Un peu marre de me faire l’avocat du diable, c’est un exercice pour lequel je n’ai aucun entraînement, je me rends compte que je m’y casse tout le temps la figure et que j’ai un mal fou à exprimer clairement et à faire passer ce que je voudrais dire. Sans doute que je vais bientôt jeter l’éponge, mais j’essaie encore un peu. Avant de continuer, une précision, si c’était encore nécessaire : je n’adhère pas à toutes les positions de selene, loin de là, et si je la défends ce n’est pas parce que je la considère comme un alter ego en pensée, même s’il est possible que nous ayons une certaine dose d’expérience analogue et d’opinions en commun. Les raisons pour lesquelles je la défends sont :
- que je comprends dans une certaine mesure comment on peut en arriver à une telle rage, et que je pense qu’une lourde responsabilité en incombe aux musulmans eux-mêmes – je ne parle pas ici de ton papa, Mira -, qui en quelque sorte « fabriquent des selenes » (ne le prend pas mal selene, je me considère moi aussi « fabriqué par les musulmans »). Dès lors, se contenter de lui tomber sur le râble sans aucune nuance et sans essayer de comprendre les mécanismes qui poussent des gens à tenir des propos aussi agressifs n’aidera jamais à faire progresser les choses.
- que je déteste voir galvauder ce mot « raciste », qui comme le mot « islamophobe » sert trop souvent à rejeter toute critique de l’islam, alors que le problème du racisme est tout autre. Et c’est exactement ce qui ce passe ici. Critiquer l’islam n’est pas du racisme. Critiquer les musulmans parce qu’ils pratiquent l’islam non plus. Pas plus que de critiquer les moonistes parce qu’ils pratiquent le moonisme ou néo-nazis parce qu’ils pratiquent le néo-nazisme. Qu’ils soient également des victimes de leur propre religion est une chose. Mais ce statut de victime n’implique pas d’office qu’ils sont totalement irresponsables de leurs actes et de leur action sur la société. Sinon il faudrait également innocenter tous les terroristes sous prétexte qu’il sont musulmans et que leurs actes sont inspirés par l’islam.
- que l’accusation injustifiée de racisme qu’on assène à selene ne repose que sur un argument, qui est tout à fait fallacieux : quand elle attaque les musulmans, automatiquement ses détractrices traduisent par « Arabes », faisant un amalgame qui est lui, comme je l’ai écrit plus haut, raciste, et qui ne se trouve pas dans les propos impliqués (a une exception près, à la rigueur, mais ça me paraît aussi très discutable. Je le ferai plus tard si je trouve le temps). Et si je n’aime pas qu’on galvaude le mot « raciste », je n’aime pas non plus le racisme.
L’ « affaire selene » soulève à mon avis des tas de problèmes compliqués et délicats à aborder, plus par les réactions à son égard que par selene elle-même (j’y ai fait allusion précédemment), et je ne pense malheureusement pas que je pourrai parler de tous les aspects qui me semblent être impliqués. Je ne vais pas pour le moment poursuivre sur le cours général du débat – Victorien exprime un avis à ce propos qui rejoint assez bien le mien – et je voudrais juste commenter un point précis.
Mira, en faisant allusion à Le Pen qui, selon toi, prônerait l’expulsion des musulmans d’origine étrangère hors de France, tu fais simplement preuve d’une singulière méconnaissance des opinions du personnage et du programme du FN. Ici aussi j’ai l’impression qu’il vaut mieux préciser avant de continuer, parce qu’il me semble que mes propos précédents ont été mal interprétés : c’est peu dire que je n’ai aucune sympathie pour le personnage, pour ce qu’il prône, et j’abhorre toutes les valeurs propres à l’extrême-droite (c’est d’ailleurs pour les mêmes raisons que je suis hostile à l’islam). Ce qui suit n’est pas l’expression d’une opinion, j’essaye juste de remettre les choses à leur place.
Venons en donc à Le Pen. Tu dis qu’il voudrait renvoyer les musulmans d’origine étrangère « dans leur pays ». Si tu prenais la peine de te renseigner, tu verrais qu’il n’en est rien. En fait, il est très ambigu quand il parle de l’islam et de l’immigration, parce qu’il tient des positions oscillant entre une sympathie pour le premier et une hostilité envers la seconde, ce qui n’est pas toujours facile à concilier. Mais on peut tout de même en tirer des lignes directrices.
Commençons par la partie « musulmans » de la proposition. En bon continuateur d’Hitler, Himmler et Degrelle, Le Pen a toujours manifesté des affinités avec la religion de Mahomet.
C’est lui qui présentera en 1957 à la députation de Paris le premier homme de confession musulmane, Ahmed Djebbour. (Soraya Djebbour, fille de ce dernier et également musulmane fera aussi partie du FN).
L’année suivante il déclarera dans un discours à l’Assemblée Nationale :
Le Pen a écrit :J'affirme que dans la religion musulmane rien ne s'oppose, au point de vue moral, à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire. Sur l'essentiel, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale.
Il n’a pas beaucoup changé depuis. Ses déclarations récentes à propos d’évènements liés à l’islam en témoignent : il « ne voit pas pourquoi l'Iran devrait être empêché de se doter de l'arme nucléaire », il condamne la publication des caricatures de Mahomet et justifie la réaction des musulmans en disant que "les croyants ont droit au respect de leurs croyances, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens", ou précise qu’il n’est pas opposé au port du voile dans les espaces publics.
Quand à ses positions sur l’immigration, si on se réfère au programme du FN (
http://www.frontnational.com/doc_id_immigration.php), à part une section consacrée à l’islamisation de la France, qui se contente de décrire la situation et d’exprimer la volonté du FN de lutter contre, sans proposer aucune mesure, et un paragraphe sur le financement des mosquées, les mots « islam » et « musulmans » n’y apparaissent pas. Toutes les mesures qu’il prône le sont à l’égard des « immigrés », des « travailleurs étrangers », « des clandestins », etc., sans mention de leur religion (ni d’ailleurs de leur région d’origine), et les seules mesures d’expulsion proposées le sont pour les condamnés étrangers ayant terminé de purger leur peine en France. Les autres mesures vont plutôt dans un sens de limitations sévères de l’immigration en général ou de l’attribution de la nationalité française, etc. En fait, Le Pen n’est nullement hostile à l’islam, au contraire. Tout au plus veut-il en limiter l’influence sur la sphère publique (en y opposant la laïcité). C’est parfaitement logique. Vu la parenté des idéologies et les nombreux objectifs communs, c’est le cliché selon lequel l’extrême-droite occidentale devrait être hostile à l’islam qui est plutôt bizarre.
Et puisqu’il est question de renvoi des musulmans dans « leur pays », voilà un extrait d’un texte de Mohamed Pascal Hilout qui, lui, n’a rien d’un homme d’extrême-droite (il écrit entre autres dans ReSPUBLICA, journal de la Gauche Républicaine, ou sur Point de Bascule. Il est en outre musulman réformiste et exprime en général des idées humanistes), à propos du voile islamique :
M.P.Hilout a écrit :C’est toujours dans l’espace public du vide juridique que les musulmanes et les musulmans archaïques testent les limites de notre tolérance et nos points faibles pour imposer le code de leur esthétique et leur regard malsain à toute la société. Je ne l’ai que trop supporté en Afrique du Nord ainsi qu’à la télévision. J’aimerais tant nous éviter cette humiliation au quotidien qu’on commence à nous infliger graduellement aussi ici, en France.
Voiles, burqas et tchadors, je vous hais ! Vous avez étouffé ma grand-mère et ma mère et vous voulez continuer à brimer nos filles et petites filles et à limiter leur liberté en France et en Europe. Je jure sur la tête de ma mère que je soulèverai ciel et terre, s’il le faut, pour vous renvoyer à votre Moyen-Age et à votre désert d’Arabie ; là où il n’y a âme qui vive !
Bien sûr, le complément d'objet est ici "Voiles, burqas et tchadors" Mais si celles qui le portent ne veulent pas s'en séparer ? En fait, je ne vois pas tellement de différence avec la phrase de selene : il s'agit de désespoir et d'exaspération de voir tout ce qu'on chérit être anéanti par la bêtise destructrice ; dans ce cas on a naturellement envie que l'origine du mal soit rejetée loin de soi. Il s'agit d'un cri du coeur, pas d'un programme politique.