samedi 9 septembre 2006
Reporters sans frontières exprime son horreur après l’assassinat, le 6 septembre 2006, de Mohamed Taha, rédacteur en chef du quotidien privé soudanais Al-Wifaq (photo ci-contre), kidnappé la veille par des inconnus.
"Nous exprimons notre solidarité avec nos confrères de Khartoum, pour lesquels ce lâche assassinat représente une dure épreuve. Les réformes engagées pour ramener la paix et la justice au Soudan peuvent être mises en péril si rien n’est fait pour punir ce crime. Les autorités soudanaises doivent donc tout mettre en oeuvre pour que la lumière soit faite sur cette tragédie, afin de juger ses exécutants et ses commanditaires", lit-on dans un communiqué de Reporters sans frontières transmis vendredi à notre rédaction.

La FIJ condamne le brutal assassinat de Mohamed Taha
De son côté, la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) , dans un communiqué publié jeudi, se dit « horrifiée par cette cruauté et exprime sa sympathie à la famille de Taha et à ses collègues ».
« Nous sommes horrifiés par cette cruauté et nous exprimons notre sympathie à la famille de Taha et à ses collègues », a dit Gabriel Baglo, Directeur du bureau Afrique de la FIJ. « Nous invitons le gouvernement soudanais à s’assurer qu’une enquête soit diligentée et que les auteurs de ce crime soient traduits en justice ».
Selon une source de la FIJ au Soudan, Mohamed Taha, le Rédacteur en chef du journal privé soudanais Al-Wifaq a quitté son bureau pour sa maison à minuit le mardi. Autour de 24 heures 30 quelqu’un a frappé à sa porte. Quand Taha a ouvert la porte il a été saisi par des hommes qui l’ont obligé à entrer dans une voiture et l’ont emmené.
Le corps décapité de Mohamed Taha a été retrouvé par la police, le 6 septembre, dans le district de Kalakala (environ 25 km au sud de Khartoum). Le journaliste avait été kidnappé par plusieurs hommes masqués, la veille dans la soirée, à son domicile situé à l’est de Khartoum. Il avait été emmené à bord d’une voiture de marque japonaise vers une destination inconnue. Sa famille a immédiatement signalé l’enlèvement à la police.
En mai 2005, rappelle-t-on, Mohamed Taha avait été jugé pour "blasphème", suite à la plainte d’un groupe fondamentaliste nommé Ansar al-Sunnah. L’article incrimine de ce journaliste, par ailleurs membre du mouvement des Frères musulmans, évoquait un manuscrit islamique vieux de plus de cinq siècles qui soulèverait des doutes sur la généalogie du prophète. Le manuscrit intitulé "L’inconnu dans la vie du prophète" aurait d’abord été écrit par Al-Maqrizi, un historien musulman, et relaterait que le père de Mahomet ne s’appelait pas Abdallah mais Abdel Lat, ou "esclave de Lat", une idole de l’ère pré-islamique. Après la parution de l’article, d’importants rassemblements avaient été organisés par des imams de Khartoum pour exiger que le journaliste soit mis à mort. Taha a finalement été condamné à verser une amende de 3.000 dollars US et son journal a été suspendu pendant trois mois. Le journaliste a également présenté ses excuses dans la presse locale. .
« La situation au Soudan continue à se détériorer » déplore Gabriel Baglo. « Nous réitérons notre appel au Président soudanais Omar Hassan El-Bashir pour la libération des journalistes arbitrairement emprisonnés et pour que les journalistes puissent exercer librement leur profession au Soudan sans aucune forme d’intimidation ou de harcèlement. »
afriquechos



