sami a écrit:AliadArrakis a écrit:J'ai entendu parler chez certains libéraux musulmans cette façon de distinguer charia qui ne serait que spirituel et fiqh qui serait juridique, mais j'ignore jusqu'où ces idées circulent dans le monde musulman.
Cette théorie est développée surtout par le Sa'id Al-Ashmawi (dans son ouvrage qui parle des intérêts bancaires! Muhammad Sa'id Al-'Ashmawi: Al-riba wal-fa'idah fil-islam, Sina lil-nashr, le Caire, 1988, p. 26-29). En voilà un résumé dans mon livre:
Les deux termes arabes Shari'ah et Fiqh sont utilisés indistinctement pour désigner le droit musulman. Certains libéraux, cependant, font une distinction entre les deux. Ainsi, le juge égyptien Muhammad Sa'id Al-'Ashmawi indique que le terme Shari'ah n'a été utilisé comme tel qu'une seule fois dans le Coran (45:18) et trois fois sous forme dérivée (42:13; 5:48; 42:21). Elle signifie non pas la loi mais la voie à suivre telle que révélée par Dieu dans le Coran; l'infaillibili-té ne concerne que les normes qui s'y trouvent. Quand au Fiqh, il constitue l'ensemble des écrits des juristes basés sur le texte coranique: commentaires, opinions de la doctrine, fatwas, etc. Ces écrits, à tort, ont été considérés comme formant la Shari'ah. Or, le Coran met en garde de suivre une autorité religieuse quelconque (9:31; 2:165; 3:64) ou d'octroyer une sainteté à une norme en dehors du texte révélé .
Une autre théorie consiste à considérer le Coran mecquois comme le vrai visage de l'islam, rejetant le Coran médinois. C'est la théorie de Mahmud Muhammad Taha pendu au Soudan en 1985. Il l'a développée dans son ouvrage: Le deuxième message de l'islam.
Muhammad Mahmud Taha: Al-risalah al-thaniyah min al-islam, s. m., Umdurman, 6e éd., novembre 1986. Les ouvrages de Taha, introuvables dans les pays arabes, sont reproduits sur internet dans le site Al-fikrah al-jumhuriyyah:
http://www.alfikra.org/book_view_a.php?book_id=10 (7.6.2008). L'ouvrage en question a été traduit en anglais par un des disciples de Taha, Abdullahi Ahmed An-Na'im (Muhammad Mahmud Ta-ha: The second message of Islam, Syracuse Univ. Press, Syracuse N.Y. 1996).
En voilà un résumé dans mon livre:
Le Coran, la première source du droit musulman, est composé de 86 chapitres dits mecquois (révélés à la Mecque entre 610 et 622), et 28 chapitres dits médinois (révélés à Médine entre 622 et 632, année de la mort de Mahomet). Ce sont ces derniers chapitres qui comportent les normes juridiques. Certains libéraux musulmans estiment que le véritable islam est représenté dans les chapitres mecquois, alors que les chapitres médinois reflètent un islam politique, conjoncturel. Ils sont d'avis que les chapitres mecquois du Coran abrogent ceux médinois. Ce faisant, ils vident le Coran de sa subsistance juridique. Les êtres humains retrouvent ainsi la liberté de légiférer selon leurs intérêts temporels, sans devoir se soumettre aux normes du Coran. Cette théorie a été prônée par le penseur soudanais Muhammad Mahmud Taha , ce qui lui a valu d'être condamné à mort le 18 janvier 1985. C'est pour appuyer cette théorie que nous avons publié une édition et traduction du Coran par ordre chronologique , contrairement aux éditions courantes qui classent les chapitres par ordre de longueur, à quelques exceptions près, ce qui rend le Coran incompréhensible.
Si vous aimez avoir un résumé de la pensée des libéraux musulmans, voir mon ouvrage:
Introduction à la société musulmane: fondements, sources et principes, Eyrolles, Paris, 2005, p. 326-345.
Quel est le degré de diffusion de ces pensées? Ces pensées ne sont jamais enseignées dans les universités arabo-musulmans, lesquelles prodiguent un enseignement archi-classique, traditionnel. Les ouvrages des libéraux sont peu connus, et souvent interdits, et leurs auteurs condamnés à mort ou au silence. Al-Ashmawi par exemple vit cloitré dans sa maison. Voir une attaque contre lui dans
http://www.eltwhed.com/vb/showthread.php?t=1436Les pays arabo-musulmans se plaignent de la montée de l'intégrisme, mais en fait ce sont les universités de ces pays qui forment les intégristes.