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Conflit Reste du Monde

LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Proche Orient le conflit le plus médiatisé. Ainsi les Conflits oubliés par les médias et dont on ne parle pas assez – Darfour – Iran – Irak – Afghanistan – Congo – Ouganda

LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 17:41

LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

fruit amer du judaïsme


Synthèse sur l'idéologie sioniste : ses fondements théoriques, ses principaux développements pratiques sur le terrain, depuis son apparition à la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours, en passant par la création de l'État d'Israël en 1947, avec parallèlement une mise en évidence, par le racisme engendré, de la perversité de ce que l'on peut considérer comme la troisième grande idéologie du XXe siècle.


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Site personnel de A. Gaillard (déporté politique pendant l’occupation allemande, professeur de médecine en retraite)

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Résumé

Fondé à la fin du XIXe siècle par l’écrivain et journaliste hongrois Theodor Herzl après la vague d’hostilités antijuives qui avait notamment déferlé en Russie, en Pologne puis en France avec l’affaire Dreyfus, le mouvement sioniste s’est donné pour objectif d’établir un territoire réservé aux Juifs dans la perspective de leur assurer, compte tenu des persécutions dont ils étaient souvent victimes, une sécurité définitive.

Depuis 1922, date à laquelle la Société des Nations confia à la Grande-Bretagne un Mandat sur la Palestine à l’issue de la première guerre mondiale, depuis 1947 surtout, date à laquelle l'ONU voulut y créer deux États, l'un "juif", l'autre "arabe", cette région est le théâtre d'un état de guerre permanent. Quatre guerres meurtrières se sont déclenchées et ont entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes, tandis que se sont perpétrés chaque jour crimes et exactions multiples.

Or un tel conflit avec son intensité dramatiquement croissante avait été prédit par une partie notable et éminente de la communauté juive qui, dès le début du XXe siècle, dénonçait avec force, comme source de désastres futurs, l'émergence en son sein de l'idéologie sioniste.

Le présent texte se propose, d’une part d’analyser les sources judaïques du sionisme généralement méconnues, d’autre part de réunir les éléments essentiels d'ordre historique qu'il convient d'avoir à l'esprit pour approcher les causes de l’affrontement. Il veut traduire aussi les réactions de l'auteur devant le drame quotidien qui se joue là-bas, drame dont les Nations occidentales n'ont pas encore pris la juste mesure.


Le texte qui suit est édité par les Éditions BÉNÉVENT

B.P. 4049 – 06301 NICE Cedex 4 – tél : 04 93 26 30 12

L’ouvrage de 270 pages est disponible en librairie ou en ligne (fnac.com ; alapage.com ; amazon.fr…)




Sommaire

- Avant-propos

1 - Déficience de l'information et démission banale en Occident

2 - La base de l’idéologie sioniste

3 - La colonisation planifiée de la Palestine pendant la première moitié du XXe siècle

4 - 1947 : La création de l'État d'Israël ; les principaux épisodes

5 - La guerre judéo-palestinienne de 1947-48

6 - Les guerres israélo-arabes de 1967 et 1973 et la guerre du Liban de 1982

7 - Israël et l’ONU

8 - Les organisations terroristes du sionisme

9 - La colonisation inédite et sophistiquée de la Palestine depuis la création de l'État d'Israël

10 - Nationalisme, Apartheid et Racisme anti-"non-Juifs" en Israël

11 - L'apartheid au quotidien en Israël et dans les territoires occupés

12 - Expulsés, déportés et réfugiés de Palestine

13- Sionisme et Anti-sionisme chez les Juifs

14 - Sionisme et hostilité anti-juive chez les Arabes

15 - Où en est Israël ?

16 - Quelle "guerre de libération" ?

17 - L'arsenal sémantique des sionistes

18 - De quelques lois, règlements, arguments, comportements, pensées... suscitées par

l'idéologie sioniste

19 - Questions ou interrogations

20 - Des responsabilités multiples

21 - Le racisme en général

22 - Racisme dans le judaïsme ; racisme dans le sionisme

23 - « Antisémitisme » et « antijudaïsme »

24 - Le racisme anti-Juifs et « La lutte contre l’ "antisémitisme" »

25 - En guise de conclusion et... en vrac : Réflexions, Sentences, Humeurs et Prophéties "faciles"

Résumé

Post-scriptum

Bibliographie

Notes

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AVANT-PROPOS





Le XXe siècle qui vient de s’achever a été riche d’enseignement sur les vertus, mais aussi sur les capacités de nuisance, de la race humaine. S’il a vu dans de nombreux pays l’avènement de la démocratie et la promotion des droits civiques, il n’en a pas moins légué aux générations futures les séquelles de tragédies qui s’inscriront longtemps dans les livres d’histoire. Il serait vain de tenter de les énumérer. Deux d’entre elles, par leur ampleur même, s’imposent à la mémoire collective. Souvenons nous qu’un grand peuple européen, pourtant éminent dans de nombreux domaines, s'est laissé séduire par l'idéologie nazie avec les conséquences monstrueuses que l’on connaît. Souvenons nous aussi qu’ailleurs, notamment en France, une partie non négligeable de l'élite intellectuelle a adhéré pendant plusieurs décennies à l'idéologie communiste responsable de dizaines de millions de morts



Comme en témoignent ces erreurs que nombre de gens instruits et sincères ont partagées, le juste interprétation des événements, lorsqu’ils se déroulent sur de nombreuses années et nous sont rapportés quotidiennement, est toujours difficile. De plus, contrairement à une opinion courante mais fausse, l'Histoire est la science des choses qui ne se répètent pas. La prochaine guerre ne sera pas semblable à la précédente, les grandes idéologies du passé ne reviendront pas sous la même forme, les hommes sont confrontés à des situations toujours nouvelles dont la nocivité n'émerge souvent dans les consciences que devant des malheurs caractérisés.



Notre époque n'échappe pas à cette règle... Aujourd’hui, on peut affirmer qu’une idéologie dénoncée pendant longtemps par une partie notable et éminente de la communauté juive d’où elle a émergé portait en elle tous les germes d'une future tragédie. L'idéologie sioniste, à la fois doctrine théorique et base d’un système politique redoutable, est largement méconnue.

Basée sur le mythe de la Terre promise à un Peuple élu par Yahvé, le dieu de la mythologie hébraïque, elle s'est développée depuis la fin du XIXe siècle et a obtenu en 1947 des Nations Unies un État : Israël.

Génératrice d’un état de guerre permanent et d’une colonisation impitoyable à laquelle répond un terrorisme dont l'horreur tend à voiler dans les esprits les vraies origines, cette idéologie, si elle n'est combattue vigoureusement, ne peut pas ne pas aboutir à un désastre à la fois pour le peuple juif qui l'a nourrie en son sein et pour bien d’autres populations.

Car, comme le furent en leur temps au nom de la Vérité, les Croisades, l’Inquisition ou les guerres de religions pour le christianisme, comme l'est le fondamentalisme musulman pour l'Islam depuis quelques dizaines d'années, le sionisme - au nom d’une donnée qui n’est plus la Vérité mais la « Race » - est un fruit amer du judaïsme…



Face à la situation chaotique qui a malencontreusement découlé de la décision des Nations Unies, face à un affrontement dont nul ne voit l’issue et dont la fin peut s’avérer dramatique, que peut-on faire et espérer ?

Mon but, en tout cas, est de porter un regard sur l'idéologie sioniste au vu de ses manifestations sur le terrain, mais aussi de ses sources judaïques généralement ignorées par les auteurs et commentateurs et sans lesquelles tout discours est profondément déficient.

Ceci sans méconnaître ce que le judaïsme a apporté à la civilisation, sans méconnaître non plus que la création de l'État d'Israël, pour avoir été historiquement une erreur, a aussi, en succédant à un génocide caractérisé, obéi à des motifs humanitaires.



De par sa perspective précise et limitée, un tel texte peut apparaître à certains comme systématiquement favorable à ceux, Arabes notamment, qui luttent contre l'entreprise en question.

Cette interprétation n'est pas juste.

Apporter spontanément sa sympathie à un peuple opprimé n'est nullement approbation de ses actions, négation de ses faiblesses, méconnaissance des pesanteurs inhérentes à l'Islam qui l'inspire. Il s’agit simplement de comprendre une idéologie qui, par delà ses hérauts, conduit une machine redoutable.



Compte tenu de la tactique d'intimidation, voire du terrorisme intellectuel qui sévit volontiers dans notre pays avec le fréquent amalgame antisionisme-antisémitisme, je sais que mes propos - soulignés par des gardiens vigilants, prompts à manier cette injure à la mode - me feront soupçonner de racisme antijuif.

Chaque critique de la politique israélienne ou toute opinion non défavorable aux Palestiniens ne sont-elles pas accusées de traduire de l’antisémitisme chez les journalistes, écrivains ou hommes politiques qui se permettent une telle liberté ?

Dans l'esprit de certains, le simple emploi du mot « juif » n'est-il pas déjà suspect par lui-même lorsqu'il fait abstraction de l'histoire concentrationnaire récente, voire s'il est seulement prononcé par un non-Juif ?

Et, n'y a-t-il pas pour les accusateurs des « Juifs antisémites » ou des « Juifs atteints de la haine de soi » comme l'indiquent victimes de groupes de pression, E. Benbassa, J. C. Attias[1] et M. Rodinson[2] ?

D'aucuns vont m'accuser aussi d'antijudaïsme au prétexte que je dénonce des éléments pervers présents dans cette culture. Mais le judaïsme serait-il donc la seule entreprise humaine à ne pas véhiculer de tels éléments ?

Depuis un certain nombre d'années, les chrétiens en viennent à reconnaître et à regretter profondément certains écrits et pratiques criminogènes du christianisme[3].

Les Juifs ne seraient-ils pas capables de faire de même avec le judaïsme, la Bible et le Talmud ?



Les pages qui suivent se proposent de réunir les données essentielles d’ordre historique qu’il convient d’avoir à l’esprit.

Elles cherchent aussi à analyser les éléments constitutifs de l’idéologie sioniste et à mettre à jour les véritables causes du drame quotidien qui se joue en Palestine.

Elles se veulent enfin un réquisitoire face au crime d’indifférence des hommes politiques [4].



Parmi toutes les causes qui méritent d’être soutenues et sur lesquelles les Occidentaux directement responsables peuvent parfaitement agir, la dénonciation de l’idéologie sioniste m'apparaît en effet comme une des premières.

Grâce à l'apport des historiens et journalistes courageux, juifs en majorité honnis dans leur communauté, grâce aussi au recul du temps qui permet une perspective valable, cette tâche est aujourd’hui facilitée.





1 - DÉFICIENCE DE L'INFORMATION,

MÉCONNAISSANCE D’ORDRE RELIGIEUX

et DÉMISSION BANALE EN OCCIDENT





Depuis 1922, date où la Société des Nations confia à la Grande-Bretagne un mandat sur la Palestine à la suite de la défaite des empires centraux et de l’éviction de la Turquie en tant que puissance dominante, depuis 1947 surtout, date à laquelle l’ONU décida de scinder le pays pour y créer deux États, l’un juif, l’autre arabe, il ne s'est guère passé de jour sans que les journaux ne nous apportent une information relative à cette région du Proche-Orient où s’affrontent de façon ininterrompue et plus ou moins violente deux communautés : les Juifs d’une part, les non-Juifs d’autre part, ces derniers étant avant tout des Arabes musulmans.

Les informations n'ont donc pas manqué sur ce sujet.

Pourtant, une fraction notable des Occidentaux, notamment dans l’élite intellectuelle et politique, est comme indifférente au drame quotidien qui se joue en Palestine.

Un phénomène banal d’accoutumance et de lassitude en est sûrement une raison notable, mais plusieurs éléments sont venus néanmoins y contribuer de manière décisive.



Le premier élément favorable au développement de l’idéologie sioniste et de sa méconnaissance par le grand nombre est sans doute représenté par un phénomène passif : le trop plein ou l'excès de mémoire dont parle Paul Ricœur dans un récent ouvrage (La Mémoire, l'Histoire, l'Oubli) et qu’il dénonce d’une manière générale...

Après le cataclysme de 1939-1945, bien plus encore qu’après la guerre de 1914-1918, les études des historiens ne pouvaient qu’être monumentales, fort nombreuses et prolongées.

À ces études sont venues s’ajouter logiquement les multiples commentaires et interprétations des politiques et puis, bien sûr, les interventions diverses des polémistes et des partisans : une « montagne » de mémoire en est résultée que les médias de notre époque, notamment la télévision, nous livrent chaque jour.

Indépendamme nt des perspectives et des intentions diverses qui sous-tendent cette information constante et multiforme, la place forcément éminente qu’occupe le génocide des Juifs par les nazis, et partant l’émotion suscitée, ont manifestement joué de façon exceptionnelle en faveur de l’entreprise sioniste, d'abord en faisant négliger la très importante littérature juive formellement opposée à son projet territorial et en supprimant toute réflexion prospective quant aux risques pour l'avenir d'un État spécifiquement « juif », ensuite en voilant la réalité de son présent sur le terrain.



À côté de ce premier phénomène, on peut affirmer d’autre part que l’information relative au Proche-Orient en provenant majoritairement d'une source, israélienne en la circonstance, a été gravement déformée, que l'interprétation des événements a été terriblement partiale et injuste pendant de nombreuses années. « La mémoire sioniste a régné aux dépens de celle des Palestiniens » a écrit l’historien israélien Ilan Pappe de l’université de Haïfa, tandis que le Général de Gaulle pouvait déclarer dans les années 60 : « qu’il existait en France un puissant lobby pro-israélien exerçant notamment son influence dans les milieux d’information. Cette affirmation, à l’époque, fit scandale. Elle contient pourtant une part de vérité qui est toujours d’actualité » (P. Alexandre "Le préjugé pro-israélien", Le Parisien libéré du 29 février 1988).



Il semble bien, en effet, que la méconnaissance des données du problème représente la principale cause de cette indifférence de l’opinion publique occidentale qui n’a manifestement pas pris la mesure de la gravité potentielle des « événements » qu'on lui rapporte chaque jour depuis tant d’années.

Il est d’ailleurs remarquable de constater que - à côté de la multiplicité des informations rapportées en la matière - les commentaires et les jugements que l'on peut voir dans la presse française émanant de journalistes ou d'hommes de lettres sont fort rares. Il est patent aussi que beaucoup de commentateurs non-Juifs apparaissent souvent comme mal à l'aise dans leur rédaction... Quant aux Juifs, religieux ou non, leur situation souvent ambiguë face à Israël, la mauvaise conscience que nombre d'entre eux ont de ne pas y vivre, de ne pas avoir fait leur «aliya » malgré les multiples et pressantes invitations reçues[5], les rend souvent terriblement aveugles et silencieux. Lévinas expliquait ainsi : « Je m'interdis de parler d'Israël, ne courant pas cette noble aventure et ce risque quotidien » tandis qu'ÉlieWiesel a pu écrire : « Je ne critique jamais lsraël hors d'Israël, c'est le prix que j'accepte de payer pour ne pas y vivre ».

Et, a-t-on jamais entendu, par exemple, un rabbin français ou une organisation d'obédience juive dénoncer la torture utilisée en Israël et, fait unique au monde, légalisée ?



Enfin, il faut bien voir que le judaïsme comme les autres traditions religieuses, entreprises humaines par excellence, contient des éléments potentiellement pervers qu’il s’agit de reconnaître.

Le fameux « Qui n’est pas avec moi est contre moi » évangélique n'est-il pas à la base de tous les totalitarismes après avoir entraîné le christianisme dans de folles aventures ?



Bref, il est clair que nombre d’observateurs, ou bien n'ont pas intégré, à propos du sionisme, de nombreuses données d’ordre historique ou religieux, ou bien ne se sont pas comportés en hommes libres, à l'instar d'hommes éminents comme J. P. Sartre quand il écrit : « Je ne peux pas soutenir la politique de l'État d'Israël, mais je ne peux pas non plus m'élever contre elle car alors je me retrouverais dans le camp détestable des antisémites ».

Je dois reconnaître que j’éprouve quelque aversion pour de telles paroles, en même temps qu’incompréhension pour leur auteur : un philosophe écouté qui, subjugué par le Verbe d’un lobby paranoïaque, n’a pas su prendre parti.

Il reste que Jean d'Ormesson, dans un article du Figaro paru il y a quelques années, se demandait avec pertinence, et non sans courage, si la création de l'État d'Israël n’avait pas été une erreur.

À cette interrogation, ma réponse personnelle - qui semblait bien être aussi celle de l’auteur - est « oui » sans hésitation.

Une mémoire manipulée jointe à une absence de liberté des hommes politiques et, d'une manière générale, des hommes ayant quelque influence sur l'opinion publique, a manifestement contribué au développement de l'idéologie sioniste qui s'est épanouie avec la création de l'État d'Israël et ne cesse d'étendre chaque jour - face à une communauté internationale sidérée - ses méfaits dans les populations juives et non-juives de la Palestine.



2 - LA BASE DE L'IDÉOLOGIE SIONISTE





L'idéologie sioniste, avec le mouvement qu’elle a suscité, s'est donné pour mission de rassembler en Palestine tous les Juifs du monde (Juifs dits, par une habile fiction, « de la diaspora »)[6], d'établir un territoire peuplé exclusivement de Juifs, dans la perspective de leur assurer, compte tenu des persécutions dont ils furent souvent victimes, une sécurité définitive. Bien que précédée d'initiatives diverses qui, au cours des siècles, avaient pour but une ré-appropriation de la Palestine, elle ne s'est vraiment structurée qu'à la fin du XIXe siècle avec Theodor Herzl qui considérait, avec bien d’autres Juifs, que l'antisémitisme était « éternel », consubstantiel en quelque sorte au judaïsme. Elle s'est développée pendant la première moitié du XXe siècle malgré l'opposition prolongée de la grande majorité des Juifs et, à la suite de la seconde guerre mondiale, s'est concrétisée avec la création de l'État d'Israël en Palestine.



Le sionisme repose sur deux données fondamentales et conjointes du judaïsme :

- une donnée d'ordre religieux : le mythe biblique de la "Terre promise" à un "Peuple élu" ;

- une donnée d'ordre juridique : la loi établissant la transmission héréditaire de la judéité.

À ces données, il convient d'associer :

- une donnée d'ordre scripturaire : les textes exaltant la « race » juive.



1 - Le mythe biblique de « la Terre promise » et du « Peuple élu » est le premier pilier de l'idéologie sioniste



Selon ce mythe, les Hébreux et leur dieu, Yahvé, ont élaboré, voici quelque trois mille ans, un contrat (l'Alliance) selon lequel les Hébreux, moyennant obéissance à ce dieu, constituent son peuple privilégié, le Peuple élu, et reçoivent en héritage une terre particulière, la Terre promise. (Gen. IX, 18)

Associant les deux notions fondamentales pour le judaïsme de « race » et de « Terre promise », la Bible met dans la bouche de Yahvé ces paroles : « J’ai octroyé à ta race ce territoire du torrent de l’Égypte jusqu’au grand fleuve de l’Euphrate » (Gen. XV, 18).

C'est sur les données de ce mythe fondamental du judaïsme qu'est bâtie tout entière l'idéologie sioniste et que s'est fondé pour les Juifs leur « droit historique » sur la Palestine.

Même les sionistes non religieux et athées, tels les Pères fondateurs et la majorité des Israéliens actuels, ont exploité et exploitent toujours ce mythe originel de la Terre promise par un dieu qui, pourtant, n'existe pas pour eux.

Il ne faut pas être surpris de cet apparent paradoxe car le statut des mythes ne se modifie que très lentement avec le temps.

Dans un premier stade, en effet, le mythes sont vus comme des événements authentiques, c’est la phase théologique où leur prégnance est maxima, puis dans un second stade (atteint après un certain nombre de siècles d’évolution, voire de millénaires), ils rentrent dans la phase mythologique proprement d ite : c’est la phase que l’on peut qualifier de culturelle où leur influence se réduit mais garde longtemps encore une capacité d’inspiration et de conditionnement plus ou moins importante...

Malgré l'émergence dans les esprits de leur caractère légendaire, ils continuent à imprégner durablement la civilisation qui les a portés, à meubler son imaginaire collectif et, partant, à mobiliser des énergies colossales et aveugles. « Lors même qu’il s’éloigne de la religion, écrit Cioran[7], l’homme y demeure assujetti ; s’épuisant à forger des simulacres de dieux, il les adopte ensuite fiévreusement : son besoin de fiction, de mythologie, triomphe de l’évidence et du ridicule ».

Car l’on sait, contrairement à ce qui a pu être professé pendant longtemps, que l es croyances ne sont pas solubles dans la connaissance. Ainsi que l’écrit Régis Debray[8] : « La vérité est l’ennemie de l’erreur, soit, mais elle ne peut rien contre l’illusion ». André Chouraqui[9], traducteur de la Bible, du Nouveau Testament et du Coran, ne nous dit-il pas, quant à lui, que « La vraie mission d’Israël est de réaliser l’Alliance » entre les juifs, les chrétiens et les musulmans ?

À noter que le mythe de l’Alliance conclue entre un dieu et un peuple - comme les autres mythes hébreux (la Création, le Paradis terrestre, le Péché originel, l’Espoir messianique...) - a été adopté aussi par les chrétiens dont la doctrine conforte l'idéologie sioniste.

Conformément à la doctrine catholique - « Le salut vient des Juifs » proclame l’Évangile de saint Jean (Jn IV, 22) -

J. M. Lustiger[10], archevêque de Paris, peut écrire : « Les juifs ne sont ce qu’ils sont que dans la mesure où ils sont d’abord les témoins de l’Élection ».

Quant aux chrétiens millénaristes des États-Unis, Mormons, Évangélistes, Baptistes, Pentecôtistes…, ils voient toujours la naissance de l'État d'Israë l et son expansion territoriale comme une étape nécessaire aux projets de Dieu pour l'humanité avec in fine la conversion des Juifs au christianisme et le retour de Jésus le Messie dans sa parousie !

On peut noter aussi que plusieurs peuples du Proche-Orient[11] ont reçu de leur dieu des promesses semblables à celles des Hébreux.

En Égypte, sur la stèle de Karnak, dressée par Toutmosis III (au XVe avant notre ère) pour célébrer ses victoires, le dieu déclare : « je t’assigne, par décret, la terre de long en large ».

Dans le Poème babylonien de la création (du XIe siècle avant notre ère) il est dit aussi que le dieu Mardouk « fixe à chacun son lot » et qu’il ordonne pour sceller son Alliance avec le peuple « de construire Babylone et son temple ». Quant aux Hittites, ils célèbrent et chantent Ar inna, la déesse solaire qui : « veille sur la sécurité des cieux et de la terre… et établit les frontières du pays ».

À propos du mythe fondateur chez les Hébreux, mythe qui nous intéresse particulièrement ici, il est intéressant d'évoquer ce qui semble bien représenter une récente et fabuleuse découverte.

Selon les chercheurs juifs Messod et Roger Sabbah[12], le peuple hébreu ne serait autre que le peuple égyptien d'Akhet-Aton, la capitale du pharaon monothéiste Akhenaton !

Quand on a mesuré les gigantesques conséquences que la croyance au mythe de la Terre promise a entraînées dans l'Histoire, notamment depuis un siècle avec le mouvement sioniste et si, par ailleurs, on suit l'hypothèse très vraisemblable de divers historiens contemporains selon lesquels les Juifs du Maghreb seraient des Berbères judaïsés à l'époque romaine tandis que les musulmans de la Palestine arabe seraient des Juifs convertis à l'islam dans les premiers temps de la conquête, comment ne pas évoquer les abysses où peuvent conduire les illusions humaines !



Car, ainsi que l’écrit Eli Barnavi[13] : « On a beau vouloir évacuer Dieu de l’histoire juive, le retour à Sion reste, quoi qu’on en ait, une idée religieuse ».



2 - La loi rabbinique de transmission héréditaire de la judéité



Alors que les adeptes de la plupart des religions n'ont que le lien d'une croyance et de pratiques communes et que chacun peut prétendre à une telle adoption, le judaïsme établit un lien particulier d'ordre héréditaire.

Fait rare dans l'Histoire de l'humanité, la naissance est le vrai critère d'appartenance : la loi établit, en effet, que le caractère de juif est transmis par le sang maternel[14].

Ainsi que le précise M. Wieviorka[15], « la transmission de la judéité, selon la loi juive, relève d’un principe biologique ».

Ce caractère est de plus indélébile : même en cas d’apostasie du judaïsme ou de mariage mixte (qui équivaut à une apostasie), tout sujet reste juif selon le Talmud et l’histoire rabbinique. Le critère d'appartenance est binaire : on est juif ou l'on ne l'est pas. (À noter que pour l'Église aussi, tout au moins en Espagne du XVe au XVIIIe siècle, un juif baptisé reste un juif, c'est-à-dire un « fils de Satan » ; ce principe sera également suivi par les nazis).

Certes, la Loi fondamentale de l'État d'Israël, conformément à la loi juive, prévoit des apports étrangers par conversion (« est considérée comme juive une personne née d'une mère juive ou convertie ») mais les conditions exigées concrètement par les rabbins sont telles - notamment celle de pratiquer les 613 commandements de la Torah - que, sauf exception, un goy ne devient pas juif, conformément d'ailleurs à la thèse majoritaire selon laquelle « la volonté ne saurait suffire pour faire partie du peuple élu ». À noter que le terme de goy - dont le féminin goya s'apparente à celui de goujat - fut appliqué initiale ment aux chrétiens, ensuite à tous les étrangers.

Le judaïsme, en effet, non seulement ne fait aucun prosélytisme mais pratique une dissuasion maximale près de tout candidat éventuel à la conversion[16] : ce rejet systématique est, bien entendu, l'élément premier du communautarisme allant volontiers à la ghettoïsation, cette donnée fondamentale du judaïsme. Certes, il a pu exister ici ou là un certain prosélytisme juif au cours de l’histoire mais le phénomène est resté très marginal.

Traduisant une négation des données essentielles du judaïsme, il fut toujours combattu vigoureusement par les autorités religieuses.



Il convient d'ajouter que ce marquage identitaire par le sang institué par la loi de transmission héréditaire de la qualité de juif se trouve complété et aggravé par un marquage dans la chair : la circoncision.

Dans le judaïsme, en effet, la circoncision n’est pas seulement une pratique archaïque - malgré les tentatives de lui donner une justification médicale au siècle dernier - elle revêt une signification précise : c’est le signe de l’Alliance éternelle d’un individu avec Yahvé le dieu de la mythologie hébraïque. Le judaïsme va ainsi comporter, par rapport aux autres traditions religieuses, une dimension qui lui est pratiquement spécifique : la dimension raciale. Désormais cet enfant qui vient de naître comme juif ne sera plus - quelles que soient ses futures options spirituelles - tout à fait libre : à moins d’acquérir une indép endance d’esprit non commune, les séquelles de son sexe mutilé lui rappelleront chaque jour de sa vie qu’il fait partie d’une « race » à part, qu’il n’est pas comme les autres (à moins qu’il se voie « normal » parmi les « anormaux », « supérieur » parmi les « inférieurs »).



Alors que, comme le dit le philosophe israélien Y. Leibowitz[17], « la notion de "juif" n'était à l'origine ni raciale, ni nationale mais religieuse », une évolution s'est produite : la condition raciale (l'hérédité) est nécessaire et suffisante pour être juif et citoyen d'Israël, la condition religieuse (la croyance) absolument facultative. Quant à J.C. Attias[18], après avoir constaté que nombre de juifs « n'observent plus le shabat », « s'habillent comme tout le monde », que «les traits discriminants dont l'histoire les avait affublés sont en train de disparaître », il dit de son côté qu '« il ne reste plus que la race » comme élément distinctif entre un Juif et un non-Juif, cette race qui se transmet par la femme malgré son statut inférieur à celui des hommes, ceux-ci se réservant la transmission du savoir et des valeurs du judaïsme.

Certes, ce même auteur constate que le judaïsme réformé aux Etats-Unis, comme le judaïsme libéral de France, accepte l’identité juive des enfants nés d’un père juif et d’une mère non juive mais, de toute façons poursuit-il, « la généalogie n’en demeure pas moins quelque chose de fort dans la tradition juive, qui insiste sur la valeur du lignage »[19]. On n’est pas juif par la géographie ou la croyance comme on peut être chrétien ou musulman mais essentiellement par la race. « On ne devient pas juif, on naît juif ».

L’identité juive par filiation s’est donc imposée sur l’identité par adhésion. Une frontière a été établie qui la volonté ne saurait franchir. On peut ajouter que cette notion de « race juive», de « sang juif », omniprésente dans les écrits du judaïsme est si prégnante avec la conscience de race et la solidarité qui en résultent, qu'elle transcende les multiples races « naturelles » que comportent les populations juives.



3 - Les écrits exaltant la « race » juive

Alors que nombre d'écrits du judaïsme comportent une dimension universaliste hautement respectueuse de l'étranger : « N'humilie pas l'étranger, ni l'opprimé, car vous avez été étrangers en Égypte ! N'humilie jamais la veuve ni l'orphelin » (Ex. XXII, 20) ; « N'aie aucune pensée de haine pour ton frère… Tu aimeras ton prochain, il est comme toi »... « Tu aimeras l'étranger qui s'installe chez toi comme toi-même » (Lévitique XIX, 17-18 et 34) ; «Ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples » (Isaïe VXI, 7) ; « vous et l’étranger serez égaux devant l’Éternel. Même loi et même droit existeront pour vous et pour l’étranger parmi vous » (Nombres XV, 15-16), alors que le monothéisme intransigeant du judaïsme a pu contribuer dans un certain courant de pensée à promouvoir l’égalité entre les hommes tous créés à l'image de Dieu, à réduire la barbarie de l’Antiquité et à susciter la générosité qui a pu guider les pionniers du socialisme, les sionistes "de la seconde heure" ont occulté délibérément ces données pour ne retenir que celles qui exaltent l'ethnocentrisme et où le non-Juif, qu'il soit étranger ou résidant en Israël, est toujours un gentil, un goy[20]. C’est dans ce sens que nous pourrons dire que le sionisme est un intégrisme ou un fondamentalisme juif.



Découlant directement du mythe et de la loi raciale instituant le peuple juif comme un peuple différent des autres et séparant les hommes en Juifs et non-Juifs, bien de ces écrits antiques confortent les sionistes dans leur entreprise de retour en terre de Palestine et d'accaparement de cette terre au bénéfice des seuls Juifs....

« C’est un souvenir pour les enfants d’Israël, afin qu’aucun étranger à la race d’Aaron ne s’approche pour offrir du parfum devant l’Éternel » (Nombres XVI, 40)

« Toi, Éternel, Tu les garderas, Tu les préserveras de cette race à jamais » (Ps 12, 8)

« Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi » dit Yahvé aux Hébreux (Ex XX, 3). Et à ce dieu exclusif s'adresseront les supplications et prières de son peuple : « Dieu ! si tu voulais massacrer l'infidèle ! Hommes sanguinaires, éloignez-vous de moi... Seigneur, comment ne pas haïr ceux qui te combattent ? Je les hais d'une haine parfaite, ils sont devenus mes propres ennemis (Ps. 139, 19-22). « Par ta fidélité tu extermineras mes ennemis et tu feras périr tous mes adversaires, car je suis ton serviteur » (Ps. 143, 12).

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « Aucun étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, n'entrera dans mon sanctuaire, aucun étranger qui demeure au milieu des fils d'Israël » (Ez. XLIV, 9).

Le Deutéronome précise le sort qu'il convient de réserver aux idolâtres : « Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils ou ta fille ou la femme que tu serres contre ton cœur, ou ton prochain qui est comme toi-même, vient en cachette te faire cette proposition : "Allons servir d'autres dieux" - ces dieux que ni toi ni ton père vous ne connaissez, parmi les dieux des peuples proches ou lointains qui vous entourent d'un bout à l'autre du pays - tu n'accepteras pas, tu ne l'écouteras pas, tu ne t'attendriras pas sur lui, tu n'auras pas pitié, tu ne le défendras pas ; au contraire, tu dois absolument le tuer. Ta main sera la première pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple suivra ; tu le lapideras, et il mourra pour avoir cherché à t'entraîner loin du Seigneur ton Dieu. » (Deut. XIII, 7-11)

Yahvé n'est pas tendre pour les opposants à son peuple : « Je vais punir Amalec de ce qu'il a fait à Israël en s'opposant à lui quand il remontait d'Égypte. Va maintenant, tu battras Amalec et vous vouerez à l'anathème tout ce qui est à lui : tu n'auras pas pitié de lui et tu mettras à mort hommes et femmes, enfançons et nourrissons, bœufs et moutons, chameaux et ânes » (Samuel XV, 2-3). « Verse ta colère sur les peuples qui t’ont offensé » lit-on aussi dans le livre de Jérémie (XVIII, 20)



Et puis, n'est-il pas écrit dans la Torah : « qu'Israël vivra en solitaire et ne se confondra pas avec les nations » (Nombres, XXIII, 94) ?

N'est-il pas défendu à un Juif de boire du vin versé par un non-Juif ou d'épouser une non-Juive ?

N'est-il pas dit que le Juif religieux doit, chaque matin, bénir Dieu de l'avoir créé Juif et non autre ?

N'est-il pas écrit, dans la Halakha, qu'un Juif peut transgresser le Shabbat pour sauver la vie d'un autre Juif, mais non de celle d'un non-Juif ?

N'est-il pas prescrit au Juif pratiquant de prononcer chaque matin les paroles de la prière du Shaharit : « Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait goy, Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait femme. Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait esclave » ?



N'étaient-ils pas dans leur droit ces Hébreux emmenés par Josué lorsque, comme le recommande la Torah, ils ont exterminé les populations de Canaan lors de la conquête de la Terre promise : « Vous chasserez devant vous tous les habitants du pays car c'est à vous que je le donne à titre de possession... Si vous ne dépossédez pas à votre profit tous les habitants, ceux que vous aurez épargnés seront comme des épines dans vos yeux et vous harcèleront sur le territoire que vous occuperez » (Nombres, XXXV, 53-55)

Et dans le psaume 137, n’est-il pas dit : « Fille de Babylone…Heureux qui saisira tes nourrissons pour leur broyer la tête sur le roc » ?

Dans la Bible, on lit aussi : « Lorsque le Seigneur ton Dieu t'aura fait entrer dans le pays et qu'il aura chassé devant toi les nations nombreuses, tu les voueras totalement à l'interdit (Deut. VII, 1-2) « et tu les supprimeras » (Deut. VII, 24).

« Qu'Israël se réjouisse en son Créateur, que les enfants de Zion se réjouissent en leur Roi [...] Qu'ils chantent pour la joie sur leurs couchettes ! Que les louanges élevées vers Dieu ne quittent pas leurs gorges et que les sabres à deux pointes ne quittent pas leurs mains, afin de faire descendre la vengeance dévastatrice sur les nations et le châtiment sur les peuples » (Ps.149).
Le grand mystique juif Moshe Luzzatto (1706-1746) intégrera parfaitement ces données : «Dans le monde à venir, affirme-t-il sans ambages, aucune nation n'a de place à l'exception d'Israël. N'est-il pas dit d'ailleurs dans le Lévitique (XVI) que : « le plus saint des peuples, est celui d'Israël »< /I> ?

À ce propos, Schattner[21] rapporte une donnée tout à fait caractéristique d'une certaine évolution de l'éthique juive. Alors que dans une version ancienne de la Mishna il est dit : « Qui a détruit une vie a détruit tout un monde et qui a sauvé une vie a sauvé tout un monde», les versions imprimées ultérieurement sont devenues : « Qui a détruit une vie au sein d'Israël a détruit tout un monde et qui a sauvé une vie en Israël a sauvé tout un monde ». Le rabbin Ginburg de la yeshiva du tombeau de Joseph (près de Naplouse), quand il affirme qu’ « une vie juive vaut beaucoup plus qu’une vie non juive », vient confirmer cette sentence dont les sionistes, et notamment les religieux, vont se servir pour justifier nombre de leurs actions répréhensibles.



Si nous parlons du sionisme nous ne méconnaissons pas le fait qu’il s'exprime sous des nuances très diverses. On a pu distinguer notamment le sionisme politique, le sionisme religieux, le sionisme socialiste, le sionisme pragmatique… et puis, bien entendu, le sionisme des Juifs israéliens et celui des Juifs des autres pays. Leurs diverses composantes (socialiste, religieuse et plus particulièrement messianique, libérale, nationaliste, fasciste...) peuvent diverger sur les moyens à mettre en œuvre mais elles sont toutes tributaires du mythe de l'Alliance et de la loi fondant la judéité. Leur objectif commun est à la fois simple et précis : la conquête de la Palestine historique considérée comme terre éternelle du peuple juif.



Le « sol », le « sang » et l'élément scripturaire tels sont les trois piliers fondamentaux du sionisme. Puisés dans l'héritage spirituel du judaïsme – héritage qui se veut exclusif et selon lequel le peuple d'Israël a une vocation universelle et spécifique : celle de la rédemption du genre humain en lui apportant la Vérité et la Justice - un certain nombre de concepts et de comportements particulièrement banals leur sont attachés. Des concepts : ceux de race juive, de sang juif, de pureté de lignage, d’altérité absolue… ; des comportements : le communautarisme, la séparation d’avec les non-Juifs, la domination sur cette catégorie de personnes dans l’espace territorial de la Terre Promise. Mais ce sont aussi de riches ingrédients politiques. Dans un ethnocentrisme exacerbé, ils vont guider toute l'entreprise sioniste.
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 17:45

3 - LA COLONISATION DE LA PALESTINE

avant la création de l’État d’Israël

Quelques données essentielles d’ordre historique


Au congrès de Bâle, premier congrès juif mondial, réuni en 1897 par Theodor Herzl, le mouvement sioniste (qui tire son nom de Sion, colline de Jérusalem) se donne pour objectif de favoriser l'immigration juive en Palestine et d'entreprendre la colonisation du pays. La conquête de la Palestine occupée alors par les Turcs y est planifiée : l’Organisation sioniste mondiale, dotée d’une banque et d’une Presse spécialisée est créée, tandis qu'une charte de colonisation (charte qui devait rester secrète pendant très longtemps) est élaborée. Dans sa motion finale, le Congrès revendique « pour le peuple juif, un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement ».



Pour faire aboutir la mission qu'il s'est fixée avec ses amis, Herzl mise sur le Royaume-Uni alors au sommet de sa puissance.



À noter que le noyau dur des fondateurs est composé de quelques milliers de personnes jeunes, hommes et femmes, convaincus d'être investis d'une mission sacrée : la conquête progressive de la Palestine. Ils adoptent une tactique qui doit être intangible et qui effectivement le restera malgré les difficultés rencontrées : « ne jamais abandonner ni position, ni territoire sauf sous la contrainte d'une force supérieure ». Nantis d'un niveau éducatif et culturel élevé, et y ajoutant habileté, persévérance, travail, solidarité intracommunautaire ainsi que l'argent des communautés juives du monde entier, les pionniers ne se sont jamais départis pendant cinquante ans de cette ligne de conduite qui aura été d'une efficacité remarquable malgré l'opposition farouche rencontrée dans le milieu juif (opposition qui sera examinée plus loin).



La colonisation sioniste revêt un caractère très particulier et inédit. Même si elle a pu s'inspirer - tout au moins à une certaine époque - du colonialisme occidental, elle diffère notablement des colonisations banales de la France, du Royaume-Uni, de l'Espagne, des Pays-Bas..., colonisations pratiquées dans la perspective de s’emparer des richesses - hommes et biens - d'un nouveau territoire, avec l'intention affichée d'apporter à des peuples attardés et carencés, les bienfaits de la civilisation. Dans l’idéologie sioniste, seul le sol a une valeur positive.

La colonisation sioniste est d'abord l'entreprise, non pas d'une nation souveraine, mais d'une communauté dont les membres dispersés à travers le monde - les Juifs - ont en commun un héritage d'ordre religieux et culturel. Y figurent la donnée précise d'ordre racial dont nous avons parlé précédemment en même temps que la tradition qui veut que leurs ancêtres aient vécu deux millénaires auparavant en Palestine[22].

Il s'agit avant tout d'une colonisation de peuplement destinée, à terme, à s’approprier le territoire en question en repoussant progressivement à l'extérieur les populations non-juives préexistantes dans une perspective dominatrice. L'expérience, s'étalant maintenant depuis plus d'un siècle, montre que cette colonisation, commencée d’une manière indéniablement pacifique tout en n’étant pas dépourvue de ruse suivant le plan élaboré par ses premiers initiateurs, est montée ensuite en puissance jusqu’à nos jours (surtout depuis la création de l’État d’Israël) en usant de la force comme le firent les colonialismes occidentaux mais en y associant des moyens inédits, notamment juridiques, moyens particulièrement habiles et efficaces. On peut noter d'ailleurs, à ce propos, que les sionistes ont repris d'emblée la législation d'urgence (Emergency Rules) que les Britanniques avaient conçue pour établir et consolider leur domi nation dans leurs colonies et qu’ils l’ont ensuite perfectionnée et étendue avec une très grande application. Le sociologue de Jérusalem Baruch Kimmerling, dans son ouvrage Zionism and Territory publié en 1983, considère le sionisme, nous dit Greilsammer[23], « comme un mélange réussi de colonialisme anglais et de nationalisme juif ». Quant à Theodor Herzl, dans une lettre à Cecil Rhodes, l’un des conquérants de l’Afrique australe, il pouvait dire lui-même : « Mon programme est un programme colonial ».



L'Organisation sioniste mondiale, dont le siège est à Londres, est à la base de cette entreprise de colonisation dont le rôle est de susciter, de diriger et de coordonner les actions de toutes les communautés sionistes (Yichouv) de par le monde. Le Yichouv juif de Palestine, dont le président sera longtemps Ben Gourion, a bien entendu le rôle primordial. Sa mission affichée est simple : « la conquête de tous les emplois du pays par la main-d'œuvre juive, condition nécessaire à la réalisation du sionisme ».



Avant la création de l’État d’Israël, on distingue trois périodes dans la colonisation sioniste de la Palestine :

1 - de la fin du XIXe siècle (1880) à la guerre de 1914-1918,

2 – pendant la guerre de 1914-1918,

3 - de 1922 à 1947 - sous le Mandat britannique et la guerre mondiale.



1 - De la fin du XIXe siècle (1880) à la guerre de 1914



Précédée par l'arrivée de juifs immigrés fuyant les pays d’où ils sont expulsés, notamment la Russie, la colonisation effective de la Palestine commence dès la fin du XIXe siècle. Elle reste néanmoins assez réduite jusqu'à la guerre de 1914. À noter qu’au cours de cette période Theodor Herzl, n’obtenant pas du Sultan de Turquie l’autorisation de l’implantation juive, envisagea un moment une installation en Ouganda sous la protection de l’Empire britannique. L'Argentine, le Nord du Sinaï, la Mésopotamie furent également des localisations discutées. L'idée sioniste ayant évolué, ces territoires furent définitivement rejetés après la mort de Herzl par le Congrès sioniste mondial.

Les colons qui arrivent en deux vagues successives sont surtout des Juifs jeunes venant de l'Europe de l'Est sous l'inspiration de divers mouvements sionistes, notamment du mouvement travailliste (socialiste) et de l'organisation des Amants de Sion créée par Leo Pinsker à la suite des pogroms de Russie de 1881. Pour tous, croyants et non-croyants, de gauche ou de droite, la défense et la récupération de la Palestine est le ciment de leurs communautés. Nombre d'entre eux adoptent un mode de vie égalitaire et communautaire consacré surtout au travail manuel dans l'agriculture.

Le peuple arabe est l'adversaire commun à vaincre, autant que possible « sans faire de vagues ». « Nous devons les exproprier gentiment » avoue Herzl dans son journal de 1895. « Le processus d’expropriation et de déplacement des pauvres doit être accompli à la fois discrètement et circonspection ».

Les colons sont puissamment aidés par le Fonds national juif, organisme créé en 1901, dont la vocation est de recueillir de l'argent des communautés juives du monde entier et d'acquérir les terres, lesquelles par la suite ne peuvent être ni revendues, ni même louées à des non-Juifs. Une loi viendra plus tard - en 1953 - institutionnaliser ce qui n'était jusqu'alors qu'une condition nécessaire pour obtenir un prêt du Fonds National juif.



En 1900, il y avait environ 50 000 Juifs en Palestine, en 1910, 75 000 mais leur nombre chute à 65 000 lors de la Première Guerre mondiale.



2 - Pendant la guerre de 1914-1918



Le gouvernement britannique, pour obtenir l'engagement des États-Unis et de la Russie contre l'Allemagne, cherche l'appui des Juifs américains particulièrement influents. Il a une perspective plus lointaine : celle de faire bénéficier la Grande Bretagne du démantèlement de l'Empire ottoman et de coloniser à sa place la Palestine.



Chaim Weizmann (successeur de Herzl à la présidence de l’Organisation sioniste mondiale) présente alors habilement le plan sioniste comme un moyen de servir les intérêts du Royaume-Uni. Il écrit ainsi au ministre de la guerre britannique : « En vous exposant notre résolution, nous avons confié notre destinée nationale au Foreign Office et au Cabinet Impérial de la guerre dans l’espoir que le problème sera considéré dans l’optique des intérêts britanniques ».



C'est sur cette donnée historique que repose la fameuse déclaration Balfour du 2 novembre 1917 : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un Foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait pour porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives » (ces collectivités regroupent à ce moment-là 90 % des habitants de la Palestine).

À Londres, on sait pourtant que le mouvement sioniste a d'autres ambitions que de servir les intérêts de la Grande-Bretagne. Nombre de politiques ne sont pas dupes. Ainsi lord Curzon, successeur de Balfour au ministère des Affaires étrangères de Grande Bretagne : «Pendant que Weizmann vous dit une chose et que vous pensez "foyer national juif", il a en vue quelque chose de très différent. Il envisage un État juif, et une population arabe soumise, gouvernée par les Juifs. Il cherche à réaliser cela derrière l'écran et la protection de la garantie britannique ».

Par ailleurs, avant cette date, les Britanniques avaient déjà fait des promesses d’indépendance aux dirigeants des pays arabes. Pour riposter au calife ottoman - ayant autorité sur les territoires arabes du Moyen-Orient et devenu l’allié de l’Allemagne et de l’Empire austro-hongrois en 1914 - ils avaient suscité une révolte des Arabes contre l’Empire ottoman. En échange, le chérif Hussein de La Mecque qui animait cette révolte avait obtenu l’engagement britannique d’appuyer l’indépendance des Arabes dès la paix revenue. Et en 1915-1916 le Haut-Commissaire du Royaume-Uni en Égypte, Henry Mac Mahon, avait renouvelé la légitimité de l’aspiration des Arabes à l’indépendance.



Mais comment concilier l’indépendance arabe et un foyer juif indépendant ?



Quoiqu’il en soit, la déclaration Balfour, lancée à la cantonade, sans consultation d'aucun pays et contraire à l'accord Sykes-Picot (accord entre la France et l'Angleterre en novembre 1915 pour partager les terres de l'Empire ottoman après la guerre en cours), va faire son chemin…

Comme nous le verrons, les sionistes exploiteront, avec une détermination sans faille, cette déclaration maladroite du ministre du Royaume-Uni à propos de laquelle Arthur Koestler a pu écrire : « Une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d'une troisième ».



À la faveur de la Révolution bolchevique de 1917, le nombre des colons augmente brutalement : 60 000 russes émigrés prennent massivement le chemin de la Palestine.



3 - De 1922 à 1947, sous le Mandat britannique



À l'issue de la guerre, le Royaume-Uni obtient de la Société des Nations un Mandat sur la Palestine dominée précédemment par les Turcs.

À noter que le Mandat mentionnait explicitement le respect des droits civiques et religieux du peuple palestinien, mais laissait de côté l’élément essentiel : leurs droits politiques.



Dans un premier temps, les Britanniques favorisent la colonisation juive en Palestine conformément à la déclaration Balfour.

Les colons, qui constituent la troisième vague d'immigration, viennent surtout de Pologne puis, à partir de 1933, de l'Allemagne nazie.



Quelques données chiffrées illustrent l'évolution démographique de cette période :

- de 1922 à 1946 : le nombre des Juifs vivant en Palestine passe de 84 000 (1/10 de la population) à 608 000 (1/3 de la population) ;

- de 1897 à 1947 la superficie possédée par les Juifs passe de 20 000 hectares à 608 000 hectares, soit 7 % des terres ; le nombre des colonies passe pendant la même période de 27 à 300 ;

- de 1920 à 1937, la production industrielle de la Palestine, essentiellement du fait des Juifs, passe de l'indice 100 à 1029, tandis qu'à la fin de cette période le revenu moyen de ces derniers atteint alors le double du revenu moyen arabe.



Seule la résistance des Arabes de Palestine limite quelque peu cette gigantesque expansion

Les Arabes se révoltent de 1921 à 1929 d'abord, puis de 1936 à 1939. Après avoir protesté en vain depuis des années, ils s'insurgent contre le Royaume-Uni qui continue en sous-main à favoriser l'immigration continue des Juifs lesquels, avec l'aide massive en argent provenant de toutes les communautés juives des pays occidentaux, colonisent le pays à un rythme toujours croissant.

Les émeutes sont suivies de terribles représailles de la part de l'armée britannique : la ville de Jaffa notamment, place forte des insurgés, est évacuée de force puis rayée de la carte par les unités du génie aidées des forces armées juives clandestines et des groupes terroristes armés par les Britanniques. La révolte est matée au prix d'un grand nombre de victimes arabes: près de mille Palestiniens tués, plusieurs milliers de prisonniers et, parallèlement, plusieurs milliers de maisons détruites.



Les Britanniques, pour conserver les bonnes grâces des Arabes des régions voisines et sauvegarder leurs intérêts pétroliers veulent alors limiter l'immigration.
Mais, cette nouvelle politique est un échec total. L’habileté des sionistes, leurs méthodes, leur détermination et les moyens financiers considérables dont ils disposent ont raison du Royaume-Uni. Comme le déclare alors Ben Gourion président de l'Histadrout, syndicat-entrepreneur qui représente le futur État en marche : « Le seul souci qui doit imprimer notre action est la conquête de notre terre et son redressement par une énorme immigration. Tout le reste est rhétorique ». À noter que cet organisme remplit des tâches très éloignées de celles du syndicalisme européen : la création d’une force de défense (la Haganah), l’encadrement des immigrants, puis, à partir des années 30, l’organisati on de l’immigration clandestine, enfin l’aménagement du territoire, l’éducation, la santé et la culture.
Pendant cette période, on peut noter qu'avec l'arrivée de Hitler au pouvoir en 1933, la colonisation de la Palestine est assurée principalement par une majorité de Juifs allemands fuyant devant les menaces qui pesaient sur eux. Le régime a pu favoriser leur départ : sur demande de l'Organisation sioniste et par convention avec elle, il a permis momentanément l'exportation de capitaux juifs d'Allemagne.



En 1937 :

Devant les graves troubles, voire l'état de guerre régnant en Palestine, la Société des Nations nomme une commission, la Commission Peel, chargée d'enquêter sur place et de proposer une solution à la question palestinienne.

Fait notable, la Commission :

- émet l'idée d'un partage de la Palestine en deux États, l’un juif, l’autre arabe (ce dernier étant rattaché à l’émirat de Transjordanie) tous deux devant accéder à l’indépendance, tandis que Jérusalem et sa région resteraient sous mandat britannique

- préconise un transfert de population pour permettre l’homogénéité de chacune des entités : 225 000 Arabes passeraient de l’entité juive à l’entité arabe, tandis que 1 250 Juifs feraient le trajet inverse.

De plus, le foyer national juif (envisagé dans la déclaration Balfour) serait un État juif.



Devant cette proposition de la commission, la satisfaction des sionistes est vive : alors que les Juifs représentent alors moins du tiers de la population et détiennent moins de 5,5 % des terres, ils se voient attribuer un État dont les terres cultivables dépassent celles de l'État arabe.

Les autorités britanniques, par contre, connaissant mieux que les autres nations la complexité du problème juif en Palestine et toujours soucieuses de ménager leurs intérêts dans le monde arabe, ne sont nullement de l'avis de la Commission Peel. Ils jugent le Plan élaboré « irréaliste et impraticable ».



Néanmoins ce Plan, particulièrement favorable aux sionistes, va devenir par la suite la pierre angulaire de toutes leurs revendications.



La Révolution embrase la Palestine
Les Arabes se révoltent de nouveau contre le Royaume-Uni qui continue à laisser se développer l'immigration juive.

Le Royaume-Uni mobilise alors ses troupes avec l'élite de ses chefs militaires (Montgomery et Haining notamment) et fait la chasse aux insurgés arabes. La répression est terrible : avec l'aide des formations sionistes de la Haganah à laquelle elle fournit aide et entraînement et qui est placée sous commandement judéo-britannique, l'armée britannique tue un grand nombre d'insurgés et en déporte d'autres aux îles Seychelles.

Par une stratégie implacable le peuple palestinien est désarmé.



Devant la gravité des affrontements, la Société des Nations désigne alors une nouvelle commission.

Cette commission dite technique s'oppose en tous points aux conclusions de la Commission Peel. Elle juge impossible de créer un État juif délesté des Palestiniens. Elle refuse notamment tout transfert des populations arabes hors de la Palestine.



En février-mars 1939 :

Un congrès se réunit à Londres à l'initiative du Royaume-Uni pour déterminer la politique à promouvoir en Palestine. Le Libre blanc qu’il rédige prévoit :

1 - la fondation sous 10 ans d'un État palestinien indépendant regroupant Arabes et Juifs (avec un maximum de 1/3 de Juifs), État lié par un traité au Royaume-Uni. On lit notamment que « la déclaration Balfour ne pouvait en aucun cas signifier que la Palestine serait transformée en un État juif, contre la volonté de la population arabe »,

2 - la limitation de l'immigration juive à 75 000 Juifs dans les cinq prochaines années ; cette immigration juive doit ensuite être soumise à « l'approbation des Arabes de Palestine »,

3 - les transferts des propriétés arabes aux Juifs sont libres dans certaines zones et interdits dans d'autres.



Mais, ces propositions sont rejetées par les deux parties :

- d’une part par les Arabes, plus précisément par le Mufti de Jérusalem parce que la proclamation de l'indépendance de l'État palestinien est remise sine die, les autres délégations arabes étant plutôt favorables ;

- d’autre part par les Juifs parce que le Livre blanc condamne le projet sioniste.

Les propositions de ce Livre blanc sont néanmoins votées et acceptées. Elles deviennent alors la position officielle du Royaume-Uni.

Mais la guerre de 1939 éclate...



1939 - 1945 : la guerre mondiale

Initialement Churchill, très favorable à l'entreprise sioniste, était farouchement opposé aux données du Livre blanc : il y voyait une trahison des propositions faites par Balfour en 1917, propositions qui avaient été le fondement de la politique britannique jusqu'en 1937. Il annonce même la création d'une brigade juive sous drapeau sioniste au sein des alliés.

Cependant, plusieurs membres du gouvernement britannique s'opposent avec force à la politique de Churchill. Deux raisons les motivent : d’une part leur méfiance vis-à-vis de l'entreprise sioniste (compte tenu des manifestations violentes, voire criminelles, dont les Britanniques sont victimes de la part des sionistes en Palestine), d'autre part, les intérêts pétroliers du Royaume-Uni liés au monde arabe.



C'est alors que deux organisations terroristes juives : le Lehi et l'Irgoun redoublent de violence.

Elles se sont manifestées bien avant la guerre mais, dotées de nouveaux moyens, elles se donnent maintenant une triple mission : entraîner militairement (et illégalement) une partie de la jeunesse juive, voler des armes à l'armée britannique, en fabriquer et les stocker, enfin s'attaquer directement aux forces britanniques.

- l'Irgoun

Cette organisation d'inspiration fasciste vit le jour en 1935 et se spécialisa dans les attentats à la bombe contre les Britanniques. En 1939, lors du déclenchement de la guerre, elle conclut une trêve, mais en 1943, sous la direction de son chef Menahem Beghin, futur Premier ministre, elle reprit avec détermination ses attentats.

- le Lehi.

Cette organisation juive extrémiste représentant une dissidence de l'Irgoun jugée insuffisamment agressive envers les Britanniques se spécialisa dans les liquidations de policiers britanniques. Son chef, Yaïr Stern, fut abattu par les Anglais en 1943 et eut comme successeur Yitzak Shamir (futur Premier ministre de l'État d'Israël). C’est ce dernier qui fit assassiner en 1944 l’envoyé spécial du Royaume-Uni et ambassadeur en Égypte, Lord Moyne, un grand ami de Churchill, partisan de limiter l'immigration juive. (À noter que les deux assassins de Lord Moyne ont été enterrés, lors de la création de l’État d’Israël, au Monument des héros de Jérusalem).

Churchill, profondément bouleversé par l'assassinat de son ami, abandonna alors ses positions passées en faveur du sionisme et ne se soucia plus de l'application du partage qu'il avait préconisé auparavant.

Mais, à la fin de la guerre, il est remplacé par Attlee.



En 1945 : Création de la Ligue arabe

L'aspiration des peuples à l'unité, l'espoir de se dégager de la colonisation, la menace sioniste de plus en plus pressante engagent un certain nombre de pays arabes à s’associer pour une plus grande solidarité. La Ligue arabe est créée qui réunit dans un premier temps l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Iraq, la Jordanie, le Liban, la Syrie et le Yémen. Nuri-al-Said en est un des principaux artisans.

Le projet préconise notamment l'unité entre les pays de la Syrie historique : Syrie, Liban, Transjordanie, Palestine, puis la création d'une Fédération avec l'Irak.

Dans cette unité, il est prévu que les Juifs - tout comme les Maronites du Liban s'ils le désirent - obtiendraient en Palestine un statut d'autonomie dans les régions de forte concentration juive.

Ce projet, consigné dans le Livre bleu, ne fait pas l'unanimité des Arabes, mais la charte de la Ligue est néanmoins signée par les divers pays en mars 1945.



En avril 1945, c'est la fin de la guerre - Forts de leur victoire, les États-Unis dominent maintenant le monde de leur influence.

Roosevelt, président des États-Unis (qui avait été élu avec 90 % du vote juif) était d'abord totalement ignorant du problème de la Palestine et entièrement acquis aux thèses sionistes. Toutefois, après un voyage en Égypte il s'était engagé à ne jamais prendre une décision hostile aux Arabes sans consulter « pleinement et au préalable » les Juifs et les Arabes.

Mais il meurt bientôt et Truman lui succède



Truman est, lui aussi, très ignorant du problème palestinien et parfaitement conscient de la puissance financière et électorale juive qui a, comme pour Roosevelt, contribué largement à son élection.

À la suite de la visite du rabbin Wise, président de l'Agence sioniste américaine, qui insiste sur la première promesse faite aux Juifs par Roosevelt et qui brandit la menace de la perte de l'électorat juif, Truman décide d'appuyer de tout son poids l'immigration des Juifs en Palestine. 100 000 visas leur sont octroyés par le ministre Harrison.



Au Royaume-Uni, le Parlement, dirigé par les travaillistes, est partagé :

. certains membres - tel le Premier ministre Atlee - très liés au Mapaï, le parti de Ben Gourion, sont partisans des sionistes. À noter que dès 1944 le Mapaï avait appelé à transférer les Arabes hors de la Palestine ; maintenant il préconise que toute la Palestine devienne un État juif.

. d'autres parlementaires, tel Bevin, le ministre travailliste des Affaires Étrangères, ne sont pas de cet avis. À la lumière des multiples rapports des experts, le sionisme leur apparaît maintenant comme un grand danger.

C'est l'épreuve de force entre Attlee et Bevin...



En mars 1946 une commission anglo-américaine :

- prévoit l'immigration de 100 000 Juifs ;

- rejette la formule des deux États ;

- demande (naïvement) la collaboration de l'Agence juive pour lutter contre l'immigration illégale et le terrorisme juifs !

- lève les restrictions sur les transactions immobilières des Juifs.

Pour les représentants de la Grande Bretagne, Bevin et Attlee, il s'agit d'un tout indissociable, mais Truman ne retient que l'immigration des Juifs.



Conférence de Londres
Truman réitère son appui à l'immigration immédiate de 100 000 Juifs et se dit prêt à assurer leur transport. Par ailleurs, contrairement aux propositions de la Commission précédente anglo-américaine, il préconise le partage de la Palestine en deux États et demande au Royaume-Uni de libérer les suspects juifs arrêtés à la suite d'actes terroristes.

Malgré les efforts d’Attlee, c'est l'échec total entre le Royaume-Uni et les États-Unis.



Pendant ce temps, les organisations du Lehi, de l'Irgoun et du Etsel sont particulièrement actives pour faire céder le Royaume-Uni devenu franchement hostile au projet sioniste. Le plasticage de l’hôtel King David notamment, siège de l’administration britannique, entraîne la mort de nombreux civils.



À la suite de ces actions terroristes les Britanniques arrêtent 2 675 suspects juifs (dont Shamir, commandant le Lehi ; Beghin quant à lui parvient à s'échapper). Par ailleurs, ils fouillent l'Agence juive et y découvrent un important stock de matériel militaire.

L'occupation par l'armée britannique, pendant un jour, de l'Agence juive est considérée, par Weizmann son président, comme une déclaration de guerre du Royaume-Uni non seulement à la communauté juive de Palestine, le Yishouv, mais à tous les Juifs du monde. Mobilisant alors le puissant service de propagande de l'Agence, n'hésitant pas à mobiliser des enfants juifs pour participer aux violentes manifestations anti-britanniques organisées, Weizmann ordonne à tous les Juifs sans exception de faire front contre le Royaume-Uni.



Pendant ce même temps, la Haganah, une organisation militaire sioniste, est chargée de la colonisation de Néguev. Dès octobre 1946 les onze premières colonies y sont fondées.



En résumé, la Grande-Bretagne a mené, pendant la période de son Mandat sur la Palestine (1922-1947) une politique très fluctuante dans cette région, piégée par ses promesses aux Juifs (de leur donner un « foyer » en Palestine) et par ses promesses aux Arabes (de leur donner l’indépendance) :

- par moments, elle a essayé de contenir l’immigration juive. Deux raisons l’y poussaient: d’une part son exaspération devant les méthodes des colonisateurs sionistes occupant subrepticement la Palestine et maniant le terrorisme envers son armée et ses diplomates pour avoir le champ entièrement libre, d’autre part, le mécontentement des pays arabes de voisinage où elle avait des intérêts pétroliers ;

- le plus souvent, elle a fermé les yeux sur l’immigration juive, l’a même favorisée sous l’influence du groupe de pression sioniste et a réprimé très sévèrement les révoltes des Arabes tenus politiquement pour quantité négligeable. En 1917, Lord Balfour ne désignait-il pas les musulmans et les chrétiens de « collectivités non-juives » ou de «minorités non-juives » alors qu'ils étaient 700 000 contre 60 000 juifs ?
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 17:55

4 - 1947 : LA CRÉATION DE L'ÉTAT D'ISRAËL PAR L'ONU[24]



Les principaux épisodes d’une erreur historique


Janvier 1947

Le Congrès sioniste exige un État juif sur toute la Palestine ou à la rigueur deux États dans des frontières « adéquates ».



Février 1947

La Conférence de Londres reprend ses travaux.

Le plan britannique exposé par Bevin - conforme au Livre blanc rédigé à l’issue du Congrès de 1939 et aux conclusions de la Commission anglo-américaine de 1946 - prévoit un État palestinien bi-national avec 5 ans de tutelle britannique.

Ce plan est rejeté et par les Juifs et par les Arabes.

La Conférence demande le recours de l'ONU.



Avril 1947
L'ONU, en réponse à la demande britannique d'une conférence, nomme une Commission d'enquête internationale, l'UNSCOP qui est composée des représentants de 11 pays (à l'exclusion des 5 grandes puissances). Ces pays sont les suivants :

- Iran, Inde, Yougoslavie qui souhaitent un État fédéral indépendant avec un État arabe et un État juif ;

- Canada, Pays-Bas, Pérou, Suède, Tchécoslovaquie, Uruguay et Guatemala (ces deux derniers pays déjà connus pour leur appui proclamé au sionisme) se prononcent pour un partage avec union économique.

Pendant le séjour de cette Commission en Palestine, on assiste à une multiplication des opérations d'immigration illégale des Juifs et à des attentats terroristes sionistes dirigés contre les troupes anglaises qui continuent à payer à un lourd tribut. À signaler notamment l'enlèvement et la pendaison de deux sergents anglais dont les cadavres piégés explosent lorsqu'ils sont découverts en faisant de nouvelles victimes parmi les soldats britanniques



Le rapport final de l'UNSCOP recommande notamment :

- la fin du Mandat britannique et une période transitoire avant l'indépendance sous le contrôle de l'ONU ;

- la préservation des Lieux saints ;

- la résolution pacifique des différends entre les deux parties ;

- l'unité économique de la Palestine ;

- la reconnaissance des droits des citoyens étrangers à la Palestine.

Les délégués minoritaires (Inde, Iran, Yougoslavie) recommandent un État fédéral bi-national, tandis que les autres veulent deux États et l'internationalisation de Jérusalem.



La Grande-Bretagne surprise du vote de l'UNSCOP

- refuse implicitement le partage ;

- et décide d'abandonner son Mandat dans un délai de 6 mois si aucun accord n'est conclu entre Juifs et Arabes.



L'affaire de l'Exodus
Alors que se déroulent les travaux de l’UNSCOP a lieu un épisode destiné à forcer les Britanniques à ouvrir les portes de la Palestine aux Juifs. Un vieux bateau nommé pour la circonstance Exodus 1947, affrété par la Haganah et chargé de 4500 immigrants juifs issus d’Europe centrale, se présente en juillet 1947 au large d'Haïfa en vue du débarquement.

Les Britanniques choisissent alors le refoulement : les passagers sont rudement transférés à bord de bateaux britanniques. Après une escale à Port-de-Bouc le 29 juillet, ils débarquent le 8 septembre à Hambourg alors sous autorité britannique d’occupation…

À l'aide d'informations sur le comportement « sauvage » des Britanniques, informations que l'on sait aujourd'hui en grande partie mensongères, l'Agence juive et ses journalistes lancent alors à travers toute l'Europe, les États-Unis et les nombreux pays où les Juifs sont présents, une violente propagande anti-britannique.

À propos de l'exploitation par l'intelligentsia juive de cet épisode de l'Exodus pour s’attirer la sympathie de l’opinion internationale, Christopher Sykes a pu écrire : « Exodus 1947 fut parmi les plus importants succès du sionisme avant la naissance de l'État d'Israël. Il devint le sujet d'une saga, avec un livre et un film, ayant autant de ressemblance avec les événements en cours que l'Iliade d'Homère avec le siège de Troie »[25].



Mais les maîtres du jeu en 1947 sont avant tout les États-Unis et l'URSS.

Aux États-Unis, les pressions exercées sur le Congrès et sur Truman par un lobby juif acquis au partage de la Palestine sont déterminantes. Tandis que le risque d'une brouille avec le monde arabe est éclipsé, les États-Unis arrêtent leur position entièrement favorable aux sionistes.

Quant à l'URSS, c'est avant tout son hostilité à la Grande-Bretagne présente dans la région et la perspective stratégique de prendre sa place au Moyen-Orient qui dictent sa conduite. Son vote est paradoxal. Alors que les marxistes ont toujours été des antisionistes farouches l’URSS, en faisant prévaloir son intérêt étroitement national sur son idéologie, appuie soit la création d'un État bi-national, soit celle de deux États, l'un juif, l'autre arabe.



Sionistes et Arabes face au plan de partage


Les sionistes plaident leur cause avec diplomatie. Ils jouent :

. sur les intérêts électoraux des divers représentants des pays de l'ONU intéressés par la collaboration des organisations juives de leurs pays ;

. sur l'histoire des Hébreux et de la Bible commune aux juifs et aux chrétiens ;

. sur la donnée (que nous savons mythique) suivant laquelle les Juifs d’aujourd’hui seraient les descendants du peuple hébreu de l’Antiquité et, à ce titre, les héritiers légitimes ;

. sur les persécutions dont les juifs ont été victimes au cours des siècles dans de nombreux pays ;

. sur la responsabilité plus ou moins importante des pays occidentaux dans le génocide hitlérien ;

. sur les réalisations économiques des colons juifs en Palestine, susceptibles de profiter à tous les Arabes de la région, pauvres et peu instruits.

De plus les sionistes, par la voix de leur président Ben Gourion, à un moment particulièrement crucial où les représentants des Nations Unies étaient excédés par l'antagonisme absolu des forces en présence, avaient accepté un compromis de pure tactique mais particulièrement habile, en déclarant se satisfaire d'une seule partie de la Palestine. Malgré « le lourd sacrifice que cela représente nous sommes prêts à considérer, la question d'un État juif sur une partie significative de la Palestine, tout en réaffirmant notre droit sur toute la Palestine »[26]. Parallèlement à cette déclaration publique de Ben Gourion un sous-entendu était clairement exprimé parmi les siens : « dès que nous serons devenus puissants, une fois notre Etat établi, nous l'annulerons et nous nous étendrons sur tout le territoire d'Israël ; un État hébreu partiel n’est pas une fin, mais seulement un début ».



Les Arabes, au contraire, assurés de leur incontestable bon droit, déclinent d'emblée toute proposition de partage. Pour le Haut comité arabe (HCA) « les droits naturels des Arabes de Palestine sont évidents et ne peuvent continuer à faire l'objet d'enquête ». Le Comité refuse désormais toute coopération avec la Commission de l'ONU.

Face à la tactique subtilement habile des sionistes, celle des Arabes se révéla infructueuse.



De nouvelles sous-Commissions sont alors nommées pour réexaminer les demandes palestinienne et juive.



La Grande-Bretagne est en grand désarroi…



Il en est de même des pays arabes

De nombreuses résolutions sont votées par les différents pays de la Ligue arabe, mais elles demeurèrent toujours des vœux pieux. Toutes les décisions concernant l'aide économique à apporter aux Palestiniens pour contrer les acquisitions systématiques des terres par les colonisateurs sionistes ou l'aide militaire en hommes et en matériel pour s'opposer à tout partage de la Palestine, ne trouvèrent jamais la moindre application concrète par suite des dissensions, de la mésentente et des divergences d'intérêts entre les pays en question. Seule une décision en résulta : l'octroi d'un million de livres sterling à la commission militaire.



En septembre 1947 : l'ONU émet un premier vote pour décider de l'avenir de la Palestine

Le résultat est le suivant :

- 25 voix pour le partage,

- 13 voix contre,

- 19 abstentions.

Mais la résolution, pour être validée, doit obtenir les 2/3 des voix, ce qui n'est pas le cas.



Face au résultat de ce vote qui ne satisfait pas les Etats-Unis, des pressions caractérisées sont exercées sur les représentants des Nations à la fois par le Congrès américain, l'Administration, le Parti démocrate, le président Truman lui-même (inquiet pour sa réélection). Parallèlement, tous les organes du mouvement sioniste présent dans de nombreux pays sont mobilisés dans la même perspective. De tout leur poids ils vont peser pour gagner à leur cause les États les plus faibles.

Ces pressions sont efficaces : les représentants de certains de ces États tels la Grèce, le Libéria… récalcitrants jusque-là deviennent favorables au partage, d’autres tels les Philippines, Haïti… se voient accordés des prêts pour leur développement, tandis que, à l'instigation de l'Administration démocrate, la compagnie de caoutchouc Firestone prévient le Liberia qu'elle annulerait ses projets d'extension dans le pays s'il ne renversait pas son vote en faveur du partage ! (précision apportée par D. Pearson dans le Chicago-Daily du 9 février 1948).



Le 25 novembre : l'ONU (où l’Afrique et une partie de l’Asie n’ont pas encore de voix) émet un second vote pour décider de l'avenir de la Palestine

En dépit de l'opposition farouche des États arabes et du Royaume-Uni tout à fait convaincu que la création d'un État juif entraînerait une situation continue de violence et de guerre, le projet soviéto-américain de deux États séparés passe en commission.

Le vote est le suivant :

- 25 voix pour,

- 13 voix contre,

- 17 abstentions,

- 2 absents.

Mais il manque encore une voix pour atteindre la majorité requise des 2/3.

Truman jette alors de nouveau son prestige de Président des États-Unis dans la balance et mobilise tous les moyens dont il dispose, moyens diplomatiques et autres : l'administration des États-Unis menace la France, qui s'est abstenue lors du vote, de lui couper les vivres, tandis que plusieurs chefs de délégations se voient offrir des « enveloppes » ou des cadeaux pour leur épouse[27]...



À propos de ces événements, nous dit D. Vidal, le sous-secrétaire d’État des Etats-Unis, Summer Welles, a pu écrire : « Par ordre direct de la Maison-Blanche les fonctionnaires américains devaient user de pressions directes ou indirectes… afin d’assurer la majorité nécessaire au vote final ». Le ministre de la Défense James Forrestal dans ses Mémoires confirme de son côté que « les méthodes utilisées pour faire pression, et contraindre les autres nations au sein des Nations Unies, ont frôlé le scandale ».



Le 29 novembre 1947 : l'ONU vote le partage de la Palestine en trois parties :

. un État juif de 14 000 km2 avec 558 000 Juifs et 405 000 Arabes ;

. un État arabe de 11500 km2 avec 804 000 Arabes et 10 000 Juifs formé de trois parties séparées : Gaza, la Cisjordanie et la partie nord voisine du Liban ;

- enfin, une zone sous régime international particulier comprenant les Lieux saints, Jérusalem et Bethléem avec 106 000 Arabes et 100 000 Juifs.

À noter que l’ONU accorde aux sionistes 50 % de plus que le plan Peel de 1937 soit 60 % du territoire alors qu’ils n’avaient jusqu’alors que 7 % de la propriété foncière ; de plus ce territoire comporte 80 % des terres céréalières de la Palestine et 40 % de son industrie



La résolution 181 est acquise suivant le vote suivant :

- 33 voix pour la création (dont celles des E.U., de l'URSS et de la France) ;

- 13 voix contre ;

- 10 abstentions (dont celle de la Grande-Bretagne qui, se déchargeant de toute responsabilité quant aux conséquences dramatiques qu’elle prévoit, fixe au 15 mai 1948 son retrait civil et militaire de Palestine).



L'ONU prévoit aussi dans sa résolution :

- qu’une union économique, monétaire et douanière (vue comme « une nécessité absolue ») soit réalisée entre les États ;

- que les droits des minorités (bénéficiant d'office de tous les droits civils et politiques) et les principes démocratiques soient respectés ;

- que les futurs textes constitutionnels des deux États suivent les normes de l'ONU.



Ainsi, par un vote à l’arraché - après une bataille fertile en manœuvres, chantages, menaces et coups de bluff - s’est décidé le sort de la Palestine et des populations qui l'habitaient. Les Nations Unies, en ne retenant du mouvement sioniste que la louable intention d’assurer la sécurité des juifs, en méconnaissant le potentiel raciste anti-"non-Juifs" de ce mouvement, en négligeant la très importante littérature juive d'opposition à l'idéologie sioniste, en faisant peu cas des populations non-juives de Palestine, se laissèrent dominer par un puissant lobby tout à sa tâche de forcer par tous les moyens les portes de la Palestine.

Or, la Charte du 26 juin 1945 avait établi : « l’égalité du droit des peuples et leur droit à disposer d’eux-mêmes » (article 1.2). Ceci impliquait que les droits dits "historiques" basés sur les multiples éléments du passé - éléments religieux, dynastiques, raciaux, guerriers... générant contestations, violences et affrontements interminables - devaient laisser place à l’expression démocratique de la communauté humaine qui en était la résultante de fait…

En ne respectant pas ces principes établis par elles-mêmes, les Nations Unies trahirent là l’un de leurs principes les plus sacrés, fondement même du droit international : l'autodétermination des peuples.



………………………………………





5 - LA GUERRE JUDÉO-PALESTINIENNE DE 1947-1948





Elle débute le 30 novembre 1947 dès le vote des Nations Unies, bien avant la fin du mandat britannique fixé au 15 mai 1948.



Les sionistes,

Ils sont parfaitement unis et bien préparés à la guerre : une grande proportion est rompue au maniement des armes ; les officiers, formés pour certains au Royaume-Uni, sont compétents.

La Haganah (l'armée juive clandestine) qui s'enrichit de nombreux jeunes juifs étrangers venant la rejoindre, compte 5 à 7 000 hommes en décembre 1947, 35 000 en mai 1948 et 90000 en décembre 1948 (Greilsammer[28]).

Des plans de guerre ont été mis au point : d'abord le plan Gimmel, tant que les Britanniques sont présents, puis le plan D (Dalet) après leur départ.

Les États-Unis fournissent une aide financière et militaire massive, tandis que la Tchécoslovaquie assure de son côté une importante fourniture d'armes à partir du 30 mars 1948. À propos de ces dernières fournitures Michel Bar-Zohar dans sa biographie de Ben Gourion écrit ceci : « Cette nuit-là, un véritable miracle se produit, quand un gros avion – le premier - venu sans escale de Tchécoslovaquie se pose sur un aérodrome secret. Les 200 fusils, les 40 mitrailleuses et les milliers de cartouches qu’il apporte sont immédiatement distribués aux combattants. Un autre se produit le lendemain : le Nora, transportant notamment 4 500 fusils, 200 mitrailleuses et 5 millions de cartouches en provenance de Tchécoslovaquie, force le blocus anglais et jette l’ancre dans le port de Tel-Aviv »[29].



Les Arabes,

Faisant montre d’une grande diversité sociale, dépourvus de conscience politique collective, peu instruits dans leur ensemble, non unis, ils sont mal préparés à l'affrontement.

Leurs milices sont peu nombreuses, dispersées et mal entraînées et ne comportent que quelques milliers de volontaires étrangers.

Les premiers éléments des armées arabes n'arrivent qu'en février 1948, bien après les combats engagés par les forces sionistes. La seule force arabe importante est la Légion arabe de Transjordanie, mais elle ne comporte que 4 500 à 6 000 hommes sans aviation ni chars et manque cruellement de munitions.

De plus le souverain de Transjordanie, Abdallah, après une entrevue avec Golda Meir et la toute puissante Agence juive, se laisse circonvenir par ses interlocuteurs et accepte en secret le partage de la Palestine avec la perspective de s'emparer de la Cisjordanie. La Légion arabe se trouve alors neutralisée face aux sionistes.

Par ailleurs, toutes leurs tentatives d'achats d'armes à l'étranger échouent.



Les combats - notamment pour le contrôle des voies de communication - culminent en mars 1948 :

Les victimes civiles sont nombreuses des deux côtés :

- les combattants arabes (de l'armée dite de secours) tuent successivement dans des embuscades 45 puis 70 soldats juifs de la Haganah, tandis que le plasticage du siège de l'Agence juive fait 12 morts ;

- de son côté, le Lehi multiplie les attentats où de nombreux Palestiniens sont tués,



Devant l'extension des combats - et le revirement de l'opinion américaine qui regrette maintenant le partage auquel elle était initialement favorable - Washington revient sur la résolution de partage et réclame une tutelle internationale

Ce revirement fait suite à un mémorandum adressé à Truman par l'Administration américaine et les experts du Département d'État face aux combats meurtriers qui se déroulent en Palestine.

Mais, c'est le moment de la campagne présidentielle de Truman :

- le secrétaire d'État aux affaires étrangères, le Général Marshall, est farouchement opposé au partage de la Palestine en prédisant le chaos si ce partage est effectué

- tandis que le conseiller du Président, Clifford, est favorable aux sionistes, compte tenu du poids électoral des organisations juives américaines. C’est lui qui va dicter à Truman sa conduite

Pendant ce temps, les forces sionistes poursuivent leur conquête progressive de la Palestine tout en préparant, avec l'aide extérieure, une offensive de plus grande envergure.



C'est alors qu'a lieu le massacre de Deir Yassin
C'est le nom d'un village arabe siège d'un massacre perpétré par les organisations terroristes sionistes, l'Irgoun et le Lehi, le 9 avril 1948

Après les bombardements et le dynamitage des habitations avec leurs occupants, le massacre est organisé méthodiquement et de sang-froid : tous les habitants du village sont tués. La Croix-Rouge dénombra 254 victimes, en majorité des femmes et des enfants.

Dans leur ouvrage[30], Gresh et Vidal rapportent que vingt-quatre ans plus tard Meï Païl, alors colonel de la Haganah, présent en tant qu'officier de liaison à Deir Yassin, apportera le témoignage suivant dans le quotidien Yediot Aharon : « Vers midi, la bataille était terminée et les coups de feu avaient cessé. Bien que le calme régnât, le village ne s'était pas encore rendu. Les hommes de l'Irgoun et du Lehi sortirent de leurs cachettes et commencèrent à "nettoyer" les maisons. Ils tiraient sur tous ceux qu'ils voyaient, y compris les femmes et les enfan ts ; les commandants n'essayèrent pas d'arrêter le massacre (...) J'implorais le commandant d'ordonner à ses hommes de cesser le feu, mais en vain. Au même moment, 25 Arabes avaient été chargés dans un camion (...) on les emmena à la carrière entre Deir Yassine et Givat Shaul, et ils furent assassinés de sang-froid (...) Zvi Ankori, qui dirigeait les forces de la Haganah chargées d'occuper ensuite le village, ajoutera dans un témoignage de 1982 : Je suis entré dans 6-7 maisons. J'ai vu des parties génitales coupées et des ventres de femmes broyés. À voir les traces de balles sur les corps, il s'agissait purement et simplement de meurtres ».

Menahem Beghin, (dans la version anglaise de son ouvrage La Révolte : Histoire de l’Irgoun p. 162) écrit à ce propos qu’il n’y aurait pas eu d’État d’Israël sans la « Victoire » de Deir Yassin : « La Haganah effectuait des attaques victorieuses sur d’autres fronts… Pris de panique, les Arabes fuyaient en criant : Deir Yassin ».

Le nom de Deir Yassin est destiné à rester dans l'Histoire (Israël, en 1993, a reconnu et regretté les faits) mais les ruines du village ayant été rasées par les Israéliens et remplacées par de nouvelles habitations juives, ce n'est pas un lieu de mémoire.



Sans attendre le départ des Britanniques prévu pour le 15 mai 1948 et l'intervention des Arabes, les sionistes lancent alors une offensive générale.

À ce moment-là, le déséquilibre des forces en présence - avec notamment la Haganah et l'Irgoun (cette dernière regroupant à elle seule de 5 000 à 10 000 combattants) du côté de sionistes - est devenu particulièrement important.

Après le plan Gimmel, le plan Dalet, mis en œuvre par anticipation, débute la première semaine d'avril. Ce plan prévoit notamment le contrôle total du territoire alloué par l'ONU, la conquête de nombreuses autres portions de territoire considérées comme vitales, la protection des colonies juives implantées dans ce qui aurait dû constituer l’État arabe prévu par l’ONU et, nous dit Benny Morris, « le nettoyage du territoire du futur État juif de toutes les forces hostiles ou potentiellement hostiles ». Ainsi doivent être occupés notamment tous les villages palestiniens situés entre Tel-Aviv et Jérusalem.

Lorsque les États arabes : Syrie, Égypte, Transjordanie, Irak... décident enfin d'envoyer leurs armées en Palestine, ils remportent d'abord quelques victoires éclatantes, mais ces victoires ne sont qu'éphémères : les sionistes reprennent vite l'offensive et se rendent maîtres du terrain. Les villes tombent les unes après les autres : Tibériade, Haïfa, Jaffa... tandis que les chefs arabes sont tués. Le 13 mai 1948, veille du départ des Britanniques, toute résistance palestinienne d’une certaine importance est éteinte.



Les combats, meurtriers de part et d’autre, ont semé la panique : la population arabe misérable fuit en masse dans les régions voisines malgré les appels lancés à la fois par quelques personnalités juives (comme le maire de Haiffa) et les dirigeants arabes pour inviter les populations à rester à leur place (nous reviendrons plus loin sur ce sujet).



Le Mandat britannique sur la Palestine vit alors ses derniers jours... tandis que Jérusalem brûle et que se succèdent en vain réunions, discussions et commissions internationales...



En résumé, la guerre se termine par l'écrasement des Arabes, par l'exode de centaines de milliers de réfugiés palestiniens abandonnant tous leurs biens derrière eux et par la conquête par Israël de nouveaux territoires. Seule la vieille ville de Jérusalem échappe, grâce aux Britanniques, à une occupation. Elle restera arabe jusqu'à la guerre de 1967 mais les réfugiés seront empêchés par la force et de façon absolue de retourner dans leurs terres, lesquelles seront immédiatement saisies par le Fonds national juif et distribuées aux kibbouzim, à diverses institutions et aux nouveaux immigrants juifs.



Par ailleurs, l'État palestinien prévu par l'ONU ne voit pas le jour : Israël et la Transjordanie se partagent son territoire.



Le 14 mai 1948 à 18 heures, en pleine guerre, Ben Gourion proclame à Tel-Aviv la création de l’État d’Israël.

Alors que les frontières du nouvel État ne sont pas précisées, Truman le reconnaît immédiatement (onze minutes plus tard exactement). Quant à la France, où des voix se font entendre au gouvernement pour stigmatiser son vote à l'ONU, elle attendra mai 1949 pour la reconnaissance d'Israël.



Quelques combats d'arrière-garde se poursuivent malgré tout…

C'est à ce moment-là, le 11 juillet, que se situe le massacre perpétré à Lod et Ramle. Il s'agit de deux autres villages où les Israéliens, en réponse à des coups de feu de tireurs arabes embusqués et convaincus « qu'il s'agissait d'une insurrection générale, ont réagi brutalement, massacrant des centaines de civils » (Greilsammer[31]). À la suite de ce massacre l’expulsion des habitants fut décidée.

Les combats sporadiques s'éteignent progressivement avec l'anéantissement total des forces arabes. À ce moment-là, précise Greilsammer[32], l'armée israélienne (Tsahal) « avait à sa disposition cent mille soldats, des armes et un matériel important, plus que ce que possédaient toutes les armées arabes réunies ».



La guerre de 1947-1948 a modifié radicalement les données sur le terrain.

La création de l’État d’Israël sur la majeure partie de la Palestine mandataire (78%) et de la partie ouest de Jérusalem s’accompagne en définitive du départ de 900 000 Palestiniens (estimation de l'ONU) qui, d’hommes libres vont devenir de misérables réfugiés dans les pays du voisinage : Égypte, Tranjordanie, Liban, Syrie... Quant aux Arabes restés en Palestine (environ 160 000) ils sont frappés de stupeur : ils sont devenus brutalement minoritaires et immigrés dans leur propre pays et hôtes de leurs ennemis... Le gouvernement militaire instauré entrave leur liberté de déplacement tandis qu’un arsenal de lois entraîne rapidement la confiscation de 40 % à 60 % de leurs terres. Alain Dieckhoff[33] précise qu'«&n bsp;une catégorie juridique tout à fait orwellienne apparaît même : celle des présents-absents. Elle concerne environ 20 000 Arabes qui avaient provisoirement quitté leur domicile pour se réfugier dans les pays arabes voisins ou dans les zones sous contrôle des armées arabes avant de s’en retourner quelques semaines vers leur chez-soi, lequel avait été entre-temps confisqué par le gouvernement israélien ». Situation dramatique en vérité : ils appartenaient au peuple qui avait combattu l’État juif, un État dont ils étaient désormais citoyens !



En définitive, l’exil (ghurbah) et la dispersion (shatat) ont fait du peuple de Palestine un peuple de réfugiés profondément déraciné et mutilé par la perte de ses terres tandis que la société palestinienne était elle-même totalement et durablement disloquée. Resta alors la nostalgie de la terre ancestrale assimilée à un paradis perdu qui devait être le prélude à la naissance d’un nouveau peuple, le peuple palestinien.



On peut noter que les Occidentaux dans leur ensemble (parfois même les Arabes éduqués en Occident), à la fois peu informés sur ce problème du Proche-Orient et tout préoccupés d’eux-mêmes au lendemain de la guerre qu’ils venaient de subir, ont accepté d'emblée la version sioniste des faits : d’une part ils ont vu dans le partage de la Palestine une formule de compromis, légale, morale, juste, équilibrée..., d'autre part, ils ont pensé que la guerre avait été celle de David contre Goliath, menée du côté juif de la façon la plus propre et la plus morale possible sans atrocités, massacres ou pillages et que les populations arabes avaient fui de leur plein gré.

Nous savons maintenant que les Occidentaux se sont laissé abuser par une habile propagande.







6 - LES GUERRES ISRAÉLO-ARABES DE 1967 ET 1973



LA GUERRE DU LIBAN CONTRE l'O.L.P. DE 1982



Ces trois guerres, qui succèdent à celle de 1947-48 (et accessoirement à celle de 1956 menée avant tout par la France et la Grande-Bretagne contre l'Égypte), sont une illustration parfaite de l'engrenage de violences engendré par la création de l'État d'Israël voué, pour son malheur et pour celui des non-Juifs, à avoir des ennemis intérieurs et des ennemis extérieurs, à être appelé perpétuellement, dans une logique implacable liée à son idéologie, à se défendre par les armes et à manier la vengeance en un cercle infernal.

Les ennemis d'Israël sont d'abord ses principaux voisins : l'Égypte, la Syrie et la Jordanie.



1967 : la guerre « des six jours »

Après plusieurs années de tensions concrétisées notamment par le détournement des eaux du Jourdain par Israël, après des mouvements de l'armée égyptienne dans le Sinaï et le ralliement de la Jordanie et de l'Irak au pacte égypto-syrien, Israël passe à l'attaque : son aviation détruit l'aviation arabe en quelques heures, tandis que son armée, sans rencontrer d’opposition notable, fait la conquête de la péninsule du Sinaï, de la Cisjordanie, de Gaza, du plateau du Golan et de Jérusalem-Est.

Les Arabes fuient en grand nombre vers la Syrie, le Liban, l'Égypte, mais surtout vers la Jordanie. Comme le précise dans ses mémoires Haïm Herzog, président d'Israël, cette « fuite spontanée » se fait avec l'aide des Israéliens qui mettent à la disposition des Arabes une noria de bus et de camions).

Jérusalem est alors réunifiée et un gouvernement militaire établi dans les nouveaux territoires conquis.

À la suite de cette guerre-éclair - guerre qualifiée par I. Leibowitz[34] de « catastrophe historique » - la surface du territoire sous contrôle israélien est brutalement multipliée par 4 : elle occupe désormais 100 000 kilomètres carrés, soit les 4/5 de la Palestine historique[35].

(À noter ici que le Golan et Jérusalem-Est seront annexés ultérieurement tandis que, en 1980, la Loi fondamentale instituera : « Jérusalem capitale d'Israël »).



L'ONU, par sa résolution 242, demande le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés et le retour des réfugiés, mais ses demandes restent lettre morte.



1967-1973

Pendant cette période, les incidents frontaliers et les combats de chars ou aériens sont incessants entre Israël et ses voisins. C'est la guerre d'usure qui prépare la guerre totale annoncée par les chefs arabes (à l'exception de ceux de la Jordanie).

On peut noter particulièrement :

- la destruction par Israël de toute l'aviation civile libanaise, soit 13 avions, en décembre 1968 ;

- les bombardements répétés des bases palestiniennes dans les territoires voisins ;

- le bombardement du Liban en 1972. Ce bombardement, qui est effectué en représailles de l’attentat de Munich commis par un groupe terroriste palestinien contre l'équipe olympique israélienne, entraîne de nombreuses victimes civiles.



Chaque camp se prépare manifestement à la guerre...



1973 : la guerre « du Kippour »



Le 6 octobre, l'Égypte et la Syrie lancent une attaque-surprise coordonnée avec l'aide de contingents venant de divers pays : Irak, Maroc, Libye, Koweit, Arabie Saoudite. À noter que le Liban et la Jordanie ne participent pas aux combats.

Pendant les trois premiers jours, les Arabes remportent des succès notables, mais la contre-offensive israélienne s'avère victorieuse.

Les pertes sont lourdes de part et d'autre. Pour Israël : 2 355 tués

Un cessez-le-feu est demandé par les Soviétiques qui comprennent que leurs alliés ont perdu la guerre. Les Américains l'acceptent aussi, contre l'avis d'Israël.

L'affrontement israélo-arabe a des répercussions mondiales : l'OPEP (qui réunit les pays grands producteurs de pétrole) décide diverses mesures :

- une importante hausse du prix du pétrole ;

- une réduction des exportations vers les pays occidentaux ;

- un embargo total à l’encontre des États-Unis (qui ont fourni l'essentiel du matériel de guerre à Israël) et des Pays-Bas (qui lui ont également apporté un puissant soutien).



1982 : la guerre du Liban



Précédée en 1981 de l'opération "Litani" qui avait repoussé au-delà de ce fleuve les forces palestiniennes et établi un "Etat du Sud-Liban" dirigé par un fidèle d'Israël, l'officier libanais Saad Haddad, la guerre est déclenchée en 1982 par Israël dans la perspective de détruire l'OLP (l’Organisation de Libération de la Palestine) qui a rassemblé des forces importantes au Liban d'où elle lance ses commandos pour commettre des attentats en Israël. À ces attentats auxquels ne répondaient jusqu'alors que des bombardements-représailles.

Une autre intention guidait Israël en envahissant le Liban : établir un pouvoir aux mains des Phalanges chrétiennes dirigées par Pierre Gemayel, ennemi juré des Palestiniens.

À noter aussi que la guerre civile entre chrétiens et musulmans sévit au Liban depuis 1975.



C'est la première guerre strictement israélo-palestinienne :

- en juin : Israël envahit le Liban par opérations terrestres, aériennes et maritimes et détruit les installations palestiniennes ;

- en septembre : les troupes israéliennes encerclent Beyrouth-Ouest (la partie musulmane de la ville) où l'OLP est solidement installée, en font le siège et bombardent la ville.

C'est à cette période qu'ont lieu les terribles massacres des camps de Sabra et Chatila où des centaines de civils palestiniens (plusieurs milliers selon certaines sources), femmes, enfants, vieillards, trouvent la mort. Ces massacres sont perpétrés par les milices chrétiennes maronites alliées de l'armée israélienne dirigée par Ariel Sharon qui a laissé faire.

Le témoignage d’un témoin oculaire du siège de Beyrouth, l’Ambassadeur de France Paul Marc Henry, dans son ouvrage Les jardiniers de l’enfer est particulièrement éclairant : « L’ordre général donné à l’armée israélienne pour leur entrée dans Beyrouth-Ouest aux petites heures du 15 septembre indique précisément : "nous n’entrerons pas dans les camps de réfugiés. Le ratissage et le nettoyage des camps seront effectués conjointement par les Phalanges et l’armée libanaise". Quant à l’armée libanaise, elle est "autorisée à entrer n’importe où à Beyrouth selon sa demande". En fait, d’après le rapport Kahane, l’entrée des Phalanges dans les camps de réfugiés avait été décidée d’un commun accord entre le Général Sharon, ministre de la Défense et le Général Drori, la veille au soir, à vingt heures trente. »

« Au cours de la journée du jeudi 15 l’armée israélienne avait procédé à un bouclage complet de la zone des camps, ce dont nous avons pu nous rendre compte nous-mêmes en partant de la Résidence des Pins ».



Devant ces massacres et cette guerre où Israël est manifestement l'agresseur - nous savons maintenant que l’armée israélienne et ses chefs ont été très directement impliqués - le monde entier est stupéfait et indigné, de même qu'une partie notable de l'opinion israélienne. De nombreuses manifestations, notamment d'intellectuels juifs ont lieu à Paris, tandis qu’en Israël même de violentes réactions et des manifestations imposantes condamnent le gouvernement. Le grand journal israélien Ha’aretz établit même une comparaison avec les massacres nazis...

À propos de cette entreprise guerrière le professeur Benjamin Cohen[36] de l'Université de Tel-Aviv, écrit dans une lettre à P. Vidal-Naquet : « Je vous écris en écoutant le transistor qui vient d'annoncer que "nous" sommes en train d'atteindre notre objectif au Liban : assurer "la paix" aux habitants de Galilée. Ces mensonges dignes de Goebbels me rendent fou. Il est clair que cette guerre sauvage, plus barbare que toutes les précédentes, n'a rien à voir, ni avec l'attentat de Londres, ni avec la sécurité de la Galilée... Des juifs, fils d'Abraham... Des juifs victimes eux-mêmes de tant de cruautés, peuvent-ils devenir tellement cruels ? Le plus grand succès du sionisme n'est donc que ceci : la "déjudaïsation" des juifs.

Faites, chers amis, tout ce qui reste dans votre pouvoir pour que les Beghin et les Sharon n'atteignent pas leur double objectif : la liquidation finale (expression à la mode ces jours-ci) des Palestiniens en tant que peuple et des Israéliens en tant qu'êtres humains ».



À propos de Sabra et Chatila le lieutenant-colonel Elie Geva, limogé pour son refus d'entrer dans Beyrouth pendant la guerre du Liban a pu déclarer : « Les camps d'extermination nazis sont le niveau le plus grave, et puis Sabra et Chatila, un degré un peu en dessous... Et juste après, il y a les moyens nécessaires à la pénétration militaire dans une ville : on viole une population, on se viole soi-même ».



La guerre du Liban fit 30 000 tués ou blessés, 10 000 disparus, 80 000 sans-abri tandis que 32 villes et 14 camps de réfugiés palestiniens furent totalement ou en partie détruits.



L'action diplomatique réussit à sauver l'OLP de la destruction complète. Dans le cadre d'une Force multinationale (F.M.N.) de l'ONU, une partie des combattants palestiniens est dirigée vers la Syrie, la Jordanie, la Tunisie et d'autres pays arabes ; la direction, quant à elle, se réfugie à Tunis. (À Tunis, l'OLP sera pourchassée par les Israéliens : en 1985 un bombardement israélien fera 70 morts à son quartier général, en 1988 puis en 1991 plusieurs de ses dirigeants seront assassinés par un commando israélien).

L'occupation israélienne de la majeure partie du Liban durera jusqu'en 1985 ; "la zone de sécurité du Sud-Liban" ne sera évacuée qu'en 2000. Au cours de cette période, allant de 1985 à 2000, de multiples opérations militaires de l'armée israélienne eurent lieu, notamment celle dénommée "Raisins de la colère", opération qui s'est soldée notamment par la mort de 175 civils dont 105 dans la ville de Cana.



À la suite de cette guerre, c’est le Hezbollah pro-iranien, soutenu par la Syrie, qui prend la place de l'OLP comme organisation clandestine anti-israélienne.





7 – ISRAËL ET L'ONU





De multiples résolutions ont été adoptées par l'ONU depuis la création de l'État d'Israël. Par suite de l’incapacité de l’Organisation de les faire respecter par Israël, toutes ces résolutions sont restées lettre morte. Les principales sont les suivantes :



La résolution 181 du 29 novembre 1947 instituant le partage de la Palestine en trois parties :

. un État juif de 14 000 km2 avec 558 000 juifs et 405 000 arabes,

. un État arabe de 11 500 km2 avec 804 000 arabes et 10 000 juifs,

avec entre eux une union économique, monétaire et douanière,

. enfin, une zone sous régime international particulier comprenant les Lieux saints, Jérusalem et Bethléem avec 106 000 arabes et 100 000 juifs.



La résolution 194 du 11 décembre 1948 (après la guerre de 1947-48)

Cette résolution de l’Assemblée générale, face au départ forcé de centaines de milliers de Palestiniens, stipule : « qu'il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables. »



La résolution 242 du 22 novembre 1967 (après la guerre israélo-arabe)

Cette résolution du Conseil de sécurité décrète « l'inadmissibilité de l'acquisition de territoire par la guerre » et « exige l'instauration d'une paix juste et durable au Moyen-Orient », qui passe par « le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés pendant le récent conflit » et le « respect de la souveraineté de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de chaque Etat de la région, et leur droit de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues, à l'abri de menaces et d'actes de force.&n bsp;»

Cette résolution - selon laquelle la base de la paix au Proche-Orient réside dans l'évacuation par Israël des « territoires occupés »[37] - sera reprise en vain dans toutes les négociations ultérieures de l'ONU.



La résolution 338 du 22 octobre 1973 (après la guerre israélo-arabe)

Cette résolution du Conseil de sécurité réaffirme la validité de la résolution 242 et appelle au cessez-le-feu et à des négociations en vue « d'instaurer une paix juste et durable au Moyen-Orient ».



La résolution 3236 du 22 novembre 1974

Cette résolution de l'Assemblée générale réaffirme le « droit inaliénable des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens, d'où ils ont été déplacés et déracinés, et demande leur retour » et « le droit à l'autodétermination du peuple palestinien ».



La résolution 478 du 20 août 1980

Cette résolution est la réponse de l'ONU au décret israélien du 30 juillet 1980 instituant Jérusalem comme « capitale éternelle de l'État d'Israël ». Elle dénonce « une violation du droit international » et déclare cet acte de force de « la puissance occupante » comme « nul et non avenu ».



À noter aussi que :

- l'Assemblée générale des Nations unies réitère chaque année depuis 1948 « le droit au retour » pour les réfugiés palestiniens ou, pour ceux qui renonceraient, le droit à des compensations financières,

- le Conseil de Sécurité appelle Israël depuis 1948 à ne pas étendre ses colonies et notamment à abandonner son projet de Grand Jérusalem. La déclaration du 13 juillet 1998, par exemple, prie Israël de : « ne prendre aucune autre mesure qui compromettrait l'issue des négociations sur le statut définitif de la ville » et de « se conformer scrupuleusement à ses obligations découlant de la 4ème convention de Genève ».



Toutes ces déclarations restent sans suite, de même que les multiples condamnations formulées à l’encontre d’Israël. Parmi ces dernières, citons quelques exemples :



- 1975 : la résolution 3379 de l’Assemblée générale condamne le sionisme comme « une forme de racisme et de discrimination sociale », mais les Israéliens et leurs protecteurs américains parviennent, à la Conférence de Madrid - à la suite de l'effondrement du bloc soviétique qui modifie la répartition des votes aux Nations Unies - à faire annuler la condamnation précédente, par la résolution 4686 du 16 décembre 1991

(À noter qu’à la suite de ce vote, les dirigeants israéliens et le représentant des Etats-Unis, poussant l’aplomb à un rare niveau, demandent à l'Assemblée générale de l’ONU de condamner l'antisionisme. Cette demande est néanmoins rejetée).



- 1990 : à la suite de la tuerie dite "des mosquées" par l'armée israélienne, tuerie qui fait 18 morts et 150 blessés, l'ONU nomme une commission d'enquête. Israël refuse de la recevoir, l'ONU ne réagit pas...



- 1992 : Israël expulse vers le Sud-Liban 415 Palestiniens à la suite de l'assassinat d'un garde-frontière par le Hamas... L’ONU condamne Israël qui ne tient pas compte de cette condamnation. L'ONU ne réagit pas...



- 1996 : à l'occasion de l'opération "Raisins de la colère" menée au Sud-Liban, l'armée israélienne bombarde notamment le camp de l'ONU abritant des réfugiés libanais : 98 civils sont tués. L'ONU ne réagit pas...



- 1998 : le Conseil de sécurité des Nations Unies demande à Israël le 13 juillet de renoncer au Grand Jérusalem. Israël poursuit son projet : l'ONU ne réagit pas... Depuis la colonisation de Jérusalem-Est s'est poursuivie à un rythme toujours croissant, y compris pendant les pourparlers entre les Israéliens et l'OLP sous l'égide des États-Unis.



- mai 2000 : à la suite de tirs de mortiers du Hezbollah sur le nord d’Israël, Israël bombarde les centrales électriques du Liban. Plusieurs centaines de milliers de Libanais sont privés d’électricité, de nombreux morts sont à déplorer (notamment par l'arrêt de certains appareils de nécessité vitale dans les établissements hospitaliers). L'ONU se contente d'appeler le Hezbollah et Israël à « plus de retenue ».



- avril 2002, le camp de réfugiés de Jénine est soumis à des destructions massives de la part de l'armée israélienne. Le secrétaire général de l'ONU au Proche-Orient, le scandinave Terje Roed-Larsen déclare alors : « Ce que j'ai vu est absolument inacceptable, d'une horreur qui dépasse l'entendement. Les experts qui sont avec nous et qui ont l'habitude des guerres et des tremblements de terre disent qu'ils n'ont rien vu de tel. Il est inacceptable que le gouvernement israélien n'ait pas autorisé, onze jours durant, les équipes de sauvetage à entrer dans ce camp. C'est moralement répugnant. »

Richard Kook, directeur en Cisjordanie de l'agence des Nations Unies pour l'aide aux réfugiés palestiniens (UNRVA) parle, quant à lui, de « dommages énormes » et Javier Zuniga d'Amnesty International affirme : « C'est l'une des pires scènes de dévastation que j'aie jamais vues. »

Pour le secrétaire d'État adjoint américain chargé du Proche-Orient, William Burns, il s'agit d'une tragédie humaine pour des milliers de Palestiniens innocents » tandis qu’un diplomate européen parle d’ « un déchaînement de violence aveugle sans commune mesure avec la résistance rencontrée ».

À la suite de ce drame, l'ONU désigne une commission d’enquête de 28 membres, mais quelques jours plus tard elle dissout cette commission sous le prétexte que le gouvernement israélien, ne veut pas la recevoir.



- juillet 2004 : l’Assemblée générale des Nations Unies, à la suite de la Cour internationale de justice de La Haye, condamne Israël pour avoir établi un mur de séparation en Cisjordanie. Le résultat du vote est le suivant : 150 voix pour (notamment celles des Européens unanimes en la circonstance), 6 contre et 10 abstentions. L’ONU demande le démantèlement et l’indemnisation les Palestiniens. Israël fait fi de la décision.



Intervention de la Cour Pénale Internationale du 20 juillet 1998

La Cour émet la motion suivant laquelle « la colonisation de territoires par une puissance occupante doit être assimilée à un crime de guerre »

Les pays sont appelés à exprimer leur position. Le résultat est le suivant :

121 pays votent la motion, 21 s'abstiennent, Israël vote contre.

Il s’ensuit que les pays signataires, notamment ceux de l'Europe, se sont implicitement engagés (dès ratification par leur Parlement) à procéder aux arrestations des responsables israéliens criminels de guerre pénétrant sur leur territoire. Jusqu’ici aucune arrestation n’a eu lieu...

À noter qu’en cette même année 1998, alors que les États-Unis demandent à Israël d'arrêter la colonisation, Netanyahu, Premier ministre d’Israël, déclare : « Israël traverse une période qui nécessite une activité énergique pour renforcer la mainmise juive sur la terre » tandis que son ministre des Affaires étrangères, Ariel Sharon, invite les colons « à passer à l'assaut » en leur proclamant : « tout ce que vous prendrez restera entre nos mains ».



C'est dire qu'Israël et ses dirigeants ont toujours fait fi des résolutions et des vœux de l’ONU. Suivant la phrase célèbre de Ben Gourion : « peu importe ce que disent les Gentils, l'important c'est ce que font les Juifs ». Ammon Kapeliouk, journaliste à Jérusalem, fait remarquer que cette phrase est connue de tous les écoliers israéliens.



Si Israël s'est toujours moqué de l'ONU, il lui arrive aussi de se comporter de même avec ses amis américains. En 1992, le Secrétaire américain, James Baker, avait lié l'octroi de garanties bancaires pour un prêt de 10 milliards de dollars à Israël à l'arrêt de la colonisation juive en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Quelque mois plus tard Israël devait recevoir la garantie pour son prêt tout en poursuivant sa colonisation



Ainsi l'ONU a accepté d'Israël, membre à part entière depuis 1949 :

- la violation permanente des frontières ;

- l'application ininterrompue d'une politique d'élimination, d'annexion, d’expansion et de colonisation, alors que la Cour internationale de justice assimile la colonisation à un "crime de guerre" ;

- la prétention d'Israël à résoudre seul - hors de toute intervention de l'ONU - les conflits qu'il a lui-même provoqués ;

- la violation permanente des droits de la personne tels qu'ils sont définis par la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 (en ce qui concerne notamment la torture et à la prise d'otages) ;

- le non-respect les Conventions de Genève dans les territoires occupés ;

- le refus de tout contrôle de l'Agence Internationale de l'Énergie atomique ;

- la production d’armes chimiques et biologiques.



Si l'ONU avait, dans sa dramatique erreur de 1947, quelques circonstances atténuantes (son intention de protéger les Juifs et le fait que le racisme inhérent à l'idéologie sioniste était alors méconnu), comment ne pas voir que cette excuse n'existe plus depuis longtemps ? Errare humanum est... perseverare diabolicum !

Comment ne pas voir que seules les sanctions diplomatiques, économiques, voire militaires, émanant de l'ONU sont susceptibles de faire céder Israël et le ramener dans le droit international ?

Comment ne pas voir que l’État sioniste ne permettra jamais à un quelconque État libre et indépendant, autre que lui, de voir le jour sur le territoire de la Palestine historique ?







8 - LES ORGANISATIONS TERRORISTES DU SIONISME





Tout terrorisme, de quelque nature qu'il soit, commandité par quelque individu ou quelque organisation que ce soit, est odieux et intolérable. Ce terrorisme qui tue des personnes totalement étrangères au conflit en cause, notamment des enfants, sera toujours inadmissible.

Cela dit, et sans chercher de circonstances atténuantes à quelque entreprise terroriste que ce soit, il convient néanmoins de remarquer que l'odieux comporte des niveaux. Dans l'ex-Palestine, il y a manifestement un terrorisme d'agression et de conquête, celui des forts, des sionistes et un terrorisme de défense, celui des faibles, des humiliés, des démunis et des opprimés, celui des Palestiniens.



Parmi les principales organisations sionistes ayant œuvré en Palestine avant la création de l'État d'Israël ou depuis cette création, citons :

Le Ha-Shomer (la Garde)

Ce fut la première organisation paramilitaire clandestine.

Elle comptait en 1910 une centaine de membres et combattit avec les Anglais pendant la guerre de 1914.

Ses membres formèrent, entre les deux guerres de 1914-18 et de 1939-45, les cadres de l'armée juive clandestine : la Haganah.

L'Irgoun

Comme nous l'avons vu précédemment, cette organisation d'extrême droite se spécialisa dans les attentats à la bombe contre les forces britanniques et les Arabes de 1935 à 1939 avec reprise en 1944.

Elle donna naissance en 1948 au parti Herout, devenu l'actuel Likoud.

Le Lehi (ou groupe Stern)

Dissidence de l'Irgoun cette organisation a multiplié elle aussi les attentats, les exécutions sommaires et les extorsions de fonds. Elle se spécialisa particulièrement dans les attentats à la bombe contre les forces britanniques pendant la période du Mandat.

Fait tout à fait notable, en vertu de l'adage selon lequel « les ennemis (les Allemands) de nos ennemis (les Britanniques) sont nos amis » et dans la perspective d'obtenir de Hitler la création d'un État juif après la conquête du Moyen-Orient, les dirigeants du Lehi, ont offert les services de leur organisation à l'Allemagne nazie en 1940-41. Les principes de base d’une éventuelle collaboration furent établis et formulés ainsi par le direction du Lehi :

1) Il pourrait exister des intérêts communs entre l'instauration, en Europe, d'un ordre nouveau, selon la conception allemande, et les véritables aspirations du peuple juif telles qu'elles sont incarnées par le Lehi.

2) La coopération entre l'Allemagne nouvelle et une nation hébraïque rénovée (Vôlkisch Nationalen Hébräertum) serait possible.

3) L'établissement de l'État historique juif sur une base nationale et totalitaire, et lié par un traité au Reich allemand, pourrait contribuer à maintenir et à renforcer, dans l'avenir, la position de l'Allemagne au Proche-Orient. À condition que soient reconnues, par le gouvernement allemand, les aspirations nationales du "Mouvement pour la liberté d'Israël".



Mais Hitler dans sa haine des Juifs refusa net cette proposition.


La Haganah (la Défense)

Elle fut créée en 1920, avait 15 000 membres au début de la guerre de 1940 et comportait notamment (à partir de 1941) des « compagnies de choc », le Palmach.

Cette organisation militaire sioniste qui n'hésitait pas à s'attaquer aux Juifs antisionistes - c'est elle qui assassinat en 1924 le poète et journaliste juif De Haan - fut qualifiée d'armée privée clandestine, dès 1946, par la commission anglo-américaine.

Les mista'arebim

Cette organisation terroriste sioniste est toujours active en Israël.

Leibowitz[38] l’assimile au Hamas palestinien : « Est-ce que quelqu'un peut nier le fait, atroce, que les actes du Hamas et ceux des mista'arebim se ressemblent ? »



Les crimes perpétrés par les organisations terroristes sionistes



Comme nous l’avons déjà vu, la Grande-Bretagne accusée par les sionistes de contrarier l'arrivée massive et programmée de colons juifs pendant son Mandat sur la Palestine de 1922 à 1948 fut longtemps la cible de choix d’un terrorisme impitoyable. De multiples faits peuvent être rapportés...

Parmi eux, citons :

1944

Yitzhak Shamir, chef du Lehi, fait assassiner Lord Moyne grand ami de Churchill, ambassadeur d'Égypte et envoyé spécial de Churchill en Palestine.

1946 :

- en février, des commandos détruisent 22 appareils de combat britanniques sur des aéroports militaires,

- en avril, 7 soldats britanniques sont abattus dans leur caserne,

- en mai, les onze ponts reliant la Palestine aux pays limitrophes sont dynamités,

- en juin, 8 soldats britanniques sont enlevés et pris en otage,

- en juillet, l'Irgoun plastique l'hôtel King David, siège de l'administration britannique. On dénombre 93 morts, en majorité des civils, soit 41 Palestiniens, 28 Britanniques et 17 Juifs.



1947

- en mars, l'Irgoun organise des raids contre une quinzaine d'objectifs militaires britanniques,

- en mai, l'Irgoun attaque la prison de Saint Jean d'Acre et libère plusieurs centaines de militants sionistes emprisonnés par les Britanniques,

- en juin, les attentats se multiplient lors de l'enquête de l'UNSCOP à l'initiative des Nations Unies.

En 2 ans, ce sont 150 militaires britanniques qui tombent victimes des sionistes et 350 qui sont grièvement blessés.



1947-1948 : C'est la guerre israélo-arabe

Avec les hommes et l'argent provenant de nombreuses communautés juives, avec les armes venues en masse de l'Occident (notamment de Tchécoslovaquie) et avec son organisation terroriste mise au point méthodiquement et clandestinement depuis longtemps, Israël triomphe de ses voisins arabes.

Outre les multiples attentats terroristes et la destruction de très nombreux villages (Shahak[39], ancien président de la Ligue des droits de l’homme, en rapporte une liste impressionnante), outre le massacre perpétré à Deir Yassin dont nous avons déjà parlé, il faut signaler particulièrement, le massacre du village chrétien d’Eilaboun, en Galilée dont 13 habitants furent tués le 30 octobre 1948 par l’armée d’Israël tandis que les autres étaient expulsés vers le Liban. (À noter que ce dernier cas n’est connu que depuis quelques années grâce à l’historien israélien Benny Morris qui a pu exhumer des archives de l’ONU, l’historien précise d’ailleurs que les villageois furent, par exception, autorisés à regagner leurs foyers et leurs champs dévastés).

À propos de Deir Yassin, l'historien de la Haganah, Arieh Yitzhaqi, affirme quant à lui que l'opération « était en ligne avec des dizaines d'attaques menées à cette époque par la Haganah et le Palmah, au cours desquelles des maisons pleines de personnes âgées, de femmes et d'enfants étaient dynamitées ».

À noter que l'Organisation Socialiste Israélienne publia elle-même, dans son organe Matzpen (d’avril 1973 et de mai 1976), une liste de 384 villages arabes détruits par Israël en 1948 ainsi qu'une liste des agglomérations juives construites sur leurs décombres.



En cette même année 1948, le 17 septembre, le Médiateur de l'ONU, le comte Folke Bernadotte, est abattu dans son avion, avec son assistant français le Colonel Serrot[40]. Dans un premier rapport Bernadotte décrivait : « le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages sans nécessité militaire apparente » et affirmait par ailleurs : « Ce serait offenser les principes élémentaires que d’empêcher ces innocentes victimes du conflit de retourner à leur foyer, alors que les immigrants juifs affluent en Palestine et, de plus, menacent, de façon permanente, de remplacer les réfugiés arabes enracinés dans cette terre dep uis des siècles ». Ce sont les organisations terroristes de l'Irgoun et du Lehi qui sont de nouveau responsables de cet assassinat. Bien qu'ayant sauvé des milliers de Juifs, Bernadotte avait été jugé trop «pro-arabe » par Yitzhak Shamir.

À noter que l'opinion américaine, jusque-là favorable au partage de la Palestine, le regrette alors en majorité tandis que Washington lui-même amorce un revirement de sa position. Néanmoins, comme nous l’avons vu plus haut, il est trop tard, ce revirement n'aura pas de suite...



À ce terrorisme issu d'organisations sionistes diverses s'est associé, à partir de 1948, un terrorisme émanant des plus hautes instances de l’État.

Dans cette forme on peut ranger :

- les actions de l'armée destinées, soit à terroriser les populations arabes pendant les guerres de 1948 et de 1967 pour leur faire quitter leurs villages, soit à mener des représailles sur des populations civiles à l’exemple de celle du 14 octobre 1953 à Kybié en Cisjordanie. À la suite de la mort d’une femme et de deux enfants, par l’explosion d’une grenade lancée sur un foyer juif par un Arabe de la région, les actions de l’armée firent plus de cinquante morts et comportèrent la destruction de quarante maisons. À cette occasion le philosophe Yeshayahou Leibowitz[41] devait interroger ainsi ses compatriotes : « D’où vient cette jeunesse qui n’a éprouvé aucun e réserve, aucun frein psychologique en commettant cette barbarie ; d’où a-t-elle reçu l’impulsion (interne et externe) pour exécuter cet acte de représailles ?»



De multiples actions criminelles commises par l'armée israélienne - elle a créée une unité spéciale de volontaires (l’unité 101) pour mener des opérations particulièrement agressives - sont maintenant connues... Citons, par exemple, celle qui a été rapportée par l'universitaire Rudolf El-Kareh en tant que témoin direct : l'écrasement en 1972 par un blindé, sur ordre d'un officier commandant une patrouille, d'un véhicule type Mercedes 180 avec ses neufs occupants. Citons aussi les atrocités qui accompagnèrent la guerre du Liban en 1982, le massacre de Cana, au Sud Liban en 1996...



- les multiples actions d'enlèvement et de liquidation des dirigeants des organisations palestiniennes résidant en Palestine ou à l'étranger, tels Wael Zu’aiter assassiné à Rome en 1972, Saïd Hamman assassiné à Londres en 1978, Naim Kider assassiné à Bruxelles en 1981, Sartawi assassiné au Portugal en 1983, Abou Jihad, numéro deux de l'OLP, assassiné à Tunis par un commando israélien en 1988 ou, son successeur, Abou Iyad, assassiné lui aussi à Tunis en 1991 avec plusieurs de ses conseillers, Kamal Adwan, Kamal Nasser, Ghassan Kanafani, Abu Jihad et Abu Ali Mustafa... En dix mois d’Intifada 2000-2001, quelque 60 Palestiniens (les uns manifestement visés, les autres tués parce qu'ils se trouvaient simplement là) furent ainsi les victimes de ces assassinats politiques sommaires effectués par des brigades spécialisées de "liquidationnistes", grâce la plupart du temps aux indications fournies par le s collaborateurs palestiniens du Shin Beit.[42] Lors de la première Intifada ce sont environ 120 Palestiniens et plus de 200 à l’occasion de la seconde qui furent victimes de ces assassinats, pratique très ancienne dans le mouvement sioniste.



Ce terrorisme relève d’une véritable institution centrale de l'État d'Israël, le service de renseignements, de police et d'espionnage

Ce service particulièrement sophistiqué auquel sont consacrés des capitaux considérables et qui trouve facilement des complices en Palestine et ailleurs comporte trois principaux services secrets :

- le Mossad. Son terrain d’action est l‘étranger. Après s’être livré à la chasse aux nazis il est chargé, en collaboration étroite avec les services secrets des pays amis, de l’élimination des opposants en Occident ou au Moyen-Orient ;

- le Shin Beit. Il est chargé de la sécurité d’Israël et des territoires occupés. Comme le service précédent il est sous l’autorité directe du Premier ministre ;

- l’Aman. Sous la dépendance du Ministre de la défense, il assure la collecte d’informations humaines et techniques (écoutes, drones…) et mène des opérations spéciales en coordination avec le Mossad et le Shin Beit.
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:01

À ce terrorisme, tantôt terrorisme de l’ombre et silencieux, tantôt terrorisme spectaculaire à l'aide d’avions, d’hélicoptères, de missiles… terrorisme décidé, organisé et planifié directement en conseil des ministres en défiant les instances internationales des droits de l’homme et les gouvernements des États démocratiques, il faut ajouter :



- le terrorisme personnel des colons

Organisés en milices plus ou moins secrètes, au nombre de 200 000, les colons possèdent, avec l'appui de l'armée, des armes automatiques ultra-modernes..

Ainsi, à Hébron, un petit groupe de colons, à peine 300, la poitrine barrée de cartouchières croisées suivant une pratique courante chez eux et l’arme à l’épaule, contrôle le centre d'une cité de 100 000 habitants, habitants marginalisés, interdits de centre-ville et menacés en permanence par les militants extrémistes et les soldats.

On peut noter que, dès 1978, les colons ont été totalement intégrés au sein de la défense territoriale par le chef d’état-major Rafael Eitan pour assurer une défense statique aux endroits sensibles (frontières, colonies juives...).

Indépendamment d’une garde civile permettant aux colons de patrouiller dans les villes (« le civil israélien est un soldat en permission » suivant le mot fameux d’un général) une structure originale a été créée les yeshivot hesder où les appelés religieux du contingent associent service militaire et études talmudiques. Elle vient renforcer la militarisation des colonies.



- le terrorisme d'individus isolés comme celui qui a entraîné les massacres d'étudiants islamiques en 1982 à Hébron ou de 29 musulmans dans la mosquée de cette même ville en 1994.

Selon les services mêmes de renseignements civils israéliens, il existe dans les colonies de Cisjordanie et de Gaza une nébuleuse de « petites organisations terroristes juives » occupées principalement à comploter contre le « processus de paix » et pariant sur le chaos comme antidote aux éventuelles concessions territoriales que consentirait le gouvernement israélien. Beaucoup sont dirigées par des rabbins.

Parmi leurs projets, il y a eu notamment : l'assassinat du président de l'État, du chef du gouvernement et du ministre de la Défense, le déclenchement d'une tuerie massive de Palestiniens, le dynamitage du Dôme du Rocher à Jérusalem, troisième lieu saint de l'Islam.

À ce dernier propos signalons l’existence des "Artificiers du Messie" et les "Fidèles du Mont du Temple" responsables de la tuerie du 8 octobre 1990 au cours duquel dix-sept fidèles musulmans furent tués et qui restent toujours décidés à dynamiter les mosquées et à construire le troisième temple. Parmi ces organisations, on peut citer aussi le Kahane Haï du rabbin Meir Kahane, le Haï Vekayam... Tous se réclament de l’esprit de ces sicaires juifs qui, au premier siècle de notre ère, assassinaient leurs coreligionnaires accusés de collaborer avec la puissance occupante d’alors, les Romains.



Si nous n’avons parlé ici que des organisations terroristes israéliennes, ce n'est nullement pour minimiser ou excuser les crimes perpétrés contre des civils dont sont responsables les organisations palestiniennes (Hamas, Hezbollah, Djihad…)[43] : même la terrible oppression exercée depuis tant d'années par les sionistes ne peut les justifier. Mais, en dehors du fait que ce dernier terrorisme est celui de la faiblesse et du désespoir, une raison justifie ce parti pris : le terrorisme israélien, parce que beaucoup plus sophistiqué que le terrorisme palestinien, parce qu’il est celui d’un pays membre de l’ONU et puissamment armé, est à la fois largement méconnu et toléré.

À noter que le philosophe israélien Leibowitz[44], à propos du terrorisme palestinien, a pu écrire : « Les Palestiniens luttent avec tous les moyens qu'ils trouvent efficaces. Je ne vois aucune raison de condamner des actes dont je suis convaincu qu'ils sont inévitables. Tant que l'occupation continuera, des Palestiniens installeront des voitures piégées et nous, nous tuerons des gosses ».







9 - LA COLONISATION SOPHISTIQUÉE ET INÉDITE ET DE LA PALESTINE

depuis la création de l'État d'Israël





Dès 1945 et la fin de la guerre, un vaste réseau d’organisations des migrations juives (la Britah) est mis en place en Palestine par le mouvement sioniste. Sa mission est d’attirer le plus grand nombre possible de Juifs d’Europe de l’Est vers les camps de personnes déplacées pour développer l’immigration clandestine, tout en suscitant l'émotion de l’opinion publique internationale et en accroissant les pressions sur le gouvernement britannique en charge du Mandat. Par ailleurs, dans leurs zones d’occupation en Allemagne et en Autriche, les autorités américaines apportent une aide notable à l’Agence juive chargée de cette même politique d’immigration juive vers la Palestine.



Avec la création de l'État d'Israël en 1947 de nombreux autres facteurs vont venir s'associer, permettant l'expansion démographique spectaculaire des Juifs. Parmi eux, citons :

- la loi dite « du retour » qui accorde systématiquement aux juifs la citoyenneté israélienne et l'aide à leur établissement dans le pays ;

- un redoutable arsenal juridique, notamment les lois dites "d'urgence" qui autorisent la confiscation de terres appartenant aux Arabes ;

- l'afflux massif de capitaux en provenance, d’une part des communautés juives de l'Occident, d’autre part de diverses communautés réformées des États-Unis tributaires du mythe chrétien selon lequel le retour des Juifs en Palestine précède le retour du Christ sur terre et la Parousie. Ces capitaux permettent notamment de subventionner les colons qui ne payent qu'une fraction minime de la valeur des terrains acquis aux Arabes ;

- la mise en œuvre de méthodes inédites de colonisation : implantations multiples, disséminées dans les territoires peuplés de Palestiniens et destinées à asphyxier progressivement ces territoires avant de les judaïser.



C'est ainsi que le nombre de Juifs qui, en 1948, est de l'ordre de 600 000 environ est multiplié depuis par plus de 8. Dans les années 70, les immigrés sont majoritairement des Juifs d'Afrique et d'Asie. Dans les années 80, la nouvelle vague provient avant tout d'URSS. Après entente avec le Président Mikhaïl Gorbatchev et moyennant des sommes d'argent considérables, elle se compose en majorité de gens d'un niveau professionnel élevé (ingénieurs, chercheurs, professeurs d'Université, médecins...).

Quant aux Juifs d'Éthiopie (les Falashas, très pauvres) ils sont ramenés à l'occasion d'une terrible famine après pression des dirigeants israéliens sur les autorités éthiopiennes. Triés parmi les populations affamées, ils sont transportés par avion en Israël.



La valeur des terres et des biens perdus par les Arabes au profit des Juifs à l’occasion du processus de colonisation a donné lieu à bien des estimations. Citons celle de la commission tripartite (anglo-franco-turque) qui concerne simplement le bilan de la guerre de 1947-1948. Selon ses conclusions, les biens abandonnés par les Palestiniens devaient être estimés à environ 1 124 000 000 livres sterling (ce qui représente aujourd'hui plusieurs centaines de milliards de dollars).

Pour Dominique Vidal[45], journaliste au Monde, avec cette colonisation les Israéliens se sont emparés de trois cent mille hectares, ce qui est considérable compte tenu de la superficie du territoire, de 73 000 pièces d'habitation et de 8 700 magasins et ateliers ».



La colonisation des territoires occupés a toujours été la priorité absolue des différents gouvernements israéliens de gauche ou de droite. Elle s'est perpétrée dans l'indifférence des nations et dans le mépris le plus total de la 4e Convention de Genève de 1949 qui stipule dans son article 49 que : « La Puissance occupante ne pourra procéder au transfert d'une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle ».



Le rôle colonisateur des kibboutzim



Sans nier l’idéalisme des pionniers sionistes porteurs d’un certain idéal collectiviste, leur entreprise répond d’abord aux impératifs stratégiques de l’État juif. Pour le Mapam lui-même, une des fonctions essentielles des kibboutzim est d’être « le facteur le plus important dans l’établissement de l’hégémonie territoriale d’Israël ». Chaque kibboutz-frontière est considéré comme une unité militaire autonome dont les membres initialement pacifiques et obligatoirement juifs sont destinés, compte tenu de la tension persistante régnant dans le pays, à se transformer rapidement en militaristes particulièrement intransigeants, agressifs et convaincus du bien fondé des représailles.

À noter que le ministère de la Défense intervient directement dans la sélection des terres à coloniser par les kibboutzim tandis que l’Agence juive assure le financement de leurs «besoins normaux et spéciaux ». Le principe politique sous-jacent à cette organisation sophistiquée est particulièrement réfléchi : « aucune ligne de fortifications ne peut égaler une chaîne vivante de villages dont les fermiers sont prêts à la fois pour le travail et la défense ».



La colonisation inédite des territoires occupés : la Cisjordanie et la bande de Gaza


Les prétextes sont multiples pour exproprier, avec l'aide de l'armée, de la police, des forces religieuses juives, les terres des Arabes au profit des colons juifs, d'autant plus que la jurisprudence rabbinique favorise systématiquement les Juifs dans les conflits avec les non-Juifs. Le nombre des colonies et leur étendue n'ont ainsi jamais cessé de s'accroître dans la perspective commune à tous les Juifs sionistes : la récupération de l'ensemble des territoires de l'ex-Palestine et la création de Eretz Israël. Colonisation brutale ou rampante, la tactique a pu changer en fonction notamment du contexte international mais la stratégie - avancer, réduire le rythme (ou faire semblant de le réduire ici pour occulter ce qui se passe là), ne jamais reculer - est restée parfaitement immuable avec les années. À ce propos, Weizmann peut écrire en 1933 : « Comme un capitaine qui ne veut p as mettre en danger son vaisseau, nous surveillons le reflux et le flux afin de ne pas bouger au moment du reflux et de tirer tous les avantages quand vient le flux ». Lorsque la communauté internationale a d'autres préoccupations urgentes, comme la guerre du Golfe, la guerre de Yougoslavie ou celle d'Afghanistan, les implantations juives s'accélèrent avec frénésie. Comme le dit très simplement un rabbin opposé au processus de paix, il s'agit de « créer une situation sur le terrain qui rende impossible tout règlement du conflit ». « Chaque nouvelle colline conquise fait progresser la nation. Ce n'est pas le gouvernement qui nous fait venir ici, ce sont la Torah et nos rabbins » dit aussi un de ses collègues. « Nous sommes là pour récupérer des terres appartenant à Israël » renchérit un autre religieux en brandissant la Bible, ce titre de propriété attri bué par Yahvé.

Le général Sharon a aussi le mérite de la franchise. « Si nous étions dix millions de Juifs en Israël, nous n'aurions plus de problèmes » affirme-t-il, en faisant un appel pressant aux Juifs du monde entier pour les engager à venir en Israël. Pour lui et pour nombre de ses compatriotes, la lutte pour la terre doit continuer à jamais, « la guerre d'indépendance n'est pas terminée et peut être qu'elle continuera à jamais. Un peuple normal ne se pose pas de telles questions comme :"vivrons-nous toujours par le glaive ?" [...] Le glaive est une partie de la vie. Ceux que le caractère sacré de la terre enthousiasme ne seront jamais satisfaits de ce qu'ils ont. Il y a beaucoup de dunums palestiniens qui attendent leur rédemption. Un par un, ils connaîtront cette rédemption. Grâce à nos héros et, ajoutés aux "bandes de sécurité" ils seront des terres sans Arabes ». Comment mieux traduire la composante fasciste du sionisme dominateur avec ce culte de la force et des héros célébré avec une telle solennité par le célèbre général ?



Fruit d’un racisme institutionnel caractérisé sans doute inédit dans l’Histoire, tout un arsenal juridique inventé et merveilleusement adapté par les hommes de Loi au but poursuivi (arsenal bien décrit dans le rapport d'Amnesty International de décembre 1999), les références au Talmud, les prétextes les plus divers comme la présence des ancêtres deux mille ans auparavant, ou les nécessités stratégiques, sont toujours utilisés au service des expulsions, des expropriations de terres, des destructions par le feu ou les bulldozers des maisons palestiniennes indésirables, de l'arrachement des arbres et des plantations, sans parler de l'accaparement systématique de l'eau au bénéfice des seuls Juifs. Eli Lobel[46] peut écrire à ce propos : « Dans aucun autre pays du monde les juristes et les religieux n’auront apporté leur concours à une entreprise d’une telle perversité [...] Quand le paysan arabe croyait avoir paré à une attaque tendant à l’arracher à sa terre, il était frappé par une nouvelle loi exhumée de l’arsenal juridique ou spécialement créée à cet effet. Et quand cela fut nécessaire, la force suppléa ou remplaça la loi ».

C'est ainsi qu'en 1999, 40 % de la bande de Gaza et 73 % de la Cisjordanie (contre 41 % en 1984) sont aux mains des Juifs. Avant 1948, les Juifs détenaient 7 % du territoire qui forme aujourd’hui l’État d’Israël ; en 2002, l’État juif en détient 93 %.

« Détruire, rénover, réattribuer » tel fut le régime appliqué aux bourgades arabes, précisent Gresh et Vidal dans leur ouvrage déjà cité…



Par ailleurs, certaines tactiques, ruses et astuces de colonisation nous sont maintenant bien connues grâce aux archives israéliennes. L'une d'elles est parfaitement décrite par le général Moshe Dayan, un des principaux chefs militaires d'Israël et ministre de la Défense d'avant 1967. À propos des conflits frontaliers entre la Syrie et Israël, affrontements qui officiellement étaient causés par la Syrie, Dayan, dans une lettre à son ami journaliste Rami Tal écrit ceci : « Pour au moins 80 % des affrontements, cela se passait de la manière suivante : on envoyait un tracteur labourer une parcelle, là où il était impossible de rien faire, dans la zone démilitarisée. Si les Syriens ne tiraient pas, on disait au tracteur d'aller plus loin, jusqu'au moment où, perdant patience, ils tiraient. Alors nous utilisions l'artillerie et ensuite les forces aériennes. C'est ainsi que cela se pa ssait ».

De son côté, le général Mattiyahou Peled affirme que « plus de 50 % des incidents frontaliers avec la Syrie avant la guerre des six jours étaient le résultat de notre politique de colonisation dans la zone démilitarisée. »

Ainsi que le rapporte Israël Shabak[47], pour convaincre qu'avant Israël la Palestine était un "désert", des centaines de villages ont été rasés au bulldozer avec leurs maisons, leurs clôtures, leurs cimetières et leurs tombes.



Parmi les 1300 ordres promulgués par l'Autorité militaire depuis 1967 dans les territoires occupés, citons par exemple ceux-ci :

- il est interdit de puiser de l'eau sur terre ou sous terre sans permis spécial (n° 158) ;

- il est interdit d'importer ou d'utiliser un tracteur ou tout équipement agricole sans autorisation (n° 134) ;

- il est interdit de planter des arbres fruitiers et certains légumes sans autorisation (n° 1015, 1039, 1140) ;

- il est interdit d'exporter la plupart des fruits et légumes, les produits industriels, les pierres, les algues, les timbres-poste, les antiquités ;

- toute terre dont le propriétaire est absent ou ne peut pas prouver ses droits est propriété d'État (n° 59, 364, 1091, 1308) ;

- toute terre confisquée pour des raisons d'intérêt public ou de sécurité est propriété d'État ;

- toutes les propriétés d'État peuvent être cédées à des colons ;

- l'Autorité militaire décide des livres autorisés ou interdits dans les écoles et les collèges (n° 107, 812) ;

- l'Autorité militaire peut boucler tout secteur ou bloquer la circulation sans préavis ni explication (n° 378) ;

- l'Autorité militaire peut arrêter et détenir toute personne pour une période de 6 mois renouvelable par simple décision administrative (n° 378, 1229-0, 1236, 1254) ;

- les comités d'appel peuvent prendre en considération des éléments de jugement sans les communiquer à l'accusé (n° 1311) ;

......

Comme l'affirmait en 1995 B’Tselem l'organisation israélienne des droits de l'homme : «Depuis vingt-cinq ans, Israël viole la loi internationale et les principes fondamentaux de la démocratie pour réaliser à Jérusalem ses objectifs politiques : préserver la primauté démographique de la population juive ».

Ainsi, chaque jour qui passe, la Palestine des Arabes se rétrécit, rongée kilomètre après kilomètre carré, dunum après dunum, par une colonisation inexorable se nourrissant tour à tour du calme et de la violence… Edward W. Saïd (professeur de littérature à l'Université de Columbia aux États-Unis), à l'occasion d'un voyage en Cisjordanie, note, par exemple, que : «presque toutes les voies, toutes les voies de contournement et tous les petits villages où nous sommes passés ont été le théâtre d'une tragédie quotidienne : terre confisquée, champs saccagés, arbres et plantes déracinés, moissons arrachées, maisons détruites, exactions contre lesquelles les propriétaires sont totalement impuissants ».



Cependant, la spoliation des non-Juifs ne suffit pas aux colonisateurs : il s'agit de dés-arabiser la terre, toute la terre et de l’hébraïser. « Cette hébraïsation, nous disent Attias et Benbassa[48], est un rachat, une rédemption ; elle contribue aussi à assurer le primat de la langue et du mot - et donc à la dé-territorialisation, à la prise de possession de la terre par le mot ». Ces mêmes auteurs signalent, par exemple, que dans « une région du désert du Néguev dénuée de toute tradition historique, on a donné entre 1949 et 1950 des noms hébraïques à quelque 533 lieux et sites géographiques » et « qu'on a aussi traduit de l'arabe les noms de structures topographiques, de plantes, d'animaux, en un mot de tout ce qui était intimement lié à la terre et au paysage ».



«Christian Salmon[49], de retour d’un voyage en Israël et Palestine en mars 2002 avec plusieurs de ses collègues du Parlement international des écrivains, peut écrire : « ici on ne se contente pas de changer les noms. On défait les lieux. Forêts, Collines, Routes. La main de l'homme se retourne contre le paysage. Elle arrache, pille, déracine ; elle déplace, dépeuple». Et il ajoute : « Il ne s'agit pas ici d'habiter, mais de déloger. De détruire. C'est la première guerre menée avec des bulldozers. Un effort de dé-territorialisation sans précéd ent dans l'Histoire. C'est une guerre totale, dans le sens où elle n'est pas faite seulement aux populations civiles, mais au territoire lui-même. C'est une guerre agoraphobique. Qui ne vise pas au partage, mais à la dissolution du territoire. » À l’instar de la terreur totalitaire il ne s’agit pas seulement de détruire mais d’effacer toute trace de ce qui est détruit.



En associant l’hébraïsation subreptice de la terre, la destruction systématique du patrimoine historique et l'implantation d'unités disséminées destinées à éliminer tout voisinage non-juif, cette colonisation des territoires à conquérir, inédite dans l'histoire, est particulièrement habile et redoutable d'efficacité. Atomisant le corps social et néantisant tout ce qui précédait , elle n'est pas sans rappeler les métastases cancéreuses, ces cellules « folles » qui s'en vont coloniser les organes et les détruisent - par asphyxie - inexorablement.



Ainsi, nous dit Michel Warschawski[50], « au cours des trois dernières décennies, les territoires occu­pés de Cisjordanie et de la bande de Gaza ont été bouleversés : des dizaines de milliers d'hectares de terres ont été expropriés, des dizaines de milliers d'arbres déracinés, des milliers de maisons arabes détruites ; plus de cent cinquante colonies ont été établies, dont une dizaine de plus de 10 000 habitants, plusieurs centaines de kilomètres d'autoroutes de contournements, construits pour desservir ces colonies où résident aujourd'hui plus de 350 000 personnes, dont plus de 200 000 à Jérusalem-Est. La population palestinienne a été confinée dans moins de 60 % du territoire, le reste étant laissé à l'usage de l'armée d'oc­cupation et des colons ».



Diverses institutions financées par les Juifs du monde entier contribuent puissamment à cette colonisation. Ce sont :

- l’Organisation juive mondiale, agence chargée d’aider concrètement les immigrants à s’installer en Israël,

- le Keren Hayessod qui collecte des fonds dans les communautés juives de par le monde

- le Fonds national juif qui est chargé de l’achat des terres aux non-Juifs et de leur mise en valeur par des Juifs.



À noter qu’une école spéciale destinée à la collecte de fonds, et appartenant à l’"Appel juif unifié" et à la "Fédération sioniste, vient compléter ce dispositif. « On considère, écrit Shahak[51], que la capacité de dévotion des Juifs à rassembler des fonds est infinie. Pour renforcer ce potentiel considérable […] cette école enseigne comment recueillir des informations sur les Juifs riches et les méthodes efficaces qu’il est bon d’employer avec de telles personnes. »



La « solution finale » des sionistes

On peut ajouter que la colonisation n'est qu'une étape de l'entreprise sioniste. Comme l'a écrit assez ingénument la professeur Benzion Dinur[52], historien et ancien ministre de l'Éducation nationale : « A l'heure actuelle, nous parlons de colonisation, et seulement de colonisation. C'est notre but à court terme…Mais il est clair que l’Angleterre appartient aux Anglais, l’Égypte aux Égyptiens et la Judée aux Juifs ».

L’homme éminent que fut Jabotinsky, fondateur du sionisme révisionniste, a parfaitement décrit en 1923, dans The Iron Wall (Le Mur d’acier) l’esprit du processus de conquête qu’il convenait de mettre en œuvre pour la pleine possession de la Palestine[53]. Dans son ouvrage, devenu dès sa parution, et resté depuis lors, la grande référence des colonisateurs sionistes, il écrit : « Nous ne pouvons offrir aucune compensation contre la Palestine, ni aux Palestiniens, ni aux Arabes. Par conséquent, un accord volontaire est inconcevable. Tou te colonisation, même le plus réduite, doit se poursuivre au mépris de la volonté de la population indigène. Et donc, elle ne peut se poursuivre et se développer qu’à l’abri du bouclier de la force ce qui veut dire un Mur d’acier que la population locale ne pourra jamais briser. Telle est notre politique arabe. La formuler de toute autre façon serait de l’hypocrisie. » [54]

Ainsi la « solution finale » des sionistes, pour être floue dans l'opinion publique occidentale peu instruite du sujet ou subjuguée par le discours entendu, n’en est pas moins précisée dans de multiples écrits. Les deux volets qu’elle comporte sont conjoints : la possession de toute la Palestine historique (Eretz Israël) et l'élimination des non-Juifs. Car, à l’instar des Yankee d’Amérique dans leur conquête de l’Ouest[55], le sol nu représente une valeur inestimable pour les sionistes, les indigènes une valeur négative.



La colonisation israélienne, soutenue depuis 1948 par la force coercitive croissante du gouvernement et de l'armée, légitimée par des principes religieux tirés des Écrits du Judaïsme, appliquée à tous les domaines (politique, économique, culturel...), largement soutenue par les communautés juives occidentales, n’avait manifestement pas été prévue par les pionniers du sionisme qui, par delà leurs erreurs, étaient profondément marqués par la soif de justice et soumis à la morale civique. Par l’impérialisme dont elle témoigne, cette colonisation est sans nul doute la plus maléfique des temps modernes sur les populations asservies. Assimilée, comme nous l'avons déjà dit, à un « crime de guerre» par la Cour Pénale Internationale depuis le 20 juillet 1998, véritable ethnocide
du peuple palestinien et à ce titre « crime contre l’humanité », crime qui peut revêtir d’autres formes que le meurtre, elle n'en continue pas moins d'avancer en toute impunité.
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd
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"le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:10

10 – NATIONALISME, APARTHEID[57] ET RACISME SIONISTE

EN ISRAËL


Avec le recul du temps - un siècle d'évolution et de développement - qui permet de porter un jugement assez assuré, on peut définir le contenu de l'idéologie sioniste comme un nationalisme à base religieuse et raciale, s'exprimant par un colonialisme agressif, un apartheid spécifique et un racisme caractérisé.


C'est un nationalisme particulier de par ses deux composantes.

Apparu à la fin du XIXe siècle en même temps que les nationalismes occidentaux, le nationalisme sioniste a sans doute quelques ressemblances avec le nationalisme d'Europe centrale et orientale, tel qu'on a pu le voir, par exemple, à l'époque moderne, dans l'ex-Yougoslavie ou l'ex-URSS, nationalisme d'ordre culturel et religieux s'appuyant sur un passé commun héroïque. Néanmoins, il en diffère profondément par ses deux composantes spécifiques : la composante mythique d'une part, celle de la Terre promise par le dieu Yahvé à un Peuple élu, la composante raciale d'autre part, cette dernière étant définie très précisément à partir de l'hérédité au sens strict et basée sur le droit du sang : « est juif celui qui a une mère juive ».

Malgré leur incroyance religieuse quasi généralisée, tous les dirigeants israéliens de droite ou de gauche - ces derniers mobilisant le socialisme moins pour un objectif social avec ses valeurs universalistes que pour un objectif étroitement national - ont partagé depuis cinquante ans cette mystique nationaliste réclamant les territoires antiques dont il est question dans la Torah. Tous ont intégré cette idée d'un peuple spécifique qui n'est pas comme les autres, à qui appartient une terre de toute éternité. Tous ont pratiqué parallèlement une solidarité de race.

Les religieux sont néanmoins à la pointe du combat. « Cette terre est ma terre, donnée par Dieu à mon peuple » proclame, par exemple, le député et rabbin israélien Avraham Ravitz, tandis que l'ex-grand rabbin français, René-Samuel Sirat, de son côté, n'hésite pas à écrire que « personne ne peut nier les droits d'Israël sur les terres de le Promesse » et à revendiquer, pour les juifs exclusivement, et le droit du « sol » et celui du « retour à Jérusalem ».

Le Juif israélien moyen d'aujourd'hui partage, bien entendu, ces mêmes convictions d'autant plus que la jeunesse israélienne, élevée dans le culte de l'État et de la force armée, tend à rejeter toutes valeurs étrangères ou qui ne renforcent pas l'unité nationale.



Israël est ainsi le seul pays établi sur des fondements théoriques d’origine transcendante, fondements aussi contraignants l'un que l'autre, le premier portant sur un territoire précis, le second sur un groupe d'hommes parfaitement désigné.

En ce qui concerne la composante raciale, on peut dire que la constatation de son existence est particulièrement surprenante et affligeante. On sait, en effet, que l'État d'Israël a vu le jour à l’époque moderne et ce, grâce à une communauté de nations. On sait d'autre part, que la notion de race est non seulement vide de sens mais qu'elle corrompt automatiquement et profondément toute idéologie qui l'intègre.



Pour Eli Barnavi[58] : « le sionisme est le seul nationalisme juif à avoir réussi. Son étonnante fortune historique, il la doit, tout à la fois, à ce qu’il y eut de nécessaire et d’effroyablement contingent, la Shoah surtout ».



Ce nationalisme judéo-centré engendre un apartheid spécifique


La pureté ethnique pour que soit évité le mélange du sang juif et du sang impur des non-Juifs, souci constant dans certaines couches des populations juives, repose sur de nombreux textes de la Torah que les sionistes ont retenus électivement :

- « Tu ne donneras pas ta fille à leur fils et tu ne prendras pas leur fille pour ton fils » ordonne le Deutéronome (VII, 3).

- Dans l'Exode (XXXIV, 16) il est dit aussi que Moïse reçoit un ordre de Dieu pour que son peuple n'épouse pas les filles des étrangers.

- Esdras, quant à lui, pleure parce que « la race sainte s'est mêlée avec les peuples des pays voisins » (Esd. IX, 2) et ordonne la sélection : « Tous ceux qui avaient pris des femmes étrangères, ils les renvoyèrent, femmes et enfants » (Esd. X, 44).

Néhémie dit aussi des Juifs : « je les purifiais de tout élément étranger » (Neh. XIII, 30).

Dans son livre Le Talmud (Éditions Payot, 1986, p.104), le rabbin Cohen formule sans ambages le grand principe : « Les habitants du monde peuvent être répartis entre Israël et les autres nations prises en bloc. Israël est le peuple élu : dogme capital. »



La pression des rabbins a certes toujours existé pour que l'ordre biblique de non-assimilation des Juifs soit respecté et qu'il n'y ait pas de mariages mixtes dans la hantise du métissage, mais elle s'est faite particulièrement insistante depuis la création de l'État d'Israël au point précise E. Benbassa[59] que « la peur de l'exogamie est devenue une véritable obsession dans les milieux rabbiniques, dans les instances communautaires, et chez plus d'un juif ordinaire ». Fidèle au Deutéronome (VII, 3-4) qui ordonne : « Tu ne t’allieras point par mariage avec eux (les Cananéens) ; tu ne donneras pas ta fille à leur fils, tu ne prendras pas leur fille pour ton fil s » ainsi qu’au Livre de Josué (XXIII, 13) : « Si vous alliez par mariage avec eux, s’ils pénétraient chez vous, sachez-le bien : Yahvé, votre Dieu, ne continuera pas à déposséder ces nations devant vous. Elles deviendront pour vous un filet et un piège, un fouet sur vos flancs et des aiguilles dans vos yeux, jusqu’à ce que vous disparaissiez de dessus ce bon sol que vous a donné Yahvé, votre Dieu », Joseph Sitruk, le grand rabbin de France, écrit ainsi en 1993 : « Je voudrais que les jeunes gens juifs n'épousent jamais que des jeunes filles juives ».



Si les Juifs incroyants ne respectent pas toujours cet ordre, il n'en est pas de même chez les Juifs croyants pour qui il s'agit d'un impératif absolu.

Comme l'écrit en 1998 Zeev Sternhell (professeur de sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem) : « Le nationalisme juif n'éprouve aucune difficulté à refuser à autrui les mêmes droits élémentaires qu'avec une tranquillité d'esprit absolue il exige pour lui-même. Confiant dans son bon droit à réclamer toute la terre antique de nos rois et de nos prophètes, le sionisme ne pouvait concevoir qu'une autre légitimité pût aussi exister au pays de la Bible ».

Face aux pratiques de pureté ethnique inspirées du judaïsme dans la crainte de « l’adultération de la race » et mises en œuvre en Israël, pureté qui fonctionne toujours à l’expulsion et à la destruction, Haïm Cohen (qui fut juge à la Cour Suprême d'Israël) évoque sans hésitation les lois nazies. Il écrit ainsi : « L'amère ironie du sort a voulu que les mêmes thèses biologiques et racistes, propagées par les nazis et qui ont inspiré les infamantes lois de Nüremberg, servent de base à la définition de la judaïcité au sein de l'État d'Israël »[60].





Le nationalisme sioniste c’est aussi un sectarisme ethnique et un racisme caractérisé

Ainsi que l’écrit Balibar : « Le racisme n’est pas une "expression" du nationalisme, mais un supplément de nationalisme, mieux, un supplément intérieur au nationalisme, toujours en excès par rapport à lui, mais toujours indispensable à sa constitution, et cependant encore insuffisant à achever son projet ».

Là aussi, pour justifier et appuyer leur démarche, les sionistes, peuvent trouver de multiples références dans la Bible ou dans les autres écrits du judaïsme :

- « Lorsque le Seigneur ton Dieu t'aura fait entrer dans le pays et qu'il aura chassé devant toi les nations nombreuses, tu les voueras totalement à l'interdit » lit-on dans le Deutéronome (Deut. VII, 1-2) « et tu les supprimeras. » (Deut. VII, 24).

- « Qu'Israël se réjouisse en son Créateur, que les enfants de Sion se réjouissent en leur Roi [...] Qu'ils chantent pour la joie sur leurs couchettes ! Que les louanges élevées vers Dieu ne quittent pas leurs gorges et que les sabres à deux pointes ne quittent pas leurs mains, afin de faire descendre la vengeance dévastatrice sur les nations et le châtiment sur les peuples » (Psaume 149).

- « Dans le monde à venir aucune nation n'a de place à l'exception d'Israël » affirme le grand mystique Moshe Luzzatto (1706-1746).

- Shneur Zalman (1745-1813), fondateur du mouvement Habad, mouvement qui a pris un extraordinaire essor dans le monde juif et particulièrement dans l'État moderne d'Israël où il se range à l'extrême droite de l'échiquier politique, ne comparait-il pas « les âmes des nations à celles des porcs, les Juifs ayant seuls une âme divine » ?

- En 1974, Menahem Barash dans le journal Yediot Aharonot peut ainsi parler des Palestiniens : « Cette peste déjà dénoncée dans la Bible [...] Pour nous emparer de la terre promise par Dieu à Abraham, nous devons suivre l’exemple de Josué pour conquérir la terre d’Israël et nous y installer, comme le commande la Bible [...] Il n’y a pas de place, en cette terre, pour d’autres peuples que celui d’Israël. Ce qui signifie que nous devons en expulser tous ceux qui y vivent [...] C’est une guerre sainte exigée par la Bible ».

Avec les attentats suicides des Palestiniens consécutifs à l'arrêt du processus de paix en septembre 2000 on sait que les appels à la vengeance par l'État israélien se sont multipliés. Les rabbins ne sont pas les derniers à enrôler des foules israéliennes pour réclamer avec force l'application de la loi biblique du talion, cette loi (Lévitique XXIV, 19-20) que le christianisme, pour son honneur, récusera formellement. Ainsi, par exemple, le rabbin Joseph Soloveichik : « Si nous voulons défendre héroïquement notre existence historique, alors nous devons, parfois, interpréter l'injonction "œil pour œil" dans son sens le plus littéral. Nous avons perdu beaucoup d'yeux durant les années d'exil, parce que nous ne rendions pas coup pour coup. Il est grand temps de prendre la règle "œil pour œil" au pied de la lettre ».

En fidèle interprète des nombreux textes du judaïsme générant orgueil, esprit de domination, délire d'interprétation, agressivité, le général Eitam, de la droite religieuse israélienne, peut écrire[61] : « le "Grand Israël" est "l'État de Dieu" ; les juifs sont l'âme de ce monde ; le peuple juif a pour mission de révéler l'image de Dieu sur terre […] un monde sans juifs est un monde de robots, un monde mort ; et l'État d'Israël est l'arche de Noé de l'avenir du monde. Sa tâche est de montrer à tous l'image de Dieu ».

D'ailleurs pour le Dr Katz, député religieux à la Knesset, n’est-il pas nécessaire de maintenir « la pureté de la race » ?

Face à de tels propos, Moshe Zimmermann (chef du département d'études germaniques à l'Université hébraïque de Jérusalem) n'hésite pas à parler d'un « judéo-nazisme populaire » sévissant parmi les Juifs d'Israël et de certains pays anglo-saxons : « Il y a un secteur entier de la population juive que je définis, sans hésitation, comme une copie des nazis allemands. Regardez les enfants des colons juifs d'Hébron, ils ressemblent exactement à la jeunesse hitlérienne.

Depuis leur enfance, on les imprègne de l'idée que tout Arabe est mauvais, et que tous les non-Juifs sont contre nous. On en fait des paranoïaques : ils se considèrent comme une race supérieure, exactement comme les jeunesses hitlériennes ».

Cette terrible similitude ne devrait pas surprendre, compte tenu de « la communauté d'idées existant entre le nationalisme sioniste et le nationalisme nazi » évoquée par Blumenfeld, chef des sionistes allemands, à l'avènement du régime hitlérien.[62] et qui explique bien que les juifs sionistes ont été longtemps tolérés en Allemagne nazie, voire qu'ils aient collaboré dès 1933.

Dans un mémorandum adressé au parti nazi le 21 juin 1933 par la Fédération sioniste d'Allemagne, quelques mois après l'accession de Hitler au pouvoir, mémorandum que rapporte Lucy Dawidowicz, dans son ouvrage A Holocaust reader (p. 155), il est dit ceci :

« Dans la fondation du nouvel État, qui a proclamé le principe de la race, nous souhaitons adapter notre communauté à ces nouvelles structures... notre reconnaissance de la nationalité juive nous permet d'établir des relations claires et sincères avec le peuple allemand et ses réalités nationales et raciales. Précisément parce que nous ne voulons pas sous-estimer ces principes fondamentaux, parce que nous aussi nous sommes contre les mariages mixtes, et pour le maintien de la pureté du groupe juif... Les Juifs conscients de leur identité, au nom desquels nous parlons, peuvent trouver place dans la structure de l'État allemand, car ils sont libérés du ressentiment que les Juifs assimilés doivent éprouver ; nous croyons en la possibilité de relations loyales entre les Juifs conscients de leur communauté et l'État allemand ».

Les auteurs du mémorandum ajoutaient : « au cas où les Allemands accepteraient cette coopération, les sionistes s'efforceraient de détourner les Juifs de l'étranger, du boycott anti-allemand.



En raison de cette communauté de doctrine sur la race, qui s’accordait si bien avec la thèse de Herzl (soutenue dans son Journal intime) selon laquelle : « Les antisémites deviendront nos amis les plus loyaux, les nations antisémites nos alliées… », l'Agence juive conclut avec le ministre de l'Economie, le 27 août 1933, l'accord de Haavara (en hébreu: transfert) qui autorisait les émigrants juifs à transférer une partie de leurs avoirs d'Allemagne nazie en Palestine. Ben Gourion qui était en Palestine, Mme Golda Meir, qui était alors à New-York, les futurs ministres sionistes d'Israël, Moshe Sharret (qui s'appelait alors Moshe Shertok) et Levi Eshkol qui en était le représentant à Berlin, approuvèrent cet accord.[63]



La circulaire émanant de la Wilhelmstrasse du 28 février 1934 et destinée à toutes les missions diplomatiques du Reich indique, par exemple, que : « les objectifs que s'est donnée cette catégorie (de Juifs qui s'opposent à l'assimilation et qui sont favorables à un regroupement de leurs coreligionnaires au sein d'un foyer national), au premier rang de laquelle se trouvent les sionistes, sont ceux qui s'écartent le moins des buts que poursuit en réalité la politique allemande à l'égard des Juifs ».

Et dans une lettre adressée au Ministère de l'Intérieur, l'auteur de la circulaire précédente (Bülow-Schwante) précise de nouveau : « qu'il n'y a aucune raison d'entraver, par des mesures administratives, l'activité sioniste en Allemagne, car le sionisme n'est pas en contradiction avec le programme du national-socialisme dont l'objectif est de faire partir progressivement les Juifs d'Allemagne ».



Avec cette notion de « race », les deux parties, pourtant en opposition, allaient trouver en effet un élément d'entente et de convergence. Dans Das Schwarze Korps, organe officiel de la S.S., Reinhardt Heydrich, chef des Services de Sécurité S.S., écrit en 1935 : « Nous devons séparer les Juifs en deux catégories : les sionistes et les partisans de l'assimilation. Les sionistes professent une conception strictement raciale, et, par l'émigration en Palestine, ils aident à bâtir leur propre Etat juif... nos bons vœux et notre bonne volonté officielle sont avec eux ». (Source : Hohne. Order of the Death’a Head p. 333)



Ilan Greilsammer[64] peut lui-même écrire : « Les deux partenaires y trouvent leur compte : les sionistes deviennent l'organisation dirigeante de la communauté juive, et les nazis trouvent en eux un instrument pratique pour séparer les juifs du reste de la population ». Y. Leibowitz nous apprend de son côté que l'organisation sioniste des Juifs allemands eut une existence légale jusqu'en 1938 - cinq ans après l'avènement de Hitler - et que son journal, la Jüdische Rundschau, parut parallèlement jusqu'à cette même année.



Fait tout à fait singulier que nous avons déjà signalé, ce sont les Juifs religieux et notamment les rabbins, qui, après avoir combattu avec force le sionisme jusqu'à la création de l'État d'Israël en 1947, sont devenus depuis cette création - plus particulièrement depuis 1977 - les partisans les plus farouches de cette idéologie et les plus acharnés à sa mise en œuvre en s'appuyant exclusivement sur les écrits xénophobes du judaïsme.

À propos de la Bible, Israël Shahak relève que l'enseignement traditionnel joue auprès des enfants israéliens un rôle décisif dans le mépris vis-à-vis des Palestiniens. Ces derniers sont volontiers identifiés aux Philistins de la Torah dont l'élimination fait partie du plan divin.



Si le racisme anti-"non-juif", surtout anti-arabe, est banal en Israël, puisqu’il concerne d'après les sondages une nette majorité de Juifs, il est évident que certaines couches de la société sont particulièrement marquées. Il en est ainsi de la police. Lors des pogroms de Nazareth, de Tel-Aviv, de Jaffa... perpétrés lors de l’Intifada 2000 sur des Arabes par des nervis juifs, le chroniqueur juridique israélien Moshé Hanegbi a déclaré « que ces pogroms ont renforcé le sentiment que la police est une police raciste engagée seulement dans la défense des juifs : elle n’a tiré pour tuer que sur les émeutiers arabes ». Comment s’étonner d'un tel phénomène ? Pour toute la droite israélienne, et une partie de la gauche, les villes et villages arabes d’Israël ne sont-ils pas considérés comme un cinquième front ?



Comme nous l'avons vu le sionisme a conservé fidèlement, en Palestine-Israël, l'héritage du judaïsme : la race, déterminée de façon précise par l'hérédité maternelle, est un élément social d'importance par delà la grande diversité des populations et des « races » juives. Il y a des Juifs et des non-Juifs. C'est dire que l'opposition éventuelle d'un Juif à un non-Juif (ou de Juifs à des non-Juifs), en intégrant cette donnée culturelle du judaïsme, va très naturellement représenter une forme de racisme « vrai », tandis qu'à son tour l'opposition des non-Juifs aux Juifs va dériver très facilement, par simple référence à leurs interlocuteurs, vers le même type de racisme. S'ensuit ce cercle infernal qui s'étend depuis tant d'années dans cette région sous influence sioniste.

Dès le mois de mai 1948, Hannah Arendt, philosophe allemande et juive, dans un article de la revue Commentaire, pouvait écrire à propos du racisme des sionistes : « Le sentiment traditionnel du sionisme est que tous les non-juifs sont antisémites... L’hostilité générale des non-juifs est considérée par les sionistes comme un fait inaltérable et éternel de l’histoire juive... Cette attitude est pur racisme chauvin ; il est évident que cette division entre les juifs et tous les autres peuples - tenus pour ennemis - ne diffère pas des autres théories de la race des seigneurs ».



Si le racisme est toujours fondamentalement violent, il peut aussi être simplement stupide. Qu'on en juge par les propos d'Israël Shahak[65] qui se pose la question : « Qu'est-ce en pratique qu'un État juif ? ». « Commençons par les statistiques officielles : l'Etat d'Israël publie tous les ans un "Annuaire statistique d'Israël". Dans tout cet annuaire, il est presque impossible de trouver des statistiques concernant les Israéliens ; on ne trouve que celles concernant les Juifs et les non-Juifs. Ainsi, par exemple, il n'existe pas en Israël de statistiques sur la mortalité des personnes, mais seulement des statistiques sur la mortalité des "Juifs" et des "non-Juifs". Ainsi, par exemple, lorsque l'Etat d'Israël enquête officiellement sur la mortalité infantile, il n'enquête pas sur la mortalité des enfants israéliens: il y a des nourrissons juifs et des nourrissons non-juifs, qui, même statistiquement, ne sont jamais associés. Et si, dans certains cas, on les associe, on n'écrit pas "Israéliens", mais "Total", comme s'il s'agissait d'additionner des espèces différentes.

Non seulement il n'existe pas d'Israéliens en Israël, mais les animaux et les plantes elles-mêmes sont divisés en juifs et non-juifs. Officiellement l'Etat d'Israël recense et classifie les vaches et les moutons, les tomates ou le blé en "juifs" et "non-juifs". »

Comment répondre par ailleurs à la question : « Où les non-juifs sont-ils autorisés à vivre au sein de l'Etat juif ? La réponse est que, dans la plupart des lieux, ils n'ont purement et simplement pas le droit de vivre. La majorité des terres en Israël appartiennent à l'État qui les a soumis aux règlements interdisant à un non-Juif d'y vivre. Il lui est interdit d'y construire une maison, d'y louer un appartement, d'y ouvrir une affaire, bref il lui est interdit d'y vivre. Cela est d'autant plus cruel que la majorité des terres sur lesquelles s'exercent ces lois ségrégationnistes appartiennent à ces mêmes Palestiniens qu'on définit officiellement en Israël comme non-Juifs, et leur ont été arrachées. Ils sont ainsi privés, même en tant que citoyens de l’"État juif", du droit de jouir des terres de leur État. Ainsi, il existe en Israël des villes entières où la loi interdit formel lement aux non-Juifs d'habiter ». Dans la Rome antique, les étrangers, non plus, n’avaient pas le droit de cité… Mais il s’agissait de non-citoyens ; ici, en Israël, la discrimination porte sur les citoyens.



Les partis et mouvements israéliens nationalistes et racistes

À noter tout d'abord que les partis d'Israël - y compris les partis de gauche - se réclament tous du sionisme, à l'exception du parti communisme et des petits partis arabes.

Nationaliste et racisme vont bien sûr se retrouver dans nombre de partis et mouvements israéliens. Ce sont notamment :

les partis formant la droite israélienne :

- le Likoud, parti laïque mais qui pour arriver au pouvoir s'est allié souvent aux partis religieux ultra orthodoxes, tous partisans du Grand Israël. Il comporte une aile ultra nationaliste et fanatique ;

- les partis russes.

puis les partis religieux de l'extrême droite israélienne :

- le Shass (composé de séfarades gardiens de la Torah) ;

- Agoudat Israël (Le Rassemblement d'Israël) ;

- Deguel Hatorah (Le Drapeau de la Torah) ;

- le Mafdal (le Parti National Religieux).

Ces 4 partis ultra orthodoxes et ultranationalistes sont tous dominés par les rabbins pour qui la colonisation de tous les territoires occupés est un impératif religieux et sacré dans la perspective du Grand Israël dépourvu de non-Juifs.



À côté de ces partis politiques, divers mouvements ont également pour but la main mise juive sur toute la Palestine et l'expulsion de tous les non-Juifs des territoires occupés. On peut citer notamment :

- le mouvement Kach ("C'est ainsi"). Fondé en 1971 par le rabbin américain Meir Kahana (qui fut assassiné en 1989) il vise explicitement « l'expulsion de tous les Arabes du Grand Israël » pour que la Terre sainte soit débarrassée de toute « souillure étrangère ». Ce mouvement a été interdit en 1994, mais il poursuit néanmoins son activité au grand jour. Son idéologie raciste se traduit dans un discours férocement anti-"non-Juifs" ;

- le mouvement Tehiya (Renaissance) où sont présents de nombreux immigrants issus de l’Union soviétique ;

- le mouvement Modelet (Patrie) ;

- le mouvement Tsomet (le Renouveau sioniste) qui milite pour la laïcité ;

- Gouch Emounim ("le Bloc de la foi"). Ce mouvement idéologique encadré par de nombreux rabbins est particulièrement agressif. Parfaitement organisés en milices, puissamment armés et fanatiques, ses partisans ne se laissent arrêter, ni par les risques d'affrontements avec les Arabes qu'ils se plaisent à agresser, ni par la loi (la loi humaine est sans valeur, à leurs yeux, par rapport à la loi divine qui exige la possession par les Juifs de toute la Palestine), ni par les décisions éventuelles du gouvernement israélien. En son sein se sont formés de nombreux petits groupes d'individus particulièrement violents se consacrant à des actions terroristes caractérisées. Ceux de la grande colonie de Kyriat Arba qui domine la ville arabe d'Hébron, comme ceux de Rammah, El Bireh, Naplouse... sont coutumiers d’expéditions punitives dans un quartier différent de la ville en s'en prenant aux voitures, aux vitrines et aux habitants palestiniens. À pl usieurs reprises il y eut mort de musulmans. Deux idées maîtresses animent ce mouvement. La première : les temps messianiques ont commencé avec la création de l’État d’Israël en 1947 et la libération de la Judée-Samarie biblique en 1967. La seconde : l’arrivée finale du Messie et la rédemption qui l’accompagne pour les Juifs ne pourra intervenir que lorsque le peuple juif sera en possession de toute « sa » terre.



Pour la plupart de ces partis ou mouvements où s'étale la composante raciste du judaïsme, c’est l’Arabe qui est devenu l’ennemi à combattre. À noter que leurs membres bénéficient toujours d'une grande indulgence de la part des tribunaux. L'immunité est pratiquement de règle. Comme le montre le rapport Karp de 1982, stigmatisant la banalisation de la violence anti-arabe, « la plupart des crimes et des délits ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire ».



Le pouvoir corrupteur du sionisme.

Si les instances religieuses de l'Allemagne ont pu se laisser contaminer par le nazisme pendant quelques années, leur culpabilité a relevé généralement de la passivité. Ici, comme nous venons de le voir, le phénomène est donc très différent : ce sont les religieux d'Israël et des autres pays qui, dans leur majorité, se sont révélés, depuis plus d'un demi-siècle, les supporters les plus zélés de l'idéologie sioniste avec son racisme anti-"non-Juifs" et les plus ardents défenseurs des actions criminelles menées en son nom.

Fait notable, les Organisations israéliennes pour les droits de l'homme n'ont pas échappé elles-mêmes à ce pouvoir de corruption. En effet, la plupart de ces Organisations :

- acceptent sans protester les différentes lois édifiées par l’État qui fondent une citoyenneté de seconde zone et un rigoureux et humiliant apartheid,

- se sont absoutes de la responsabilité des pertes subies par les réfugiés dépossédés par l’État de leurs maisons et de leurs terres « au nom du peuple juif »,

- acceptent l’annexion du Golan et de Jérusalem,

- dénient le droit au retour des Palestiniens,

- ne demandent même pas la fin de l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza.



Les Nations Unies, tout en n'appliquant par faiblesse aucune sanction pratique envers Israël, ont néanmoins dénoncé les discriminations raciales dont sont porteuses de nombreuses lois de ce pays, lois contribuant à faire deux types irréductibles de citoyens : des citoyens à part entière, les Juifs, des citoyens de seconde zone au statut subalterne, les non-Juifs. Elles en ont recensé 17.

Parmi elles, on peut citer :

- les lois qui interdisent la participation aux élections de tout parti arabe n'ayant pas reconnu le caractère juif de l'État,

- la loi du retour qui accorde systématiquement aux Juifs du monde entier la citoyenneté israélienne alors que les réfugiés arabes n'ont pas le droit de revenir en Israël sur leurs propres terres,

- la loi suivant laquelle les citoyens arabes d'Israël ayant épousé des non-israéliens se voient refuser la réunification familiale,

- les lois d'urgence qui permettent la confiscation de terres appartenant aux Arabes,

- les lois qui interdisent aux Arabes d'acheter des terres à des Juifs,

- la loi sur l'éducation qui fixe parmi ses objectifs la promotion de l'idéologie sioniste,

- la loi qui interdit aux non-Juifs d'habiter certaines villes.



Quant à la dernière loi raciste, votée à 80 % au Parlement israélien, elle interdit aux conjoints d’Arabes israéliens et à leurs enfants d’obtenir la nationalité israélienne.



On peut ajouter que cette notion de race inhérente au judaïsme, entretenue voire exaltée par les sionistes et tous les Juifs religieux et qui, depuis un siècle, a fait tant de mal aux Arabes de Palestine, n'est pas sans conséquences funestes pour les Juifs eux-mêmes. Faut-il rappeler que pour les nazis, un Juif converti au christianisme, tel le protestant Victor Klemperer, restait juif (conformément au Talmud) et qu'il était voué, de par sa race, à l'extermination commune ?



« Il est étonnant, écrit Edmond Amran El Maleh (écrivain juif marocain), que personne n'ait osé entreprendre, au-delà des critiques du régime israélien, une analyse philosophique des bases racistes du sionisme. Racistes, parce que prônant la patrie par le sang, l'exclusion des non-juifs et, dans la foulée, l'expansionnisme territorial, la terreur, la violation des lois internationales. » Quant à Annah Arendt, dans une lettre de 1961 à son mari rapportée par Alain Gresh[66], elle n’hésite pas à faire un parallèle entre les lois de Nuremberg et celles de l’ « État juif ». Relatant u n dîner avec Golda Meir, ministre israélienne des Affaires étrangères elle écrit : Nous nous sommes disputées jusqu’à une heure du matin […] Au fond, surtout, la question de la Constitution, de la séparation de l’Église et de l’État, des mariages mixtes ou plus exactement de ces lois de Nuremberg[67] qui existent actuellement et qui sont en partie vraiment monstrueuses ». Et Alain Gresh d’ajouter : « Du danger de creuser une ligne de démarcation entre les juifs et les Autres, de faire des juifs une entité à part… »

Emmanuel Lévyne, pour sa part, qualifie le sionisme de « nazisme juif » dans son ouvrage Judaïsme contre sionisme.



Toutes ces données expliquent fort bien qu'en Israël, si les non-Juifs sont susceptibles d'avoir des droits en tant qu'individus isolés, ils ne sauraient en avoir comme membres d'une communauté. N’a-t-il pas fallu attendre les accords d'Oslo (en 1993) pour que les dirigeants Israéliens arrivent à réviser leur position traditionnelle et à admettre qu'il n'y avait pas seulement des indigènes mais une communauté arabe en Palestine ? Cette communauté est d’ailleurs toujours ignorée par les livres d'Histoire à l'usage des enfants israéliens : le Livre du Jubilé, publié en 1998 pour commémorer l’anniversaire de la création de l’État d’Israël et destiné à toutes les écoles du pays, en est un témoin exemplaire[68]. Car les non-Juifs ne seront jamais que des guérim, ces « résidents en terre d'Israël », étrangers que l'on tolère dans la condescendance ou la suspicion.
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd
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Georges
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:12

10 – NATIONALISME, APARTHEID[57] ET RACISME SIONISTE

EN ISRAËL


Avec le recul du temps - un siècle d'évolution et de développement - qui permet de porter un jugement assez assuré, on peut définir le contenu de l'idéologie sioniste comme un nationalisme à base religieuse et raciale, s'exprimant par un colonialisme agressif, un apartheid spécifique et un racisme caractérisé.


C'est un nationalisme particulier de par ses deux composantes.

Apparu à la fin du XIXe siècle en même temps que les nationalismes occidentaux, le nationalisme sioniste a sans doute quelques ressemblances avec le nationalisme d'Europe centrale et orientale, tel qu'on a pu le voir, par exemple, à l'époque moderne, dans l'ex-Yougoslavie ou l'ex-URSS, nationalisme d'ordre culturel et religieux s'appuyant sur un passé commun héroïque. Néanmoins, il en diffère profondément par ses deux composantes spécifiques : la composante mythique d'une part, celle de la Terre promise par le dieu Yahvé à un Peuple élu, la composante raciale d'autre part, cette dernière étant définie très précisément à partir de l'hérédité au sens strict et basée sur le droit du sang : « est juif celui qui a une mère juive ».

Malgré leur incroyance religieuse quasi généralisée, tous les dirigeants israéliens de droite ou de gauche - ces derniers mobilisant le socialisme moins pour un objectif social avec ses valeurs universalistes que pour un objectif étroitement national - ont partagé depuis cinquante ans cette mystique nationaliste réclamant les territoires antiques dont il est question dans la Torah. Tous ont intégré cette idée d'un peuple spécifique qui n'est pas comme les autres, à qui appartient une terre de toute éternité. Tous ont pratiqué parallèlement une solidarité de race.

Les religieux sont néanmoins à la pointe du combat. « Cette terre est ma terre, donnée par Dieu à mon peuple » proclame, par exemple, le député et rabbin israélien Avraham Ravitz, tandis que l'ex-grand rabbin français, René-Samuel Sirat, de son côté, n'hésite pas à écrire que « personne ne peut nier les droits d'Israël sur les terres de le Promesse » et à revendiquer, pour les juifs exclusivement, et le droit du « sol » et celui du « retour à Jérusalem ».

Le Juif israélien moyen d'aujourd'hui partage, bien entendu, ces mêmes convictions d'autant plus que la jeunesse israélienne, élevée dans le culte de l'État et de la force armée, tend à rejeter toutes valeurs étrangères ou qui ne renforcent pas l'unité nationale.



Israël est ainsi le seul pays établi sur des fondements théoriques d’origine transcendante, fondements aussi contraignants l'un que l'autre, le premier portant sur un territoire précis, le second sur un groupe d'hommes parfaitement désigné.

En ce qui concerne la composante raciale, on peut dire que la constatation de son existence est particulièrement surprenante et affligeante. On sait, en effet, que l'État d'Israël a vu le jour à l’époque moderne et ce, grâce à une communauté de nations. On sait d'autre part, que la notion de race est non seulement vide de sens mais qu'elle corrompt automatiquement et profondément toute idéologie qui l'intègre.



Pour Eli Barnavi[58] : « le sionisme est le seul nationalisme juif à avoir réussi. Son étonnante fortune historique, il la doit, tout à la fois, à ce qu’il y eut de nécessaire et d’effroyablement contingent, la Shoah surtout ».



Ce nationalisme judéo-centré engendre un apartheid spécifique


La pureté ethnique pour que soit évité le mélange du sang juif et du sang impur des non-Juifs, souci constant dans certaines couches des populations juives, repose sur de nombreux textes de la Torah que les sionistes ont retenus électivement :

- « Tu ne donneras pas ta fille à leur fils et tu ne prendras pas leur fille pour ton fils » ordonne le Deutéronome (VII, 3).

- Dans l'Exode (XXXIV, 16) il est dit aussi que Moïse reçoit un ordre de Dieu pour que son peuple n'épouse pas les filles des étrangers.

- Esdras, quant à lui, pleure parce que « la race sainte s'est mêlée avec les peuples des pays voisins » (Esd. IX, 2) et ordonne la sélection : « Tous ceux qui avaient pris des femmes étrangères, ils les renvoyèrent, femmes et enfants » (Esd. X, 44).

Néhémie dit aussi des Juifs : « je les purifiais de tout élément étranger » (Neh. XIII, 30).

Dans son livre Le Talmud (Éditions Payot, 1986, p.104), le rabbin Cohen formule sans ambages le grand principe : « Les habitants du monde peuvent être répartis entre Israël et les autres nations prises en bloc. Israël est le peuple élu : dogme capital. »



La pression des rabbins a certes toujours existé pour que l'ordre biblique de non-assimilation des Juifs soit respecté et qu'il n'y ait pas de mariages mixtes dans la hantise du métissage, mais elle s'est faite particulièrement insistante depuis la création de l'État d'Israël au point précise E. Benbassa[59] que « la peur de l'exogamie est devenue une véritable obsession dans les milieux rabbiniques, dans les instances communautaires, et chez plus d'un juif ordinaire ». Fidèle au Deutéronome (VII, 3-4) qui ordonne : « Tu ne t’allieras point par mariage avec eux (les Cananéens) ; tu ne donneras pas ta fille à leur fils, tu ne prendras pas leur fille pour ton fil s » ainsi qu’au Livre de Josué (XXIII, 13) : « Si vous alliez par mariage avec eux, s’ils pénétraient chez vous, sachez-le bien : Yahvé, votre Dieu, ne continuera pas à déposséder ces nations devant vous. Elles deviendront pour vous un filet et un piège, un fouet sur vos flancs et des aiguilles dans vos yeux, jusqu’à ce que vous disparaissiez de dessus ce bon sol que vous a donné Yahvé, votre Dieu », Joseph Sitruk, le grand rabbin de France, écrit ainsi en 1993 : « Je voudrais que les jeunes gens juifs n'épousent jamais que des jeunes filles juives ».



Si les Juifs incroyants ne respectent pas toujours cet ordre, il n'en est pas de même chez les Juifs croyants pour qui il s'agit d'un impératif absolu.

Comme l'écrit en 1998 Zeev Sternhell (professeur de sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem) : « Le nationalisme juif n'éprouve aucune difficulté à refuser à autrui les mêmes droits élémentaires qu'avec une tranquillité d'esprit absolue il exige pour lui-même. Confiant dans son bon droit à réclamer toute la terre antique de nos rois et de nos prophètes, le sionisme ne pouvait concevoir qu'une autre légitimité pût aussi exister au pays de la Bible ».

Face aux pratiques de pureté ethnique inspirées du judaïsme dans la crainte de « l’adultération de la race » et mises en œuvre en Israël, pureté qui fonctionne toujours à l’expulsion et à la destruction, Haïm Cohen (qui fut juge à la Cour Suprême d'Israël) évoque sans hésitation les lois nazies. Il écrit ainsi : « L'amère ironie du sort a voulu que les mêmes thèses biologiques et racistes, propagées par les nazis et qui ont inspiré les infamantes lois de Nüremberg, servent de base à la définition de la judaïcité au sein de l'État d'Israël »[60].





Le nationalisme sioniste c’est aussi un sectarisme ethnique et un racisme caractérisé

Ainsi que l’écrit Balibar : « Le racisme n’est pas une "expression" du nationalisme, mais un supplément de nationalisme, mieux, un supplément intérieur au nationalisme, toujours en excès par rapport à lui, mais toujours indispensable à sa constitution, et cependant encore insuffisant à achever son projet ».

Là aussi, pour justifier et appuyer leur démarche, les sionistes, peuvent trouver de multiples références dans la Bible ou dans les autres écrits du judaïsme :

- « Lorsque le Seigneur ton Dieu t'aura fait entrer dans le pays et qu'il aura chassé devant toi les nations nombreuses, tu les voueras totalement à l'interdit » lit-on dans le Deutéronome (Deut. VII, 1-2) « et tu les supprimeras. » (Deut. VII, 24).

- « Qu'Israël se réjouisse en son Créateur, que les enfants de Sion se réjouissent en leur Roi [...] Qu'ils chantent pour la joie sur leurs couchettes ! Que les louanges élevées vers Dieu ne quittent pas leurs gorges et que les sabres à deux pointes ne quittent pas leurs mains, afin de faire descendre la vengeance dévastatrice sur les nations et le châtiment sur les peuples » (Psaume 149).

- « Dans le monde à venir aucune nation n'a de place à l'exception d'Israël » affirme le grand mystique Moshe Luzzatto (1706-1746).

- Shneur Zalman (1745-1813), fondateur du mouvement Habad, mouvement qui a pris un extraordinaire essor dans le monde juif et particulièrement dans l'État moderne d'Israël où il se range à l'extrême droite de l'échiquier politique, ne comparait-il pas « les âmes des nations à celles des porcs, les Juifs ayant seuls une âme divine » ?

- En 1974, Menahem Barash dans le journal Yediot Aharonot peut ainsi parler des Palestiniens : « Cette peste déjà dénoncée dans la Bible [...] Pour nous emparer de la terre promise par Dieu à Abraham, nous devons suivre l’exemple de Josué pour conquérir la terre d’Israël et nous y installer, comme le commande la Bible [...] Il n’y a pas de place, en cette terre, pour d’autres peuples que celui d’Israël. Ce qui signifie que nous devons en expulser tous ceux qui y vivent [...] C’est une guerre sainte exigée par la Bible ».

Avec les attentats suicides des Palestiniens consécutifs à l'arrêt du processus de paix en septembre 2000 on sait que les appels à la vengeance par l'État israélien se sont multipliés. Les rabbins ne sont pas les derniers à enrôler des foules israéliennes pour réclamer avec force l'application de la loi biblique du talion, cette loi (Lévitique XXIV, 19-20) que le christianisme, pour son honneur, récusera formellement. Ainsi, par exemple, le rabbin Joseph Soloveichik : « Si nous voulons défendre héroïquement notre existence historique, alors nous devons, parfois, interpréter l'injonction "œil pour œil" dans son sens le plus littéral. Nous avons perdu beaucoup d'yeux durant les années d'exil, parce que nous ne rendions pas coup pour coup. Il est grand temps de prendre la règle "œil pour œil" au pied de la lettre ».

En fidèle interprète des nombreux textes du judaïsme générant orgueil, esprit de domination, délire d'interprétation, agressivité, le général Eitam, de la droite religieuse israélienne, peut écrire[61] : « le "Grand Israël" est "l'État de Dieu" ; les juifs sont l'âme de ce monde ; le peuple juif a pour mission de révéler l'image de Dieu sur terre […] un monde sans juifs est un monde de robots, un monde mort ; et l'État d'Israël est l'arche de Noé de l'avenir du monde. Sa tâche est de montrer à tous l'image de Dieu ».

D'ailleurs pour le Dr Katz, député religieux à la Knesset, n’est-il pas nécessaire de maintenir « la pureté de la race » ?

Face à de tels propos, Moshe Zimmermann (chef du département d'études germaniques à l'Université hébraïque de Jérusalem) n'hésite pas à parler d'un « judéo-nazisme populaire » sévissant parmi les Juifs d'Israël et de certains pays anglo-saxons : « Il y a un secteur entier de la population juive que je définis, sans hésitation, comme une copie des nazis allemands. Regardez les enfants des colons juifs d'Hébron, ils ressemblent exactement à la jeunesse hitlérienne.

Depuis leur enfance, on les imprègne de l'idée que tout Arabe est mauvais, et que tous les non-Juifs sont contre nous. On en fait des paranoïaques : ils se considèrent comme une race supérieure, exactement comme les jeunesses hitlériennes ».

Cette terrible similitude ne devrait pas surprendre, compte tenu de « la communauté d'idées existant entre le nationalisme sioniste et le nationalisme nazi » évoquée par Blumenfeld, chef des sionistes allemands, à l'avènement du régime hitlérien.[62] et qui explique bien que les juifs sionistes ont été longtemps tolérés en Allemagne nazie, voire qu'ils aient collaboré dès 1933.

Dans un mémorandum adressé au parti nazi le 21 juin 1933 par la Fédération sioniste d'Allemagne, quelques mois après l'accession de Hitler au pouvoir, mémorandum que rapporte Lucy Dawidowicz, dans son ouvrage A Holocaust reader (p. 155), il est dit ceci :

« Dans la fondation du nouvel État, qui a proclamé le principe de la race, nous souhaitons adapter notre communauté à ces nouvelles structures... notre reconnaissance de la nationalité juive nous permet d'établir des relations claires et sincères avec le peuple allemand et ses réalités nationales et raciales. Précisément parce que nous ne voulons pas sous-estimer ces principes fondamentaux, parce que nous aussi nous sommes contre les mariages mixtes, et pour le maintien de la pureté du groupe juif... Les Juifs conscients de leur identité, au nom desquels nous parlons, peuvent trouver place dans la structure de l'État allemand, car ils sont libérés du ressentiment que les Juifs assimilés doivent éprouver ; nous croyons en la possibilité de relations loyales entre les Juifs conscients de leur communauté et l'État allemand ».

Les auteurs du mémorandum ajoutaient : « au cas où les Allemands accepteraient cette coopération, les sionistes s'efforceraient de détourner les Juifs de l'étranger, du boycott anti-allemand.



En raison de cette communauté de doctrine sur la race, qui s’accordait si bien avec la thèse de Herzl (soutenue dans son Journal intime) selon laquelle : « Les antisémites deviendront nos amis les plus loyaux, les nations antisémites nos alliées… », l'Agence juive conclut avec le ministre de l'Economie, le 27 août 1933, l'accord de Haavara (en hébreu: transfert) qui autorisait les émigrants juifs à transférer une partie de leurs avoirs d'Allemagne nazie en Palestine. Ben Gourion qui était en Palestine, Mme Golda Meir, qui était alors à New-York, les futurs ministres sionistes d'Israël, Moshe Sharret (qui s'appelait alors Moshe Shertok) et Levi Eshkol qui en était le représentant à Berlin, approuvèrent cet accord.[63]



La circulaire émanant de la Wilhelmstrasse du 28 février 1934 et destinée à toutes les missions diplomatiques du Reich indique, par exemple, que : « les objectifs que s'est donnée cette catégorie (de Juifs qui s'opposent à l'assimilation et qui sont favorables à un regroupement de leurs coreligionnaires au sein d'un foyer national), au premier rang de laquelle se trouvent les sionistes, sont ceux qui s'écartent le moins des buts que poursuit en réalité la politique allemande à l'égard des Juifs ».

Et dans une lettre adressée au Ministère de l'Intérieur, l'auteur de la circulaire précédente (Bülow-Schwante) précise de nouveau : « qu'il n'y a aucune raison d'entraver, par des mesures administratives, l'activité sioniste en Allemagne, car le sionisme n'est pas en contradiction avec le programme du national-socialisme dont l'objectif est de faire partir progressivement les Juifs d'Allemagne ».



Avec cette notion de « race », les deux parties, pourtant en opposition, allaient trouver en effet un élément d'entente et de convergence. Dans Das Schwarze Korps, organe officiel de la S.S., Reinhardt Heydrich, chef des Services de Sécurité S.S., écrit en 1935 : « Nous devons séparer les Juifs en deux catégories : les sionistes et les partisans de l'assimilation. Les sionistes professent une conception strictement raciale, et, par l'émigration en Palestine, ils aident à bâtir leur propre Etat juif... nos bons vœux et notre bonne volonté officielle sont avec eux ». (Source : Hohne. Order of the Death’a Head p. 333)



Ilan Greilsammer[64] peut lui-même écrire : « Les deux partenaires y trouvent leur compte : les sionistes deviennent l'organisation dirigeante de la communauté juive, et les nazis trouvent en eux un instrument pratique pour séparer les juifs du reste de la population ». Y. Leibowitz nous apprend de son côté que l'organisation sioniste des Juifs allemands eut une existence légale jusqu'en 1938 - cinq ans après l'avènement de Hitler - et que son journal, la Jüdische Rundschau, parut parallèlement jusqu'à cette même année.



Fait tout à fait singulier que nous avons déjà signalé, ce sont les Juifs religieux et notamment les rabbins, qui, après avoir combattu avec force le sionisme jusqu'à la création de l'État d'Israël en 1947, sont devenus depuis cette création - plus particulièrement depuis 1977 - les partisans les plus farouches de cette idéologie et les plus acharnés à sa mise en œuvre en s'appuyant exclusivement sur les écrits xénophobes du judaïsme.

À propos de la Bible, Israël Shahak relève que l'enseignement traditionnel joue auprès des enfants israéliens un rôle décisif dans le mépris vis-à-vis des Palestiniens. Ces derniers sont volontiers identifiés aux Philistins de la Torah dont l'élimination fait partie du plan divin.



Si le racisme anti-"non-juif", surtout anti-arabe, est banal en Israël, puisqu’il concerne d'après les sondages une nette majorité de Juifs, il est évident que certaines couches de la société sont particulièrement marquées. Il en est ainsi de la police. Lors des pogroms de Nazareth, de Tel-Aviv, de Jaffa... perpétrés lors de l’Intifada 2000 sur des Arabes par des nervis juifs, le chroniqueur juridique israélien Moshé Hanegbi a déclaré « que ces pogroms ont renforcé le sentiment que la police est une police raciste engagée seulement dans la défense des juifs : elle n’a tiré pour tuer que sur les émeutiers arabes ». Comment s’étonner d'un tel phénomène ? Pour toute la droite israélienne, et une partie de la gauche, les villes et villages arabes d’Israël ne sont-ils pas considérés comme un cinquième front ?



Comme nous l'avons vu le sionisme a conservé fidèlement, en Palestine-Israël, l'héritage du judaïsme : la race, déterminée de façon précise par l'hérédité maternelle, est un élément social d'importance par delà la grande diversité des populations et des « races » juives. Il y a des Juifs et des non-Juifs. C'est dire que l'opposition éventuelle d'un Juif à un non-Juif (ou de Juifs à des non-Juifs), en intégrant cette donnée culturelle du judaïsme, va très naturellement représenter une forme de racisme « vrai », tandis qu'à son tour l'opposition des non-Juifs aux Juifs va dériver très facilement, par simple référence à leurs interlocuteurs, vers le même type de racisme. S'ensuit ce cercle infernal qui s'étend depuis tant d'années dans cette région sous influence sioniste.

Dès le mois de mai 1948, Hannah Arendt, philosophe allemande et juive, dans un article de la revue Commentaire, pouvait écrire à propos du racisme des sionistes : « Le sentiment traditionnel du sionisme est que tous les non-juifs sont antisémites... L’hostilité générale des non-juifs est considérée par les sionistes comme un fait inaltérable et éternel de l’histoire juive... Cette attitude est pur racisme chauvin ; il est évident que cette division entre les juifs et tous les autres peuples - tenus pour ennemis - ne diffère pas des autres théories de la race des seigneurs ».



Si le racisme est toujours fondamentalement violent, il peut aussi être simplement stupide. Qu'on en juge par les propos d'Israël Shahak[65] qui se pose la question : « Qu'est-ce en pratique qu'un État juif ? ». « Commençons par les statistiques officielles : l'Etat d'Israël publie tous les ans un "Annuaire statistique d'Israël". Dans tout cet annuaire, il est presque impossible de trouver des statistiques concernant les Israéliens ; on ne trouve que celles concernant les Juifs et les non-Juifs. Ainsi, par exemple, il n'existe pas en Israël de statistiques sur la mortalité des personnes, mais seulement des statistiques sur la mortalité des "Juifs" et des "non-Juifs". Ainsi, par exemple, lorsque l'Etat d'Israël enquête officiellement sur la mortalité infantile, il n'enquête pas sur la mortalité des enfants israéliens: il y a des nourrissons juifs et des nourrissons non-juifs, qui, même statistiquement, ne sont jamais associés. Et si, dans certains cas, on les associe, on n'écrit pas "Israéliens", mais "Total", comme s'il s'agissait d'additionner des espèces différentes.

Non seulement il n'existe pas d'Israéliens en Israël, mais les animaux et les plantes elles-mêmes sont divisés en juifs et non-juifs. Officiellement l'Etat d'Israël recense et classifie les vaches et les moutons, les tomates ou le blé en "juifs" et "non-juifs". »

Comment répondre par ailleurs à la question : « Où les non-juifs sont-ils autorisés à vivre au sein de l'Etat juif ? La réponse est que, dans la plupart des lieux, ils n'ont purement et simplement pas le droit de vivre. La majorité des terres en Israël appartiennent à l'État qui les a soumis aux règlements interdisant à un non-Juif d'y vivre. Il lui est interdit d'y construire une maison, d'y louer un appartement, d'y ouvrir une affaire, bref il lui est interdit d'y vivre. Cela est d'autant plus cruel que la majorité des terres sur lesquelles s'exercent ces lois ségrégationnistes appartiennent à ces mêmes Palestiniens qu'on définit officiellement en Israël comme non-Juifs, et leur ont été arrachées. Ils sont ainsi privés, même en tant que citoyens de l’"État juif", du droit de jouir des terres de leur État. Ainsi, il existe en Israël des villes entières où la loi interdit formel lement aux non-Juifs d'habiter ». Dans la Rome antique, les étrangers, non plus, n’avaient pas le droit de cité… Mais il s’agissait de non-citoyens ; ici, en Israël, la discrimination porte sur les citoyens.



Les partis et mouvements israéliens nationalistes et racistes

À noter tout d'abord que les partis d'Israël - y compris les partis de gauche - se réclament tous du sionisme, à l'exception du parti communisme et des petits partis arabes.

Nationaliste et racisme vont bien sûr se retrouver dans nombre de partis et mouvements israéliens. Ce sont notamment :

les partis formant la droite israélienne :

- le Likoud, parti laïque mais qui pour arriver au pouvoir s'est allié souvent aux partis religieux ultra orthodoxes, tous partisans du Grand Israël. Il comporte une aile ultra nationaliste et fanatique ;

- les partis russes.

puis les partis religieux de l'extrême droite israélienne :

- le Shass (composé de séfarades gardiens de la Torah) ;

- Agoudat Israël (Le Rassemblement d'Israël) ;

- Deguel Hatorah (Le Drapeau de la Torah) ;

- le Mafdal (le Parti National Religieux).

Ces 4 partis ultra orthodoxes et ultranationalistes sont tous dominés par les rabbins pour qui la colonisation de tous les territoires occupés est un impératif religieux et sacré dans la perspective du Grand Israël dépourvu de non-Juifs.



À côté de ces partis politiques, divers mouvements ont également pour but la main mise juive sur toute la Palestine et l'expulsion de tous les non-Juifs des territoires occupés. On peut citer notamment :

- le mouvement Kach ("C'est ainsi"). Fondé en 1971 par le rabbin américain Meir Kahana (qui fut assassiné en 1989) il vise explicitement « l'expulsion de tous les Arabes du Grand Israël » pour que la Terre sainte soit débarrassée de toute « souillure étrangère ». Ce mouvement a été interdit en 1994, mais il poursuit néanmoins son activité au grand jour. Son idéologie raciste se traduit dans un discours férocement anti-"non-Juifs" ;

- le mouvement Tehiya (Renaissance) où sont présents de nombreux immigrants issus de l’Union soviétique ;

- le mouvement Modelet (Patrie) ;

- le mouvement Tsomet (le Renouveau sioniste) qui milite pour la laïcité ;

- Gouch Emounim ("le Bloc de la foi"). Ce mouvement idéologique encadré par de nombreux rabbins est particulièrement agressif. Parfaitement organisés en milices, puissamment armés et fanatiques, ses partisans ne se laissent arrêter, ni par les risques d'affrontements avec les Arabes qu'ils se plaisent à agresser, ni par la loi (la loi humaine est sans valeur, à leurs yeux, par rapport à la loi divine qui exige la possession par les Juifs de toute la Palestine), ni par les décisions éventuelles du gouvernement israélien. En son sein se sont formés de nombreux petits groupes d'individus particulièrement violents se consacrant à des actions terroristes caractérisées. Ceux de la grande colonie de Kyriat Arba qui domine la ville arabe d'Hébron, comme ceux de Rammah, El Bireh, Naplouse... sont coutumiers d’expéditions punitives dans un quartier différent de la ville en s'en prenant aux voitures, aux vitrines et aux habitants palestiniens. À pl usieurs reprises il y eut mort de musulmans. Deux idées maîtresses animent ce mouvement. La première : les temps messianiques ont commencé avec la création de l’État d’Israël en 1947 et la libération de la Judée-Samarie biblique en 1967. La seconde : l’arrivée finale du Messie et la rédemption qui l’accompagne pour les Juifs ne pourra intervenir que lorsque le peuple juif sera en possession de toute « sa » terre.



Pour la plupart de ces partis ou mouvements où s'étale la composante raciste du judaïsme, c’est l’Arabe qui est devenu l’ennemi à combattre. À noter que leurs membres bénéficient toujours d'une grande indulgence de la part des tribunaux. L'immunité est pratiquement de règle. Comme le montre le rapport Karp de 1982, stigmatisant la banalisation de la violence anti-arabe, « la plupart des crimes et des délits ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire ».



Le pouvoir corrupteur du sionisme.

Si les instances religieuses de l'Allemagne ont pu se laisser contaminer par le nazisme pendant quelques années, leur culpabilité a relevé généralement de la passivité. Ici, comme nous venons de le voir, le phénomène est donc très différent : ce sont les religieux d'Israël et des autres pays qui, dans leur majorité, se sont révélés, depuis plus d'un demi-siècle, les supporters les plus zélés de l'idéologie sioniste avec son racisme anti-"non-Juifs" et les plus ardents défenseurs des actions criminelles menées en son nom.

Fait notable, les Organisations israéliennes pour les droits de l'homme n'ont pas échappé elles-mêmes à ce pouvoir de corruption. En effet, la plupart de ces Organisations :

- acceptent sans protester les différentes lois édifiées par l’État qui fondent une citoyenneté de seconde zone et un rigoureux et humiliant apartheid,

- se sont absoutes de la responsabilité des pertes subies par les réfugiés dépossédés par l’État de leurs maisons et de leurs terres « au nom du peuple juif »,

- acceptent l’annexion du Golan et de Jérusalem,

- dénient le droit au retour des Palestiniens,

- ne demandent même pas la fin de l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza.



Les Nations Unies, tout en n'appliquant par faiblesse aucune sanction pratique envers Israël, ont néanmoins dénoncé les discriminations raciales dont sont porteuses de nombreuses lois de ce pays, lois contribuant à faire deux types irréductibles de citoyens : des citoyens à part entière, les Juifs, des citoyens de seconde zone au statut subalterne, les non-Juifs. Elles en ont recensé 17.

Parmi elles, on peut citer :

- les lois qui interdisent la participation aux élections de tout parti arabe n'ayant pas reconnu le caractère juif de l'État,

- la loi du retour qui accorde systématiquement aux Juifs du monde entier la citoyenneté israélienne alors que les réfugiés arabes n'ont pas le droit de revenir en Israël sur leurs propres terres,

- la loi suivant laquelle les citoyens arabes d'Israël ayant épousé des non-israéliens se voient refuser la réunification familiale,

- les lois d'urgence qui permettent la confiscation de terres appartenant aux Arabes,

- les lois qui interdisent aux Arabes d'acheter des terres à des Juifs,

- la loi sur l'éducation qui fixe parmi ses objectifs la promotion de l'idéologie sioniste,

- la loi qui interdit aux non-Juifs d'habiter certaines villes.



Quant à la dernière loi raciste, votée à 80 % au Parlement israélien, elle interdit aux conjoints d’Arabes israéliens et à leurs enfants d’obtenir la nationalité israélienne.



On peut ajouter que cette notion de race inhérente au judaïsme, entretenue voire exaltée par les sionistes et tous les Juifs religieux et qui, depuis un siècle, a fait tant de mal aux Arabes de Palestine, n'est pas sans conséquences funestes pour les Juifs eux-mêmes. Faut-il rappeler que pour les nazis, un Juif converti au christianisme, tel le protestant Victor Klemperer, restait juif (conformément au Talmud) et qu'il était voué, de par sa race, à l'extermination commune ?



« Il est étonnant, écrit Edmond Amran El Maleh (écrivain juif marocain), que personne n'ait osé entreprendre, au-delà des critiques du régime israélien, une analyse philosophique des bases racistes du sionisme. Racistes, parce que prônant la patrie par le sang, l'exclusion des non-juifs et, dans la foulée, l'expansionnisme territorial, la terreur, la violation des lois internationales. » Quant à Annah Arendt, dans une lettre de 1961 à son mari rapportée par Alain Gresh[66], elle n’hésite pas à faire un parallèle entre les lois de Nuremberg et celles de l’ « État juif ». Relatant u n dîner avec Golda Meir, ministre israélienne des Affaires étrangères elle écrit : Nous nous sommes disputées jusqu’à une heure du matin […] Au fond, surtout, la question de la Constitution, de la séparation de l’Église et de l’État, des mariages mixtes ou plus exactement de ces lois de Nuremberg[67] qui existent actuellement et qui sont en partie vraiment monstrueuses ». Et Alain Gresh d’ajouter : « Du danger de creuser une ligne de démarcation entre les juifs et les Autres, de faire des juifs une entité à part… »

Emmanuel Lévyne, pour sa part, qualifie le sionisme de « nazisme juif » dans son ouvrage Judaïsme contre sionisme.



Toutes ces données expliquent fort bien qu'en Israël, si les non-Juifs sont susceptibles d'avoir des droits en tant qu'individus isolés, ils ne sauraient en avoir comme membres d'une communauté. N’a-t-il pas fallu attendre les accords d'Oslo (en 1993) pour que les dirigeants Israéliens arrivent à réviser leur position traditionnelle et à admettre qu'il n'y avait pas seulement des indigènes mais une communauté arabe en Palestine ? Cette communauté est d’ailleurs toujours ignorée par les livres d'Histoire à l'usage des enfants israéliens : le Livre du Jubilé, publié en 1998 pour commémorer l’anniversaire de la création de l’État d’Israël et destiné à toutes les écoles du pays, en est un témoin exemplaire[68]. Car les non-Juifs ne seront jamais que des guérim, ces « résidents en terre d'Israël », étrangers que l'on tolère dans la condescendance ou la suspicion.
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd
"Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet
"le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Ali Sina explique son apostasie
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Georges
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:18

11 - L'APARTHEID AU QUOTIDIEN

DANS L'ÉTAT D'ISRAËL ET LES TERRITOIRES OCCUPÉS



La singulière citoyenneté des non-Juifs en Israël



Descendant des 160 000 Arabes restés dans le pays après la guerre de 1948, ils sont généralement désignés sous les expressions : "Arabes israéliens" ou bien "Israéliens arabes" ou encore "Israéliens palestiniens".

Dans cet "État juif" qu'est Israël - formé des territoires attribués par les Nations Unies aux Sionistes et de ceux qui ont été annexés d'autorité ou par conquête guerrière - on peut retenir les données suivantes :

- les non-Juifs sont au nombre d'environ 1 million (sur 6 millions d'Israéliens). Ce sont avant tout des Arabes musulmans avec un petit nombre d'Arabes chrétiens (15 % environ) et de Druzes (10 %). Citoyens israéliens, ils ont le droit de vote et jouissent de certaines libertés, mais leurs droits sociaux et civiques ne sont néanmoins que partiels : nombre de fonctions leur sont absolument interdites. Alors qu'ils représentent 17 % de la population, ils occupent à peine 1 % des emplois du service public et, pour la plupart, des emplois subalternes. On peut noter qu'ils furent soumis jusqu'en 1966 à un gouvernement militaire impitoyable qui les astreignait à des permis de déplacement, au couvre-feu et aux assignations à résidence, toutes mesures destinées notamment à la confiscation de leurs terres au profit exclusif de la propriété juive. Si les discriminations dont ils sont l'objet se sont affaiblies avec le temps ils sont néanmoins voués inexorablement à n'être, dans un État « juif », que des citoyens de seconde zone ;

- les budgets alloués aux villes arabes sont bien inférieurs à ceux qui sont alloués aux villes juives. Selon le rapport même du centre d'études Adva de Tel-Aviv en 1998, le rapport des subventions entre les municipalités arabes et les municipalités juives est d’un pour trois, tandis que le taux de chômage est de 20 % chez les Palestiniens contre 10 % pour l'ensemble des habitants ;

- l'éducation est l'un des secteurs où les disparités entre les deux communautés sont les plus évidentes. L'allocation aux élèves en difficulté, par exemple, se monte à plus de 1000 shekels pour un écolier juif et à 25 shekels pour un écolier arabe... À 17 ans, 42 % des Arabes israéliens ont déjà abandonné leurs études ;

- le taux de mortalité des enfants arabes est presque le double de celui des enfants juifs (9,6 pour 100 000 en 1996 contre 5,3) ;

- les ressources en eau (ressources particulièrement précieuses au Moyen-Orient) qui se trouvent essentiellement en Cisjordanie occupée ont été accaparées entièrement par Israël au bénéfice de ses colons et au détriment des non-Juifs ;

- la loi interdit formellement aux non-Juifs d'habiter certaines villes. Sont notamment citées: Carmiel, Nazareth-Illith, Hatzor, Arad, Mitzphen-Ramon, Ramath-Eshkol…[69]



Fait significatif : ce n'est qu'en mars 2000, après 52 ans d’une impitoyable discrimination religieuse et ethnique, que la Cour suprême israélienne a, dans un cas isolé, permis à un Arabe d'acheter une terre dans un « lotissement réservé aux Juifs ». L'opposition des députés de droite à cette décision inédite fut d'ailleurs farouche. « C'est un nouveau clou sur le cercueil du sioniste » proclama l'un ; « c'est la fin d'Israël en tant qu'État juif » a prédit un autre ; tandis qu'une nouvelle proposition de loi était déposée pour « arrêter cette dérive antinationale et antisioniste » car « la loi juive interdit de vendre la terre d'Israël à des non-Juifs ».

Même si les travaillistes au pouvoir ont permis quelques investissements dans les localités arabes, il n'en reste pas moins que la politique de discrimination poursuivie depuis toujours n'est pas le fait de quelque retard ou seulement mauvaise volonté : non fortuite elle est constitutive de l'État juif.

Dans un article du Independent Palestinian Information Network de septembre 1999 intitulé « Les ouvrages scolaires et la littérature enfantine israéliens incitent à la haine et au racisme envers les Palestiniens et les Arabes », l’auteur nous apprend que le professeur Daniel Bar-Tal, de l'université de Tel-Aviv, après avoir étudié cent vingt-quatre manuels pour les écoles primaires, les collèges et les lycées israéliens, consacrés aux matières suivantes : grammaire et littérature hébraïques, histoire, géographie et instruction civique, conclut : « que les manuels israéliens présentent les Juifs comme impliqués dans une guerre juste, et même humanitaire, contre un ennemi arabe qui refuse d'accepter et de reconnaître l'existence et les droits des Juifs en Israël. Les premiers manuels scolaires (i sraéliens) avaient tendance à décrire les actes des Arabes comme hostiles, déviants, cruels, immoraux, injustes, posés avec l'intention de nuire aux Juifs et de détruire l'Etat d'Israël. Dans ce cadre général, les Arabes y étaient délégitimés par le recours à des qualificatifs tels que "voleurs", "assoiffés de sang" et "assassins". Depuis lors, au fil des années, des révisions des programmes sont intervenues dans un sens positif, mais elles sont restées des plus modestes ».



Tout cela explique fort bien que l’expression même de « peuple palestinien », peuple dont l'indépendance était pourtant prévue depuis 1947 par l'ONU, fut exclue du vocabulaire et de la pensée des Israéliens jusqu'à une date récente.

Bien entendu, dans une telle situation de servitude, les comportements des non-Juifs vis-à-vis des maîtres du pays ne peuvent être que fort divergents. Pour les uns, tributaires de leurs intérêts immédiats, c'est la collaboration plus ou moins affirmée ; pour les autres, ayant quelque fierté et souci de justice, l'opposition franche ; pour d'autres enfin, percevant particulièrement la disparité des forces antagonistes, l'attentisme et la désespérance.

On peut ajouter que tous ces non-Juifs, surveillés en permanence par des experts spécialement chargés de cette tâche, sont des suspects et des ennemis potentiels aux yeux de la grande majorité des Israéliens. Le gouvernement n'a pas hésité d'ailleurs à réprimer brutalement leurs manifestations pacifiques en octobre 2000 lors de la seconde Intifada : 13 personnes furent tuées par balles, plus de 700 furent blessées, lors de ce pogrom anti-Arabes à propos duquel le journaliste Moshe Hanegbi écrivait dans le quotidien Yediot Aharomot du 13 octobre : « Des hooligans juifs ont attaqué des Arabes à Nazareth comme, autrefois, les antisémites s’en prenaient aux juifs d’Europe ».

Fait notable, avec ces nouveaux événements dramatiques pour leur communauté, nombre de ces Arabes israéliens, à l'opinion jusqu'ici mal assurée (« c’est en octobre 2000 que tout a basculé, écrit Eric Hazan[70]) sont parvenus à mieux comprendre la malignité de l'idéologie qui les maintient en servitude, eux et leurs frères des « territoires occupés ». Stéphane Hessel[71], ancien ambassadeur de France, résume fort bien leur situation : « Les termes d’apartheid et d’ethnocratie conviennent non seulement aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, dont aucun des droits fondamentaux n’est plus respecté et qui sont soumis aux violations, exactions, humiliations qui leur sont quotidiennement infligées, mais aussi à la population arabe d’Israël, qu’une politique subtile mais perverse marginalise économiquement, prive de terres, de droits et de ressources, et donc de toute promotion économique, sociale et culturelle véritable ».

Nombre d'entre eux se considèrent désormais comme « Palestiniens d'Israël ».



Dans les « territoires occupés »



Si l'apartheid régnant dans les frontières d'Israël et les territoires annexés se veut en apparence assez civilisé, l'apartheid des « territoires occupés » l’est beaucoup moins. Tout en relevant d'un plan établi avec soin, ses manifestations sont à la fois sommaires et nettement plus brutales.

Notons quelques constations banales :

- de nombreuses agglomérations arabes, isolées par les colonies israéliennes, forment, à l'image de l'ancienne Afrique du Sud (et ses bantoustans), de véritables enclaves où toute organisation des habitants dans quelque domaine que ce soit : agriculture, commerce, enseignement, santé... est extrêmement difficile ou impossible. Des routes dites de «contournement », toutes établies sur de nouvelles terres confisquées, assurent la séparation entre les colonies et les villes, villages et camps palestiniens. De plus, ces routes forment un réseau qui, pour l'essentiel, n'est accessible qu'aux seuls colons juifs ;

- l’interdiction faite aux 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza d’entrer dans Jérusalem depuis le 30 mars 1993 ;

- la partie juive de Jérusalem ne comporte plus un seul Palestinien depuis un certain nombre d’années, tandis que la partie arabe possède de plus en plus de juifs avec l'implantation quotidienne de nouvelles habitations (en 1998 le nombre de Juifs était déjà de 170 000).



Et comment ne pas parler du « bouclage », cette invention machiavélique des sionistes depuis 1967, pour « gérer, par l'intermédiaire d'un permis, la circulation des personnes et des biens dans les territoires occupés » (Gaza, Cisjordanie et Jérusalem-Est). Selon sa rigueur, ce bouclage revêt trois niveaux : le « général », niveau le moins restrictif, le « strict », et le « total ». Ces deux derniers sont institués pour des périodes variables en fonction des raisons évoquées : par exemple, de septembre 1993 à juin 1996 il y eut 100 jours de bouclage «strict» et 200 jours de bouclage « total ».



Que dire aussi de la torture légalisée et réglementée, fait unique dans l'Histoire actuelle des nations, par la Justice israélienne et appliquée couramment sur les Arabes jusqu'à une date récente par le Shin Beit, le Service de sécurité intérieure d'Israël. Rony Braumann (dans sa post-face à The Holocaust Industry de Finkelstein) écrit à ce propos : « Nimbés de cette aura morale que leur confère le statut de descendants des victimes du Mal absolu, les soldats israéliens recevaient en 1988, peu après l’Intifada, l’autorisation officielle de torturer ». Quant au philosophe israélien Y. Leibowitz[72] il écri vait en son temps : «Israël compte aujourd'hui parmi les États les plus barbares du monde : torturer, c'est un acte de barbarie primitive... Dans un État où on légalise la torture, moi, je dis sans ambages : "judéo-nazi" ».

À noter que c'est Moshe Landau, président du tribunal ayant jugé Eichmann, qui, en tant que président de la Cour suprême israélienne, légalisa la torture et que ce n'est qu'en septembre 1999 que cette même Cour suprême a, sous les pressions réitérées du Comité des Nations Unies contre la torture, consenti à la condamner (sans toutefois la rendre illégale, cette décision ne pouvant procéder que d'une loi nouvelle).

Selon le centre israélien des droits de l'homme B’Tselem il s'agit de « pressions physiques modérées : coups, secousses violentes (c'est le Shabeh), privations de sommeil, ligotage dans des positions douloureuses (c'est le Qambaz), expositions au froid, écartèlement des bras jusqu'à une douleur intense (c'est le Qas’al-Tawleh), humiliations et menaces diverses ».

De son côté, Amnesty international (dans son rapport de 1991) décrit ainsi cette torture : « Les méthodes systématiquement utilisées comprennent : le port de cagoules faites de sacs crasseux, parfois humides, pouvant empêcher le détenu de respirer, la privation de nourriture et de sommeil pendant la détention à l'isolement, le port prolongé de menottes en plastique ou en métal, le maintien du détenu dans des positions inconfortables (une pratique appelée le shabah), l'internement dans des cellules minuscules et obscures appelées "placards" ou "cercueils" ou dans de petites cellules glaciales appelées "réfrigérateurs", les coups sur tout le corps, souvent violents, visant parfois les organes génitaux, les brûlures de cigarettes, l'interdiction prolongée pour le détenu de se rendre aux toilettes, les insultes et menaces de toutes sortes, enfin le harcèlement sexuel dont sont surtout victimes les femmes ».

En 1996, le rapport d'Amnesty signale notamment que quarante-neuf Palestiniens ont été abattus par les forces israéliennes dans des circonstances évoquant parfois des exécutions extrajudiciaires.

Quant à B’Tselem, dans son rapport de mai 1998, il précise qu'Israël arrête chaque année entre 1 000 et 1 500 Palestiniens « soupçonnés d'activités hostiles » dont 80 % sont questionnés avec violence, au motif qu'ils représentent « une menace imminente ». « On a torturé beaucoup d'innocents pour soi-disant 100 % de sécurité » écrit par ailleurs le chroniqueur judiciaire Moshe Negbi.[73]

Que dire également du bilan de la première Intifada, cette révolte qui dura six ans à partir de décembre 1987 où 1 500 Palestiniens (dont 233 de moins de dix-sept ans) furent tués, 20000 furent blessés, 15 000 faits prisonniers lors de gigantesques opérations de police. (Le Monde « Dossiers et documents 1997) ? Et que dire de la recommandation faite alors aux militaires par Yitzhak Rabin, alors général en chef (avant de devenir Premier ministre), « de casser les bras des enfants lanceurs de pierres » ?

Que dire enfin du bilan de la seconde Intifada où les trois premiers mois ont fait près de trois cents morts et une dizaine de milliers de blessés, le quart d'entre eux, atteints à la tête ou au thorax par les balles israéliennes, restant à jamais de grands mutilés ?



L'apartheid qui a régné pendant des siècles aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Australie et ailleurs s'est évanoui relativement facilement en quelques dizaines années : il n'était porté que par une tradition "primitive"... Il en va tout autrement avec l'apartheid israélien dont la malignité est spécifique. Basé sur une idéologie faite de données mythiques et raciales faisant partie intégrante du judaïsme, se complétant et se perfectionnant avec le temps et une application sans faille, et l’aide de la Justice[74], il représente une donnée non contingente mais constitutive de l'État d'Israël avec son appareil religieux d’État, État ethnocratique où le pouvoir n’appartient, et ne peut appartenir, qu'à une seule catégorie de personnes.
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:22

12 – EXPULSÉS, DÉPORTÉS ET RÉFUGIÉS





L'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) a recensé, au 30 juin 1999, 3,6 millions de réfugiés palestiniens, auxquels s'ajoutent plusieurs centaines de milliers de personnes de Cisjordanie et de Gaza déplacées pour la plupart vers la Jordanie en 1967. 59 camps sont répertoriés. Enfin il existe plusieurs centaines de milliers de réfugiés non recensés.

À l'occasion des diverses guerres ayant ensanglanté la Palestine depuis la création de l'État d'Israël (guerre judéo-palestinienne de 1947-48, guerres israélo-arabes de 1967 et de 1973, guerre du Liban de 1982), les Palestiniens ont connu en effet plusieurs vagues d'exil.

Dans la plupart des guerres - comme celles que la France a bien connues - la motivation de la quasi-totalité des réfugiés est la peur devant les combats ou la perspective de rester en territoire ennemi et, pour une très petite minorité, la volonté d’entrer « en résistance » pour préparer la revanche. Mais, dans ces conflits issus de l'idéologie sioniste, s'ajoute une donnée nouvelle et spécifique : la volonté délibérée de ses tenants de faire un État réservé à une population déterminée, les Juifs.



C'est ainsi, dans la circonstance, que quelques questions particulières se posent :

1 - Y a-t-il eu un plan d'expulsion systématique des Palestiniens de la part des dirigeants sionistes ?

2 - Y a-t-il eu déportation organisée des populations ?

3 - Y a-t-il eu pressions des sionistes pour que les Palestiniens quittent en masse leur pays ?

4 - Les Palestiniens sont-ils partis sur la demande des nations arabes de voisinage dans la perspective de revenir ultérieurement en vainqueurs ?



Globalement, on peut dire tout d'abord, d'après le compte-rendu de Moshe Sasson, adjoint du Chef du Département arabe des services de renseignements de l’armée juive de juin 1948, compte-rendu qui semble représenter une référence valable, que la fuite vers l'exil à la suite d'attaques sionistes ou par peur de nouvelles attaques a concerné 70 % des Palestiniens.

Pour l'historien israélien Tom Segev, ce sont ainsi 400 000 « unités de logement » qui ont changé de mains, ce qui signifie sans doute bien plus que les 800 000 Palestiniens reconnus de la guerre de 1948 (auxquels s'ajouteront 440 000 autres lors de la guerre de 1967). En ce qui concerne les biens abandonnés, Greilsammer[75] écrit « qu'il s'agissait de millions de dounams, de dizaines de milliers de maisons, et de biens estimés à des milliards de dollars d'aujourd'hui".

Pour Ilan Pappe, un nouvel historien, dans The Making of the arab-Israeli Conflict 1947-1951, il ne fait aucun doute que les dirigeants du Yichouv (la communauté juive de Palestine) ont bien mis en œuvre un plan d'expulsion des Arabes hors des territoires. Le Plan Dalet de l'état-major sioniste notamment, prévu pour être mis en place au départ des Britanniques de Palestine et qui fut appliqué en fait dès le début de 1948, comportait l'évacuation des civils et des opérations d'expulsion au besoin manu militari en direction de la frontière la plus proche.

« Alors que les expulsions forcées avaient été rares pendant les premiers mois de la guerre cette pratique devint plus systématique au cours de l’été 1948 afin de réaliser une continuité territoriale "purement juive" » nous dit Alain Dieckhoff[76] .

Dans les rares archives israéliennes encore accessibles sur le sujet, les historiens ont retrouvé des ordres caractérisés d'expulsion, tel celui d'Itzhak Rabin alors lieutenant-colonel concernant la ville de Lydda (70 000 habitants). Dans ses mémoires, Pinkas Sherut ,il raconte: «Nous marchions dehors aux côtés de Ben Gourion. Allon (Ygal, commandant du front sus répéta la question : "Que devons-nous faire de la population ?" Ben Gourion agita la main en un geste qui signifiait : "Chassez-les." Allon et moi avons tenu conseil. J’étais d’accord avec lui qu’il était essentiel de les chasser […] La population ne quitta pas volontairement les lieux. Il n’y avait pas d’autre moyen que d’utiliser la force et les tirs d’avertissement pour contraindre les habitants »[77]. Il en fut de même pour les importantes agglomérations de Ramleh (30 000 habitants) et de Mjdlet où la population arabe fut, ou contrainte par les bataillons israéliens de vider les lieux ou embarquée à froid sur des camions en direction de Gaza. Entre le 12 et le 13 juillet 1948, nous dit Greilsammer[78], Igal Allon, Itshak Rabin expulsent soixante mille habitants, qui partent dans l’été brûlant à pied ou en autobus. On sait aussi qu’en octobre-novembre 1948 ce sont de 100 000 à 150 000 Palestiniens qui furent expulsés et jetés sur les routes de l’ex il lors d’attaques menées en Galilée et dans le Néguev.



L’existence d'un plan concerté au plus haut niveau de l'Organisation sioniste pour éliminer la population non juive de la Palestine est soutenue par certains historiens juifs modernes mais elle est néanmoins contestée par d'autres. Tel est le cas de Benny Morris dans The Birth of the Palestinian Refugee Problem 1947-1949. On peut affirmer, par contre, qu'il y a bien eu de multiples plans partiels visant, pour une raison ou pour une autre, à expulser tous les habitants d'une zone précise. Alain Gresh[79] nous dit ainsi que c’est en avril 1947, et avec la mise en œuvre du plan Dalet, que les commandements sur le terrain ont r eçu « carte blanche ». Cette directive militaire prône des « opérations contre les centres de population ennemie situés au sein de notre système de défense ou à proximité […] Ces opérations peuvent être menées de la manière suivante : ou bien en détruisant les villages (en y mettant le feu, en les dynamitant et en déposant des mines dans leurs débris), et spécialement dans le cas de centres de population difficiles à maîtriser ; ou bien en montant des opérations de ratissage et de contrôle […] En cas de résistance, la force armée doit être anéantie et la population expulsée hors des frontières de l’État ».



Par ailleurs Benny Morris contredit et rejette avec force arguments la thèse officielle israélienne selon laquelle les Palestiniens seraient partis de leur plein gré ou à l'appel radiophonique de la Ligue arabe. Pour lui et pour les nouveaux historiens, les Arabes de Palestine ont quitté leurs villes et villages, avant tout sous la contrainte des forces sionistes, en raison des pillages et des atrocités destinés plus ou moins volontairement à créer la panique : les prétendus appels des États arabes et de leurs radios invitant les Palestiniens à quitter leur pays sont de purs mensonges. Il affirme avec force : « Il n'y a pas eu d'ordre arabe demandant aux Palestiniens de quitter la Palestine ».



On peut affirmer, aussi et surtout, qu'il y a eu depuis le début de l'aventure sioniste un climat tendant à préparer cette « élimination » et que nombre de responsables sionistes avaient bien eu cette volonté de voir procéder à des « transferts » plus ou moins forcés, avaient réfléchi sérieusement aux modalités pratiques d'exécution et imaginé les solutions les plus efficaces. Pour Uri Ben Eliezer, comme le rapporte Greilsammer[80], « il y avait la volonté d'expulser, il y avait une idéologie, il y avait une connivence non écrite entre la direction politique et les militaires et pour cela un ordre explicite n'était pas nécessaire. L'ordre tacite d'expulser n'est que la partie visibl e de l'iceberg, le reflet d'une culture politique datant d'avant 1948 selon laquelle le départ des Arabes de Palestine allait de soi, était normal et inévitable ».

Les moyens et des méthodes mis en œuvre en 1948, pour terroriser les Palestiniens et les déporter, n'ont pas été sans créer chez certains Juifs une grave crise de conscience. Ahara Zisling, ministre de l'agriculture pouvait déclarer : « Maintenant, les Juifs aussi se conduisent comme des nazis, et mon être entier en est ébranlé ».

Selon les nouveaux historiens : « il ne fallait pas le dire, il ne fallait pas l'écrire, il fallait le faire » (Greilsammer[81]).



Il faut d'ailleurs savoir à ce propos que, bien avant la création de l'État d'Israël, il existait des "Commissions de transfert" des populations non juives, commissions qui, nous dit encore Greilsammer, devaient agir « comme une sorte de lobby auprès du gouvernement et organiser elles-mêmes la destruction de villages abandonnés ». Elles avaient aussi pour but affiché « de faire en sorte que les Arabes qui avaient fui ne puissent pas revenir sur leurs domaines ».



Les textes qui témoignent de cette ferme volonté de récupérer tout le territoire de la Palestine pour les Juifs sont multiples et parfaitement explicites. Et, comme on peut s’en rendre compte, ils ne sont pas tous dépourvus d'un certain cynisme !



Dès 1895, Theodor Herzl note dans son Journal du 18 juin : « Nous tenterons d'encourager la population miséreuse à passer la frontière en lui procurant de l'emploi dans les pays de passage, tout en lui refusant tout travail dans notre pays. Le double processus d'expropriation et de déplacement doit être mené de façon à la fois prudente et discrète. Que les propriétaires fonciers s'imaginent qu'ils nous roulent et nous vendent leurs biens à des prix exagérés ; nous, pour notre part, ne leur revendrons rien ».

Israël Zandwill, écrivain juif de Grande-Bretagne et porte-parole du mouvement sioniste écrit en 1905 : « Si nous voulons donner un pays à un peuple sans pays, il serait absolument fou de lui permettre d'être le pays de deux peuples. Cela ne peut que créer des problèmes. Les juifs souffriraient, et nos voisins aussi. De deux choses l'une : il faut trouver un autre lieu, soit pour les juifs, soit pour leurs voisins ».

Et en 1920 : « Nous ne pouvons pas permettre aux Arabes de se mettre en travers d'une entreprise de reconstruction historique aussi précieuse. Aussi devons-nous les convaincre gentiment de "prendre la piste". Après tout ils ont l'Arabie avec ses millions de kilomètres carrés, ils n'ont aucune raison de s'accrocher à ces quelques kilomètres carrés. Plier leur tente et disparaître en silence est leur habitude : qu'ils la mettent donc maintenant en pratique ».

Moshe Beilinson, écrivain et proche collaborateur de Ben Gourion, écrit de même en 1929: « Il y a une différence fondamentale et décisive entre la situation des Arabes en tant que nation et celle des Juifs en tant que nation. Les Arabes, du point de vue national, n'ont pas besoin de la Palestine. Ils sont liés à d'autres centres. Là, en Syrie, en Irak, dans la péninsule arabique, gît la patrie des Arabes. Nous ne sommes pas responsables du fait que tel individu est né à tel endroit, et non pas quelques kilomètres plus loin ».



En 1937, Bonné, directeur d'un Institut au Fonds national juif (KKL), lors d’une réunion du "Comité du transfert" peut dire : « les arguments pour ou contre le caractère obligatoire du transfert doivent être énoncés en détail. Il est vital de ne pas renoncer trop facilement à la proposition de "coercition" qui a originellement été suggérée, non par les juifs, mais par les Anglais ».

« Je suis convaincu, dit de son côté Shmuel Zukhovitsky, spécialiste des questions agricoles, lors d'une réunion de l'exécutif de l'Agence juive, qu'il sera tout à fait impossible d'accomplir le transfert sans coercition. Je ne vois dans cette mesure rien d'immoral. Je veux aider les juifs à rejoindre l'état juif et je veux aider les Arabes à rejoindre l'État arabe ».

À la même réunion de 1938, Menahem Ussishkin : « Si vous me demandez s'il est moral de déplacer 60 000 familles de leur lieu de résidence et de les transférer ailleurs, je dirai que c'est moral... Je suis prêt à aller défendre la moralité de la chose devant le Tout-Puissant et devant la Société des Nations... Il n'y a pas que le gouvernement britannique qui puisse procéder au déplacement forcé et, à cet effet, deux choses sont nécessaires : de la poigne anglaise et de l'argent juif ».

Tandis que pour David Remez, Président du Comité national, secrétaire général de la Histradout à la même époque : « Il y a des choses délicates dont il n'est pas facile de parler. Néanmoins nous devons dire ces choses en dépit du risque que cela comporte. Nous devons avoir la force de confisquer des terres dans l'État juif pour le développement et la mise en œuvre du plan de colonisation qui est à la base de la structure tout entière ».

Quant au directeur du "Fonds national juif", Yosef Weitz, il écrivait en 1940 : « Il doit être clair pour nous qu’il n'y a pas de place pour deux peuples dans ce pays. Si les Arabes le quittent, cela nous suffira [...] sinon il n'existe pas d'autre moyen que de les déplacer tous ; il ne faut pas laisser un seul village, une seule tribu. Il faut expliquer à Roosevelt, et à tous les chefs d'États amis, que la terre d'Israël n'est pas trop petite si tous les Arabes s'en vont, et si les frontières sont un peu repoussées vers le Nord, le long du Litani, et vers l’Est, sur les hauteurs du Golan ». (Journal, Tel-Aviv, 1965)

Et en 1941 : « Pendant tout le voyage, mes réflexions tournaient autour de ce plan auquel nous pensons depuis des années. Le plan d'évacuation du pays à notre profit, je connais les difficultés... mais c'est seulement du transfert des populations que le salut viendra. Il n'y a pas de place pour nous avec nos voisins. Le développement est un processus trop lent. Ils sont trop nombreux et trop enracinés. La seule manière, c'est de les éradiquer, d'arracher leurs racines ».

Plus tard il explicitait parfaitement ce qui signifiait en pratique « rendre la Palestine "juive". « Il y en a qui croient que la population non-juive même en pourcentage élevé, à l’intérieur de nos frontières, sera plus facilement surveillée par nous ; et il y en a d’autres qui croient le contraire, c’est-à-dire qu’il est plus facile de surveiller les activités d’un voisin que celles d’un locataire. Je tends à soutenir ce deuxième point de vue et j’ai un argument supplémentaire : la nécessité de renforcer le caractère de l’État qui sera désormais juif (…) avec une minorité non-juive limitée à 15 %. J’étais déjà arrivé à cette conclusion fondamentale dès 1940 et je l’avais noté dans mon Journal : "Nous devons utiliser l a terreur, l’assassinat, la confiscation des terres et la suppression de tous les services sociaux pour débarrasser la Galilée de sa population arabe"». (Rapport Koenig dans le journal israélien Al Hamishar du 7 septembre 1976)



Dans ses écrits, Baruch Kimmerling, professeur à l'Université de Jérusalem, rapporte aussi, nous dit Joseph Algazy[82], les propos du premier président de l'État d'Israël Haïm Weizmann selon lequel le vrai « miracle » lors de la guerre de 1948 n'avait pas été la victoire juive, mais le « nettoyage » du pays par l'éviction des Arabes. « Tout le monde le savait, écrit-il, mais ce sujet a toujours figuré parmi les tabous de l'historiographie israélienne ». Et Kimmerling d'ajouter : « Historiens et sociologues, tous ceux qui font ce que l'on exige d'eux - fournir au peuple une histoire partielle, préfabriquée, déformée, fondée sur des mythes - abusent de leur fonction de scientifiques comme de leur fonction intellectuelle ».

Dans le grand journal israélien Yediot Aharonoth du 14 juillet 1972, Yoram Ben Porath rappelle avec force l'objectif à atteindre : « C'est le devoir des dirigeants israéliens d'expliquer clairement et courageusement à l'opinion un certain nombre de faits que le temps fait oublier. Le premier de ceux-ci, c'est le fait qu'il n'y a pas de sionisme, de colonisation, d'État juif, sans l'éviction des Arabes et l'expropriation de leurs terres ».

Ben Gourion, qui fut sans doute le plus grand théoricien et praticien des transferts massifs de populations arabes, considérait d'ailleurs le transfert comme « une idée humaniste et sioniste importante ». En effet, pour lui, le transfert permettait de donner des terres nouvelles à la fois aux Juifs (venant en Palestine) et aux Arabes (transférés en Jordanie, en Syrie, ou en Irak). On peut noter, à ce propos, que le transfert des Arabes figurait dans le programme du Labour Party britannique en 1944 (Greilsammer[83]).

Rehavam Zeevi (ministre dans le gouvernement Shamir en 1983) n'hésite pas, quant à lui, à demander le transfert de tous les Palestiniens de Cisjordanie vers d'autres terres arabes au motif que Staline et les Polonais ont pratiqué ainsi en Poméranie, en Silésie, en Prusse en 1945 sans que le monde réagisse.

Quant à Rafael Eitan chef d’état-major des Forces armées israéliennes et dirigeant du parti raciste d’extrême droite Tsomet, il est plus précis encore : « Nous déclarons ouvertement que les Arabes n’ont aucun droit à s‘établir ne serait-ce que sur un centimètre d’Eretz Israël (…) La force est la seule chose qu’ils comprennent et qu’ils comprendront jamais. Nous utiliserons la force extrême jusqu’à ce que les Palestiniens viennent à nos pieds en rampant ». (Gad Becker, "Yediot Aharanot » du 13 avril 1983 ; New York Times du 14 avril 1983).

Favoriser le départ des populations arabes de Palestine en exploitant leur faiblesse ou organiser méthodiquement leur irréversible transfert à l'occasion des diverses guerres qui ont ensanglanté la Palestine a manifestement été une préoccupation majeure et quotidienne de nombreux sionistes depuis le début de leur entreprise, mais surtout, bien entendu, depuis 1947 et la création de l'État d'Israël. Si le transfert des Arabes n'est plus actuellement que dans le programme politique de l'extrême droite israélienne - ce « crime contre l’humanité » pour le droit international - il n'en reste pas moins que tous les gouvernements qui se sont succédé ont eu comme objectif prioritaire: "un État juif pour les seuls Juifs"!

Comme le montrent les statistiques, la réussite de ce plan, élaboré avec soin et mis en œuvre avec une persévérance sans faille, est incontestable et spectaculaire : une population de plusieurs millions de personnes a perdu sa place et ses biens au profit exclusif d'une autre population déterminée sur un critère racial.

Néanmoins, quelques « grains de sable » enrayent la machine infernale : désormais il y aura toujours des non-Juifs en Israël - à moins que la « folie » se donne libre cours et que l'abdication de l'ONU se perpétue, ce qui n'est nullement exclu - tandis que l'utopie sioniste dévoile progressivement sa malignité foncière à un nombre croissant de personnes et que le malaise et le doute rongent nombre de ses supporters.
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:27

13 - SIONISME ET ANTISIONISME CHEZ LES JUIFS





Entre 1900 et 1947 qui voit la création de l'État d'Israël, les partisans du sionisme sont très minoritaires



À cette époque, les Juifs pour une proportion fort importante d'entre eux, sont parfaitement assimilés dans les nombreux pays où ils vivent, pays d'Europe notamment tels la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni... Ils sont d'abord Français, Allemands, Anglais avant d'être juifs : leur patrie est celle qui les a vus naître, grandir, accomplir leur service militaire, exercer leur profession, faire la guerre avec ferveur patriotique comme soldats ou officiers. La culture, l'histoire de ces pays est leur culture et leur histoire. Ce sont des Français juifs, des Allemands juifs, des Anglais juifs comme il y a des Français catholiques, des Allemands protestants, des Anglais agnostiques. En exceptant l'agriculture il y a des Juifs - on disait plutôt des Israélites - dans toutes les professions, y compris dans l'armée.

C'est dire, à ce propos, qu'il était absolument inconcevable pour les Juifs allemands, particulièrement bien intégrés, de penser que les nazis étaient susceptibles de les exterminer et que tant d’entre eux paieraient de leur vie leur attachement à la patrie allemande.

Quant à Marc Bloch, historien torturé et fusillé par la Gestapo en 1944, il pouvait crier son amour de la France et écrire dans L'étrange défaite : « La France, dont certains conspirent à m'expulser aujourd'hui et peut-être (qui sait ?) y réussiront, demeurera, quoi qu'il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J'y suis né, j'ai bu aux sources de sa culture, j'ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé à mon tour de la défendre de mon mieux »[84].

Chez un grand nombre de Juifs éloignés de leur religion, la règle de transmission de la judéité par l’hérédité s'est elle-même estompée au point d'être totalement négligée.



S'appuyant sur la dimension spirituelle du Judaïsme présente dans la Torah et dans divers autres textes, l'opposition juive au sionisme - née d'abord chez les croyants - s'est manifestée dès l'apparition de l'entreprise sioniste et n'a jamais cessé jusqu'à la guerre de 1939-1945. La plupart de ces juifs refusèrent l'émigration en Palestine. De multiples données historiques, de multiples textes émanant de religieux, de laïcs ou d'historiens juifs en font foi.

Citons par exemple :

- la motion votée, sur la proposition du rabbin Isaac Meyer Wise, lors de la Conférence des Rabbins américains à Montréal en 1897 : « Nous désapprouvons totalement toute initiative visant à la création d'un État juif. Des tentatives de ce genre mettent en évidence une conception erronée de la mission d'Israël que les prophètes juifs furent les premiers à proclamer. Nous affirmons que l'objectif du judaïsme n'est ni politique, ni national, mais spirituel. Il vise une époque messianique où tous les hommes reconnaîtront appartenir à une seule grande communauté pour l'établissement du Royaume de Dieu sur la terre ». (Conférence centrale des Rabbins américains, Yearbook VII, 1897, p.12)

- les propos du Baron de Rothschild à qui Théodor Herzl était venu demander son soutien : « Un état juif serait un ghetto et subirait les mêmes préjugés. L'état des Juifs, lui, serait mesquin, petit, intolérant, non libéral et orthodoxe. Il exclurait les non-Juifs et les Chrétiens ».

- l'opposition violente à l'entreprise sioniste naissante du Bund. Cette organisation socio-démocrate créée à la fin du XIXe siècle et rassemblant des ouvriers juifs socialistes de Russie, de Pologne et de Lituanie prône une assimilation d'ordre universaliste.

- la déclaration de Simon Wolf, le dirigeant du N'nai Brith (organisation juive structurée comme les ordres maçonniques) : « les États-Unis sont notre maison, notre Palestine » et il ajoutait en 1888 : « nous n'avons d'ambition que celle de prospérer sur cette terre d'adoption, dont nous avons contribué à la croissance matérielle, sociale et intellectuelle ». Pour lui, c'est la religion qui définit le Juif.



De nombreux rabbins considéraient en effet la doctrine politique du sionisme comme « une insulte pour le judaïsme ». La terre de Palestine n'est qu'une terre virtuelle et symbolique : c'est la Torah qui représente le véritable monde du Juif religieux. Voyant dans le projet colonial des sionistes une dangereuse hérésie le directeur de l'Alliance israélite écrivait : «Chez nous, nous n'avons pas changé d'opinion sur les dangers du sionisme. Nous restons convaincu que ce mouvement aboutira à un insuccès final, et peut être même à une catastrophe » Quant au grand rabbin Yaakon Kappel Rottblum il disait dans une de ses lettres[85] : « Le danger du sionisme c'est qu'il fait accomplir au peuple juif des péchés, des choses mauvaises en lui faisant croire qu'ainsi il accomplit la loi divine. C'est en cela que consistait le péché des habitants de Sodome : ils n'avaient pas conscience de faire le mal ; ils pensaient au contraire qu'ils s'acquittaient de leur devoir de citoyens, qu'ils accomplissaient la loi de leur pays. Tels sont les sionistes. » Rappelons aussi que le premier congrès sioniste n'avait pu se tenir en Allemagne par suite de la protestation des rabbins allemands. Cette idée de la création d'un État laïque leur paraissait absolument sacrilège.

Citons encore :

- la déclaration présentée au président Wilson, pour la Conférence de la paix de 1919, par deux organisations juives américaines dirigées par des rabbins : l'UAHC (Union of American Hebrew Congregation) et le CCAR (Central Conference of American Rabbis). Après avoir dénoncé l'entreprise sioniste visant à sectoriser les Juifs en tant qu'unité politique et rappelé le principe d'égalité pour tous les citoyens de tous les États, la pétition mettait en garde contre le conflit entre Juifs et non-Juifs qu'entraînerait inexorablement la création d'un État juif en Palestine. Elle se terminait ainsi : « En ce qui concerne le futur de la Palestine, notre espoir fervent est que ce qui fut un jour la "Terre promise" pour les Juifs devienne une "Terre de promesse" pour toutes les races et croyances, sauvegardée par la Société des Nations qui sera, comme il est prévu, le fruit de la Conférence de la paix, attendue avec tant d'anxiété et d'espoir. Nous demandons que la Palestine soit constituée en État libre et indépendant gouverné sous une forme démocratique, par un gouvernement reconnu, indépendamment de toute appartenance religieuse et ethnique, et avec un pouvoir adéquat pour protéger le pays contre toute oppression quelle qu'elle soit. Nous ne souhaitons pas voir la Palestine, maintenant ni jamais dans le futur, organisée comme un État juif ».



- l’avis de Sigmund Freud en 1930 en réponse à un appel de l’association sioniste de Jérusalem Keren Hajessod qui lui demande de protester contre les entraves par les Arabes de Palestine à l’exercice du culte juif dans la Ville Sainte. Tout en ne prenant pas parti pour la cause arabe, Freud pense que la « défiance » palestinienne est due « en partie au fanatisme irréaliste de (notre) peuple » et il ajoute que « la Palestine ne pourra jamais devenir un État juif » [86].



- la déclaration d'Albert Einstein en 1938 : « La conscience que j'ai de la nature essentielle du judaïsme se heurte à l'idée d'un État juif doté de frontières, d'une armée, et d'un projet de pouvoir temporel, aussi modeste soit-il. Je crains les dommages internes que le judaïsme subira en raison du développement dans nos rangs, d'un nationalisme étroit dans nos propres rangs […] Devenir une nation, au sens politique du mot, équivaudrait à se détourner de la spiritualité de notre communauté que nous devons au génie de nos prophètes.



Stefan Zweig fustige, lui aussi, le sionisme promu par Theodor Herzl. Pour lui, la grandeur du peuple juif réside dans le fait qu'il n'a ni territoire, ni armée et qu'il n'existe que par sa référence à la Torah. « Je tiens, écrit-il, les idées nationales pour dangereuses comme toutes les limitations et je vois dans le projet de réalisation du judaïsme un recul et un renoncement à sa mission la plus haute ».

Judah Magnes, président à l'Université hébraïque de Jérusalem, lors de son allocution d'ouverture à la rentrée de 1946 prend de même résolument parti contre l'idéologie sioniste de plus en plus pressante : « Nous ne pouvons pactiser avec une société où le nationalisme est devenu un credo imposé. À la lumière de notre conception universaliste de l'histoire du destin juif, et aussi parce que nous sommes préoccupés par la situation et la sécurité des juifs dans les autres parties du monde, nous ne pouvons souscrire à l'orientation politique qui domine le programme sioniste actuel, et nous ne la soutenons pas. Nous pensons que le nationalisme juif tend à créer la confusion chez nos compagnons sur leur place et leur fonction dans la société, et détourne leur attention de leur rôle historique : vivre en communauté religieuse partout où ils so nt… La nouvelle voix juive parle par la bouche des fusils…Telle est la nouvelle Thora de la terre d’Israël. Le monde a été enchaîné à la folie de la force physique. Le ciel nous garde d’enchaîner maintenant le judaïsme et le peuple d’Israël à cette folie. C’est un judaïsme païen qui a conquis une grande partie de la puissante diaspora. Nous avions pensé, au temps du sionisme romantique, que Sion devait être racheté par la droiture. Tous les juifs d’Amérique portent la responsabilité de cette faute, de cette mutation… même ceux qui ne sont pas d’accord avec les agissements de la direction païenne, mais qui restent assis, les bras croisés. L’anesthésie du sens moral conduit à son atrophie. » (in Norman Bentwich. For Sion sake. Biographie de Judas Magnes. Jewish Publication society of America, 1954, p. 352).



Parallèlement, de nombreuses organisations juives, notamment d'Allemagne (l'Association des rabbins, l’Association centrale des Juifs d’Allemagne), de France (l'Alliance israélite universelle), d'Autriche (l'Israelitische Allianz), l'Association de la communauté juive de Londres montrent la même opposition déterminée au sionisme qui « ronge et corrompt la pensée juive », une opposition formelle toujours basée sur la vocation essentiellement spirituelle de la Torah et du judaïsme.



Par ailleurs, les Juifs religieux et les rabbins avaient des raisons supplémentaires de s'opposer à l'entreprise sioniste : d'une part, ils constataient que la grande majorité des sionistes étaient des incroyants ne respectant pas le shabbat, d'autre part ils refusaient, au nom de la Torah et de multiples textes à l'appui, qu'une terre soit gagnée et par l'argent, et par la violence préconisée par les sionistes. Dans une tradition fondamentale du judaïsme n'est-il pas dit que « la violence commence là où finit la parole » ? Ainsi beaucoup s'opposèrent de toutes leurs forces à l'entreprise sioniste sur le point de triompher en 1947 : « Les sionistes impies veulent substituer le nationalisme à la Torah » dit l'un, tandis qu'un autre, Yoël Teitelbaum, écrit : « En tentant de précipiter la Rédemption d'Israël, Israël a commis la pire des transgressions envers la Torah. Les nazis ne sont qu'un instrument de la colère divine, le sionisme qui l'a provoquée est le véritable responsable d'Auschwitz. Son succès n'est qu'un piège de Satan »[87]. Pour nombre de dirigeants orthodoxes, en effet, l'entreprise sioniste n'est autre que l'œuvre anti-messianique de Satan lui-même. Les deux événements intimement liés que sont l’extermination des Juifs par les nazis et la naissance de l'État d'Israël participent d'un seul et même processus malin : c'est l'irruption des forces du Mal.

Pour les socialistes comme Gustave Kahn : « La Jérusalem nouvelle, ce sera toute la terre, toute la terre socialiste ». Quant au parti communiste, fondé en 1922, il pourfend le sionisme au nom de la libération de tous les Palestiniens, Juifs et Arabes.

Par ailleurs, pour nombre de penseurs, en correspondance avec le message spirituel des prophètes, la « Terre promise » représente, non un morceau de terre, mais le monde moral tel qu'il se développe au cours de l'Histoire...! D'autres, plus pragmatiques, tout en étant favorables à un centre spirituel en Palestine, rejettent formellement l'idée d'un État juif en raison de considérations pratiques et en premier lieu du fait de la présence arabe. Car, contrairement à ce que laissent croire les sionistes, le pays n’est pas un désert. Après s’être rendu en Palestine pour la première fois en 1891, un Juif russe, Asher Ginzberg, honoré partout en Israël sous le nom d’Ahad Ha’am nous dit Alain Gresh[88], écrit ceci dans un artic le prémonitoire intitulé Vérité sur la terre d’Israël : « Nous avons l’habitude de croire que la terre d’Israël est aujourd’hui presque entièrement désertique, aride et inculte, et que quelconque veut y acheter des terres peut le faire sans entrave. Mais la vérité est tout autre. Dans tout le pays, il est dur de trouver des champs cultivables qui ne soient pas cultivés […] Nous avons l’habitude de croire, hors d’Israël, que les Arabes sont tous des sauvages du désert, un peuple qui ressemble aux ânes, qu’ils ne voient ni ne comprennent ce qui se fait autour d’eux. C’est là une grande erreur[…] S’il advient un jour que la vie de notre peuple dans le pays d’Israël se développe au point de repousser, ne fut-ce qu’un tout petit peu, le peuple du pays, ce dernier n’abandonnera pas sa place facilement »



Bref, considérer la communauté juive comme une entité culturelle et spirituelle en refusant tous les éléments nationaux - toute territorialisation étant vue comme une lamentable régression - telle fut la pensée largement dominante chez les Juifs, religieux ou non, jusqu'à la création de l'État d'Israël.

Ainsi que l'écrit par ailleurs l'écrivain israélien Abraham B. Yehoshua il est manifeste que : « L'État d'Israël a été construit sans l'accord du peuple juif ».



Avec la création de l'État d'Israël, un revirement spectaculaire a lieu dans les communautés juives : l'idéologie sioniste triomphe tandis que s'effondre l'opposition antisioniste.



C'est à un changement radical, chez les non-croyants comme chez les croyants, que l'on assiste après la guerre de 1939-45. Avec la vision des camps de la mort et le judéocide hitlérien organisé, les masses juives de par le monde appuient cette création qui a aussi la sympathie de l'opinion mondiale. De plus, la guerre judéo-arabe de 1947-48 avec la peur d'un anéantissement de la communauté juive de Palestine, suivie de la victoire triomphale de son armée, accentue cette adhésion et entraîne un véritable enthousiasme mobilisateur d'énergies. C'est le temps des Kibboutzim et des pionniers jeunes et ardents. Une nouvelle nation est née qui devient pour beaucoup de Juifs la vraie patrie de cœur et d'esprit comme le fut l'URSS, pendant longtemps, pour nombre de communistes occidentaux sincères. Fait caractéristique : l'armée française se vide d'officiers juifs et les jeunes Juifs français - à la faveur d'une disposition l égale instituée par un gouvernement favorable au nouvel État (convention du 30 juin 1959) - font volontiers leur service militaire en Israël.



Bref, un revirement brutal et spectaculaire s'opère : l'opposition antisioniste s'effondre chez les Juifs et ce sont désormais les religieux dans leur ensemble (à l'exception des ultra-orthodoxes) qui, après avoir été à la période précédente les plus opposés à l'entreprise sioniste, deviennent les partisans les plus résolus de cette entreprise visant à la colonisation juive de toute l'ancienne Palestine. Ils sont partout en tête du combat sioniste en faisant appel à tous les textes nationalistes, voire xénophobes de leur religion. Ce sont eux qui manifestent le plus d'agressivité envers les Arabes dont le nombre croissant est susceptible, un jour, de menacer la spécificité d'Israël si des « transferts » massifs ne sont pas effectués. Ne parlons pas de leur mépris ancestral envers les chrétiens qui se sont servis d'un juif, Jésus, pour imaginer avec la Trinité divine - suprême scandale à leurs yeux - une nouvelle form e de polythéisme et d'idolâtrie. Si les Juifs d’aujourd’hui sont le plus souvent extrêmement discrets en paroles sur leurs sentiments à l’égard du christianisme - discrétion à la mesure de la profondeur de leur mépris -Y. Leibowitz[89], quant à lui, n'hésite pas à parler de sa « très, très, profonde haine du christianisme » car « le christianisme est une abomination ».

Ainsi, depuis la création de l’État d’Israël, alors qu’agnostiques et religieux se détestent - les premiers cultivant notamment leurs intérêts électoraux, les autres cultivant leurs intérêts financiers - une étrange collusion entre eux aura permis au sionisme de se développer de façon extraordinaire.



La position des dirigeants sionistes occidentaux et notamment des rabbins



Depuis le début du sionisme, mais plus particulièrement depuis la création d'Israël, les Juifs du monde entier, ceux de France notamment, sont constamment sollicités par de nombreux rabbins et dirigeants d'organisations juives, d'aller vivre en Israël pour contribuer à peupler le pays ou, à défaut, d'aider l'État d'Israël en lui apportant une contribution quelconque dans tous les domaines possibles : politique, défense, diplomatie, finances, technologie, information, renseignement...

Théodor Herzl avait d'ailleurs bien précisé sa pensée dès le début de son entreprise : « Un homme doit choisir entre Sion et la France. Les Français israélites - s'il en est - ne sont pas des juifs à nos yeux et notre cause n'a rien à voir avec leurs affaires ».

Par la suite, au 23e Congrès de l'Organisation sioniste mondiale, Ben Gourion ne manquait pas de rappeler les devoirs de tous les juifs sionistes : « l'obligation collective de toutes les organisations sionistes des diverses nations d'aider l'État juif en toute circonstance doit être inconditionnelle, même si une telle attitude entre en contradiction avec les autorités de leurs nations respectives ».



De telles sentences continuent manifestement à résonner dans les esprits, contribuant à ce qu'un nombre notable de Juifs occidentaux soient des inconditionnels de l'État d'Israël. Mais, en perdant leur liberté de jugement, ils vont montrer volontiers une indulgence coupable vis-à-vis des actions les plus contestables des dirigeants, de l'armée ou des colons israéliens et s'engager dans des directions tout à fait regrettables.

Comment expliquer que ni les dirigeants des organisations juives ni les dignitaires religieux n'aient élevé la voix devant les prises d'otages ou la torture légalisée en Israël ? Comment expliquer les graves insuffisances de l'information dont le monde occidental est toujours victime ? Comment expliquer que les grands rabbins des pays visités par le pape - tous menant la charge comme un seul homme - l'aient harcelé systématiquement, pour la reconnaissance de l'État d'Israël jusqu'à ce que cette reconnaissance soit concédée en 1995 ? Comment apprécier le fait que le Consistoire de Paris, alors que l'Intifada 2000 a fait plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés dont un grand nombre handicapés à vie, « tient à réaffirmer sa solidarité avec Israël » ?



Tout en étant tributaires de l'idéologie sioniste omniprésente, nombre de Juifs occidentaux sont néanmoins victimes d'un malaise manifeste, écartelés qu'ils sont par cette double loyauté qui s'impose à eux, comme l'évoquait le philosophe israélien Y. Leibowitz[90] à l'occasion de la guerre de 1967. À ce moment, les officiels israéliens et le mouvement sioniste avaient demandé aux Juifs de France de s'opposer à la politique du gouvernement français et, plus précisément, au Général de Gaulle qui avait qualifié cette guerre de guerre d'agression et refusait tout envoi d'armes à Israël.

C'est dire aussi qu'il n'est pas surprenant que les Juifs totalement libres de leur jugement et de leur action, en même temps que de la notion raciale et des données religieuses portées par le judaïsme, ne soient qu'une minorité discrète.



L'opposition anti-sioniste moderne chez les Juifs



Si les Juifs en dehors d'Israël sont en très grande majorité sionistes, tout au moins ceux qui s'expriment d'une manière ou d'une autre, il reste que les anti-sionistes, réduits au silence par les médias ou choisissant de se taire par peur de s'attirer les foudres de leur communauté, ne sont pas quantité négligeable même en Israël et que leur nombre croît notablement avec le temps. Y. Leibowitz[91]affirme ainsi qu'il y a cent mille Juifs israéliens à Jérusalem qui ne reconnaissent pas l'État d'Israël. Certains appartiennent au parti communiste créé en 1992 (seul parti rassemblant des Arabes et des Juifs), d'autres sont tout simplement des hommes libres, d'autres enfin sont des Juifs de stricte observance qui dénoncent le sionisme comme une entreprise humaine impie et une profanation de l'idéal religieux. Parmi ces derniers, on peut citer notamment le groupe Netourei Karta dont les membres, au nombre de plusieurs dizaines de milliers, vivent au cœur du quartier religieux de Mea Shearim à Jérusalem (dans l’attente que le troisième Temple, porté par quatre aigles, vienne se poser sur les ruines de la mosquée du Rocher) et haïssent le sionisme et les sionistes. Et l’on peut même signaler que l'un ces Juifs religieux, le rabbin Moshe Hirsch, est devenu un des conseillers de Yasser Arafat et membre de la délégation palestinienne lors de plusieurs négociations avec les Israéliens : « Les sionistes ont transformé le concept de nation juive en le réduisant à un nationalisme fondé sur la langue et sur la terre, proclame-t-il. Nous, nous savons que le peuple juif est défini pa r sa foi et par son observance de la Torah » ! Pour ce rabbin, comme pour la plupart de ses prédécesseurs d'avant 1947 : « Le sionisme est diamétralement opposé au judaïsme. Le sionisme veut définir le peuple juif comme une entité nationale... C'est une hérésie qui conduit à l'abîme » (in Washington Post du 3 octobre 1978).

Aux yeux de certains milieux ultra-orthodoxes, « le sionisme est perçu comme une profanation de l’idéal religieux » tandis que « les sionistes sont des renégats, des mangeurs de cochon, qui prônent une identité juive se passant complètement de référence d la Tora, à Dieu ». En outre, ils compromettent gravement la mission d’Israël en exil. Israël est en exil non seulement parce qu’il est châtié pour ses péchés, mais pour assumer, au cœur de l’exil, une fonction éthique, mystique et rédemptrice auprès des Nations. [92]



Emmanuel Lévyne[93] écrit de même en 1969 : « Reconquérir la terre d'Israël par l'argent et les armes, c'est manquer de foi : c'est-à-dire commettre le péché principal qui a été la cause de l'exil. C'est le plus sûr moyen d'en repartir et d'en être chassé totalement et définitivement. Poursuivant son argumentation, il ajoute : « Le sionisme politique nie la foi essentielle d'Israël. C'est la plus dangereuse hérésie de toute l'histoire juive. Elle menace l'existence du judaïsme. Il faut donc la combattre avec la plus grande énergie ».



Les rabbins de l'État de New York réunis en congrès le 7 février 2002 - remarquable exception dans la communauté des rabbins occidentaux et parmi le population des États-Unis - restent dans cette ligne antisioniste résolue. Ils déclarent courageusement : « L'observation des préceptes de la Torah interdit aux Juifs d'avoir un État, fût-il un État religieux. C’est pourquoi tous les rabbins et tous les Juifs craignant Dieu se sont opposés au sionisme, dès son apparition, sous toutes ses formes et dans toutes ses conséquences [...] Le sionisme entraîne les Juifs dans d’interminables conflits avec d’autres peuples. Il nous oblige à nous engager de manière agressive dans les guerres, les manœuvres politiques et les pressions les plus diverses. Il ne s’agit pas là de valeurs juives [...] Notre programme est de prier pour un démantèleme nt pacifique de l’État d’Israël afin d’encourager les Juifs, de par le monde, à couper les liens avec cet État ».



Et puis il y a l’opposition des intellectuels. L’écrivain israélien Batya Gour[94] constate que « La littérature et la poésie hébraïque modernes se distancie de l’État depuis deux générations. De grands écrivains ‘Samuel Yizhar, Yehoshua Kenaz, Amos Oz, Avraham B. yehoshua) et poètes (Nathan, Zach, Yehuda Amichaï, Dalia Ravikowitch) ont clamé haut et clair qu’ils se désolidarisaient du sionisme politique. »

En ce début de millénaire, le débat entre sionistes et anti-sionistes est particulièrement intense en Israël. « Jamais la remise en cause de nos mythes fondateurs n’avait été aussi répandue » écrit Zev Sternhell. Beaucoup de Juifs, manifestement malheureux devant les violences suscitées, voire honteux devant le comportement inadmissible de leur État vis-à-vis des Arabes, et sentant que tourne le vent de l'Histoire, tentent de dessiner l’avenir. Certains proposent que « l'État juif » devienne « l'État des juifs et de ses autres citoyens ». D'autres enfin, bien plus audacieux encore, souhaitent qu'Israël devienne simplement comme les autres États modernes, « l'État de ses citoyens », c’est-à-dire qu’il soit totalement neutre vis-à-vis des identités ethniques, confessionnelles et culturelles !

Dans la même perspective, certains auteurs, en France notamment, élaborent un Israël post-sioniste. Ils faut bien voir néanmoins qu’Israël qui s’est défini explicitement comme un «État juif en terre d’Israël » est fondamentalement lié au sionisme. C’est dire qu’après le sionisme (quand cette idéologie sera neutralisée par les forces démocratiques et laïques), Israël sera un État qui, tout en conservant sa culture, sa société et son économie, aura, avec ses deux composantes réconciliées, un autre nom, un autre drapeau, un autre hymne national.



Bien entendu, les sionistes crient au scandale devant de telles idées sacrilèges. La violence de leurs propos n'a d'égale que la haine qu'ils manifestent et la vengeance qu'ils appellent à l'encontre de leurs adversaires et notamment des Juifs qui mettent en cause la politique israélienne. Le rabbin américain Michael Lerner, éditeur de la revue Tikkun Magazine et auteur de l'ouvrage Renaissance juive : une clé pour la guérison et le changement, rapporte (dans The Los Angeles Times du vendredi 18/05/01) qu'une des lettres qu'il reçoit de ses coreligionnaires est ainsi rédigée : « Crevez... Crevez... Espèce de sous-hommes, d'animaux gauchistes, on devrait tous vous exterminer ». Une autre contient ces term es : « Traître, quelqu'un viendra vous liquider - tout ce que vous méritez, c'est de pourrir en enfer » tandis qu'un site Internet indique l'adresse personnelle du rabbin et comporte un plan avec des indications routières précises permettant d'accéder facilement à son domicile.


En résumé, il reste que, au nom du judaïsme, la grande majorité des Juifs d’hier (d’avant la guerre 1940-45) étaient violemment opposés au sionisme (en tant qu’idéologie et mouvement devant conduire à un État spécifiquement juif) et que les Juifs les plus religieux d’aujourd’hui le sont aussi.
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:33

14 - SIONISME et HOSTILITÉ ANTIJUIVE

CHEZ LES ARABES



Alors que l’ « antisémitisme » a toujours sévi et sévit toujours à l'époque moderne, dans les populations de tradition chrétienne, croyantes ou non-croyantes, politiquement de « gauche » ou de « droite » et d'autant plus qu'elles sont croyantes ou extrémistes, on peut dire qu'il est resté longtemps marginal ou inexistant chez les Arabes même si le Coran contient des propos violents contre les Juifs. Après la période andalouse de coexistence pacifique, voire harmonieuse, c'est dans le monde arabe - notamment dans l'Empire ottoman - que les Juifs chassés d'Espagne se sont réfugiés et bien des autorités politiques du siècle passé (Mohammed V au Maroc, Bourguiba en Tunisie...) ont toujours défendu leurs ressortissants juifs contre les agressions dont ils pouvaient être victimes. Plus récemment, une conférence d'initiative helvético-américaine niant le génocide juif et qui devait avoir lieu en avril 2001 à Beyrouth fut in terdite, notamment sur intervention d'un groupe important d'intellectuels arabes regroupant des Libanais, des Maghrébins, des Syriens et des Palestiniens. Parallèlement, l'ambassadeur d'Algérie diffusait, au nom du groupe des ambassadeurs arabes auprès de l'Unesco, le texte suivant : « La décision d'interdire la conférence négationniste honore le Liban et l'ensemble du monde arabe. Elle est conforme à l'esprit de cohabitation millénaire entre les Juifs et les Arabes. Elle vise à préserver de toute altération une mémoire commune, fondée sur une cohabitation et sur la contribution reconnue de la communauté juive à l'épanouissement de la civilisation arabo-islamique, de la période des Omeyades à l'Andalousie ».



Il est vrai que certains milieux islamistes peuvent faire ressurgir les sérieux différends survenus jadis entre le prophète Mahomet et les Juifs accusés d'avoir falsifié leurs propres prophètes, ce qui s'était traduit notamment par la Charte d'Omar suivant laquelle les Juifs devaient être tolérés en tant que peuple du Livre, mais marqués par un signe : un petit morceau de tissu jaune les différenciant comme dhimmis (protégés). Il est vrai qu’au Moyen-Âge, des courants musulmans extrémistes ont pu décimer certaines communautés juives mais le phénomène est resté relativement limité. Ainsi que l’écrit Maxime Rodinson[95] : « Ce n’était pas là une situation idyllique comme le dépeignent souvent les idéologues nationalistes musulmans et arabes en particulier. Ce n’était pas non plus un enfer d’humiliation et d’oppression constantes comme le prétendent les sionistes ». Alors que l'antagonisme doctrinal entre les religions juive et chrétienne, qui s'est manifesté de façon dramatique à de multiples reprises, est fondamental et radicalement irréductible - on sait que les Juifs mépriseront toujours les chrétiens pour avoir fait d'un Juif un dieu (faut-il rappeler que le "goy" fut d'abord le "chrétien" ?) et que les chrétiens, de leur côté, déploreront toujours avec une certaine condescendance que les Juifs se soient, par leur rejet du Christ, amputés de la Rédemption chrétienne – l’islam, quant à lui, a conservé le monothéisme absolu du judaïsme.



Fait remarquable, alors que la création de l'État d'Israël engendrait pour les Arabes une catastrophe continue avec des paroxysmes particulièrement sanglants, alors que sévissait un racisme anti-arabe caractérisé de la part de nombre de Juifs israéliens, l'opposition des Arabes fut dirigée pendant longtemps en Palestine, non pas contre les Juifs avec leur tradition ou leur culture d'origine religieuse, mais contre les sionistes en tant qu'oppresseurs. Ce n'est guère que depuis quelques années que les violences de tous ordres et les injustices engendrées par le sionisme à l'encontre d'un peuple innocent des malheurs juifs, et ce avec le soutien aveugle de nombre de Juifs occidentaux, ont finalement abouti, par un phénomène de généralisation abusif mais banal à faire pénétrer une hostilité caractérisée au sein de populations qui jusque-là en étaient pratiquement indemnes ! « Il es t de plus en plus fréquent, écrit en 2001 Nadine Picaudou[96], même hors période de tension, d'entendre les Palestiniens dire "les Juifs" au lieu de dire "les Israéliens" alors qu'ils veulent effectivement dire "les Israéliens". » Lors de l'Intifada 2000, fleurirent les inscriptions "Mort aux Juifs"... Lors de l'Intifada 2000, fleurirent les inscriptions "Mort aux Juifs"... La conférence de Durban en 2001, où retentit le slogan « One Jew, one bullet », viendra aussi confirmer cette hostilité antijuive en réaction au comportement d’Israël.

On peut signaler encore que la première édition des Protocoles des Sages de Sion, le célèbre faux fabriqué en France contre les Juifs au début du siècle par un russe émigré, est éditée dans de nombreux pays musulmans (tout en l’étant aussi dans des pays non-musulmans : France, Russie et pays ex-communistes, Inde, Japon, Argentine...) Aujourd'hui la référence aux Protocoles est présente dans les textes et les discours du FIS algérien et du Hamas palestinien tandis que quelques intellectuels arabes reprennent les thèses développées en Europe il y a quelques années niant le judéocide par les nazis.

Si le sionisme a manifestement fait naître une hostilité antijuive chez les Arabes du Moyen-Orient, il est évident que le phénomène peut, en Occident où il est endémique, revêtir une tout autre ampleur. Les attaques de synagogues ou la destruction des symboles juifs par des jeunes gens issus de l'immigration maghrébine à la suite de la sanglante répression des années 2000-2002 contre les Palestiniens sont des exemples caractéristiques où un amalgame se crée à l'occasion des exactions sionistes répétées depuis tant d'années.

Et par delà ce type d'exactions, certaines attitudes collectives contribuent peut-être plus encore à perpétuer l'hostilité anjuive... Comment le statut hors normes d'Israël, à la fois revendiqué par les sionistes et accordé par le monde occidental avec la constante indulgence qui le sous-tend, pourrait-il ne pas être un de ces facteurs en faisant des Juifs, non pas des hommes « différents », mais fondamentalement « autres » comme l’enseigne, hélas, le judaïsme, pour le malheur des siens (cette donnée capitale sur laquelle nous reviendrons) ?





« En tant que Juif (non sioniste) je peux m'entendre avec n'importe quel Arabe a écrit Emmanuel Lévyne[97], mais en tant qu'Israélien c'est impossible. Si donc je désire avoir un dialogue avec les Arabes, je dois demeurer juif et ne pas devenir israélien, c'est-à-dire refuser l'État d'Israël. Ce qui m'importe, c'est d'avoir le droit d'habiter en Terre Sainte en paix et sans faire la guerre : dans un État palestinien, ce ne serait pas difficile ; avec un État israélien, c'est impossible. »

La réciproque est également juste : un Arabe peut s'entendre avec un Juif non-sioniste... Il convient néanmoins d'ajouter (ce que Lévyne a manifestement négligé...) : que l'État ne soit pas « islamiste », ce qui le ferait aussi désastreux qu'un état « juif ». Car, il faut bien voir que le sionisme est au judaïsme ce que l'islamisme est à l'Islam ou l'intégrisme (des siècles passés) au christianisme : une évolution dont les sources sont religieuses et le résultat toujours malheureux.



À propos de l'influence du Judaïsme et de l'Islam en tant que religions sur le conflit du Moyen-Orient, Maurice-Ruben Hayoun[98] s'interroge ainsi : « Et s'il ne s'agissait pas d'un simple contentieux territorial entre deux pays limitrophes, mais plutôt d'une animosité ancestrale, recuite, opposant non point deux cultures mais deux religions à propos de leurs origines communes ?» Cet écrivain, aveuglé lui aussi par l'actualité, ne voit plus l'essentiel : si les Arabes réagissent en fonction de leur croyance religieuse - comment pourrait-il en être autrement alors qu'ils sont chaque jour face à la vie et à la mort - l'idéologie sioniste directement issue du judaïsme et cause uniq ue du conflit, s'est développée de façon parfaitement autonome. Il ne s'agit pas d'une guerre de religions (ou d'une guerre aux racines religieuses) mais d'une guerre entre des Juifs et des non-Juifs. Seul le combat des agresseurs a vraiment des racines religieuses.



En résumé, on peut dire que, contrairement aux chrétiens, les Arabes n’ont jamais développé à l’encontre du judaïsme un contentieux d’ordre théologique tel que celui qui fut la source principale du racisme anti-Juifs en Occident. Comme l’écrit avec justesse Adil Jazouli[99] : « il n’y a pas eu d’idéologie antijuive avec son cortège de calomnies et de massacres en tous genres. » C’est à l’évidence l’oppression exercée par l’État d’Israël en Palestine qui représente la cause essentielle de l’hostilité antijuive des Arabes ; la croissance de celle-ci , voire son extension à tous les Juifs, est à l’évidence la résultante inexorable de la durée de l’oppression.
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:36

15 – OÙ EN EST ISRAËL



Par sa capacité intellectuelle, gage d'une recherche de pointe dans de nombreux domaines, par ses réalisations industrielles, son commerce, son agriculture, son armée... Israël est devenu en cinquante ans une super puissance régionale et a surpassé nombre de nations, telles l'Espagne ou la Nouvelle-Zélande.

Pourtant, malgré cette force, Israël, de plus en plus fragile et de plus en plus violent, est en grand désarroi...



Une société déchirée, minée par le doute et la mauvaise conscience



Certes, ce doute ne concerne pas les inconditionnels ou les religieux mais un nombre notable d'Israéliens instruits lesquels ont commencé, grâce au travail de leurs historiens et écrivains modernes, à ouvrir les yeux sur les mensonges perpétués par les sionistes depuis 50 ans, à s'interroger sur la légitimité d'Israël, voire à la contester ouvertement..

« L'ouverture des archives de 1948, rapporte notamment Dominique Vidal, a permis de faire voler en éclats trois mythes essentiels : celui du petit David contre Goliath, celui du refus arabe de la paix, et surtout, celui d'une non-expulsion des Palestiniens de leur terre. »

En fait, tous les domaines sont intéressés par le malaise qui ronge la société israélienne.

La nature même d’Israël, État qui s’est voulu « juif et démocratique », est d'abord un sujet permanent d'affrontements entre démocrates et nationalistes.

Comment pourrait-il en être autrement puisque concilier dans une Constitution les deux caractères de juif et de démocratique sera toujours la quadrature du cercle.

À noter qu’il n’y a pas de Constitution écrite en Israël mais seulement onze « lois fondamentales » qui, comme le souligne un membre du quotidien Ma’ariv, « ne garantissent pas formellement « les valeurs d’égalité, la liberté d’expression des journalistes et la liberté d’assemblée ». Et il ajoute : « Une Constitution invaliderait toute loi permettant les expulsions de masse des Arabes, leur détention sans jugement et les pressions physiques dans les interrogatoires ».

On sait que les religieux notamment sont farouchement opposés à toute Constitution.

Par ailleurs, l’armée israélienne, pourtant forte de sa puissance de feu considérable, de ses succès spectaculaires, de son service de renseignements particulièrement puissant, est également un exemple particulièrement caractéristique du malaise israélien. À son propos Martin Van Creveld (professeur d'histoire à l'université hébraïque de Jérusalem) parle « du poison moral qui consume mortellement Tsahal appelée à tirer sur des femmes et des enfants», tandis qu'il demande instamment à ses enfants de ne pas faire leur service militaire en Palestine occupée : « Vous y perdriez votre âme. Si vous tuez, vous serez des criminels. Si vous êtes tués, vous serez des crétins. Je vous préfère morts plutôt que rongés par ce dilemme insoluble et pervers».

Après avoir vécu hors normes pendant plus de cinquante ans et reçu - par référence constante au génocide - la protection et l'aide de nombre de nations occidentales, Israël est acculé à brève échéance à un choix impossible. Comme l'écrit l’historien politique Zeev Sternhell : « Pour la première fois de son histoire, Israël doit décider de sa forme de nationalisme : devenir une communauté de citoyens ou conserver la vision organique d'une tribu soudée par des liens qui s'apparentent quasiment à des liens du sang ».

Pour cet écrivain il est évident qu ’ « Israël ne sera jamais un État juif » puisqu'il doit « aussi » intégrer des populations arabes.

Et puis, n'y a-t-il pas parmi les Juifs croyants et non-croyants d'Israël et d'ailleurs, tous ceux, profondément malheureux, silencieux, voire honteux, pour qui le peuple palestinien est une victime obsédante de l'entreprise sioniste ?[100]



Un fossé de plus en plus profond entre les communautés juives.



En Israël s'opposent deux options, deux cultures fondamentalement opposées : d'un côté, les lois laïques, de l'autre la Halakha, cette loi religieuse qui s'impose à chaque croyant dans sa vie quotidienne.

Du fait qu'il n'y a pas de démocratie sans laïcité et que le fondement de l'État d'Israël est théocratique - la séparation de l'Église et de l'État est exclue par les religieux comme par les règles de l'État - l'unité nationale ne peut, bien entendu, être qu'un leurre.

Donnée de plus en plus insupportable parmi bien d’autres à beaucoup d'Israéliens : ce sont les rabbins (les "hommes en noir") qui décident de l'octroi de la nationalité, du mariage, du divorce, des enterrements, des conversions, du contenu de l'enseignement... qui surveillent strictement le shabbat, qui veillent à l'observance de la kashrout (lois religieuses alimentaires) dans l'armée, les institutions d'État ou les avions... Alors que 22 000 couples se marient religieusement chaque année, 20 000 vont ainsi se marier dans un consulat à l'étranger ou vivre en concubinage puisque le mariage civil n’existe pas. Tout ce qui concerne le mariage ou le divorce des Juifs en Israël, nationaux ou résidents, est en effet exclusivement de la compétence des tribunaux rabbiniques : « Les mariages et divorces des Juifs s'effectuent, en Israël, en vertu de la loi étab lie par la Torah ».

Bien entendu, tout mariage d'un Juif avec une non-juive ou vice-versa est impossible...



Ainsi se développent et s’amplifient avec le temps les haines intercommunautaires et les violences entre religieux et laïcs, faucons et colombes, ultra-nationalistes et internationalistes, fondamentalistes et libéraux, fascistes et socialistes, séfarades et ashkénazes... Tandis que l'Israélien moyen vit en tension permanente, les affrontements ne sont pas que verbaux : depuis 1989-1990, les incendies de voitures et d’appartements appartenant à des représentants de la gauche israélienne ou les menaces de mort qui leur sont adressées ainsi qu’à nombre d’écrivains ont véritablement inauguré une « guerre des cultures ». Celle-ci est telle que le Premier ministre Yitzhak Rabin en est mort - après que les malédictions religieuses eurent été appelées sur lui - tué par un de ses compatriotes, Yigal, considéré par toute une communauté comme « messager de Dieu ». Dieckhoff[101] précise que « cet assassinat fut vraisemblablement légitimé par le décret religieux de certains rabbins extrémistes qui avaient désigné Rabin comme rodef (persécuteur) ou comme moser (dénonciateur, c'est-à-dire celui qui livre des Juifs à un pouvoir étranger), ce qui justifiait sa mise à mort ». « Rabin sera chassé par le feu et dans le sang » hurlait d'ailleurs la foule quelque temps avant son assassinat. « Si la Cour suprême continue à se mêler de nos affaires, il y aura une guerre ici », proclame en 1999 le ministre de l'intérieur Eliahou Suissa. Effectivement, compte tenu de la haine développée par une partie notable de la droite israélienne à l’encontre de ceux qui se montrent prêts à céder quelques pouces de terrain aux Arabes, une guerre civile n’est pas exclue malgré le tabou puissant pesant sur le meurtre d’un Juif. À propos de l'implosion probable de la mosaïque israélienne faite de tant d'antagonismes et de contradictions, certains n’hésitent pas à rappeler la destruction du royaume juif en 70 de notre ère. Lors du siège de Jérusalem par Titus, les Juifs divisés en trois camps passèrent plus de temps, disent des historiens, à se massacrer qu’à affronter les soldats de l’empereur romain. La dispersion générale et l’exil s’ensuivirent avec ses deux mille ans d’exil.

Les menaces de mort notamment, pesant sur nombre de personnes et émanant notamment des haredim (ces "craignants Dieu" qui, selon les statistiques, font peur à 70 % des Israéliens) sont telles que les 14 juges de la Cour suprême, par exemple, bénéficient d'une protection policière permanente.

En dehors de la peur assez généralisée, il n'y a guère que l'antagonisme envers les Arabes qui puisse réunir quelque peu les sionistes israéliens, encore que les nuances soient grandes entre les partisans d'un certain respect et ceux qui, voulant expulser les Arabes jusqu'au dernier, défilent en masse en hurlant « Mort aux Arabes ! », et n'hésitent pas à promouvoir la violence, voire le meurtre et à approuver ostensiblement les assassins. Car, ainsi que l’écrit M Warschawski[102], la course folle (d’Israël) vers sa propre destruction se déroule dans le champ domestique au moins auta nt que dans celui des relations entre l’État et son environnement arabe. Le pourrissement interne pourrait venir à bout d’Israël avant même que se pose la question d’une guerre totale avec le monde arabo-musulman. »



À noter que les termes de « laïcité » et de « laïcs » ne conviennent guère à la société israélienne faite d'une très grande majorité de sionistes qui, par définition, sont tous profondément tributaires du mythe ancestral de l'Alliance, ces « forgeries théologiques, dont parle Régis Debray[103], réinventions ex-post-ante du passé hébraïque ». Plutôt que de parler des laïcs - ces hiloniyim détestés des religieux - il est plus juste de les qualifier de non-croyants ou de non-religieux. On peut ajouter d'ailleurs que le phénomène de « laïcisation », suivant lequel le religieux est séparé du politique, n'appartient pas non plus à l'islam.



Quant à l'écart entre les populations juives et non-juives de l'ex-Palestine, il est bien entendu considérable



Certes, les Arabes israéliens ont un niveau de vie supérieur en Israël à celui des Arabes des pays du voisinage, mais ils sont néanmoins les derniers dans l'échelle sociale israélienne. Plus grave que le niveau de vie matérielle est leur situation « normale » de citoyens de seconde classe et d'apatrides voués, de par les « lois fondamentales », à être des étrangers perpétuels dans un État qui leur est octroyé par condescendance ou tolérance, qui les exclut de multiples fonctions, qui les discrimine perpétuellement, qui les considère comme des suspects sinon des ennemis de l'intérieur et qui, pire que tout, les humilie chaque jour sur la terre de leurs ancêtres. Alors qu'ils ont perdu de multiples lieux de mémoire, notamment nombre de cimetières effacés à jamais par les bulldozers (la rue Agron de Jérusalem et l’hôtel Hilton de Tel-Aviv, par exemple, ce dernier cons truit sur la merveille qu’était l’antique cimetière de Jaffa[104]) ils ont chaque jour devant les yeux, émaillant tout le pays, les lieux que les Israéliens ont élevés par centaines pour célébrer leurs victoires sur les Arabes, stèles, plaques, monuments... honorant, nous dit Greilsammer[105], les défenseurs, les héros, les sites conquis, les forces combattantes, les soldats inconnus, les pilotes, les unités de volontaires...



Quant aux Arabes des territoires occupés, un journaliste a parlé à leur propos « d'un océan de pauvreté face à un havre de richesses ». Algazy[106] rapporte, par exemple, que dans la bande de Gaza, décrite comme « le plus grand camp de concentration de l'histoire » par l'éminent sociologue de l'Université hébraïque, Baruch Kimmerling, 5 000 colons juifs vivent dans de confortables villas tandis que 700 000 Palestiniens ne possèdent le plus souvent que des taudis, travaillent comme manœuvres chez les colons juifs ou partent vendre leur force de travail en Israël. Écrasés dans leur culture (il n'y a aucune maison d'édition et très peu de librairies car les frais de douane rendent tout achat impossible), bouclés dans leurs villages, entourés de colonies juives hostiles, repoussés sans cesse plus loin comme le furent jadis les Indiens d'Amérique, surveillés à l'intérieur de leurs propres communautés par un service d'espionnage sophistiqué, massacrés par les militaires au moindre sursaut de colère, ils sont réduits, dans une rage intérieure, au silence et à l'impuissance. Tandis que, par ailleurs, des centaines de milliers de Roumains, de Thaïlandais, de Chinois, d’Africains et un million de Russes et d’Ukrainiens, pour remplacer les Palestiniens indésirables, peuplent Israël d’une multitude de ghettos.



Et si l'État palestinien devait voir le jour à côté de l'État juif - perspective que les sionistes, au nom du mythe de l'Alliance pour les uns, au nom de la Sécurité pour les autres, rejettent de façon absolue à l’instar des partisans palestiniens au nom de la justice - peut-on imaginer, sans une situation pérenne d'affrontement, deux États voisins aussi disparates quant à leur culture, à leur puissance et à leur richesse ?



Pour Henri Korn[107] « la perversion de l’État d’Israël c’est, sous une autre forme, la perpétuation de la Shoah, mais cette fois par les Juifs eux-mêmes. La Shoah était un instrument de destruction physique du peuple juif qui a réussi en partie. Cette fois, il s’agit d’une destruction de ses valeurs morales. »

Avraham Burg, député du parti travailliste israélien, ancien président de la Knesset et ancien président de l’Agence juive, après avoir constaté que « la nation israélienne n’est plus aujourd’hui qu’un amas informe de corruption, d’oppression et d’injustice », résume, quant à lui, le sionisme dans les propos suivants : « un État chauvin et cruel où sévit la discrimination, un État où les nantis sont à l’étranger et où les pauvres déambulent dans les rues, un État où le pouvoir est corrompu et la politique est corruptrice ; un État de pauvres et de généraux, un État de spoliateurs et de colons ».[108]

16 - QUELLE « GUERRE DE LIBÉRATION » ?





LA DÉ-SIONISATION, condition nécessaire de la paix en Palestine



En posant un regard d'ensemble sur l'Histoire de la Palestine depuis un siècle, on peut manifestement considérer que les malheurs de cette région découlent essentiellement du développement et de la mise en application sur le terrain de l'idéologie sioniste. C'est dire que son extinction - ou de façon plus réaliste sa neutralisation - aboutissant à la destruction des structures politico-sociales d'Israël est la condition nécessaire à la paix.

Mais il faut bien voir tout d'abord que la dé-sionisation ne suppose rien de moins qu'une révolution avec l'évanouissement d'un des mythes fondateurs du judaïsme, le mythe de la Terre promise. C'est ce mythe, véritable matrice de la pensée sioniste qui, en s’associant à l'élément racial, l'autre composante fondamentale du judaïsme, sous-tend l’ensemble de l'idéologie. Or les mythes dont nous parlons défient le temps, les siècles, voire les millénaires ! Ils n'ont pas seulement une dimension religieuse, qui peut être plus ou moins éphémère, mais aussi une dimension culturelle imprégnant profondément les peuples à leur insu et de façon pérenne. Le sionisme est un exemple particulièrement caractéristique de cette donnée : le plus grand nombre de ses fondateurs et de ses supporters n'est-il pas composé d'athées théoriquement indifférents à la dimension religieuse ?

Dire qu'un mythe ne meurt pas, c'est dire aussi que les idéologies qu'il suscite ne peuvent pas s'éteindre spontanément. Seuls les conflits qui en résultent sont susceptibles de réduire ses effets si les éléments antagonistes sont capables de s'imposer par une force supérieure qui peut être de nature fort diverse.



Cette force antisioniste peut-elle être d'essence démocratique ?



Théoriquement - suivant certains textes - ce n'est pas exclu puisque Israël se dit un État démocratique dont les citoyens non-Juifs ont en principe « les mêmes droits sociaux et civiques » que les Juifs. Actuellement, en Israël, les citoyens non-Juifs (Arabes pour la plupart) sont au nombre approximatif de 970 000 ce qui représente 17 % de la population ; dans 25 ans leur nombre représentera entre 21 et 26 %, voire de 41 à 45 % selon des projections démographiques récentes.

À terme plus lointain les non-Juifs peuvent donc théoriquement représenter le groupe majoritaire et vaincre pacifiquement l'idéologie sioniste. À plus forte raison en serait-il ainsi si les réfugiés palestiniens, parqués dans leurs camps depuis des dizaines d'années, revenaient en Israël conformément au droit international, ce droit dont le rappel exaspère les Israéliens...

Néanmoins, deux données conjointes, témoignant des effets délétères spécifiques de l'inspiration sioniste, sont à prendre en compte. Comme le veulent lois ou règlements de l'État :

1 - les droits sociaux et civiques des non-juifs par rapport à ceux des juifs sont à la fois identiques, comme il est dit plus haut, et partiels ;

2 - les partis qui ne reconnaissent pas le caractère juif de l'État ne peuvent pas participer aux élections.

C’est dire que ces dispositions ne sont pas sans rappeler les anciennes démocraties populaires où l’on distinguait les membres du parti et les autres. Même si la croissance démographique permet théoriquement aux citoyens non-Juifs de former un jour le groupe dominant, il est donc exclu qu'Israël puisse respecter une évolution qui signifierait sa mort en tant qu'État sioniste et puisse devenir spontanément un État démocratique, suivant le sens généralement donné à ce qualificatif dans la mentalité occidentale. Y aurait-il d’autre choix que celui de la discrimination ethnique pratiquée par des Juifs ou celui de la démocratie ?



Cette force capable de contrer les forces oppressives du sionisme ne peut être représentée que par l'ensemble des nations



Le sionisme, parce que bien plus complexe que les grandes idéologies du passé et parce qu'il n’a pas seulement une dimension locale ou régionale, ne peut manifestement être neutralisé que par des forces diverses à l'échelon mondial. En premier lieu il ne peut s'agir que des forces démocratiques agissant au sein des partis et des associations diverses, en union avec celles qui existent ou qui doivent se faire jour au sein des populations palestiniennes. Comme l'écrivait le dirigeant marocain Ben Barka en 1965 quelques mois avant son assassinat : « La question palestinienne [...] n'est pas une affaire entre Juifs et Arabes, mais un mouvement de libération nationale qui doit être considéré sans aucun chauvinisme racial. C'est en raison de sa dimension humaine et rationnelle que la cause palestinienne est en droit de compter sur la solidarité et l'appui des forces progressistes dans le monde ».

Il appartient ensuite à l'ONU, d'une part de prendre véritablement conscience de la portée de son vote du 29 novembre 1947, d'autre part d’arrêter par la contrainte l'entreprise sioniste avant qu'elle entraîne de nouveaux malheurs pour la communauté humaine, et notamment pour la communauté juive.



Mais le rapport de forces actuelles est terriblement inégal...



Il suffit, pour se convaincre de cette inégalité, de constater l'incapacité de l'ONU depuis plus de cinquante ans à faire respecter ses propres et multiples résolutions et d’envisager des sanctions capables d'arrêter les agressions d'Israël. Ne parlons pas d'un régime doté de l'armement nucléaire, d'une armée puissante, d'un service d'espionnage sophistiqué, de moyens de propagande efficaces et bénéficiant de la coopération économique, technologique, militaire et culturelle du monde occidental. Que sont les droits d'un petit peuple face au sionisme qui imprègne et conditionne une part notable du comportement extérieur des États-Unis, de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de tant d'autres nations aveugles, tributaires avant tout de leurs intérêts immédiats ? Les États arabes eux-mêmes ne sont-ils pas incapables de rompre leurs simples relations diplomatiques ou économiques avec Israël qui pourt ant écrase l'un des leurs ?



UN COMBAT DE LIBÉRATION INÉDIT


Beaucoup de stratèges pensent que la paix est possible au Proche-Orient entre Israéliens et Palestiniens du fait que des pays très divers l’ont établie entre eux après des affrontements durables comme l'Histoire en a toujours connus. De multiples plans sont ainsi élaborés émanant non seulement des deux parties en cause mais de nombre d’organismes occidentaux, voire d’essayistes généreux. Tous passent en revue avec application les conditions d’ordre économique, diplomatique, culturel, militaire... de la réconciliation sincère et profonde entre Israéliens et Palestiniens devant aboutir progressivement à la paix dans cette partie du monde avec deux États, l'un juif, l'autre palestinien. Ainsi, par exemple, Michael Ben Leir, conseiller du gouvernement israélien de 1983 à 1988, période durant laquelle il justifiait légalement la colonisation, écrit en novembre 2000 : « Comme toutes l es guerres modernes de libération, celle-ci s’achèvera par une victoire des Palestiniens. Reste à savoir combien de temps et de sang s’écouleront jusque-là. Voilà pourquoi notre obstination à conserver des colonies illégales qui empêchent la conclusion d’un accord de paix n’a pas de sens ».



Ce qui frappe d’emblée quand on examine les travaux des spécialistes du Proche-Orient c’est que les analyses des facteurs de conflit avec leurs multiples interférences sont poussées très loin dans les détails et souvent avec une grande pertinence, mais qu’il manque dans la plupart des cas une vision d’ensemble allant à l’essentiel : l’idéologie sioniste (avec ses trois piliers mythique, racial et scripturaire), moteur de ce conflit où s'affrontent non seulement des Israéliens et des étrangers, des Juifs et des non-Juifs avec l'apartheid irréductible qui en résulte, mais des laïcs et des religieux, des démocrates et des « fascistes », des universalistes et des nationalistes, des libéraux et des fanatiques.



C'est dire, par exemple, que le démantèlement des multiples colonies israéliennes dans les « territoires occupés » - démantèlement qui est loin d'être acquis - ne peut être lui-même qu'une étape d'un combat qui n'est que très accessoirement un problème de frontières (contrairement aux cas habituels de l'Histoire) mais un combat idéologique.



La désislamisation de l'État palestinien fait également partie de ce combat
Il s'agit là de la seconde condition indispensable pour que, par delà les différences ethniques ou religieuses et les frontières actuelles, puisse s'établir une démocratie par la réunion - élément incontournable de la paix - de toutes les forces démocratiques de la Palestine mandataire. Et ce combat pour la laïcité à l'intérieur de la société palestinienne ne peut être que celui de ses habitants, habitants des territoires occupés ou exilés. Inutile de préciser que lui aussi ne peut être que fort difficile dans une société traditionnelle marquée par l'Islam réticent a embrassé la modernité.

C'est dire aussi que ce conflit inédit du Proche-Orient ne concerne pas seulement les deux parties qui s'affrontent actuellement sur le terrain et qui ne peuvent en aucune manière résoudre seules ce qui les oppose, mais l'ensemble de la communauté internationale. Or cette communauté qui, par sa méconnaissance du potentiel pervers de l'idéologie sioniste lui a permis de s'épanouir sur le terrain à partir de 1947, n'a fait depuis un demi-siècle que des progrès fort minimes dans l'intelligence de cette idéologie. Certes des crises aiguës comme les Intifadas récentes ont permis - à la vue des multiples exactions israéliennes et des attentats terroristes réactionnels qui se sont multipliés - un certain réveil des opinions publiques par l'intermédiaire de la Presse, mais on sait bien que des émotions de ce genre ne sont que fort éphémères lorsque les forces en présence sont si différentes.

Malgré tout, en cinquante ans, un nouveau peuple est né, ce qui n'est pas rien !

De plus la mémoire des peuples s'est singulièrement allongée : désormais aucun combat pour la démocratie et la laïcité n'est jamais totalement vain... tandis que la Palestine, restera dans l’esprit des hommes ce qu’elle désigne depuis plusieurs millénaires - malgré les multiples envahisseurs et occupants qui, dans ce lieu de passage privilégié entre l’Asie et l’Afrique, se sont succédé dans la guerre[109] - la contrée du Moyen-Orient délimitée à l’Ouest par la Méditerranée et schématiquement à l’Est par la vallée du Jourdain et la mer Morte.

Restera aussi dans la mémoire l’ignominieux plan de partage de 1947 où des nations, subjuguées par le lobby sioniste et qui avaient honte d’avoir laissé massacré les Juifs d’Europe par les nazis, se sont donné bonne conscience au mépris des habitants non-Juifs de la Palestine.





Les non-Juifs de Palestine : avenir des Juifs !


Soumise avant 1947 à l’autorité de la Grande-Bretagne qui avait succédé elle-même à l’empire ottoman, la population arabe de Palestine composée en majorité de populations pauvres et peu instruites ne formait pas un peuple à proprement parler. C’est la persécution sioniste qui a présidé à la naissance et au développement d'une nouvelle identité nationale, d’un nouveau peuple arabisant, le peuple palestinien. La répression sanglante qui fit 6 morts et des dizaines de blessés lors de la journée pour la défense de la terre du 30 mars 1976, ainsi que celle perpétrée contre des Arabes israéliens lors de l’Intifada 2000 avec ses 13 morts et ses centaines de blessés, auront été le véritable catalyseur d’un processus longtemps invisible. Par delà les frontières, les Arabes d’Israël et ceux de la Palestine occupée - comme l’ont montré clairement les manifestations de fraternisation lors de la commémoration de la Naqba en 2001 - sont mainten ant solidaires et revendiquent tous l’identité palestinienne. Unis à leurs frères des territoires occupés, les premiers sont désormais des Palestiniens avant d’être des Israéliens.

Pour nombre de Juifs d’Israël et d'ailleurs ces Arabes ne sont désormais que des suspects, des ennemis ou traîtres potentiels, « le ver dans le fruit », « une cinquième colonne »... Leur transfert massif hors de Palestine est parfaitement évoqué par les politiques et commentateurs et souhaité par un grand nombre de Juifs israéliens (selon un sondage de mars 2002, 46 % d'entre eux sont pour l'évacuation des Palestiniens des « territoires occupés », 31 % pour l'évacuation des Arabes israéliens, en dehors des frontières de la Palestine historique). Dans un article du Al-Ahram Weekly (hebdomadaire égyptien) du 16 mai 2002, Ilan Pappe précise même que : « le transfert est d’ores et déjà l’option officielle, morale, recommandée par l’un des centres universitaires les plus prestigieux d’Israël, le Centre pour les Études Interdisciplinaires d’Erzliya, lequel conseille le gouverneme nt ».

C'est pourtant sur cette population que réside l'espoir de la fin de l'imposture sioniste et le salut des Juifs de cette région !



Vers l’épuisement de l’idéologie sioniste



Le sionisme – que l’on peut considérer comme la troisième grande idéologie (ou utopie) du XXe siècle - repose sur une idée aberrante, en la circonstance le mythe de l’Alliance, avec comme objectif final, à la fois monstrueux et dérisoire, celui de réaliser un État juif pour les Juifs. Certes, il y a un « monde juif » et des « populations juives » mais il est évident qu'il n'y a pas - en dehors de la spécifique notion de « race » (sur laquelle nous reviendrons) - un élément spirituel ou culturel qui soit une valeur commune à ceux que le judaïsme considère comme juifs. Nous voyons aussi qu'Israël est acculé simultanément à admettre en son sein des populations non-juives (faute de pouvoir faire autrement sous le regard des nations) et à les maintenir sous une tutelle implacable eu égard à son idéologie fondatrice. Les succès et réalisations spectaculaires de l'État d'Israël, voire ses triomph es dans de nombreux domaines et la continuelle fuite en avant de sa politique, ne peuvent occulter que cet « édifice bâti sur l’insensibilité à la souffrance d’autrui est appelé à s’effondrer avec fracas » [110], tandis que le judaïsme, gangrené par le nationalisme et le racisme qu’il nourrit en lui depuis deux millénaires, est entré - comme le pensent nombre de Juifs - dans la phase la plus critique de son histoire.
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede lorie » 01 Mar 2009, 18:38

Georges a écrit:
En résumé, on peut dire que, contrairement aux chrétiens, les Arabes n’ont jamais développé à l’encontre du judaïsme un contentieux d’ordre théologique tel que celui qui fut la source principale du racisme anti-Juifs en Occident. Comme l’écrit avec justesse Adil Jazouli[99] : « il n’y a pas eu d’idéologie antijuive avec son cortège de calomnies et de massacres en tous genres. » C’est à l’évidence l’oppression exercée par l’État d’Israël en Palestine qui représente la cause essentielle de l’hostilité antijuive des Arabes ; la croissance de celle-ci , voire son extension à tous les Juifs, est à l’évidence la résultante inexorable de la durée de l’oppression.


C'est facile d'affirmer cela quand le mufti de Jérusalem fut un des proches d'Hitler .. et à cette époque pas d'Israël à condamner .. :tongue:
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:40

17 - L'ARSENAL SÉMANTIQUE DES SIONISTES

ou

LA VIOLENCE PAR LE VERBE



Chacun le sait, c’est le Verbe qui mène le monde... car les mots sont des armes.

Du fait de leur héritage culturel et religieux les portant à l’étude du Livre et, partant, à celle des livres, les sionistes jouissent d’une franche supériorité par rapport à la très grande majorité des individus : la supériorité du Verbe, une arme qui, à l'évidence, surpasse en efficacité tous les moyens militaires. Dans l’histoire de l’humanité, c'est manifestement une donnée inédite que cette perversion spectaculaire du discours médiatique par la dialectique et les mots pièges générés ou exploités par l'idéologie sioniste dans la guerre de conquête suscitée depuis plus d’un siècle.

On peut les ranger en deux grandes catégories : d’une part ceux qui, par l’emploi de l’hébreu, par l’attribution d’une majuscule ou par leur utilisation exclusive attribuent aux Juifs une absolue singularité, d’autre part ceux qui sont destinés à orienter d’emblée l’interprétation.

Nous examinerons quelques-uns de ces mots que les médias du monde entier, notamment occidentaux, relaient quotidiennement et à l’infini dans une très large inconscience : "Shoah", "Holocauste", "Territoires", "transfert", "pressions physiques", "autodéfense", "implantations", "Jérusalem", "guerre","offres généreuses", "tuer", "abattus"…



La "Shoah" et "l’Holocauste" ou le "génocide des Juifs par les nazis" ?


Selon la définition des dictionnaires, le génocide est l’extermination systématiquement organisée de communautés civiles choisies selon les critères de nationalité, de race, de religion ou d'idéologie. Le XXe siècle en a fourni un certain nombre d’exemples qui sont généralement rapportés dans la littérature journalistique de la manière suivante qui ne manque pas d’être instructive. Sont ainsi énumérés successivement :

- le massacre des Arméniens (environ un million et demi) par les Turcs en 1915-1916,

- l’anéantissement de la population de Nankin par les occupants japonais en 1937-1938,

- la "Shoah" ou "l’Holocauste" concernant les Juifs européens (quelque cinq à six millions) victimes des nazis en 1941-1945,

- le massacre de millions d’Indiens musulmans et hindous au moment de la sécession de l’Inde en 1947-1948,

- le massacre de la population cambodgienne par les Khmers rouges en 1975-1978,

- le massacre de la communauté tutsie par les Hutus au Rwanda en 1994.

On rapporte aussi les massacres à caractère génocidaire tels que :

- l’extermination par la famine de quelque dix millions de paysans ukrainiens par le régime communiste en 1932-1933,

- le massacre de quelque vingt millions de Chinois lors de la révolution culturelle des années 60… etc.



Comme on le remarque d'emblée, les génocides dans leur ensemble sont traités comme des massacres, exterminations ou destructions. Ils sont voués à rester souvent méconnus tandis que le génocide des Juifs en se voyant attribuer deux noms spécifiques, dotés d'une majuscule et dépourvus de tout élément complémentaire, la "Shoah" et l'"Holocauste", reçoit manifestement un éclairage unique.





"Shoah"
Désigner l'extermination par les nazis d’une fraction notable de la communauté juive d'Europe par le terme de "shoah", terme qui en hébreux signifie catastrophe, relève a priori d'une initiative tout à fait respectable pour perpétuer la mémoire d'un génocide particulier à plus d'un titre. Dans cette perspective, quoi de plus efficace qu'un mot-phare qui frappe les esprits et reste à jamais gravé dans la conscience collective !

Cependant, un phénomène particulier ne pouvait pas manquer de se manifester à la suite de cette initiative. Par sa création exceptionnelle en tant que mot emblématique, par sa promotion non moins exceptionnelle assurée par les multiples communautés juives dispersées à travers le monde, la "Shoah", avec le support des journaux et des moyens audiovisuels modernes, allait en quelques années, non seulement devenir un élément linguistique universellement connu mais désigner dans l'esprit d'un grand nombre d'individus, non pas un génocide parmi d'autres ou un génocide type, mais, comme l'ont manifestement voulu ses promoteurs, le génocide princeps, l'Unique, l'Indépassable, l'Absolu, celui qui éclipse à jamais tous les autres. Et le phénomène s'est poursuivi et amplifié. Avec le temps, à une utilisation qui pouvait être légitime, a succédé une exploitation par les plus hautes instances du judaïsme pour qui il ne s'agit plus seulement de conserver pieusement une mémoire mais de retirer le maximum de dividendes, notamment pour l'entreprise sioniste israélienne. Ainsi sont nées, de la part d '« un leadership aussi furieux qu'ignare » (selon l'expression de Raoul Hilberg auteur de La destruction des Juifs d'Europe), cette Shoah-business des Américains, cette Shoah-religion ou cette instrumentalisation de la Shoah, bien analysées et stigmatisées depuis quelques années par quelques auteurs juifs particulièrement lucides et courageux[111]. Shmuel Trigano[112] précise même qu’ « il existe une sphère institutionnelle de la Shoah » faite « d’institutions, chaires universitaires, musées, revues, fonds de recherche, etc. » et que « les entreprises qui se consacrent à sa commémoration bénéficient de moyens très importants ». Et ce même auteur de s’interroger : « Les Juifs ne trouveraient-ils aujourd’hui d’énergie que pour la sacralisation de leur souffrance victimaire, dont ils semblent ne pas pouvoir (ni vouloir) sortir puisqu’ils la tabouisent dans l’éternité ? »



Si l'idéologie sioniste n'existait pas, ce serait une juste marque de compassion et de mémoire d'utiliser avec les Juifs le mot "shoah" (plutôt que le mot générique de génocide). On parle bien de "Grand Dérangement" en évoquant la déportation des Acadiens... Malheureusement, il faut bien voir que ce mot de "Shoah" doté d’une majuscule et qui « a servi à tous les usages possibles, politiques ou commerciaux »[113] est un piège contribuant à la manipulation du discours au service d’une exceptionnelle entreprise de domination par le Verbe. (On peut d’ailleurs noter que le simple terme de « génocide » appliqué à une population non-juive est lui-même insupportable à certains : alors que les s énateurs américains avaient prévu en 1989 une journée nationale de commémoration du génocide arménien pour en marquer le 75e anniversaire, la pression d’un lobby juif fit annuler l’événement).



"Holocauste"

Les dictionnaires nous disent qu'un holocauste est, au sens propre, un sacrifice religieux où la victime est offerte à Dieu par quelque sacrificateur et détruite par le feu.

Au sens figuré, on a pu désigner par ce terme une destruction massive d'hommes. Churchill a parlé de l'"holocauste arménien" par les Turcs en 1915 ; un auteur de science-fiction a entrevu et décrit un "holocauste nucléaire"...

Dans le discours courant rapporté plus haut, le génocide des Juifs européens est donc vu, non pas comme un "holocauste" ou l'"holocauste des Juifs européens", mais comme l'"Holocauste".
Il ne fait pas de doute tout d'abord que les promoteurs de ce terme ont voulu dépasser le sens figuré et réinvestir le sens propre. Alors qu'il n'y a eu ni volonté de se sacrifier de la part des Juifs, ni volonté d'offrir un sacrifice à Dieu de la part des nazis, il est manifeste que le mot se propose de réintroduire une notion religieuse et plus précisément sacrificielle, d'attribuer aux victimes un destin spécifiquement divin, de sacraliser un fait historique, de lui donner une dimension trans-historique, bref de l’élever au rang de « phénomène métaphysique »[114]. Le judéocide par les nazis n'a-t-il pas été vu par certains Juifs comme une révélation à l'envers (selon l'expression d'Ernst Nolte de l'Université hébraïque de Jérusalem)?
Mais il y a plus que cette présentation de l'Histoire : l’"Holocauste" (comme le mot précédent de "Shoah"), en témoin exemplaire de l’esprit de domination véhiculé dans le judaïsme par le mythe du Peuple élu, veut désigner, accaparer, et s’approprier à tout jamais une singularité absolue et faire du génocide juif le paradigme de la souffrance humaine.

En l'utilisant isolément et avec une majuscule - alors que ce mot n’avait pas encore été utilisé ainsi - les activistes juifs, et notamment les sionistes, qui l’ont inventé et promu avec le succès que l’on sait (le mot n’est-il pas passé dans les dictionnaires ?) se proposent manifestement, non seulement de rajouter quelque chose au génocide en question, mais de monopoliser à jamais l'Horreur subie par les Juifs en éclipsant toutes les horreurs du passé subies par les autres (notamment l'extermination des Tziganes), voire en éclipsant toutes les horreurs du futur.

Cette utilisation - surtout à l'encontre d'une population totalement étrangère au drame en question - est une indignité : si le génocide des Juifs a sa propre spécificité - par les méthodes industrielles employées par les nazis - les autres n’ont-ils pas la leur ?

Comment être surpris que L'Industrie planétaire de l'Holocauste sous la plume de Finkelstein (auteur qui voit cette entreprise comme « le plus grand larcin de l’histoire de l’humanité »), vienne stigmatiser - notamment aux États-Unis et en France - un lobby activiste ? Et comment les exactions de ce lobby pourraient-elles ne pas engendrer une hostilité envers les Juifs ? Ainsi que l'écrit l'éditorialiste de Jewish Chronicle de juillet 2000 : « C'est l'industrie de l'Holocauste qui est la grande pourvoyeuse de l'antisémitisme, par l'extorsion féroce qu'elle mène et par sa manière de falsifier l'Histoire ». Claude Lanzmann a pu écrire aussi : « Le Big Brother de la Mémoire s’est mis en ma rche avec sa folie d’inflation mémorielle, une nouvelle forme d’impérialisme yankee à propos d’une affaire européenne. Du coup les Juifs sont à nouveau identifiés à l’argent, c’est le retour des vieux stéréotypes ».


Avec ce terrible mot d’« holocauste », il arrive néanmoins que les sionistes, habituellement habiles à le manier à leur avantage exclusif, se font piéger. « Je pense qu'Arafat conduit son peuple à un holocauste » prophétise Benyamin Ben Eliezer, le ministre israélien de la défense en août 2001 ! Une question a été posée… Qui donc, autre que lui et ses semblables, est susceptible de procéder à une telle opération ?


À côté de ces deux « grands » mots : Shoah, Holocauste, il en est d'autres plus banals mais qui ne parviennent pas moins à égarer les esprits. Ce sont notamment :



"Territoires"

Pour les sionistes, il n’y a pas :

. de "Cisjordanie colonisée" mais une "Judée-Samarie (en voie d'israélisation) ;

. de "territoires palestiniens" mais des "territoires où résident des Palestiniens" ;

. de "territoires occupés" mais des "territoires" (qui attendent leur rédemption).[115]



Le terme de "transfert" en lieu et place d'"expulsion", de "nettoyage ethnique" ou de "déportation".



L'expression "pressions physiques" en place de "torture".



Les expressions "autodéfense active" et "neutralisation" à la place de "liquidation" (hisoul en hébreu) ou d'"opération ponctuelle visant à déjouer un attentat"



L'expression "élimination ciblée" à la place d'"assassinat politique", "d'assassinat extrajudiciaire" ou de "meurtre d'État"



Les termes d'implantations ou d'installations souvent utilisés en place de colonies. Et, pour mieux conditionner les juifs à s’en voir les légitimes propriétaires, n’est-il pas souvent ajouté qu’elles sont établies en zones résidentielles ? Dans l'idéologie sioniste, en effet, Israël ne "colonise" pas : il "récupère" ce qui lui appartient depuis trois mille ans, il prend possession d'un héritage.



"Jérusalem".

Cette « capitale réunifiée et éternelle » ne désigne pas comme on le laisse croire la ville que l'armée israélienne a occupée en 1967 mais une métropole treize fois plus vaste, sa superficie étant passée de 73 à 953 kilomètres carrés par l'accaparement des terres des Palestiniens et une colonisation accélérée



"guerre"

Jusqu'en mars 2002, ce terme ne désignait nullement les opérations militaires de l'armée israélienne mais les "hostilités" déclenchées et planifiées par les Palestiniens sous un prétexte "fallacieux". Les interventions de l'armée israélienne à l'aide de l'artillerie, des chars, des hélicoptères et des missiles ne sont, par principe, que de nature "défensive". D’ailleurs le terme de tsahal ne signifie-t-il pas « armée de défense » ? Et puis, pour mieux conditionner encore les individus à cette donnée exclusive de « défense », le mot n’est-il pas revêtu d’une majuscule ? Tsahal personnalisée devient ainsi une armée singulière, sympathique, qui n’est comparable à aucune autre. Dotée pour les Juifs d’une connotation affectueuse, nombre de journalistes occidentaux vont, plus ou moins inconsciemment, contribuer à la faire connaître comme telle.



"offres généreuses" faites aux Palestiniens.

Il convient de rappeler ici les données suivantes :

- le "Plan de partage" de 1947 a octroyé aux Palestiniens 47 % de la Palestine historique (alors que les Arabes étaient au nombre de 1 315 000 et les Juifs au nombre de 668 000)

- les "Accords d’Oslo" de 1993 (signés par l’Autorité palestinienne) prévoyaient un État arabe représentant 22 % de la Palestine historique

- l’"offre généreuse" faite en 1999 (par le Premier ministre israélien Barak) , proposait un État arabe représentant 80 % des 22 % prévus à Oslo (soit 17 % de la Palestine historique)

- le "plan de paix" fait en 2000 (par le Premier ministre israélien Sharon) proposait 42 % des 80 % des 22 % prévus à Oslo (soit 7,5 % de la Palestine historique).



"tuer"

Les Israéliens qui agissent toujours avec « retenue » peuvent être tués, mais ils ne « tuent » pas : il n’y a que les Palestiniens qui « tuent ».

De plus, en matière d'information, il y a des règles que les journalistes dociles, en Israël et ailleurs, ne manquent pas de suivre :

- quand un Juif israélien est tué, il convient de détailler sa biographie : âge, nom et prénom, profession, situation familiale, pays d’origine s’il s’agit d’un émigré, croyance s’il est pratiquant... ; d’inclure des photographies suggestives prises sur le lieu du drame avec le corps, le sang... et, si la victime est un enfant, de parler de son école, de ses parents, de ses amis, d’obtenir des témoignages...

- quand des Palestiniens (ou des Arabes israéliens) sont tués, il convient, non seulement d'éviter toute personnification pour qu’ils restent sans nom ni visage, mais d’utiliser le terme « abattus » (ce terme appliqué généralement à quelque bête menaçante). Exemple: « Au cours d’affrontements, un soldat israélien a été tué, trois Palestiniens ont été abattus ».



Dans les médias sionistes et leurs complices, il y a bien d’autres mots ou expressions s’appliquant exclusivement aux Palestiniens. Ce sont par exemple :

- "terrorisme"

- "terroriste"

- "agresseur"

- "meurtre"

- "escalade"

- "attaque", "attaque à la bombe"

-"provocation"



Et, réciproquement, il y a des mots et expressions qui s’appliquent exclusivement aux Juifs israéliens. Il en est ainsi de :

- "victimes"

- "assassinés"

- "assiégés"

- "légitime défense"

- civil. Il n’y a en effet de « civils » que chez les Juifs. Quand un colon armé est tué, c’est toujours un « civil » qui est tué ; les Palestiniens tués ne sont pas des « civils » mais des Palestiniens anonymes.



"représailles ». Les Israéliens en usent largement… Ce mot n’est-il pas réservé pour désigner l’action d’un agressé se défendant d’un odieux agresseur ?



"mesures de sécurité et mesures économiques". Ces expressions couvrent toutes les initiatives du gouvernement israélien menées à l’encontre des Palestiniens : élimination des opposants, bouclages, sanctions collectives, bombardements de quartiers résidentiels, couvre-feux incessants, confiscation des terres, dynamitage des maisons, destructions des arbres et des récoltes, interruption de l’approvisionnement en eau... etc.



Dans le même ordre d'idées signalons l'hébraïsation de la terre de Palestine dont nous avons déjà parlé, entreprise d'une ampleur inédite et qui vise, par le primat de la langue et du mot, à compléter la prise de possession de cette terre et à la purifier de toute présence non-juive, « comme si, nous disent Attias et Benbassa[116], sa conquête physique ne pouvait pas suffire. Le nom transforme le lieu en texte ».



En dehors de ces mots et expressions maniés avec habileté, nous en verrons plus loin quelques autres plus banals mais qui n'en sont pas moins utilisés souvent au profit exclusif de la même cause. Ce seront notamment : "antisémitisme", "racisme", "antijudaïsme"...



Manier le Verbe ce n'est pas seulement, pour les sionistes, jouer astucieusement avec des mots, élever la manipulation des concepts au niveau d’un art, exploiter des mythes pour légitimer leur domination absolue sur la Palestine, pratiquer l’utilitarisme jusqu’à l’indécence (notamment à propos du génocide nazi) ou exploiter la Justice pour justifier une cause injuste … c'est aussi, face aux opposants utiliser l'intimidation et les menaces, face aux populations opprimées la ruse et la corruption, face à l'opinion publique le mensonge et le déni (notamment celui de la Naqba). Face aux Nations, c’est aussi subjuguer les diplomates par une habile dialectique.



Devant cette vague déferlante qui submerge tout le discours sur le conflit israélo-palestinien depuis tant d’années, Maxime Rodinson[117] parle, quant à lui et pour sa part, de « l’exaspération d’un homme catalogué comme juif de par son ascendance (et qui ne songe nullement à le nier) devant cette vague de terrorisme qui charrie les sophismes, les paralogismes, les mensonges les plus évidents en quantité démesurée, qui veut imposer à tous une image idéale et intouchable du Juif en soi avec des excès de narcissisme ethnocentrique dont on a du mal à trouver des exemples plus forcés, qui débouche sur l’apologie des pratiques les plus condamnables. Cette vague étalée sur des millions de colonnes et de pages imprimées qui répand sans arrêt des visions fau sses des événements et des structures du passé et du présent, persuadant des millions d’ignorants ou d’incompétents. Cet effort quotidien – non seulement par les textes écrits, mais par les menaces, les manœuvres souterraines et autres – pour contraindre Juifs (y compris ceux qui le sont surtout au sens hitlérien du mot) et non-Juifs à adopter, à soutenir cette idéologie, à s’enthousiasmer pour elle. Cette double inconscience ainsi répandue et imposée chez des milliers d’intellectuels et autres, des plus exigeants sur d’autres plans et qui pardonnent ou masquent chez des Juifs tant d’attitudes, de comportements violemment condamnés chez les autres. »


Ainsi, par le pouvoir sémantique générant une violence particulièrement subtile, l’État d’Israël, dont le dossier en matière de droits de l’homme est lourdement chargé, réussit à faire croire aux Occidentaux qu’il est seulement un État-victime. Il faut se garder d’être dupes et résister aux armes linguistiques maniées avec brio par les multiples groupes tout acquis à la cause sioniste en Europe et ailleurs.
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Georges
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:43

18 - DE QUELQUES LOIS, RÈGLEMENTS, COMPORTEMENTS, ARGUMENTS, MÉTHODES, PENSÉES, PAROLES...

suscités par l'idéologie sioniste


Citons quelques-uns de ces éléments dont beaucoup parlent d’eux-mêmes en Israël ou hors d’Israël :

En Israël
La "Déclaration d'indépendance" selon laquelle il ne saurait y avoir, en Israël, aucune discrimination fondée sur la religion, le sexe, l'appartenance ethnique...



La loi dite "du Retour" avec ses deux composantes raciale et territoriale qui donne à tous les Juifs du monde (le « juif » étant défini par son hérédité) le droit d'être reçus en Israël et d'en devenir citoyens et qui interdit à tous les non-Juifs partis pour faits de guerre en perdant leurs biens, d'y revenir.



La "Loi fondamentale" qui stipule qu'il ne peut y avoir en Israël « d'atteintes à la vie, à l'intégrité ou à la dignité de la personne... pas de violations du droit à la propriété... pas de privation ou de restriction à la liberté de la personne par emprisonnement, arrestation ou extradition ».



La "Loi fondamentale" qui veut qu'une terre acquise d'une manière ou d'une autre par le Fonds national juif, soit une terre non pas « nationale » ou « israélienne » mais « juive ».

Désormais cette terre ne pourra ni être vendue, ni être louée à un goy, car il s'agit d'une terre « rachetée », « sauvée », « sanctifiée », « purifiée », « rédimée », «ressuscitée », « restituée » ou pour Ben Gourion « sanctifiée par le sang des pionniers ».



La loi 124 qui donne au Gouverneur militaire la possibilité de suspendre tous les droits des citoyens, y compris le droit de se déplacer.

La terre qui n'est plus cultivée du fait de la suppression de ce droit est déclarée «inculte» et le ministère de l'Agriculture « peut en prendre possession afin d'en assurer l'exploitation ».



La loi qui interdit formellement aux non-Juifs d'habiter certaines villes.



La pensée de Ben Gourion relative au « transfert » des Arabes hors de Palestine (en Jordanie, en Syrie ou en Irak) :

« une idée humaniste et sioniste importante qui permet de donner des terres nouvelles à la fois aux Juifs et aux Arabes ».



Ces paroles d'un ministre religieux du gouvernement israélien devant le spectacle des enfants abattus par balle durant l'Intifada : « Dieu ne pardonnera pas aux Palestiniens de nous avoir contraints de tuer leurs enfants »

Golda Meir, en son temps, avait déjà dit la même chose à l'adresse des Arabes : « le plus impardonnable c'est de nous obliger à tirer sur vos enfants ».



Les paroles du conseiller juridique du gouvernement israélien, Rubinstein, lors de pourparlers entre la délégation palestinienne et les Israéliens...

Alors que la résolution 194 de l'ONU prévoit le retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres ou une juste réparation de leurs biens abandonnés (biens estimés, notamment en 1949 après la guerre de 1947-1948, par une commission tripartite anglo-franco-turque à 1 124 000 000 livres sterling soit plusieurs centaines de milliards de dollars) le conseiller Elyakim Rubistein répond : « Ces sommes n'existent plus. Nous les avons utilisées. C'est à la communauté internationale de créer des fonds pour cette tâche » (propos rapportés par Amnon Kapeliouk).



Le rejet sur les Arabes de la responsabilité de leur exode de 1948, en tant que « juste punition » pour leur coupable aveuglement d’avoir refusé le plan de partage de la Palestine ?



L'accusation portée par Israël sur la délégation palestinienne aux « pourparlers de paix » de l'été 2000, d'être - par son refus d'un compromis et son intolérance - responsable de l'échec de ces pourparlers...

On sait que la colonisation israélienne de la Palestine n'a jamais cessé de s'étendre chaque jour depuis plus de cinquante ans, que des territoires (Jérusalem Est, le Golan...) ont été purement annexés, qu'Israël n'a respecté aucun des accords qu'il a lui-même signés et qu'il a tenu les résolutions des Nations Unies pour non avenues.



Le prétexte invoqué par Israël pour ne pas respecter la quatrième Convention de Genève.

Alors qu'Israël a ratifié en 1951 cette Convention relative au fonctionnement des tribunaux et à la protection des personnes civiles dans les territoires occupés, il considère depuis 1967, contrairement à l'ONU, que cette convention ne s'applique pas à la Cisjordanie et à la bande de Gaza sous le prétexte que ces territoires ne relevaient pas antérieurement d'un État souverain (pour Israël c'est l'Empire ottoman qui fut, jusqu'à 1919, ce dernier État souverain, la Jordanie n'ayant été qu'un occupant de fait). Pour les dirigeants sionistes - dans leur perspective du Grand Israël - il ne s'agit donc pas de territoires « occupés » ni même « administrés » mais de territoires « libérés » ! Lorsque quelques lambeaux de ces territoires sont proposés aux Palestiniens, il s'agit d'une « offre », d'un « don », d'un « sacrifice » en faveur de la paix, consentis par « générosité » et auxquels ne répond qu’«ingratitude ».



La tentative du gouvernement israélien de faire condamner l'antisionisme par l'ONU.

On se rappelle que la résolution 3379 des Nations Unies avait condamné en 1975 le sionisme comme « une forme de racisme et de discrimination sociale » et que cette condamnation avait été annulée en 1991 avec la complicité des États-Unis et à la faveur de l'effondrement du bloc soviétique modifiant la répartition des votes. La demande de condamnation de l’antisionisme fut tout de même rejetée.



Les paroles de Ben Gourion prononcées à la suite de la proposition de la Grande-Bretagne de transférer chez elle des milliers d'enfants juifs allemands à la suite de la Nuit de cristal de 1938 :

« Si je savais qu'il était possible de sauver tous les enfants d'Allemagne en les installant en Angleterre, ou juste la moitié en les installant en Eretz-Israël, je choisirais cette deuxième solution ».



L’installation de kibboutzim sur des terres confisquées aux Palestiniens en promettant du travail à ces derniers au nom de la fraternité judéo-arabe.



Les manœuvres pour s'attirer les sympathies des Arabes israéliens - notamment des paysans pauvres et peu instruits en leur distribuant largement pendant de nombreuses années des récompenses diverses - pour obtenir d'eux qu'ils votent pour le parti au pouvoir...



Les efforts déployés pour inciter les populations arabes israéliennes désemparées après la guerre de 1947-1948, à fêter dès 1949 l'Indépendance israélienne, cette indépendance qui représentait pour elles la Naqba : l'écrasement des forces armées arabes et l'exil d'un grand nombre d'entre elles.

Greilsammer[118] écrit à ce sujet : « La minorité non-juive fut vivement encouragée par les autorités à participer... En l'honneur de la fête, le gouvernement militaire levait brièvement les restrictions de circulation et les Arabes pouvaient prendre part aux célébrations... On leur faisait chanter la Hatikva avec une soumission apparemment totale. Une minorité culturelle désorganisée, et qui avait perdu son leadership, devait adopter les symboles qu'au fond elle rejetait ». Imagine-t-on les Allemands, à la commémoration de leur victoire écrasante sur la France de 1940, invitant les Français à y participer et à chanter le Deutschland über alles ?



Le fait d'admettre démocratiquement des députés arabes au parlement israélien,

tout en leur demandant de prêter serment d'allégeance à l'État d'Israël en tant qu’État « juif », de siéger sous le portrait de Theodor Herzl et du drapeau à l'Étoile de David, de voir se développer sous leurs yeux une législation discriminatoire à l’encontre de leur communauté, d'être voués chaque jour à de pénibles compromis.



Le fait de faire étudier aux enfants arabes divers aspects du nationalisme juif,

tels que « les relations entre la diaspora juive et la terre d'Israël », « le mouvement sioniste et son développement », ou « l'immigration juive »...), tout en proscrivant de façon absolue le nationalisme arabe et en leur faisant consacrer plus de temps à l'étude de l'hébreu qu'à celle de l'arabe, plus de temps à l'étude de la religion juive qu'à celle de la religion musulmane.



Les propos du général israélien, Raanan Gissin affirmant dans le journal Maariv que : « les médias ne sont pas là pour servir la vérité historique mais pour livrer un récit à l'opinion [...] Il faut donc « les mettre dans notre poche, les pousser à filmer du côté de la crosse du fusil et non du canon. Il faut que les médias étrangers tirent avec nos soldats ».



La tactique « des paliers »

C'est la tactique qui consiste de la part d'un agresseur à réduire le niveau de ses exactions en fonction des oppositions rencontrées pour les reprendre ensuite, dès que le moment est jugé opportun, dans un mouvement et une volonté sans cesse renouvelés. Parfaitement adaptée aux Nations velléitaires et aux populations impuissantes que les sionistes ont devant eux, elle fut adoptée pour la conquête de la Palestine dès le début du XXe siècle. En faisant alterner chez les opposants espoir et déception, en sapant les énergies, cette tactique faite de violences paroxystiques, est d'une efficacité particulièrement redoutable.



L'affirmation qui fait considérer que les expulsions des Arabes de Palestine depuis 50 ans ont été compensées par les expulsions des Juifs des pays arabes après la guerre de 1948...

Si ces dernières expulsions entreprises comme des représailles sont éminemment regrettables et inadmissibles, il faut bien voir néanmoins que ce type d’exaction comporte des degrés. Les Juifs n’ont pas été expulsés parce qu’ils étaient juifs mais sionistes (ennemis avoués ou potentiels). Les mauvais traitements qu'ils ont subis, les morts qu'ils ont déplorés, les biens qu'ils ont perdus sont sans aucune commune mesure avec ceux des Palestiniens. De plus, ils ont été - tout au moins le plus grand nombre d'entre eux - reçus à bras ouverts en Israël en tant que colons.

Il semble de plus que les Juifs d'Irak ne voulaient pas émigrer et que, selon les derniers travaux des historiens, « ce sont des émissaires sionistes qui ont précipité leur départ en plaçant une bombe dans une synagogue de Bagdad, bombe qui a causé beaucoup de dégâts et qui, surtout, a provoqué une panique chez les Juifs irakiens, qui se sont alors décidés à s'en aller ».[119]

On peut ajouter, en ce qui concerne la communauté syrienne, que son départ fut même exigé par le Congrès juif mondial et le gouvernement américain, les autorités syriennes se contentant d'accepter ce départ.



L'exploitation de la "Shoah" ou de l'"l'Holocauste" pour en tirer le maximum de dividendes,

notamment près de l'Allemagne, en « faisant l'amalgame entre ennemis arabes et nazis, en assimilant Nasser, Saddam Hussein et Arafat à Hitler ou en évoquant en permanence la menace d'extermination »[120] (cf. Esther Benbessa dans son article de Libération du 11/09/00 : « La Shoah comme religion » ou Finkelstein dans son ouvrage L'industrie de l'Holocauste).



L'audace de nommer démocratie ce qui est ethnocratie[121].

On sait que les Lois fondamentales, telles que celles « du Retour » et « de la Citoyenneté », établissent une discrimination directe entre les Juifs et les non-Juifs et que la Loi « sur les Partis politiques » - en interdisant que la minorité puisse devenir majorité - assure à jamais la domination des Juifs sur les non-Juifs…





Hors d’Israël : la pierre d’achoppement du sionisme



Condamnés par le judaïsme à se voir en exil (en « diaspora ») partout dans les pays où ils vivent, condamnés à se voir entourés d’étrangers, poussés voire harcelés par les sionistes israéliens d’aller en Israël ou de lui apporter une aide toujours renouvelée, tiraillés perpétuellement entre la solidarité de « race » envers les Juifs israéliens et leur conscience morale, entraînés à faire de la surenchère ou à commettre des maladresses vis-à-vis des non-Juifs, nombre de Juifs portent manifestement sur les épaules une lourde chape psychologique. Citons quelques exemples témoignant du trouble, du malaise ou de la désorientation qui les affectent depuis la création de l’État juif, cette seconde « patrie » que le sionisme leur a obtenue, octroyée ou mor alement imposée :



Les propos de Marek Halter[122] attribuant la création de l'État d'Israël au combat des Juifs contre les Britanniques et comparant Ben Gourion (ex-terroriste devenu Premier ministre) à Gandhi en tant que décolonisateur :

« Israël, comme tous les pays en lutte pour leur indépendance, ne doit sa création qu'au combat et à la mobilisation de sa propre population contre le pouvoir colonial. Une lutte souvent violente et dont la victoire a sonné le glas de l'Empire britannique. La lecture de la correspondance entre Ben Gourion et Gandhi, accomplissant tous deux, en même temps ce difficile travail de décolonisation, éclaire définitivement cet enjeu politique. »



Les propos de Jean Kahn, président du Consistoire central israélite, lors de l'Intifada d'octobre 2000 :

« Cela fait deux mille ans que les juifs sont des boucs émissaires. Il faut dire la vérité et ne pas oublier qu'Arafat, en fermant les écoles, est le responsable de la mort des enfants. »



Les propos de M. Cukiermann, président du CRIF, confiés au quotidien Ha’aretz (du 26 septembre 2001) :

« Lorsque Sharon est venu en France je lui ai dit qu’il devait absolument mettre en place un ministère de la propagande comme Goebbels ».



Les propos de J. Kupfer,[123] président du Likoud France et, depuis juin 2003, du Likoud mondial :

Les Palestiniens, dit-il, sont des « hordes de barbares » et de « squatters arabes en Eretz Israël ». « On ne peut plus vivre avec eux si tant est qu’ils aient le droit de vivre ». Il prône leur « transfert » Encore faut-il, conclut-il, ne pas rater les occasions comme nous l’avons fait en 1948 ou en 1967 ». Il prône leur « transfert » comme « la seule solution praticable capable de nous apporter la sécurité et plus tard la paix. L’histoire offre toujours les opportunités pour réaliser les rêves d’une nation. Encore faut-il savoir les saisir et ne pas rater les occasions comme nous l’avons fait en 1948 ou en 1967 ».



La double allégeance d’un certain nombre de Juifs constatée particulièrement par Alfred Fabre-Luce dans les années 1970 et récemment par Michèle Manceaux[124] et que traduisent par exemple :

. la déclaration d’Élie Wiesel au moment de la guerre du Liban : « Comme juif je suis totalement solidaire de ce qui se passe en Israël et ce que fait Israël il le fait aussi en mon nom » ;

. les paroles du grand rabbin de France Joseph Sitruc adressées au Premier ministre israélien Itzhac Shamir : « Chaque juif en France est un représentant d'Israël. Soyez assuré que chaque juif de France est un défenseur de ce que vous défendez [125];

. l’appel de ce même grand rabbin au boycott d’élections le jour de Pessah [126];

. l’exhortation du responsable du CRIF, faite aux « juifs de France » lors de la seconde Intifada de « s'identifier » aux juifs israéliens ;

. la désignation, "notre ambassadeur", pour parler de l’ambassadeur israélien en France ;

. l’appellation "les Français" pour parler des non-Juifs ;

. la déclaration de jeunes Juifs français faisant leur service militaire en Israël : « Ici, on a vraiment le sentiment d’appartenir à une nation »[127] .


Le fait que le plus grand nombre d’intellectuels juifs modernes se font les champions inconditionnels du nationalisme israélien, alors que leurs prédécesseurs d’avant 1945 étaient dans l’ensemble des universalistes.


L’existence d’organisations juives d’extrême droite[128] et, sur Internet, une multitude de sites résolument racistes[129], où s’exprime la haine des Juifs non-inconditionnels d’Israël et des non-Juifs, Arabes en particulier.
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
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Georges
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Re: LE SIONISME en PALESTINE / ISRAËL

Messagede Georges » 01 Mar 2009, 18:47

19 QUESTIONS OU INTERROGATIONS...





Les persécutions subies dans le passé par les Juifs occidentaux justifient-elles que leurs descendants bénéficient d’une quasi-immunité pour celles qu’ils font subir aux Palestiniens ?



Si Israël n’avait pas été créé par les Nations Unies, ne serait-il pas au ban des nations comme le fut l'Afrique du Sud pendant son apartheid ou ne serait-il pas contraint de revenir dans le droit international comme ce fut le cas de la Yougoslavie ? Quand les Nations Unies récupéreront-elles leur liberté, liberté de reconnaître leur erreur de 1947, de dire et de faire respecter le droit qu’elles ont établi avec les moyens dont elles disposent ?



Sait-on qu'il a fallu attendre juin 1980 pour que l’Union Européenne prenne position sur le conflit israélo-arabe et déclare à Venise : « le Conseil européen reconnaît le droit à l'autodétermination du peuple palestinien et l'OLP comme représentant du peuple palestinien et condamne l'occupation des territoires par Israël et les colonies de peuplement » ?



Quel autre État qu'Israël, membre de l'ONU, peut se permettre dans l'indifférence des autres nations de réprimer des émeutes avec des mitrailleuses, des chars et des hélicoptères de combat, de se moquer de l'ONU en méconnaissant ses résolutions, de narguer les États européens en détruisant les installations qu’ils ont financées en Palestine et d'être satisfait de ses meurtres "ciblés" ?



Comment un citoyen d'Israël non-Juif et ayant quelque fierté pourrait-il se sentir chez lui dans un pays se nommant Israël, dont le drapeau est frappé de l'Étoile de David, dont les « lois fondamentales » ne font de lui qu'un subordonné et où il ne peut être qu'un apatride ?



À côté des résistants au péril de leur vie, comment n'y aurait-il pas, parmi les Palestiniens, d’un part des attentistes par intérêt, d’autre part des collaborateurs et des mercenaires des sionistes, alors qu'il y en a dans toutes les situations d'oppression ?[130]



Comment un État dont le fondement est à la fois théocratique et racial pourrait-il ne pas fonctionner selon les lois de l'apartheid ?



Comment se fait-il que tant de religieux se taisent face à la torture, aux prises d'otages, aux bombardements-représailles, à la cruauté de l’occupation israélienne ?



En entraînant des solidarités trans-frontières agressives dont la remarquable efficacité a pu générer l’idée d’un "complot juif mondial", la ghettoïsation spatiale ou mentale des Juifs suscitée par l'association "mythe de l'Alliance - loi du sang" a souvent eu dans le passé des conséquences désastreuses. Comment ne pas voir les dangers encourus avec l'État-ghetto mis délibérément en chantier en Israël ?



N'est-il pas surprenant et dramatique au XXIe siècle que des Juifs, par référence au judaïsme-religion, professent encore une idéologie de « race », de « défense du sang », alors qu’une idéologie semblable a conduit Hitler à faire des Juifs les victimes que l'on sait ?



La volonté de détruire les lieux de mémoire des peuples vaincus a toujours été une pratique barbare… Sait-on que sur l'emplacement du village de Deir Yassin, où furent massacrés en 1948 par les organisations terroristes sionistes 254 Arabes, les Israéliens ont édifié des habitations ?



Par quelle aberration mentale un ex-Grand Rabbin français, René Samuel Sirat, peut-il oser dire, sans se moquer de la quasi-totalité des hommes, que « personne ne peut nier les droits d'Israël sur les terres de la Promesse »[131] et revendiquer pour les Juifs exclusivement le droit « du sol » et du « retour à Jérusalem » ?



« Sait-on, écrit D. Sallenave[132], qu'un colon juif qui abat un Palestinien n'est jamais condamné qu'à une amende de principe ? Qu’un policier israélien n’a pas le doit d’intervenir si un colon menace un Palestinien mais seulement si un Palestinien menace un colon ?



Dans toutes les situations de détresse, la religion est un recours et un refuge. Comment être surpris que l'intégrisme musulman - d'autant qu'il a en face de lui, avec le sionisme, un intégrisme juif particulièrement agressif - se développe en Israël et dans les territoires occupés et « fabrique » des fanatiques islamistes ?



Les Allemands, les Japonais, les Espagnols... ont, par leurs autorités, formulé excuses et repentir pour les fautes respectives de leurs ancêtres, les catholiques avec le pape Jean Paul II ont fait de même pour les crimes de l'Église catholique à l'encontre des protestants et des juifs. Quand les rabbins exprimeront-ils un repentir pour avoir été, depuis le milieu du XXe siècle, largement complices des membres de leur communauté qui se sont approprié en quelque cinquante ans les trois quarts de la Palestine au mépris de tout un peuple et ont promu une politique de discrimination caractérisée ?



N’est-il pas singulier de voir que le qualificatif de « nazi » - même si cette insulte est volontiers utilisée comme une métaphore du mal - vienne à l’esprit de personnalités juives éminentes (comme Yechayahou Leibowitz, Haïm Cohen, Moshe Zimmermann, Israël Shahak, Ahara Zisling, Emmanuel Lévyne que nous avons cités) pour qualifier certains comportements où éclate le racisme anti-arabe en Israël ?



Avec tous les colonialismes : colonialisme français, anglais, espagnol, néerlandais... les populations autochtones, souvent exploitées comme domestiques ou comme soldats après avoir été asservies, ont pu néanmoins, dans certains domaines, tirer quelques bénéfices. Peut-on dire la même chose du colonialisme sioniste ?



Une majorité d'Israéliens et de sionistes à travers le monde sont partisans d'un « transfert » massif des non-Juifs hors des frontières de la Palestine historique... Si les Israéliens, qui possèdent parfaitement la logistique de cette opération (quelques centaines de camions pendant quelques mois), la mettaient en exécution avec leur tactique habituelle "des paliers", les dirigeants occidentaux réagiraient-ils autrement, que par d'éphémères protestations ?



On associe généralement une pratique raciste aux concepts de séparation, de ségrégation, de discrimination, d'exclusion... Viennent toujours s'y associer ceux d'oppression, d'usurpation, d'agression, de persécution, de domination, d'expulsion, d'élimination... Qui peut soutenir que la politique de l'État sioniste n'est pas typiquement d'essence raciste ?



Deux raisons essentielles expliquent l’attitude de nombreux chrétiens face au sionisme et à ses entreprises d'oppression : d'une part, leur adhésion au mythe de l'Alliance divine, mythe qu'ils ont adopté et intégré comme une donnée fondamentale de leur doctrine avec l’espoir messianique (c'est particulièrement le cas des Réformés aux États-Unis) ; d'autre part leur responsabilité dans le génocide hitlérien après leur hostilité antijuive traditionnelle (c'est particulièrement le cas des Catholiques).

En ce qui concerne les premiers - réunis notamment au sein de la puissante Christian Coalition of America avec ses deux millions de membres et ses quelques quinze à dix-huit millions de sympathisants[133] et qui, par l’intermédiaire des Christian Friends of Israeli Communities et de l’Ambassade chrétienne internationale de Jérusalem, apporte à Israël un puissant soutien à la fois d’ordre politique (en soutenant avec conviction que toute la Palestine historique appartient aux Juifs en vertu du droit divin), économique (en finançant notamment les colonies) et psychologique (en se faisant les inconditionnels avocats d’Israël et en refusant tout État palestinien) - quand s’apercevront-ils, dans leur c andeur naïve, que la chaleur de l’accueil et les récompenses (tels que les voyages gratuits) qu’ils reçoivent de la part des politiques et des organisations religieuses juives n’a d’égal que le mépris qu’on leur voue, d’une part pour leur croyance en un homme-dieu, d’autre part pour leur espoir de voir les Juifs se convertir au christianisme à la fin du monde ?

En qui concerne les Catholiques, après avoir formulé par leur hiérarchie le pardon qui s'imposaient, vont-ils longtemps encore se laisser intimider, humilier et accabler par les sionistes leur rappelant sans cesse le passé de leurs prédécesseurs? Resteront-ils les témoins passifs d’une oppression croissante malgré les moyens intellectuels, spirituels et économiques dont ils disposent ?



Les représentants des Nations Unies, en 1947, n'ont manifestement pas réalisé les potentialités des forces sionistes qui allaient se mettent en branle. Leurs successeurs sauront-ils neutraliser les forces en question avant qu'elles ne deviennent totalement incontrôlables. Sauront-ils se sentir responsables du drame qui se perpétue chaque jour en Palestine ?



Par la promotion du monothéisme qui a pu contribuer à la promotion de l’unité du genre humain, par son commandement du respect de la vie, par la vision universaliste amorcée par ses prophètes, le judaïsme a contribué éminemment au progrès de l'humanité soit directement, soit par le relais du Christianisme, de l'Islam et des penseurs des Lumières… Parallèlement, par le mythe de l'Alliance et sa loi raciale qui divisent l'humanité en Juifs et en non-Juifs, il a contribué à un recul non moins décisif… Comment mieux réaliser que, comme toutes les entreprises humaines, les religions portent le meilleur et le pire[134] ?

En 1791, au nom d’un principe de raison et de justice qu’ils veulent universel les Constituants français en dignes héritiers des philosophes, ont promu l’émancipation des Juifs de France [135] ; en 1947, au nom de croyances du judaïsme, les Juifs sionistes, ces héritiers de Juifs émancipés, ont imposé leur domination qui se veut éternelle sur les non-Juifs de Palestine…

Comment mieux réaliser les potentialités malignes des éléments religieux quand ils subjuguent la raison (même si nous savons que celle-ci peut-être infirme) ?



Quand les citoyens des États-Unis s'apercevront-ils que leurs dirigeants se sont fait manipuler par les sionistes des États-Unis et d'Israël depuis 1947 ? « Vous, les Américains, leur lançait Moshe Dayan en 1979, vous pensez que vous nous forcerez à quitter la Cisjordanie. Mais nous sommes là et vous êtes à Washington. Que ferez-vous si nous maintenons nos implantations ? Pousser un cri ? Que ferez-vous si nous maintenons notre armée là-bas ? Envoyer des troupes ? »



L'arsenal juridique que les juristes israéliens ont inventé et perfectionné chaque jour, depuis plus de cinquante ans, pour déposséder les Arabes de leurs terres et de leurs maisons et les réduire à l'impuissance en disloquant leur société, est particulièrement élaboré, réfléchi, précis, astucieux, efficace (cf. Geries Sabri et Lobel Eli). Ce zèle des gens de Loi qui apportent leur concours à l'injustice ou à la force brutale ne serait-il pas plus abject en définitive que celui, plus banal, émanant des politiques ou des militaires ? N'est-ce pas Lindau, procureur au procès Eichmann, qui, sous l'expression de « pressions physiques modérées », a fait légaliser la torture ? N’est-ce pas la Cour suprême d’Israël qui a permis l’usage par les militaires israéliens des obus à fléchettes anti-personnels contre les civils palestiniens des « territoires occupés »[136] ?



Les fondements des théories racistes du passé - ou les principes qui ont pu présider à leur élaboration - ont été divers, mais l'ingrédient le plus efficace pour transformer un banal antagonisme en racisme sera toujours la notion de « race » présente dans les esprits... Qui peut dire que le mythe du Peuple élu/Peuple exclu, associé à la loi rabbinique déterminant la judéité/non-judéité sur l'hérédité (c'est-à-dire sur la généalogie, la filiation, la race/lignée, le sang), n’intègrent pas des principes racistes et qu'ils ne servent pas de guides à l'État sioniste d'Israël ?



Un Français anonyme a pu écrire ce slogan : « Ta montre est suisse, ta voiture est japonaise, tes vêtements sont américains, ton café est africain, ton riz est asiatique, tes chiffres sont arabes, et tu oses dire aujourd'hui que ton voisin est étranger... » Combien de temps faudra-t-il aux représentants du judaïsme pour qu'ils reconnaissent que leur héritage religieux véhicule presque toujours avec les mots de « goy » et de « gentil », une notion péjorative de personnage incomplet, inachevé, infirme, barbare, carencé par nature, voire impur, « l’autre par excellence » dont parle Benbassa [137], ce t « étranger » à la base de tout racisme ? Théo Klein, ancien président du CRIF, s’il avait le loisir de rencontrer Ariel Sharon, Premier ministre d’Israël dont on connaît les crimes, ne lui dirait-il pas familièrement : « Arik, ne raisonne pas comme un goy ! » ?[138]



Alors que le judaïsme en transmettant les notions de « peuple élu » et de « conscience de race » engendre du racisme chez les Juifs, il est singulier que des organisations juives accusent de racisme anti-Juifs toute critique à l'égard d'Israël, ou d’antijudaïsme toute critique du judaïsme... Cette entreprise est largement marquée par l'aveuglement : ses membres, ancrés dans leurs certitudes, ne se sont sans doute jamais demandé, ainsi qu'il sied à chacun de le faire, s'ils n'étaient pas eux-mêmes un peu racistes. Néanmoins, il ne faut pas minimiser sa valeur tactique. Pour ceux qui se veulent à la fois les champions de l'antiracisme et les victimes privilégiées du racisme, l'attaque, par la culpabilisation de l’autre, n'est-elle pas la meilleure défense lorsqu’on est dépourvu de scrupules ?

Mais quand donc l’accusation indue d’ « antisémitisme » lancée à tout va fera-t-elle l’objet d’une plainte des victimes et d’une sanction pénale des coupables comme il en est de l’ « antisémitisme » ?



Il est banal d'entendre des Juifs religieux justifier les assassinats perpétrés par les Israéliens en Palestine au nom de quelque verset de la Torah. Mais, si quelque Drumont ou quelque Brasillach d'aujourd'hui prenait pour référence de son racisme anti-Juifs des écrits de l'Antiquité païenne ou du Christianisme, ne ferait-il pas l'objet d'une juste réprobation et ne tomberait-il pas sous le coup de la loi, loi française notamment ?



Que le racisme en Israël s’exprime en premier lieu chez les religieux (et notamment chez les rabbins) en tant que représentants les plus autorisés du judaïsme traditionnel est dans la logique des choses, qu’il s’exprime aussi chez nombre de laïcs dont les aînés ont largement contribué en Occident au développement d’une pensée universaliste est fort affligeant, mais que penser du poète national Abba Kovner, survivant du génocide hitlérien, devenu officier culturel de la brigade Givati pendant la guerre de 1948, lorsqu’il s’adresse aux conducteurs de blindés de sa brigade dans les termes suivants[139] : « N’hésitez pas, fils : pour ces chiens de meur triers la sentence doit être le sang ! Mieux vous courez après ces chiens de sang et mieux vous aimerez le beau, le bon et la liberté […] La baïonnette est juste et le sang est libre, car l’apparition du châtiment dit : Vengeance, Vengeance, Vengeance ! »



Lorsque Golda Meir[140], Premier ministre d’Israël, avouait qu’elle était angoissée chaque matin en se demandant combien d’enfants arabes étaient nés pendant la nuit n’a-t-on pas une démonstration du racisme banal secrété par l’idéologie sioniste ?



Quelles que soient les forces militaires et policières israéliennes mises en œuvre, la sécurité des Juifs israéliens ne sera jamais assurée par quelque frontière au sol. Aujourd'hui, les seules frontières valables ne sont-elles pas celles qui, fondées sur l'intelligence, la justice, la solidarité, la main du fort tendue à celle du faible - et non sur des données mythiques ancestrales ou quelque volonté de puissance - sont tracées dans les esprits ?



L'assimilation des Juifs aux Israéliens (ou aux sionistes), semée à tout vent par nombre de religieux et de personnalités juives de France et d'ailleurs, est sûrement la faute la plus grave qui puisse être commise à l'encontre de la communauté juive dans son ensemble. Comment cette assimilation-confusion, cet enrôlement systématique, indépendamment des convictions personnelles des individus, pourrait-elle ne pas servir l'hostilité antijuive ?



La collusion du pouvoir religieux et du pouvoir des armes a fait des ravages notables dans les nations chrétiennes… mais que dire en Israël où s’associent sur fond de mystique biblique, le fanatisme des rabbins, le machiavélisme des magistrats et le chauvinisme des chefs militaires ?



Quand le judaïsme - en suivant la voie où s’est engagé le catholicisme - apercevra-t-il les éléments hautement pervers qu’il transporte depuis plus de deux millénaires, éléments qui font le malheur des siens et des « autres ». Quand se remettra-t-il en cause et reprendra-t-il l’histoire de sa tradition ?



Nombreux sont les Juifs éminents qui, avec lucidité et courage, dénoncent le comportement raciste de l’État sioniste…, quel sera le premier d’entre eux qui dénoncera le potentiel raciste du judaïsme avec son mythe fondateur et sa loi du sang et écrira sur « Judaïsme et racisme » ?



Un autre pari est ouvert : puisque l'ONU semble incapable d'œuvrer pour la paix en Palestine, quel est le gouvernement (d’une nation non-musulmane) qui, le premier, prendra l'initiative de s’opposer à Israël en rompant toutes relations avec lui ?



Les révolutionnaires, Juifs et non-Juifs, ont, à propos de la Palestine historique, une même pensée : « le sionisme est une aberration », une même expérience : « la réalisation israélienne, fruit d’une discrimination foncière, n’est pas amendable » et un même projet : « un pays commun démocratique »… Comment l’avenir lointain ne leur appartiendrait-il pas ?



Les dirigeants européens, notamment français, croient encore qu’en donnant des satisfactions à Israël, qu’en lui faisant des concessions, qu’en lui accordant des privilèges, qu’en « oubliant » ses exactions, qu’en invitant ses dirigeants (fussent-ils criminels de guerre !), ils vont avoir en retour quelques retombées favorables (pour leur pays ou leur carrière politique) ou qu’ils œuvrent pour la paix… Combien de temps leur faudra-t-il pour réaliser (à l’instar de de Gaulle) la perversité de l’idéologie issue du judaïsme en marche en Palestine et pour comprendre que pactiser avec elle est une funeste erreur ?



« Quand l'État juif, devenu l'État de tous ses citoyens, se muera-t-il en société multiculturelle dans laquelle toutes les communautés, juives et non-juives, pourront vivre en harmonie ? » (Amnon Kapeliouk, journaliste à Jérusalem).



Alors que les sionistes ont parfaitement exposé dans de multiples écrits leur doctrine et leur dessein : une Palestine débarrassée des Palestiniens, alors qu’aucun homme politique israélien, même pas feu Yitzhak Rabin signataire des accords d’Oslo, n’a jamais envisagé la libération véritable d’une partie quelconque de la Palestine historique, combien de temps faudra-t-il aux Occidentaux pour s’apercevoir que l’idée d’un État palestinien n’est que diversion de la part des dirigeants israéliens, "os à ronger" périodiquement jeté à des étrangers ?



Un État palestinien indépendant ?

Nous avons vu que pour les sionistes il n’y avait pas jusqu’ici de "territoires palestiniens" – seulement des "territoires où résident des Palestiniens" - mais, dans l’avenir, peut-on imaginer, voisin de l’État sioniste, un État palestinien indépendant en Palestine historique tel que l’avait prévu l’ONU en 1947 et tel qu’il représente encore, pour beaucoup d’hommes de bonne volonté, l’horizon de la paix ?

Remarquons tout d’abord que ce type d’ « indépendance » peut s’appliquer à divers domaines, notamment territorial, économique, culturel… Remarquons aussi, d’une part que cette indépendance est toujours relative dans chacun des domaines précédents, et d’autre part que cette relativité admet un éventail de situations objectives et subjectives tout à fait vaste.

De plus, pour simplifier le problème à l’extrême, tenons pour inexistantes les colonies juives de peuplement et retenons seulement ici :

- dans le domaine territorial, le sujet des frontières, élément premier de l’indépendance pour un État ;

- dans le domaine économique, le sujet de l’eau, élément vital pour les hommes

Les frontières ?

Pour les Occidentaux dans leur ensemble, voire pour le commun des mortels, il y a, à ce sujet, une donnée simple : un État indépendant est un État dont les frontières, sont toujours diverses et vont de pair avec des voisins également divers. Certes, l’entente peut être plus ou moins bonne avec lesdits voisins mais, du fait de leur diversité, il reste exceptionnel en pratique que leur collusion effective puisse vouer un État à ne pas être "indépendant".

Mais, cette conception banale n’est point celle - jamais exprimée publiquement mais parfaitement élaborée - des sionistes… Pour ces derniers, un nouvel "État" dans la Palestine historique ne saurait avoir qu’un et unique voisin, Israël, contrôlant intimement, avec les moyens modernes que permet la technique, l’ensemble des frontières terrestres, maritimes et aériennes…

L’eau ?

Compte tenu que les sources en eau de la Palestine historique sont situées pour l’essentiel en territoire "palestinien", et que cette eau est vitale pour les colonisateurs eux-mêmes, comment imaginer que ces derniers puissent partager avec des goys-en-trop-dans-un-pays-qui-ne-leur-appartient-pas, le contrôle de cet élément précieux entre tous ?


Un État palestinien libre, souverain, indépendant dans le cadre de la solution à deux États ? Non ! un camp à l’échelle d’une région avec ses barrières et ses miradors sophistiqués, un État indigne d’êtres humains, un État hautement dépendant, où la dépendance des hommes est celle d’un internement.
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