'un face-à-face tendu de quelques heures, les autorités avaient libéré les deux enseignantes. Les policiers avaient également été relâchés, mais la tenancière de la maison close n'avait été libérée que deux jours plus tard après une "confession publique" organisée pour les médias dans la mosquée.
"J'annonce la création d'un tribunal islamique dans la mosquée et je déclare le début de la loi islamique", a affirmé le mollah Abdul Aziz, imam de Lal Masjid (Mosquée Rouge), devant 2.000 personnes réunies pour son prêche du vendredi.
• Farooq Naeem (AFP/AFP - vendredi 6 avril 2007,
En janvier, les étudiantes en noir avaient déjà occupé une bibliothèque publique pour protester contre la destruction de mosquées bâties illégalement sur des terrains publics.
Après plusieurs jours de tension, les autorités avaient fait marche arrière et renoncé aux démolitions.
Après des semaines d'inaction des autorités, 600 personnes ont manifesté jeudi à Aabpara pour protester contre "le fascisme religieux" et appeler les autorités à empêcher les islamistes de "harceler et terroriser les citoyens au nom de l'islam".
Vendredi, le président pakistanais, le général Pervez Musharraf a appelé les étudiants islamistes à faire preuve "d'ouverture d'esprit" et à "renoncer à la rigidité".
"Ils ne doivent pas prendre la justice en main, cela basculerait dans l'anarchie, et cela nous ne l'autoriserons pas", a ajouté le général Musharraf en marge d'une conférence sur la santé des femmes.
"Pourquoi les autorités trouvent-elles si difficiles d'imposer la loi ?", demandait cette semaine l'éditorialiste du quotidien Dawn, le plus institutionnel de la presse anglophone pakistanaise.
"Est-ce parce qu'elles veulent éviter un bain de sang (...) ? Ou est-ce le reflet d'une lutte interne au sein du régime dont une faction conserve une certaine sympathie pour ses anciens alliés islamistes ?", questionnait l'éditorialiste.
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