Hadith est un terme arabe qui désigne les paroles, actes de Mahomet et ses approbations tacites de ce qui fut dit et fait en sa présence. Ils sont considérés par les musulmans comme la source théologique et juridique qui complète et clarifie le Coran.
A partir de la période Abbasside, plus de deux siècles après la mort de Mahomet en 632, soit au minimum huit générations plus tard, des auteurs musulmans commencèrent à s’inquiéter de compiler par écrit les traditions orales relatives à Mahomet.
Certains en recensèrent dit-on plusieurs dizaines de milliers. Face au casse-tête de cet énorme corpus de citations sur les sujets les plus divers, se contredisant parfois de manière flagrante et permettant les interprétations les plus opposées, les oulémas de la période Abbasside durent décider lesquels devaient être considérés comme authentiques et lesquels devaient être considérés comme apocryphes et inventés pour des raisons politiques ou théologiques.
Ces citations étant invérifiables, pour évaluer le degré de recevabilité et de fiabilité des hadiths, les oulémas eurent donc recours à certaines techniques empiriques (empirique : qui procède plus par tâtonnement, par sentiment que par réelle connaissance scientifique. Ainsi, empiriquement l'homme a eu le sentiment que la Terre était un disque, et que le soleil tournait autour d'elle. ... ) ; techniques que les musulmans appellent maintenant la science du hadith et essentiellement basées sur l’isnad.
Un hadith comporte deux parties : le texte (matn) proprement dit et l’isnad (isnād, إسناد), référence ; citation ; preuve), soit la chaîne des témoins (muhaddith) qui ont rapporté le hadith depuis Mahomet.
L’isnad consiste donc en une liste de narrateurs à travers les générations, chacun d’entre eux mentionnant la personne de qui il a appris le matn. La chaîne des narrateurs est censée retracer le chemin par lequel la citation à été transmise. Le compagnon dira : “j’ai entendu le prophète dire ceci et cela.” Le suivant dira, “J’ai entendu le compagnon Untel dire : ‘j’ai entendu le prophète dire.’” Le suivant dans la chaîne dira “J’ai entendu Machin dire : “J’ai entendu le compagnon Untel dire : ‘j’ai entendu le prophète dire.’” …’’” etc, etc
Petit à petit, les oulémas commencèrent donc à scruter les Isnads des hadiths, quand il y en avait, pour déterminer si la chaîne était possible (par exemple si d’un transmetteur à l’autre les personne vivaient à la même époque et dans la même zone à l’époque supposée de la transmission), si elle est ininterrompue et si les transmetteurs étaient fiables d’un point de vue islamique (Ilm ar-Rijal – science de la biographie). Les oulémas peuvent ainsi rejeter des transmetteurs réputés avoir été menteurs, d’origine juive ou chrétienne, voire même sourds (et donc susceptibles d’avoir compris de travers ce qu’on leur racontait).
Concrètement, le crédit des hadiths est donc proportionnel au prestige accordé aux membres de la chaîne mais repose sur le postulat invérifiable que les isnads sont authentiques …
Inutile de dire que cela laisse plus que sceptique les historiens :
Dans son ouvrage Origins of Muhammadan Jurisprudence (1959), Joseph Schacht, estime que plus un isnad est détaillé et irréprochable plus il est probable qu’il soit apocryphe..
Comme le dit l’historienne Patricia Crone :
"Un des plus grands problèmes avec la méthode d'authentification par les isnads est que les premiers rapporteurs de traditions en étaient encore à développer les conventions de l’isnad. Soit ils ne donnaient pas d’isnads, soit ils donnaient des isnads qui étaient imprécises ou déficientes selon les standards ultérieurs. Des oulémas qui respectaient rigoureusement les normes définitives ont pu se retrouver à rejeter ou déprécier ce qui était en fait le matériel historique le plus ancien tout en acceptant des traditions ultérieures inventées mais qui se paraient d’ isnads impeccables ". (Roman, provincial and Islamic Law, Patricia Crone, pp. 23-34 of the paperback edition)
Ignaz Goldziher est lui aussi d’opinion que la plupart des hadiths ont été inventés a posteriori pour justifier des décisions ou des points de doctrine.
Dans le monde musulman, toute remise en cause de la fiabilité des Isnads déclenche immédiatement des appels au meurtre mais certains penseurs musulmans comme par exemple Fazlur Rahman Malik (1919-1988) admettent prudemment que les chaînes de transmissions des hadiths peuvent être suspectes.







