Geert Wilders: Liberté de censure ou liberté de penser ?Par Patrice Remy le jeudi 5 février 2009, 08:00 - Société - Lien permanent
« Je n'ai rien contre les individus, l' islam s'en prend aux femmes, aux homosexuels moi je ne suis pas raciste, jamais je n'irai au Parlement européen dans un groupe avec Le Pen, je ne sais quel fasciste roumain, ou le Van block belge » C'est ainsi que s'exprimait dans le Figaro du 28 Mars 2008, le député néerlandais Geert Wilders, chef de file du Parti de la Liberté (PVV).Or début Janvier 2009, la cour d'appel d'Amsterdam a ordonné au parquet d'engager des poursuites pour incitation à la haine et à la discrimination contre le député néerlandais réalisateur du film anti-islam: Fitna (discorde en arabe)
Pourquoi ? Qui est donc Geert Wilders et que lui est-il reproché ? Quel est le contexte politique et historique et donc l’enjeu de cette annonce de poursuite judiciaire
1: Présentation.
2: La toile de fond: les gestions de l’immigration et le modèle multiculturel spécifique des Pays-bas depuis 20 ans.
3: Fitna: le film et ses conséquences.
4: Les réactions aux Pays-Bas.
5: Conclusion: Les Enjeux.
1: Présentation
Né en 1963 à Venlo dans le sud-ouest des Pays-Bas Geert Wilders a passé après ses études secondaires plusieurs mois dans un moshav, un village agricole israélien. Il se définit lui-même comme ayant beaucoup de proximité avec Israël. « la seule démocratie au Moyen-Orient » selon lui.
Après un passage au Parti Libéral (VVD) dont il devint l'un des députés, il créé en 2005 son propre parti Politique.
Élément hyper actif de la victoire du non au référendum sur le traité de Constitution Européenne en 2005, Geert Wilders a ensuite obtenu aux législatives de novembre 2006, 5,8% des voix (soit 579490 votes et 9 députés sur150).
Il est l'homme dont la franchise absolue sur les thèmes de l'immigration, de l'assimilation et du clivage islam/occident dépasse ce que la vie politique des Pays-bas avait connue jusque là, tout comme Pim Fortuyn, le leader « populiste » assassiné en 2002 par un membre de l'extrême gauche avait fait imploser les repères électoraux de la coalition violette « libéraux et socialistes », qui se partageaient ensemble le pouvoir.
Pim Fortuyn avait d'abord cassé un tabou politique affichant et revendiquant ouvertement son homosexualité tout en plaidant l'arrêt de l'immigration ( La Hollande est pleine ) et remettant en question le modèle multiculturel tel que les Pays-Bas le conçoivent. Il affirmait aussi l'incompatibilité de l'islam avec les valeurs occidentales: « L'islam, cette religion attardée issue d'une culture rurale hostile aux homosexuels et aux femmes. Si j'en avais les moyens légaux, je dirais: plus un seul musulman ne sera autorisé à entrer ».
Ce qui n'empêchait pas que l'on trouve parmi les membres de la Liste Pim Fortuyn quelques immigrés qui ont « réussi ». En fait la proportion de députés d'origine étrangère de la Liste Pim Fortuyn arrivait en seconde place derrière les écologistes de GroenLinks. Ne pouvant pas être classé « extrême droite », Pim Fortuyn était accusé de populisme.
Il est vrai qu'il n'y a pas de grande tradition d'extrême droite aux Pays-Bas. Avant la seconde guerre mondiale le parti fasciste néerlandais n'a jamais atteint plus de7% des voix et il n'avait pas de partisans parmi l'élite politique et culturelle du pays.
Geert Wilders, lui,occupe donc aujourd'hui une place pivot aux Pays-Bas qui connaît depuis quelques années un renouveau d'interrogations sur la place de l'immigration et de ses conséquences.
2: La toile de fond: les gestions de l’immigration et le modèle multiculturel spécifique des Pays-bas depuis 20 ans.
Selon l'Express du 19 Mars 2008
«… le modèle multiculturel longtemps à l'honneur dans le royaume se fissure. Quelles limites poser quand des droits aussi fondamentaux que la liberté d'expression ou l'égalité des sexes entrent en collision avec le droit à pratiquer sa foi comme on l'entend. La question ouvre de nouveaux clivages. Le maire d'Amsterdam, le social-démocrate (PvdA) Job Cohen, s'est ainsi récemment opposé au chef du parti, Wouter Bos, lequel jugeait inacceptable que des assistants sociaux refusent, pour des motifs religieux,de serrer la main de femmes dans l'exercice de leurs fonctions.
Les municipalités s'interrogent afin de savoir si elles doivent ou non autoriser le port du burqini,un maillot de bain féminin « islamiquement correct » dans les piscines publiques. Plus anecdotique mais aussi choquante pour de nombreux Néerlandais, la décision de la banque Fortis de ne plus offrir aux enfants la traditionnelle tirelire en forme de cochon-un animal impur pour les musulmans. »
En fait la problématique de l'intégration est plus ancienne que cela.
Il faut ce souvenir qu’en 1983,le gouvernement néerlandais introduit officiellement une politique des « minorités ethniques », inspirée à la fois de la tradition des « piliers » et du communalism anglais. L’objectif de cette politique était de favoriser la « société pluriethnique » et consiste non pas à assimiler les populations allogènes ni même à les intégrer, mais avant tout à « préserver » l’identité ethnoconfessionelle séparée de chacun des « piliers ».
Ceux-ci disposent donc d’écoles, d’hôpitaux,de logements, de syndicats et associations de travail, de clubs de sports de radios ou encore de locaux communautaires.
Aux antipodes du système d’intégration français traditionnellement individualiste et assimilationniste, l’accent est mis sur le groupe plutôt que sur l’individu. Aujourd’hui, les principaux bénéficiaires de la politique de « pilierisation » sont les anciens colonisés moluquois, antillais, surinamiens et arubans,les musulmans tunisiens, turcs,marocains et de l’ex-Yougoslavie, les Capverdiens, les Latino-Européens italiens,espagnols et portugais, les Grecs, les Tziganes, les réfugiés politiques et même les « habitants des caravanes ». C’est, par exemple, en vertu de ce système que les imams formés et dirigés par les autorités turques ou marocaines reconnues comme piliers officiels sont assimilés à de véritables chefs religieux et communautaires, à des dirigeants d’un des piliers fondamentaux de l’État. Aussi, le décret du 30 mai 1986 de la Cour suprême des Pays-Bas confère-t-il aux imams le même statut légal que celui accordé aux prêtres et aux rabbins, ce qui leur permet de briguer des fonctions dans l’armée, les hôpitaux et les prisons.
C’est dans ce cadre communautaire que les pouvoirs publics néerlandais facilitent et soutiennent financièrement la constitution d’associations d’immigrés musulmans au niveau national et régional,notamment dans le domaine des sports, de l’assistance sociale, des cours de langues, y compris l’enseignement de l’arabe qui est dispensé dans les mosquées, ou même des programmes confessionnels et culturels, y compris les émissions des sensibilisation à l’islam, les organismes religieux ayant systématiquement un droit d’accès à la radio et à la télévision. Ainsi, la Fédération turque des associations culturelles islamiques a confié la production de programmes sur l’islam à la Fondation islamique de radiodiffusion qui dispose d’un temps d’antenne de deux heures hebdomadaires à la radio et d’un demi heure sur les écrans.
En ce qui concerne la liberté d’enseignement, la loi néerlandaise et la Constitution autorisent depuis 1987 les communautés religieuses à fonder leurs propres écoles privées qui bénéficient de subventions de la part du gouvernement. Ainsi plus d’une vingtaine d’écoles islamiques ont pu être créées grâce à ces subventions, une vingtaine d’autres établissements de ce type sont actuellement en fonctionnement dont trois sous l’égide de la direction des Affaires religieuses de la Turquie (DITIB).
Les autres sont contrôlées par les frères musulmans, le pôle saoudo-whahabite, les mouvances islamistes marocaines, forts présentes et surtout les islamistes turcs du Milli Görüs. Des cours d’éducation islamique sont dispensé par ailleurs dans les écoles publiques. Il faut savoir que les Pays-Bas se sont ouverts à l’islam à partir des années 70 et surtout à partir de1976, date à laquelle fut édité un règlement provisoire modifié en 1981 visant à favoriser le financement des mosquées considérées non pas seulement comme des lieux de prière mais également d’épanouissement social pour la communauté.
Plus d’une centaine de mosquées furent ainsi construites dans les années 1980 avec la participation financière de l’État. En 1984 le Parlement transféra aux collectivités locales la compétence et l’obligation de procéder à de tels financements. Mais le gouvernement central continua à accorder des subsides à des associations islamiques au titre de leurs activités socioculturelles, lesquelles comprennent parfois la construction de mosquées. Cette politique des minorités ethniques a selon certains des conséquences préjudiciables à l’unité nationale et à l’intégration.
Les immigrés et les minorités « pilierisées » en général ayant surtout été considérées comme les objets de la protection sociale et non pas comme une main-d’œuvre productive. On ne s’est pas rendu compte qu’une attitude aussi paternaliste encourageait un processus de marginalisation. Nombreux sont les immigrés qui ne parlent toujours pas le néerlandais, même après vingt ans de séjour, qui n’ont presque jamais rencontré un Néerlandais, qui se retirent dans leur groupe et qui,échappant au rythme collectif qu’impose le travail, n’ont pas eu l’occasion d’organiser leur vie. « Parfois ils sont attirés par le fondamentalisme ou par la délinquance et ils n’ont pas la possibilité de se familiariser avec la société d’accueil », déplore le politologue Han Entzinger.
C’est dans le cadre de cette dynamique de repli communautaire que nombre de musulmanes vivant aux Pays-bas, persuadées que la société occidentale est immorale et « vit dans le pêché » font venir chaque année leurs futurs époux: trente à quarante mille personnes émigreraient ainsi annuellement vers les Pays-Bas.
Aussi,constate Entzinger, les immigrés de confession musulmane des deuxième ou troisième génération se définissent de plus en plus en fonction de la religion, celle-ci tendant peu à peu à « remplacer l’origine ethnique ou nationale comme critère de classification ou et comme fondement d’organisation sociale ».
On est ainsi passé d’un système des « piliers» au départ essentiellement ethniciste, à une communautarisme confessionnel susceptible de faire le lit du fondamentalisme. Car aux Pays-Bas comme ailleurs en Europe, les structures intégristes musulmanes ont le quasi-monopole de la représentation institutionnelle et tentent d’instrumentaliser les minorités au moyen de la même stratégie victimaire axée sur les revendications exorbitantes que l’État d’accueil ne saurait point rejeter au nom d’un droit à la liberté religieuse et d’une discrimination positive censée « réparer les préjudices subis » par les musulmans,victimes de « l’islamophobie » et de l’intolérance ambiantes.
Durant l’affaire Rushdie, les musulmans des Pays-Bas profitèrent ainsi du cadre de liberté d’expression exceptionnel qu’offre ce pays pour manifester par milliers à La Haye et à Rotterdam contre l’œuvre « blasphématrice » de Salman Rushdie, réclamant la peine de mort pour l’auteur « apostat ». Ces manifestations déclenchèrent un vif débat dans l’opinion publique néerlandaise fortement attachée aux valeurs de tolérance ainsi que dans la presse et jusqu’au Parlement qui inscrivit spécialement cette question à l’ordre du jour lors de l’assemblée du 7 mars 1989.
Malgré leur ouverture d’esprit, les Néerlandais accueillirent assez mal le soutien des nombreux musulmans des Pays-Bas à la fatwa de l’ayatollah Khomeyni qui avait condamné Salman Rushdie. Comme dans les autres sociétés démocratiques occidentales, les manifestations anti-Rushdie furent de véritables démonstrations de force aux termes desquelles les organisations islamiques formulèrent une série de revendications particulières ainsi que des droits d’exception en matière de droit pénal et de statut personnel.
En matière de polygamie par exemple, la stratégie victimaire adoptée par les fondamentalistes visa à faire intérioriser dans les consciences musulmanes l’idée selon laquelle le « droit des familles de vivre ensemble » serait bafoué par le système néerlandais qui n’accorde le droit de résidence qu’à une seule épouse, bien que la loi néerlandaise reconnaisse le mariage islamique polygame. Dans les procédures de divorce les maris musulmans demandent régulièrement que le droit islamique opposé en général au droit européen qui est plus favorable aux femmes soit appliqué notamment en ce qui concerne le problème de la garde parentale.
C’est dans ce contexte qu’au début des années 2000, Pim Fortuyn avait eu par réaction ses premiers succès électoraux, les néerlandais commençant à douter des biens fondés de leur politique de gestion de l’immigration. Mais le leader populiste fut assassiné en 2002 et son parti politique fruit d’un mouvement de mécontentement populaire plus que d‘une adhésion à un programme politique alternatif ne lui survécut pas.
Le deuxième choc de ses dernières années survint au moment de l’assassinat le 2Novembre 2004 de Theo van Gogh, arrière petit fils du frère de Vincent van Gogh.
Theo van Gogh était dabord et avant tout un célèbre cinéaste, il avait reçu deux Gouden Kali l'équivalent hollandais du César.
Mais il était aussi un provocateur patenté, voir extrême. Ses propos n’épargnaient personne, ni Jésus qu’il qualifiait de « poisson pourri de Nazareth », ni la communauté Juive. Mais pour autant que ces propos dépassaient parfois la ligne jaune et qu’il en subissait les conséquences logiques aux tribunaux, il s’inscrivait néanmoins dans cette tradition de libre expression de la pensé et de tolérance que s’autorisaient les Pays-Bas.
C’est au moment où il décida d’étendre ses critiques envers l’Islam que pour lui tout dérapa. Il réalisa Submission,un petit documentaire co-écrit avec Ayaan Hirsi Ali féministe de gauche d’origine musulmane alors député du VVD, qui venait de réussir à faire adopter une proposition de loi réprimant sévèrement la pratique de l'excision.
Le film se voulait une critique sans concession du statut de la femme en Islam. Il montrait des femmes refusant de se soumettre à Allah tentant d’engager un dialogue avec lui sur un ton de défi en lui promettant que s’il n'intervenait pas elles cesseraient de se soumettre. Le film fut tout de suite violemment dénoncé par la communauté musulmane aux Pays-bas mais aussi dans tous les autres pays musulmans qui se scandalisaient de voir une femme nue sur laquelle des phrases du Coran étaient imprimées.
Les menaces de mort ainsi que des fatwas furent émises. Theo van Gogh qui ne croyait pas à un danger réel, après tout il était aux Pays-bas refusa de se faire protéger et fut assassiné en plein rue, blessé par 8 balles, égorgé puis encore poignardé.
Son assassinat fut un véritable electro-choc. Mais plus encore les nombreuses réactions de la communauté musulmane mirent très mal à l’aise l’opinion publique néerlandaise.
Le journal Le Monde du 10 Novembre 2004 qui s’en fait l’écho dans un article intitulé Choc et peur à Amsterdam nous apprend que cet assassinat a creusé un fossé entre « les musulmans et les Néerlandais de souche.»
« Theo Van Gogh Celui qui insultait les musulmans » répète l'un des jeunes Marocains abordés dimanche soir devant la mosquée El Tawheed l'un des fiefs de l'islamisme radical d'Amsterdam,selon la presse locale. « Celui qui montrait des femmes nues,avec des phrases du Coran écrites sur la peau », insiste le jeune homme. « Les frères l'avaient prévenu.Ils lui avaient dit de se taire. Mais il ne les a pas écoutés »ajoute-t-il le sourire mauvais avant de s'éclipser vers le lieu de prières.
Autre exemple de réactions de la rue musulmane d‘Amsterdam dans leFigaro du 20Novembre 2004:
«.. Dans un taxi qui file en direction du centre-ville l'ambiance se tend brutalement. « Que pensez-vous de l'assassinat de Theo Van Gogh » demande l'une des passagères au chauffeur de confession musulmane qui ne cache pas que la question l'indispose. « Cela ne me fait rien qu'il soit mort. Il l'a cherché.» Silence... De nouveau la jeune femme: « Ne trouvez-vous pas que celui qui a fait cela est un mauvais garçon ?» Coup d'oeil furtif dans le rétroviseur. Arrêt brutal « Descendez !» Passagères sur le trottoir... »
C’est dans ce contexte politique que Geert Wilders quitta son ancien parti le VVD dont il ne comprenait plus les positions politiques.
Il faut dire qu'il n'avait sur ces thèmes jamais mâché ses mots. Ainsi dès Février 2004 Geert Wilders affirma que Pim Fortuyn avait raison quand il avait parlé de « la culture arriérée » des musulmans.
« Pourquoi avons-nous peur de dire que les musulmans doivent s'adapter à nous parce que nos normes et nos valeurs sont tout simplement d'un niveau de civilisation plus élevé, meilleur plus tolérant et plus humain Non à l'intégration, vive l'assimilation ! S'ils le veulent ils peuvent porter des foulards chez eux et abattre leurs moutons à la maison mais à l'extérieur ils doivent se comporter comme tout le monde.»
Il avait renouvelé ses propos quelques mois plus tard en affirmant « que les Pays-Bas ont largement dépassé les limites de l'hospitalité pour les immigrés non occidentaux, en particulier ceux d'origine musulmane ». Les Pays-Bas affichent « plus que complet ». Il a donc plaidé pour « arrêter totalement et pendant cinq ans l'immigration des familles et la création de nouvelles familles pour les immigrés non occidentaux ». Il prône donc la « fixation d'un nombre maximum de demandes d'asile quelques milliers chaque année ». En outre, « les immigrants criminels devraient perdre leur carte de séjour après avoir accompli leurs peines d'emprisonnement et être ensuite expulsés » ( Burger wil geen immigratie,wel integratie », Geert Wilders. Dans De Volkskrant,9.10.2004 )
Puis, le 2 juillet 2005 avec son collègue Jan Oplaat député du VVD ( le parti libéral auquel il appartenait avant de créer en septembre de la même année le Parti de la Liberté), Geert Wilders présenta un manifeste en dix points. Manifeste dans lequel ils affirment entre autre que la Turquie ne doit jamais devenir membre de l'Union européenne parce qu'il s'agit d'un pays islamique. Selon eux il faut aussi expulser les imams radicaux sans aucune procédure juridique et enlever la nationalité néerlandaise aux personnes naturalisées qui ne s'intègrent pas assez vite puis les expulser. Ils recommandent aussi de diviser par deux le montant de l'aide au tiers monde.
Puis il a proposé une loi pour faire interdire le port du voile dans tous les lieux publics. « Première raison: la police doit pouvoir identifier n'importe qui à n'importe quel moment. C'est une affaire de sécurité. Deux: si vous voulez assimiler les femmes musulmanes elles ne doivent pas s'enfermer dans des burkas qui les empêchent d'avoir des contacts avec la société. Trois: ce n'est pas ainsi que nous traitons les femmes en Hollande.»
Le projet ne fut finalement retenu que pour les écoles et les transports publics.
Ses positions sont claires: Voici un extrait d'un entretien réalisé par le Figaro où il témoigne de la manière dont il gère les graves menaces qui pèsent sur sa vie depuis qu'il tient ce discours.
Extrait:
- LE FIGARO: Pensez-vous que la provocation et les slogans à l'emporte-pièce font avancer les choses
- Geert WILDERS: À la différence des autres, nous au Parti de la liberté nous ne mâchons pas nos mots. Un million de musulmans pour 16 millions de Hollandais c'est trop. Nous sommes les seuls à nous élever contre l'immigration musulmane, les projets de mosquées, d'écoles coraniques. Certains disent également vouloir refuser le relativisme culturel. Mais moi je le dis de manière plus claire: ma culture est meilleure que la culture islamique. Nous ne traitons pas les femmes, les homosexuels, les relations politiques au sein de la société comme cette culture retardée. Les individus sont égaux. Mais toutes les cultures ne se valent pas.
- LE FIGARO: Avez-vous vraiment peur pour votre identité et l'identité des Pays-Bas
- Geert WILDERS: Je crois vraiment que notre liberté est menacée par ce que j'appelle le tsunami islamique. Si dans le futur les musulmans approchent ou arrivent à la majorité aux Pays-Bas,nous perdrons tout ce pourquoi nous nous sommes battus: notre démocratie notre liberté, nos lois. Le chauvinisme n'est pas un vilain mot.
Pour se faire sa propre opinion voici on peut trouver le film Fitna. Et le discours de Geert Wilders au Parlement de son pays expliquant ses convictions
3: Fitna: le film et ses conséquences
Après son succès électoral de 2006, Geert Wilders poursuivit son combat politique et médiatique et annonça assez tôt sa volonté d’écrire et de diffuser un documentaire expliquant et prouvant ses critiques envers l’islam.
C’est cette détermination qui lui vaut aujourd’hui d’être attaqué en justice.
Les reproches de la Cour sont les suivants:
La cour estimerait en effet « qu'il a été prouvé que des croyants musulmans ont été insultés par des comparaisons de l'Islam avec le nazisme faites par Geert Wilders ». (la notion de preuve est ici tout à fait étrange)
« Des croyants musulmans ont été insultés par des comparaisons de la religion musulmane avec le nazisme faites par Geert Wilders » a estimé la cour d'Amsterdam. « La cour considère que cela est à un tel point insultant pour la communauté musulmane qu'il est dans l'intérêt général de poursuivre M.Wilders ». La façon dont le débat public est mené sur des thèmes controversés comme l'immigration et l'intégration ne tombe pas sous le coup de la loi en principe mais cela est différent lorsque des limites fondamentales sont dépassées ajoute la cour. Le procès pourrait avoir lieu vers la fin de l'année prochaine.»
« Nous allons préparer un acte d'accusation contre M.Wilders et l'affaire ira devant le tribunal » a déclaré un porte-parole du parquet d'Amsterdam, Otto van der Bijl. Un procès pourrait avoir lieu d'ici à un an.
Des musulmans se sont donc sentis insultés par une comparaison:
Le seul problème c'est que des relations ont bien existées entre des hautes autorités islamiques et Hitler. Au point de participer militairement et conjointement sous uniforme militaire allemand au combat nazi. De même Hitler admirait l'Islam et ne s'en cachait pas.
« … une religion qui croit en la diffusion de la foi par le sabre et dans le fait de subjuguer toutes les nations par cette foi. Une telle foi convient parfaitement au tempérament germanique. »
De plus,une scène du film Fitna montre une manifestation avec des musulmans portant des pancartes sur lesquels il est écrit « Dieu bénisse Hitler ».
Ces faits seront très certainement apportés au tribunal et il n’y a aucune chance que cela soit historiquement contesté. Que des musulmans en soient choqués c'est en quelque sorte leur problème. Mais certainement pas une question de délit.
Autre point, Geert Wilders considère que l’islam est une forme de totalitarisme et que le Dhijad pousse à perpétuer des crimes contre l’Humanité. Le tribunal est-il compétent pour interdire cette opinion ?
Derrière ces accusations ce sont les propos du film Fitna qui continuent à poser problème à ceux qui portent plainte. Ce documentaire de 17 minutes était destiné à démontrer le caractère « fasciste » du Coran, livre dont Geert Wilders demande l'interdiction et qu'il compare effectivement au « Mein Kampf » d'Hitler… qui est le seul livre interdit aux Pays-Bas.
En fait sur cette question de droit (de critique) le parquet national des Pays-Bas s'est déjà prononcé le 30 juin 2008 stipulant que le film de Geert Wilders comme ses déclarations à la presse en marge de sa diffusion n'étaient pas de nature à justifier des poursuites. Ajoutant que les déclarations du député sur les musulmans s'inscrivaient « dans le cadre du débat public ».
Cependant, depuis une loi est passée pour ce qui apparaît en fait poursuivre les propos anti-islamiques. (Seuls le SGP parti chrétien), l’Union Chrétienne, le PVV (le Parti pour la liberté de Geert Wilders),et le VDD (Parti populaire pour la liberté et la démocratie (soit 39 voix sur 150 s’y sont opposés).
Fin 2008 Les autorités soucieuses d'apaiser les relations entre les Néerlandais de souche et l'importante communauté musulmane avaient évoqué à plusieurs reprises l'idée d'en revenir au … délit de blasphème…
Un savant compromis élaboré par Ernst Hirsch Ballin ministre chrétien-démocrate de la justice a été négocié. Il se solde par l'abandon d'un article de loi adopté en 1932 et censé à l'origine protéger les chrétiens contre une campagne anti-religieuse lancée par les milieux communistes. Cette disposition avait été abandonnée en 1968 à l'issue d'un procès visant un écrivain qui avait évoqué son attirance sexuelle pour … un dieu qu'il comparaît à un âne.
M.Hirsch Ballin a en contrepartie proposé d'étendre désormais la notion de discrimination afin de « mieux protéger » les croyances religieuses. Au passage, il a assuré que les humoristes et les journalistes ne devaient pas « avoir peur ».
« Hormis Dieu on ne pourra plus non plus insulter Allah ou Karl Marx » ricane une responsable du parti écologiste GroenLinks. « Les croyants n'ont pas à être mieux protégés que les incroyants » estime quant à lui le Socialistische partij (gauche radicale). La réforme inquiète également de nombreux juristes.
L’idée est donc de pénaliser la discrimination les «insultes graves » et les propos « inutilement blessants » à l'égard des individus sur la base de « leur race, leur orientation sexuelle et leur religion.
Quoiqu’il en soit, on comprend alors pourquoi le Parquet peut de nouveau entendre les arguments de plaignants et déclare poursuive parce « cela est à un tel point insultant …»
Un argument de mise en examen qui paraît éminemment fragile car subjectif. Il faudra que la Cour explique depuis quels critères objectifs il est possible de qualifier le degré d’insulte contenu dans des critiques touchant à la croyance religieuse. Le sujet est-il quantifiable ?
Un exemple parmi d’autre:
A Rotterdam, l'artiste Chris Ripke avait réagi au meurtre de Théo Van Gogh en peignant une fresque représentant une colombe de la paix avec le texte « Tu ne tueras point » ( Gij zult niet doden) en nééerlandais qui est l'un des Dix Commandements des juifs et des chrétiens.
Les responsables de la mosquée voisine se sont plaints à la mairie et à la police trouvant cette œuvre « offensante et raciste ». Le maire a demandé à des employés municipaux d'effacer la fresque. Un journaliste local, Wim Nottroth qui voulait protester contre cette censure en filmant la scène puis se postant devant la peinture a été arrêté.
Cette affaire annonce bien dans quel type de dilemme la société néerlandaise est en train de s’enfermer.
Où l’on voit que la détermination du délit ne concerne plus vraiment la nature du délit lui-même mais les personnes qui disent en être victime et le soucis d’ordre social vis-à-vis de ces groupes de personne.
Et ceci est la conséquence directe de la très forte polémique qui tout le long de l’année 2008 a opposé l’initiative de Geert Wilders à la quasi-totalité du monde politique néerlandais qui s’est désolidarisé et a condamné l’existence même de ce film critique envers l’Islam.
Des pressions et des menaces multiples comme celle de ce type:
« Les entreprises néerlandaises qui opèrent à l'étranger envisagent d'imputer la responsabilité civile des conséquences négatives du film Fitna au leader PVV Geert Wilders » annonce l'Haagsche Courant dans un grand article à la une.
«… un certain nombre d'entreprises veulent le rendre civilement responsable avant la parution du film. Wilders sait donc à quoi s'en tenir.»
Le même journal expliquait bien le 17 janvier 2008 la véritable peur qu’engendrait ce simple petit documentaire … mais il faut dire que plus que le film lui-même,tout le monde avait encore en tête les réactions du monde musulman aux caricatures danoises:
« Les Pays-Bas se préparent sur tous les fronts pour le film de Geert Wilders sur le Coran » annonce l’AD dans son grand article à la une. « Le secteur privé, les ambassades, les maires, la police et les organisations musulmanes ont été alertés à un stade précoce par les autorités concernant la possibilité d’émeutes à la suite du film.»
« Les ministres les plus directement concernés se penchent régulièrement sur la question depuis novembre. Ter Horst (Intérieur) a appelé dans une lettre tous les maires à être très attentifs aux tensions. Elle fait valoir que l’État peut aider à mettre au point des scénarios d’émeute.»
Geert Wilders s’est entretenu dès début novembre avec l’organisation de lutte contre le terrorisme NCTb rappelle le journal. « Celle-ci a prévenu les ministres Ter Horst et Hirsch Ballin (Justice) qui ont parlé avec Wilders de ses projets de film. Selon Ter Horst, ce qu’il en a dit les a vivement préoccupés. C’est pourquoi le gouvernement a l’intention de réagir immédiatement après la diffusion du film. »
« Les ministres font maintenant tout pour prévenir des situations comme lors des caricatures danoises. Les ambassades néerlandaises ont été averties et il est convenu avec elles qu’elles propageront le même message que le gouvernement. Et les ambassadeurs rapportent régulièrement les réactions publiques au projet de Wilders dans leur pays de résidence. Par ailleurs ils dialoguent avec le gouvernement du pays. Ils soulignent que le gouvernement néerlandais s’est distancé des idées de Wilders et s’inquiète de la teneur de son film.?»
« La ministre Voogelaar (Intégration) a pris contact avec les organisations musulmanes et leur a demandé de téléphoner avant de réagir publiquement » (également de Volkskrant p.3,De Telegraaf p.3,Trouw p.4?).
Un pays donc qui semble avoir plus peur des menaces dont il fait l’objet que de la conservation de ses propres principes fondamentaux de liberté
Ce qui revient de fait à abandonner l’idée même de liberté d’expression et de pensée.
4: Les réactions aux Pays-Bas
Volkskrant du 22 janvier 2009, le philosophe du droit Paul Cliteur est curieux de voir la limite que définira le tribunal. Il ne veut pas encore parler de « journée noire pour la démocratie ». On a seulement dit que les poursuites avaient des chances d’aboutir, mais il n’y a pas encore de jugement. Cliteur trouve de mauvaise augure que la cour estime que Wilders est allé trop loin en comparant le Coran à Mein Kampf. Il qualifie de « bizarre » le raisonnement selon lequel on sème implicitement la haine contre des personnes en critiquant un livre.»
Selon l’écrivain Fouad Laroui, la décision de la Cour n’aura pas d’effet modérateur sur un débat polarisé. Pourtant il parle de « pur gain pour la démocratie ». « Cette décision montre que personne n’est au-dessus des lois. Les propos de Wilders vont être contrôlés comme ceux de tout un chacun qui fait des remarques sur la race ou la religion.»
Le directeur de l’Association de coopération des Marocains des Pays-Bas (SMN), Farid Azarkan partage cet avis. « La Cour rétablit la confiance de notre base dans l’Etat de droit. Ce n’est pas mauvais à une époque où les musulmans ont le sentiment d’être toujours perdants que ce soit ici ou à Gaza ». La SMN essaie de sortir sa base de son rôle de victime et la décision de la Cour peut l’y aider. Azarkan: « Elle montre qu’il est utile de respecter les règles démocratiques. Que le droit existe aussi pour vous »
Autre source sur le bien fondé de cette action en justice: « Le simple fait que des musulmans se sentent insultés par les paroles de Wilders suffit-il pour désormais lui interdire de proclamer ses opinions ?» s'interroge le journal De Volkskrant ( dans son édition du 22 janvier).
Le quotidien ne conteste pas que c'est au juge qu'il revient de répondre à cette question, mais il « regrette que la liberté d'expression devienne de plus en plus souvent une question juridique ». « Dans un débat virulent il est inévitable que quelques musulmans se sentent insultés » ajoute le journal, mais « il est plus logique de répliquer à Wilders par le débat que d'aller devant le juge. Wilders va profiter du procès pour tenter encore une fois de démontrer qu'il a raison. On ne pouvait guère inventer meilleur moyen de propagande pour lui. Il n'est pas au-dessus de la loi. Mais dans l'arène politique le jugement de l'électeur est préférable à celui du juge.»
De son côté, le NRC Handelsblad ( dans son édition du 22janvier ) considère que « les musulmans ne sont pas dans une position faible au point que le Code pénal doive les protéger contre Wilders ». Le quotidien de Rotterdam se demande s'il est « du devoir des juges de protéger l'efficacité de la politique d'intégration » un argument avancé par la cour d'appel. «De plus,la Cour européenne des droits de l'homme qui approuve la restriction des expressions politiques insultantes estime que les sanctions éventuelles doivent toujours être limitées.»
Avis du Telegraaf, « la Cour d’appel d’Amsterdam s’aventure sur un terrain très glissant » ; « L’intervention de la Cour est déjà une restriction de la liberté d’expression en soi, alors que les raisons avancées sont extrêmement discutables.»
L’AD lui aussi estime que « la décision de la Cour porte déjà tant sur le fond qu’elle ressemble à une condamnation et il est douteux qu’on puisse encore parler de procès équitable».
L’AD du 23 Janvier (p.4 fait mention d’un sondage d’opinion de Maurice de Hond. Un sondage qui nous apprend que 50% des néerlandais ne sont pas d'accord avec la décision de la cour ( et 7% n'ont pas d'opinion).
Il révèle que 54% veulent que Wilders en cas de procès soit acquitté. 17% espèrent qu'il sera condamné à du travail d'intérêt général avec sursis,12% à du travail d'intérêt général effectif, 6% à une peine de prison supérieure à 2mois,2 % à une peine de prison inférieure à 2mois. 10%n'ont pas d'opinion.
Pour 51% des sondés la cour a « violé de façon inacceptable le statut d'un représentant du peuple qui avait le soutien de plus d'un demi-million d'électeurs».
Enfin, 26% déclarent que cette décision les rend plus disposés à voter pour Wilders qu'ils ne l'étaient auparavant. 2% sont moins disposés à voter pour lui, 11% sont ni plus ni moins disposés qu'avant.
On le voit les avis sont plutôt en faveur de la liberté d’opinion…
A l’étranger où le débat fait écho le quotidien américain The Wall Street Journal dans son numéro du 23 janvier dernier prend position: « En poursuivant Wilders les Pays-Bas importent des règles saoudiennes » L’idée de punir des gens pour offense de sentiments religieux est dangereusement proche de la pénalisation du blasphème telle que les pays islamiques la souhaitent.»
5: Les Enjeux
L’enjeu premier, on le voit est celui de la perpétuation de la liberté de penser face une pression communautariste demandant au nom du principe de tolérance l‘interdiction de toute critique envers elle Et au-delà la possibilité de la coexistence même de ces deux principes quand ils semblent ne plus s’accorder sur l’essentiel.
C’est le dilemme auquel doivent faire face les Pays-bas confrontés aux conséquences du modèle de « société pluriethnique » qu’ils construisent depuis près de 30ans, qui consiste non pas à assimiler les populations allogènes ni même à les intégrer, mais avant tout à « préserver» l’identité ethnoconfessionelle séparée de chacun des « piliers » communautaires des populations présentes sur leur sol.
L’autre enjeu pour le parti de Geert Wilders pourrait être plus posaïque. Le procès pourrait lui coûter très cher… au point qu’il craigne pour l’existence de son parti le PVV écrit le quotidien à grand tirage De Telegraaf à la une. « Impossible de trouver les centaines de milliers d’euros que cela nous coûtera, déclare Wilders qui ne perçoit pas de subvention de l’Etat.»
Or, en cas de condamnation, « si il veut aller jusqu’au bout de tout le jugement définitif ne sera probablement pas rendu avant… 2015 titre le Volkskrant.
« Un porte-parole du Ministère public souligne que Wilders doit avoir le temps de bien se préparer pour son procès. Il faudra probablement aussi ouvrir une instruction et le leader politique doit être entendu par le juge en tant que suspect. Ce genre de procédure prend généralement beaucoup de temps.»
Les parties du procès peuvent se pourvoir en cassation. Le leader du PVV pourra ensuite saisir éventuellement la Cour européenne des droits de l’homme. « Si l’affaire se déroule ainsi, il est probable qu’il n’y ait pas de jugement définitif avant 2015.»
En troisième lieu l’enjeu est plus large et ne concerne pas que les Pays-bas.
Il demande d’affronter ici et maintenant toute tentative d’intimidation et d’auto-restriction de la liberté de penser qui est avant tout liberté de critique. Car si les ayatollahs de toutes sortes sévissent aux Pays-bas, leurs petits frères ne sont pas moins actifs en France.
La Liberté ne se défend pas dans l’abandon mais dans un combat continuel qui ne peut ni ne doit jamais s’arrêter. C’est un principe. Le principe même d’une certaine idée de ce que doit être une civilisation…
Cette affaire dépasse maintenant les frontières des Pays-bas. Si Geert Wilders « tombe» Qu'adviendra t'il alors de la liberté d'expression en Europe ? C'est la question que se posent les partisans de la liberté d'expression et du droit à la critique d'une religion qui commencent à organiser des actions de soutien internationales
Wilders sur son site (
http://www.geertwilders.nl) prépare le financement de son procès en faisant un appel aux dons en prévision d'un combat juridique qui risque de s'averer long et couteux.