Caroll Azoulay pour Guysen Israël News
Lundi 26 juin 2006 à 20:04
Dans l’histoire d’Israël, chaque événement terroriste ou militaire ayant entraîné la disparition d’un soldat a été vécue comme un drame.
S’identifiant totalement avec la douleur des parents de l’enfant porté disparu entre les mains de l’ennemi, les pères et mères israéliens ont vu en ces terribles moments, le plus cher des prix à payer pour conserver l’intégrité de la Terre d’Israël.
Que peut-il y avoir de pire en effet que de ne pas savoir où se trouve son enfant ? Que peut-il y avoir de pire que de se demander s’il a froid ou faim, s’il subit des tortures, plus grave encore, s’il est vivant ou mort ? Et dans ce dernier cas de figure s’il a une sépulture décente ?
Dans l’éthique de l’armée israélienne, le prix de la vie, et même de la mort d’un soldat - lorsqu’il s’agit de retrouver et de ramener sa dépouille - est si élevé qu’il contraint les militaires à prendre des risques substantiels pour permettre le retour d’un des leurs sur le territoire national.
Les ennemis d’Israël, conscients de la valeur quasi sacrée que portent l’État hébreu et la société israélienne à chaque soldat juif, ont toujours fait du kidnapping de soldat un de leur plus haut fait d’arme.
Mais si pour les terroristes ou les états hostiles à l’état juif moderne, la prise en otage d’un militaire israélien représente un des plus importants moyens de pression, ce fait est analysé comme une déclaration de guerre par les dirigeants juifs, lesquels ne peuvent tolérer que leurs soldats ou citoyens soient considérés comme des vulgaires marchandises.
Alors que les écoles israéliennes ont à cœur d’enseigner à leurs élèves le nom et l’histoire personnelle de chacun des soldats disparus, et que la Haute Cour de justice justifiait en 2005 que l’État puisse mettre à disposition une prime de 10 millions de dollars pour tout renseignement utile sur les 5 soldats israéliens toujours portés disparus, le kidnapping de Guilad Shalit est vécu comme un nouveau traumatisme. Le précédent remonte à 1994 lors de l’enlèvement du jeune militaire Na’hchon Wachsman.
La nation vibre alors à l’unisson avec ses parents Esther et Yéhouda qui, jusqu’au bout, espèrent sauver leur enfant bien aimé.
Plus tard le témoignage d’Esther fera le tour du monde. Rappel :
"[…] Mes deux fils aînés, qui portent le nom de grands-parents disparus dans la Shoah, ont servi dans la brigade Golani. Lorsque mon troisième fils a été mobilisé, il a voulu faire mieux que ses deux frères aînés et s’est porté volontaire pour faire partie d’une unité d’élite de commando Golani. Ses frères se moquaient de lui car il était plus petit et plus mince que les recrues de cette unité, mais il persévéra et fut intégré dans le Orev Golani, faisant la fierté de ses frères et de toute sa famille.
Na’hchon, notre troisième fils ne portait pas le nom d’un aïeul. Nous avions choisi ce nom parce qu’il était né le dernier jour de Pessah, juste après la lecture de la paracha qui relate le passage de la Mer Rouge, dont D. ieu promet qu’elle se transformera en terre ferme. Na’hchon, le fils d’Aminadav, chef de la tribu de Yéhouda, fut le premier à se jeter dans la mer, exprimant ainsi une foi totale en D. ieu et en sa promesse que l’eau deviendrait terre ferme, et tous les enfants d’Israël le suivirent. C’est aussi à Pessah, en 1948, qu’eut lieu l’opération Na’hchon, qui devait ouvrir la route de Jérusalem. Nous pensions que ce nom résumait tous nos idéaux : la foi et la confiance en D. ieu, l’amour de notre peuple et de notre pays.
[…] Après avoir servi dans l’armée pendant un peu plus d’un an, et avoir été envoyé au Liban à deux reprises, Na’hchon avait eu une permission d’une semaine et était arrivé à la maison le vendredi 7 Octobre 1994, juste avant Chabbat. Dans la soirée de samedi, il avait reçu un coup de téléphone de l’armée, l’informant qu’il devait se rendre le lendemain, dimanche, dans le nord pour suivre un cours en compagnie d’un autre soldat de son unité. C’était un cours d’une journée destiné à leur apprendre à conduire un véhicule militaire spécial pour lequel on leur délivrerait un permis particulier.
Na’hchon trouvait cette proposition prestigieuse, et il s’organisa pour partir dans le nord en voiture avec un ami. Il nous quitta tard dans la nuit de samedi et nous dit qu’il serait de retour le lendemain soir.
Dimanche soir, Na’hchon tardait à rentrer. Mes parents avaient été hyper-protecteurs, et peut-être était-ce pour cela que j’avais besoin de savoir où mes enfants se trouvaient et quand ils pensaient rentrer. Ils me prévenaient toujours en cas de retard ou de changement de programme.
À minuit, Na’hchon n’était toujours pas rentré et n’avait pas téléphoné et je commençais à craindre le pire. Nous avons alors contacté les autorités militaires, retracé son itinéraire, parlé avec ses amis de l’armée. L’un d’entre eux nous apprit qu’on l’avait déposé, après la fin du cours, au carrefour de Bnei Atarot, l’un des endroits les plus fréquentés du centre d’Israël, d’où il aurait pu soit prendre un bus, soit faire du stop (comme tous les soldats le font) pour rentrer à Jérusalem. Cet ami était le dernier à l’avoir vu.
Le lundi, nous avons commencé à organiser des recherches dans la zone où il avait été vu pour la dernière fois. L’armée ne s’inquiétait pas encore et faisait vaguement des enquêtes dans les hôtels d’Eilat où il aurait pu faire une escapade. Lorsque je leur dis qu’une chose pareille était impensable dans notre famille, ils me regardèrent d’un air amusé en me prenant pour la mère juive typique. Mais moi, dès lundi, je savais que mon enfant était mort.
Le mardi, nous avons été contactés par la télévision israélienne qui nous a dit avoir reçu, d’un photographe de l’agence Reuter, une cassette vidéo montrant mon fils retenu en otage par des terroristes du Hamas. Ils nous dirent qu’ils venaient nous montrer la cassette avant de la diffuser en Israël et dans le monde.
Na’hchon parlait, un revolver pointé sur lui. Il disait qu’il avait été enlevé par le Hamas, qui exigeait la libération de leur chef spirituel, Ahmed Yassine, ainsi que de 200 autres terroristes du Hamas emprisonnés en Israël.
Sur cette vidéo, on voyait Na’hchon pieds et poings liés, près d’un terroriste dont le visage était masqué par un keffieh et qui brandissait la carte d’identité de mon fils. Le terroriste lisait à voix haute l’adresse et le numéro figurant sur la carte, puis Na’hchon parlait, un revolver pointé sur lui. Il disait qu’il avait été enlevé par le Hamas, qui exigeait la libération de leur chef spirituel, Ahmed Yassine, ainsi que de 200 autres terroristes du Hamas emprisonnés en Israël. Si leurs exigences n’étaient pas satisfaites, il serait exécuté vendredi à 8 heures du soir.
Ce n’était pas le moment de craquer. Nous nous sommes tous mobilisés pendant les quatre jours qui ont suivi, 24 heures sur 24, pour faire tout ce qui était en notre pouvoir pour sauver la vie de notre fils. Nous avons parlé avec le Premier ministre, Itzhak Rabin, qui nous a dit qu’il ne négocierait pas avec les terroristes et ne cèderait pas au chantage. Nous avons fait état de la nationalité américaine de Na’hchon et le président Clinton est intervenu. Warren Christopher, qui se trouvait dans la région, et Ed Abbington, le consul général des États-Unis à Jérusalem, se sont rendus tous les deux à Gaza où l’on pensait que Na’hchon était détenu, et nous ont rapporté des messages de la part d’Arafat.
Arafat, c’est vrai, nous téléphona à la maison et nous dit qu’il remuerait ciel et terre pour retrouver notre fils et nous le rendre sain et sauf .
Nous avons lancé des appels à tous les chefs d’États et aux leaders religieux musulmans, et tous, sans exception, ont déclaré aux médias qu’on ne devait faire aucun mal à notre fils.
Nous nous sommes tournés vers nos frères, vers le peuple juif à travers le monde, en leur demandant de prier pour notre fils. Le Grand Rabbin d’Israël a choisi trois chapitres des Psaumes qui devaient être lus quotidiennement, et, de partout, des gens, y compris des écoliers, qui n’avaient jamais prié auparavant, l’ont fait pour sauver une précieuse âme juive.
J’ai reçu environ 30 000 lettres, dont celles de milliers de femmes qui n’avaient jamais allumé de bougies pour Chabbat et qui l’ont fait pour notre fils.
J’ai demandé aux femmes du monde entier d’allumer une bougie de Chabbat supplémentaire pour mon fils. J’ai reçu environ 30 000 lettres, dont celles de milliers de femmes qui n’avaient jamais allumé de bougies pour Chabbat et qui l’ont fait pour notre fils, qui était devenu le symbole du fils, du frère ou de l’ami que chacun aurait pu avoir.
Jeudi soir, 24 heures avant la fin de l’ultimatum, une veillée de prières a eu lieu au Mur occidental, et simultanément, des veillées semblables ont eu lieu dans le monde entier, dans les synagogues, les écoles, les centres communautaires, sur des places publiques, et même dans des églises. Des gens de bonne volonté ont partout espéré, intercédé, prié pour Na’hchon.
Au Mur, 100 000 personnes sont arrivées presque instantanément : des Hassidim en redingotes noires et longues papillotes priaient en pleurant et en se balançant, aux côtés de jeunes garçons en jeans déchirés, queue-de-cheval et boucles d’oreilles. Il y avait une unité et une solidarité entre tous les participants, qu’ils soient religieux ou laïques, de droite ou de gauche, séfarades ou ashkénazes, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, un événement sans précédent dans notre société tellement divisée.
Vendredi soir, avant l’entrée du Chabbat, je me suis adressée à mon fils par l’intermédiaire des médias, en lui demandant de tenir bon et en lui disant que le peuple tout entier était avec lui. Nous étions vissés à la table de Chabbat ; mes yeux étaient rivés sur la porte. Je m’attendais à chaque instant à voir Na’hchon entrer.
Nous ne savions pas que les services de renseignement israéliens avaient capturé le chauffeur du véhicule dans lequel Na’hchon avait été enlevé et qu’il avait révélé à nos agents que les terroristes portaient tous des kippot, qu’il y avait une Bible et un livre de prières sur le tableau de bord, et qu’une cassette diffusait de la musique hassidique lorsqu’un soldat sans méfiance était monté dans la voiture.
Nous ne savions pas qu’ils avaient appris de la même source que Na’hchon était retenu prisonnier dans le village de Bir Nabbalah, situé à dix minutes de notre maison de Ramot. Nous ne savions pas que le Premier ministre Itzhak Rabin avait décidé de lancer une opération militaire pour sauver notre fils.
Vendredi soir, à 20 heures, à la fin de l’ultimatum, ce n’est pas Na’hchon, mais le général Yoram Yair qui a franchi la porte pour nous apporter la terrible nouvelle. L’opération militaire avait échoué. Na’hchon avait été tué, ainsi que le capitaine Nir Poraz qui avait dirigé l’équipe de sauvetage.
Au même moment, les gens étaient tous retournés dans leurs synagogues, après le repas de Chabbat, y compris nos fils, pour réciter des Psaumes pour la libération de Na’hchon. Nous leur avons dit de rentrer à la maison et nous sommes restés ensemble tout Chabbat sous le choc, pétrifiés, anéantis et ne pouvant pas croire à ce qui s’était passé. […]
12 ans ont passé depuis ce tragique événement.
Et à l’heure où nous publions cet article cela fait déjà plus de 24h00 que Guilad a été enlevé à l’amour de ses parents et de tout le peuple d’Israël.
Le mouvement terroriste qui a diligenté cette odieuse action ne cesse de clamer que le jeune homme "est vivant et se porte bien".
Les dirigeants israéliens répètent quand à eux que les responsables du kidnapping ont tout intérêt à ce que "Guilad soit rendu vivant et en bonne santé à sa famille".
Mais alors que les heures s’égrènent comme autant de coup de poignards portés dans le cœur des proches du jeune homme, il ne nous reste plus qu’à espérer que son sort ne rejoigne pas celui de Zachary Baumel, Tzvi Feldman et Yéhouda Katz, tous capturé en 1982 lors de la bataille de Sultan Yakoub au Liban, ni de celui de Ron Arad capturé en 1986 et de Guy Hever disparu le 17 Août 1997 de sa base militaire située dans le Golan.
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j'ai une pensée particuliere au jeune soldat pris en otage par des barbares ,je pense aussi à sa famille....j'espere qu'il sera retrouvé vivant


