A Nice, Strasbourg et Paris, des collectifs d’extrême droite, proches du triste «Front National» réputé pour sa haine viscérale envers les étrangers, ont lancé, depuis quelques semaines, des opérations à l’identique concernant la distribution aux nécessiteux de repas chauds. Le problème est que cette collation est préparée uniquement à base de porc… Il s’agit d’un moyen machiavélique destiné à exclure les nombreux musulmans de cette manne de la bonté. «Un procédé discriminatoire, honteux, qui utilise la misère humaine pour établir encore des séparations d’origine et de culture», selon les dires mêmes d’un délégué du Crif juif.A ma connaissance, les autorités religieuses musulmanes sont restées, jusqu’à nouvel ordre, dans l’expectative…
Face à ces agissements intolérables qui rappellent les forfaits de l’Inquisition, les responsables français ne doivent guère continuer à fermer les yeux, comme on le constate actuellement. Car, à l’exception du préfet de Strasbourg, qui a eu le courage d’interdire cette «soupe au cochon» comme on l’appelle, rien n’a été encore entrepris pour stopper ces «dépassements» dans les autres contrées françaises. Pourtant, ce pays n’a que faire d’autres «chahuts» rappelant les derniers désastreux incidents dans différentes banlieues.
D’importantes colonies d’immigrés musulmans, dont la majorité est d’origine maghrébine ou d’Afrique subsaharienne, vivent en France et ne parviennent pas pour la plupart d’entre eux à pratiquer, normalement, leur culte.Pas de lieux de prière appropriés, interdictions ou divers tracas pour la construction de mosquées, interdiction d’appels à la prière, interdiction même de sacrifier le mouton de l’Aïd chez soi ! C’est ainsi que des dizaines de milliers de familles musulmanes ont trouvé beaucoup de peine à s’approvisionner en viande ovine pour leur plus importante fête religieuse.Celle-ci s’est «déroulée dans l’improvisation et la frustration cette année encore», a noté un observateur.Les 121 mille lieux d’abattages légaux se sont avérés, encore une fois, fort insuffisants. Ne parlons pas de l’occasion offerte, une fois de plus, aux grandes surfaces et autres «beznassas» de faire des affaires juteuses sur le dos d’une religion, la seconde de France, mais qui reste mal-aimée par le pouvoir, ou du moins demeure le cadet de ses soucis… Autrement comment se fait-il que les autorités ne fassent rien pour leur faciliter l’exercice de leur religion, voire cette fête de l’Aïd qui a nécessité l’abattage de plus de 150 mille moutons.
Pourtant, l’islam reste, avec au moins cinq millions d’adeptes, la seconde religion au pays de Molière ! Dès lors, ne peuvent-ils pas aspirer à certains droits tout à fait élémentaires, de surcroît garantis par la Constitution française, en contrepartie de leurs diverses obligations sociales ?
L’islam, faut-il le rappeler, gagne inexorablement du terrain dans le monde entier, y compris en Europe. Dans l’Hexagone, à titre d’exemple, près de trois mille Français de souche, dont 50 % de militaires (3,5 % de soldats français) se sont convertis, aussi étonnant que cela puisse paraître, à la religion du prophète Mohammed.
En Allemagne, qui compte déjà 3,2 millions de musulmans, près de quinze mille d’entre eux sont à 100 % d’origine germanique. Selon l’Institut central des archives, dans la patrie de Goethe, lui-même très proche de l’Islam, mille cinq cents Allemands —un chiffre record — se sont convertis à l’islam au cours de 2005.On y lit : «Le phénomène le plus marquant est que parmi ces convertis, deux tiers (62 %) sont des femmes qui ont, en majorité, un diplôme de l’enseignement supérieur et une bonne position salariale.L’Institut insiste sur le fait que seule une partie d’entre elles se sont converties lors d’un mariage avec un musulman».
Par ailleurs, 25 mille pèlerins français ont effectué, tout récemment, le pèlerinage à la Mecque.Fait significatif, 30 % d’entre-eux sont des jeunes de moins de trente ans. Révolue, donc, l’époque du harassant long voyage pour effectuer ce rite grandiose mais fort coûteux au crépuscule de sa vie.Il s’agit là d’un fait d’une importance capitale.Il dénote un regain significatif de religiosité parmi les jeunes Français d’origine maghrébine, d’Afrique noire ou turque, mais aussi ceux de souche française pure.
Ce regain a même été relevé par les Renseignements Généraux (RG) parisiens, dans un rapport confidentiel diffusé le mois passé sur «le prosélytisme islamique en milieu carcéral» : «Parmi les cent quatre-vingt-huit établissements pénitentiaires français, soixante-huit sont, aujourd’hui, touchés par l’islamisme ! C’est l’une des conclusions de ce document».Et les RG insistent sur une politique préventive qui «doit s’accompagner de l’organisation de l’exercice du culte musulman au sein des établissements pénitentiaires», maintenant que les prisonniers de confession musulmane ont, dorénavant, à leur service —une première — un aumônier musulman.
Encore une fois, les décideurs outre-Méditerranée doivent faire preuve de plus de discernement en vue de soulager de la précarité de grandes franges de la population «d’en-bas» où se battent leurs gouvernés, en l’occurrence les Arabo-musulmans.Les élections, quelles qu’elles soient, passent et les problèmes de fond, ceux des minorités, demeurent généralement tels quels, du moment que les promesses «mielleuses», pour ratisser large parmi les électeurs indécis, restent lettre morte ou s’oublient vite, trop vite…
Alors, bonjour les dégâts ! !
M'Hamed BEN YOUSSEF
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