Plusieurs remarques me viennent à l'esprit après avoir suivi toute cette affaire de près. Il y a eu plusieurs propos controversés de Zemmour. Je ne parle ici que de son affirmation que « la plupart des dealers sont noirs et arabes ».
- La première question qui se pose, avant de creuser les causes de la surreprésentation des Arabes et des Noirs parmi les délinquants, est la réalité des faits. Quand le scandale a éclaté, le nombre d'internautes et de journalistes qui allaient jusqu'à remettre la véracité de l'affirmation de Zemmour en cause n'était pas négligeable. Après quelques jours, dans l'ensemble, la question ne se posait plus : les faits énoncés par le chroniqueur ne pouvaient plus être contestés, ce que certains lui reprochaient était de le dire ouvertement, ou de n'avoir pas été plus loin, en donnant une explication à cet état de fait.
Un des mérites de son intervention a donc été de susciter la mise au grand jour de documents et enquêtes qui étaient d'habitude soigneusement cachés. Tous lui donnent raison, et font même paraître le terme « la plupart » comme un doux euphémisme. Il en mentionne quelques-uns dans sa lettre à la Licra. Parmi les sources les plus fiables, on peut citer un rapport des Renseignements Généraux qui a fait entre autres l'objet d'une intervention au Sénat :
http://www.senat.fr/questions/base/2006/qSEQ060924313.html ou le chapitre sur la délinquance des jeunes issus de l'immigration dans le Rapport de la Commission d’enquête du Sénat sur la délinquance des mineurs :
http://www.senat.fr/rap/r01-340-1/r01-340-117.html. Un autre document intéressant à verser au dossier (et non cité par Zemmour) est la liste des personnes recherchées par la police :
http://193.252.228.130/personnes1.asp?T=R&P=0. Il y en a pas mal d'autres. Grâce à lui, il devient plus difficile qu'avant de nier les faits, et la discussion peut se fonder sur des bases indubitables. C'est déjà beaucoup.
- Le reproche que lui font certains d'avoir été très lapidaire et de ne pas avoir approfondi me paraît, dans les grandes lignes, partagé en deux tendances : 1) ceux qui auraient voulu entendre une explication style gauche bobo : c'est parce que la société les rejette, qu'ils sont maintenus dans des conditions économiques difficiles, etc. minimisant la responsabilité des délinquants et rejetant la faute sur la société, la police, les méchants blancs racistes, etc. ; 2) ceux qui pensent que l'on ne met pas assez en avant les facteurs religieux et culturels pour expliquer la plus grande proportion de délinquants. Pour ma part, je ne rejette pas totalement les arguments de 1), mais je pense qu'on a tendance à fortement les surestimer au détriment de 2), qui relève encore du tabou infranchissable. Mon petit doigt me dit que, s'il avait exprimé le fond de sa pensée sur le sujet, Zemmour aurait dit quelque chose de semblable. Il n'en a pas dit plus, et dans ce sens, on peut dire qu'il a été assez politiquement correct. Cependant :
- Il faut remettre les choses dans leur contexte. Il s'agissait d'un débat télévisé où la durée de parole était limitée, et il se faisait interrompre constamment par l'oie black de service. Difficile dans ces circonstances de développer et d'entrer dans des considérations subtiles. J'estime donc qu'il a fait le mieux qu'il était possible étant donné les circonstances.
Il me semble avoir lu quelque part qu'interrogé à froid par la suite, il aurait refusé de donner une explication au phénomène. Dans ce cas aussi, ça me semble un peu excessif de le lui reprocher. Enoncer les faits est déjà pas mal quand on voit le tollé que ça a soulevé. En faire une analyse du type de celle de Nicolai Sennels (1), par exemple, dans le contexte où il évolue était peut-être trop risqué (j'aurais aimé qu'il le fasse, mais je puis comprendre qu'il ne l'a pas fait).
- Toujours pour revenir au contexte, sa phrase qui a tant scandalisé était une réaction à son interlocuteur, qui s'offusquait que la police contrôle plus les noirs et les arabes que les français de souche. La réponse de Zemmour était donc une justification de la pratique qui consiste à doser les contrôles en fonction de groupes « à risque » de la population, tels que les déterminent les statistiques. Cette manière de faire ne concerne pas que l'origine ethnique des individus contrôlés. Il y a beaucoup plus de délinquants que de délinquantes, et la police, logiquement, contrôle donc plus les hommes que les femmes. Il y a beaucoup plus de jeunes délinquants que de petits vieux délinquants, et la police contrôle donc plus les jeunes que les vieux, etc. Je n'ai jusqu'à présent pas entendu parler d'organisations d'hommes ou de jeunes (je ne parle pas des « djeunes », mais bien de la jeunesse en général, toutes origines et toutes couleurs confondues) réclamant que l'on contrôle autant les femmes ou les vieillards qu'eux. J'ai l'impression que cela paraîtrait incongru à tout le monde. Alors pour quelle raison l'indignation de l'interlocuteur de Zemmour ne paraît pas complètement extravagante ? Pour voir les choses sous un angle plus concret, il suffit de se reporter à la liste des personnes recherchées dont j'ai donné l'URL ci-dessus. C'est principalement sur cette base que la police essaye de débusquer des individus ayant commis crimes ou délits, et c'est l'objet des contrôles. A vue de nez, plus des 9/10 de cette liste sont constitués de gens de type maghrébin et portant des noms à consonance arabe. La police essaye de retrouver les gens dont on leur donne le signalement. C'est aussi bête que ça. La remarque de Zemmour était une simple expression de bon sens, et y voir quoi que ce soit de choquant ou raciste, comme l'a fait la majorité de la presse est complètement délirant. Il n'y avait vraiment pas de quoi en faire un plat.
(1)
http://www.bivouac-id.com/2009/05/15/un-psychologue-danois-%E2%80%9Cl%E2%80%99integration-des-musulmans-dans-nos-societes-occidentales-est-impossible%C2%BB/