torabora a écrit:Justement Botchan, toi t'arrives pas à comprendre comment les gens aux 21eme siècle suivent encore cette homme
Détrompe-toi, c’est beaucoup plus facile pour un esprit libre de comprendre les mécanismes mentaux de quelqu’un victime de l’esclavage intellectuel que l’inverse. Tu dis que je suis « prisonnier des idées prêtes », mais c’est bien évidemment exactement le contraire : je vois les faits et me fais une opinion librement à leur sujet, en ne faisant appel qu’à la raison et à ma conscience, avec la possibilité constante de changer au fur et à mesure que de nouvelles données me parviennent. Aucune personne, aucun bouquin, aucun parti ne me dicte ce que je dois penser.
Au contraire, tu as choisi de t’enfermer dans un carcan étroit de contraintes figées, fixées une fois pour toutes il y a 14 siècles, qui ne te permettent pas de penser par toi-même ni de changer quoi que ce soit à ce qu’on t’a dicté. C’est ainsi que tu en arrives à considérer un zigue qui de toute évidence, est une immonde crapule, fourbe, raciste, sadique, obsédé sexuel, pédophile, pétri de haine, destructeur de l’intelligence, de la beauté, de la civilisation, et j’en passe, comme un « grand homme ». Le bon sens voudrait évidemment qu’on le considère plutôt comme la lie de l’humanité, mais enfermé dans une échelle de valeurs absurde où rationalité, réflexion, morale, humanité n’ont plus aucune place, tu n’es plus capable d’utiliser les facultés de jugement qui te permettraient de voir la vérité telle qu’elle saute aux yeux.
Le respect que tu réclames à l’égard de ce gusse signifie-t-il qu’on ne doit pas le décrire ainsi ? Et bien si c’est le cas, jette le Coran, la sounnah et tes vies de Mahomet aux chiottes : ce sont ces textes qui en font cette séduisante peinture, pas moi. Je n’ai fait que résumer.
Quant à ta citation de Lamartine, tout le monde la connaît bien ici. Elle fait partie de la panoplie du parfait endoctrineur mahométan, est copiée et collée ad infinitum de site islamiste en site islamiste, souvent accompagnée de ses petits camarades que sont les citations du même genre de Goethe, Carlyle, Bernard Shaw, Gandhi, etc… A noter qu’aucun de ces auteurs n’est jamais devenu musulman, malgré tout le bien que ces petites phrases pourraient laisser supposer qu’ils pensent de l’Islam. Et pour cause…
La citation de Lamartine se termine sur une question, et si tu avais tourné la page de ton exemplaire de l’Histoire de la Turquie, tu aurais pu lire la réponse à cette question :
Lamartine a écrit:Il n’y a de plus grand que celui qui, en enseignant avant lui le même dogme, avait promulgué en même temps une morale plus pure, qui n’avait pas tiré l’épée pour aider la parole, seul glaive de l’esprit, qui avait donné son sang au lieu de répandre celui de ses frères, et qui avait été martyr au lieu d’être conquérant. Mais celui-là, les hommes l’ont jugé trop grand pour être mesuré à la mesure des hommes, et si sa nature humaine et sa doctrine l’ont fait prophète, même parmi les incrédules, sa vertu et son sacrifice l’ont fait Dieu !
Ce qui place ta citation sous une toute autre perspective : plus grand que Mahomet, il y a le Christ. En outre, Lamartine suggère la nature divine de ce dernier, ce qui est une hérésie aux yeux de l’islam, et l’air de ne pas y toucher, critique le bellicisme de son prophète.
Dans leur ensemble, les écrits de Lamartine révèlent d’ailleurs une attitude qui oscille entre un attachement profond au christianisme et surtout un déisme mêlé parfois d’agnosticisme, et certainement pas une inclination pour l’islam (sauf sur certains points secondaires). Mais voilà, il menait un train de vie largement au dessus de ses moyens, il avait besoin de fonds, et la protection du sultan Abdülmecit, qui l’avait luxueusement accueilli dans son palais, lui était précieuse. La rédaction de cette « Vie de Mahomet » est contemporaine de la demande par Lamartine, à ce même sultan, d’une concession terrienne en Turquie. Pour l’homme de lettres, rien de tel qu’un petit livre faisant l’éloge du souverain et de sa religion, pour donner plus de chances à sa demande d’aboutir.
Du reste, malgré l’hommage appuyé que l’on trouve par endroits dans cet ouvrage, Lamartine ne peut s’empêcher de critiquer Mahomet à d’autres endroits, et parfois très sévèrement, ternissant considérablement l’image que l’on pourrait avoir de lui en tirant la citation que tu as copiée de son contexte. Par exemple, à propos de son caractère libidineux et de la polygamie :
Lamartine a écrit:Ce penchant pour les voluptés sensuelles […] ce fut la faiblesse dominante de son caractère et devint le vice et la ruine de sa législation. Les Arabes épousaient et répudiaient autant de femmes que le caprice, l’inconstance ou le dégoût les autorisaient à en flétrir. Mahomet crut faire assez pour la réhabilitation de cette moitié du genre humain en consacrant l’union des sexes par un lien religieux et presque indissoluble ; mais il ne crut pas faire trop pour rendre sa loi compatible avec la licence des Arabes en les autorisant à épouser jusqu’à quatre femmes légitimes, quand leur fortune leur permettrait d’assurer convenablement leur vie et leur rang d’épouses. La chaste et sévère unité du mariage chrétien, la plus antisensuelle, mais la plus morale et la plus civile des conséquences du christianisme qu’il avait sous les yeux en Syrie, fut écartée par Mahomet de sa législation comme trop incompatible avec les habitudes de son peuple, ou plutôt comme trop austère pour sa propre sensualité. Il oublia que, dans une législation religieuse, tout ce qui veut paraître divin doit être de nécessité surhumain, et qu’il n’est pas permis à un législateur inspiré de faire à la faiblesse humaine la concession d’une vertu. L’égalité réciproque de droits et de devoirs dans les rapports des deux sexes entre eux n’étant que la première de toutes les vertus, la justice, Mahomet violait la justice, maintenait l’inégalité des devoirs, continuait la dégradation de la moitié de l’espèce humaine, privait de femmes légitimes les deux tiers des hommes pauvres, favorisait le débordement des riches, privait d’époux, pour leur donner des maîtres, les deux tiers des femmes, et jetait la confusion dans les sentiments et dans les hérédités des familles, en proclamant, non le précepte, mais la tolérance de la polygamie chez les croyants. Cette licence démentait sa mission aux yeux de tout homme réfléchi, même à son époque. Ce qui dégradait la moitié de ses créatures ne pouvait être inspiré de Dieu. […] Ce fut le scandale de son Coran, le cri du genre humain contre l’autorité de son livre, la supériorité du christianisme sur sa législation , la condamnation future de sa doctrine sociale. Cette complaisance pour les sens lui coûta l’esprit de l’univers.
Notons qu’en plus de montrer la piètre opinion qu’avait en fait Lamartine de Mahomet, ce passage dément la nature divine de la révélation, balayant un autre dogme fondamental des musulmans. C’est Mahomet qui est présenté comme seul responsable. A d’autres endroits, par contre, il insiste sur l’irresponsabilité du prophète, tout en ne cachant pas qu’il ne croit pas le moins du monde à la transcendance du Coran. Un beau méli-mélo.
Autre point fondamental que Lamartine ne peut admettre, le fait que Mahomet cumule en une seule personne le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel :
Lamartine a écrit:L’inconvénient des théocraties telle que celle que fondait Mahomet, est de lier à un dogme religieux, qui doit être absolu et immuable, une loi civile qui doit changer avec le temps, les mœurs, le progrès des idées, les nécessités de la politique. […] Ainsi dépendent et meurent les peuples théocratiques qui n’ont pas séparé le pouvoir religieux et le pouvoir civil.
Tout le reste de cette « Vie de Mahomet » est de la même eau : passages narratifs mêlés parfois à des propos flatteurs sur le fondateur de l’islam, alternant avec d’autres extrêmement critiques et qui s’accordent nettement mieux aux idées qu’il exprime dans le reste de son œuvre.
En fait, Lamartine n’était sans doute pas à 100% hypocrite, et il trouvait peut-être de l’attrait à certains aspects de ce qu’il connaissait de l’islam (notamment l’absence de représentation physique de la divinité, qui rejoignait ses conceptions déistes). Mais il en connaissait très peu, et les aspects pour lesquels il éprouvait quelque sympathie sont plutôt accessoires dans l’ensemble du dogme. La lecture de sa biographie du prophète laisse à penser qu’il n’a jamais lu le Coran, ni rien de la sounnah, ni les sirahs classiques. Les divergences par rapport à la tradition musulmane, voire les conceptions hérétiques, sont nombreuses, le plus souvent dans un sens d’édulcoration par rapport aux sirahs de Ibn Icham ou Tabari, faisant apparaître Mahomet sous un jour plus présentable. Il cite d’ailleurs lui-même à partir de quelles sources il a rédigé sa biographie: l’Histoire de Mahomet d’Aboul Feda (vraisemblablement dans la traduction de Noël Des Vergers), et l’Histoire des Arabes de Caussin de Perceval. Avec de telles références, on peut difficilement dire qu’il connaissait bien son sujet, et on peut légitimement se demander s’il aurait rédigé de la même façon les passages élogieux après avoir lu les textes fondateurs de l’islam. Encore que, avec la perspective de voir s’envoler ses ennuis financiers grâce à l’exploitation de terres octroyées par la Sublime Porte, tout est possible…
Bref, méconnaissance profonde du sujet, conflit entre honnêteté intellectuelle et intérêt matériel, contradiction évidente entre le passage cité et le reste de l’œuvre…cette citation ne vaut pas tripette et les sources de doute sont trop nombreuses pour qu’on puisse en conclure quelles sont les véritables opinions de l’auteur. Il en est de même d’ailleurs pour les autres citations qu’on nous balance constamment de la même façon : Bernard Shaw faisait l’éloge de Mahomet parce qu’il était anticlérical et pour faire bisquer les bigots chrétiens, Gandhi était un homme politique qui essayait de réunir hindous et musulmans dans un même état, et avait tout intérêt à caresser ces derniers dans le sens du poil, etc.