Yi Sun-sin a écrit:AliadArrakis a écrit:Ceci dit, je suis pour l'égalité, mais pas pour une égalité arithmétique imposée de toute pièce (comme cette visée égalitariste scolaire) qui empêche à chaque enfant de s'épanouir intellectuellement à son rythme.
Disons, une égalité des chances plutôt qu'une égalité des faits. Est-ce que ça correspond à ton idée ?
Il est vrai que je suis "méritocratique" dans l'âme. Et je suis pour l'égalité en ce sens. Néanmoins, il y a des circonstances dans la réalité qui empêche l'accession d'un tel état.
Premièrement, tout le monde n'est pas égal en chances. Il y a toujours plus chanceux que d'autres. On ne peut rien y faire pour changer la
fortune, seulement l'exploiter à notre avantage.
Deuxièmement, si on peut penser optimiser les chances par une meilleure répartition des richesses (tout le monde n'aurait pas forcément les mêmes richesses, mais qu'ils ait au moins le minimum pour leur bien-être social et leur épanouissement intellectuel et culturel), il y aura toujours des processus psychologiques qui poussent les gens à discriminer certains groupes par rapport à d'autres, les premiers étant les groupes dominés. Je renvoie tout ça à la
psychologie des préjugés. Selon ce site, ces préjugés peuvent être diminués par l'exercice de certaines capacités comme l'empathie, qui vise à la compréhension de l'autre. Mais ce genre d'obstacle (les préjugés) explique la difficulté de traiter tous les gens de manière "aveugle"comme le dit liza (j'aime pas le mot, je préfère "impartial" bien que trop d'impartialité peut être discriminante, voir mon exemple de l'école que j'ai donné à liza), sans biais discriminant quelconque.
Le pire, c'est que ces préjugés peuvent être normatifs, c'est-à-dire que, comme les prophéties autoréalisantes, ils provoquent les comportements qu'ils attribuent à priori à l'individu ou aux individus appartenant à un groupe donné. S'il existe un préjugé qui dit qu'un type est nul, ce dernier risquerait d'intégrer lui-même ce préjugé et à s'y conformer, c'est-à-dire à devenir nul au final. Il n'y a rien de plus pernicieux que les préjugés basés sur des stéréotypes négatifs.
Enfin, point le plus important, il reste le problème de la
mesure : on mesure aussi bien les inégalités que l'égalité ainsi que le mérite par rapport à une échelle de valeurs. Qu'est-ce qui est meilleur? Comment comparer les personnes pour savoir qui est égal ou non égal à qui, pour pouvoir voir là où il y a égalité ou inégalité? Comment pouvoir évaluer les capacités personnelles d'une personne? Tant de questions qui ne sont pas aussi facile à répondre. L'échelle de valeur actuel de l'égalité ne vise que la comparaison selon une échelle de nivellation, au détriment d'une direction : l'élévation de chaque individu vers le meilleur de lui-même. C'est pourquoi, l'égalité mérite d'être repensée, car elle-même peut être dangereuse à l'excès.
Je précise : je ne veux en aucun cas établir des hiérarchies de type "aristotélicien", et encore moins des droits comme ceux donnés par la Charia islamique, où l'on obtient des droits différents sur base d'appartenances à certains groupes (même si nos caractéristiques ne correspondent pas vraiment à celles du groupe). Ca ce sont des types de hiérarchies fondées sur autres choses que nos capacités personnelles (encore que les capacités personnelles ne sont pas toutes innées d'où une difficulté supplémentaire), sur des préjugés et stéréotypes de groupes, choses que l'on doit dépasser.
@liza
Je ne connais pas encore Nietzsche assez profondément (j'ai lu Ainsi parlait Zarathoustra et Le Gai Savoir), mais je sais qu'il est un auteur dont on ne peut pas le comprendre en prenant littéralement ses dires. Ses pensées sont dangereuses, et je le remarque en le lisant. En ce sens, il est bien antimoderne, antidémocrate, inégalitaire, phallocrate misogyne etc. et, en même temps, sur certains points, il ne l'est pas.Le plus grand avantage à le lire, c'est qu'il nous pousse à réfléchir sur nos propres idéaux. J'ai beaucoup mieux compris les conséquences de l'athéisme en le lisant, qu'en parcourant les sites d'athéisme militant, moi qui me considère comme "presqu'athée" (qualificatif donnée par ma chère petite sœur

j'ai jamais compris pourquoi le "presque").
Au final, toute pensée est dangereuse, même celles qui nous paraissent au premier abord les plus inoffensives (comme l'idée de l'amour universel par exemple, beaucoup plus dangereuse qu'on ne le croit). Je pense néanmoins nécessaire de repenser l'égalité, car, malgré cet idéal, les inégalités se creusent, et les étalons de mesure peuvent se révéler inadéquats.
Je donne exemple concernant l'égalité pensée à l'école : on donne le même programme à tous les élèves, enseignées de la même manière à eux tous. Hors, certains comprennent les choses plus vite que d'autres, ou bien d'une autre manière, et cette manière standardisé d'enseigner peut leur être inadapté. Résultat, soit ils n'accrochent pas, soit ils s'ennuient et décrochent quand-même. Certains s'y adaptent, mais cela au détriment de leur développement créatif le plus souvent des cas. Au final, l'enseignement est pénalisant pour une grande partie de personnes. Certains pensent que c'est parce qu'il suit un modèle "bourgeois" que l'on applique à toute la population, ce qui fait qu'un fils d'ouvrier, qui n'accède pas aux même moyens culturels qu'un fils de bourgeois a dès le départ beaucoup moins de chances de réussir à l'école, ou de réussir assez brillamment pour aller dans une Grande École par exemple. Or on croit qu'il aurait les mêmes chances tant que lui et le fils de bourgeois reçoivent le même enseignement. Ce serait comme dire qu'un nain et un géant ont dès le départ les mêmes chances de mettre la balle au panier de basket-ball. Le fils d'ouvrier a non seulement besoin d'un surcroit d'effort pour rattraper tout ça, mais en plus, le langage de l'enseignement lui est encore plus étranger que ce langage l'est pour un fils de bourgeois. (Je note quand même qu'il existe de nombreuses exceptions en ce domaine, et que je fais que simplifier)
Mon utopie est un enseignement pour chacun, et pas un enseignement pour tous, sinon, dans le cas contraire, un crée un système ou les faibles sont un petit peu meilleur et les forts vraiment médiocres.
Ensuite tu m'as très mal compris. Dans la phrase que j'ai cité, j'ai dit que notre société doit
comprendre comment l'on établit des hiérarchies basées sur d'autres choses que les capacités personnelles, pas que l'on doit établir des hiérarchies sur ces autres choses, car malgré toutes notre bonne volonté, les mécanismes qui poussent à établir ces genres de hiérarchies existent toujours.
Pour le reste, je te renvoie à la réponse que j'ai donnée à Yi Sun-sin.