Concernant aime, site avec lequel, vous, les anciens de ce forum, semblé avoir de fortes accointances, je n’ai pas encore eu la curiosité d’allez voir ce qu’il s’y dit, mais peut-être que j’irai y faire un tour un de ces 4 ^^ pour l’instant, je viens de découvrir celui-ci, Islam la, et je veux en faire encore un peu plus le tour
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Alice > Loin de moi l’idée de sous-entendre que tu crois à ces enfantillages, car pour t’avoir lu sur ce forum, dans plein de topics, depuis les qqs jours que j’y suis, je pense que ton agnosticisme n’englobe pas un vide, n’occupe pas une place vacante, ne fait pas office de religion par défaut. Alors excuses moi si tu as pris pour toi ce que j’ai posté plus haut, c’était maladroit de ma part…je parlais des agnostiques en général, et plus particulièrement des gens que je connais dans ma vie.
Concernant aime, site avec lequel, vous, les anciens de ce forum, semblé avoir de fortes accointances, je n’ai pas encore eu la curiosité d’allez voir ce qu’il s’y dit, mais peut-être que j’irai y faire un tour un de ces 4 ^^ pour l’instant, je viens de découvrir celui-ci, Islam la, et je veux en faire encore un peu plus le tour
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Alice
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J'avais compris hein, je ne faisais que repréciser sur le fait de ménager autrui, ce sont les incroyants qui, en général, le font (d'après ce que j'expérimente), et c'est pas normal que ce soit plutôt dans ce sens. Instinctivement, on est sur la défensive.rawbrol a écrit :Alice > Loin de moi l’idée de sous-entendre que tu crois à ces enfantillages,
Dans une société laïque, et telle qu'elle a été pensée en 1905, il y a le droit de croire et DE NE PAS CROIRE (avec la même énergie et la même authenticité). Or ça se transforme de plus en plus en "droit de croire autrement" (l'athéïsme, c'est pas "croire autrement", c'est NE PAS CROIRE tout court).
Le pays des merveilles, on peut parfaitement le vivre sur place, quand on se sent bien, quand on est amoureux, etc. Pourquoi se réserver pour des arrières-mondes fumeux ?Alice a écrit :elle ne croit qu'au pays des merveilles.A part cela je ne pense pas qu'elle croit à autre chose
Alice
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Alice > (précision : pour moi, être athée, plus basiquement, ce n’est pas de ne pas croire du tout, c’est, comme son étymologie l’indique (a / théos), être sans dieu . Car dans le verbe croire, il n’y a pas que la place qu’occupe un ou plusieurs dieux, il y a aussi assez de place pour un questionnement constant, une interrogation sans cesse renouvelée. L’agnostique à déjà une certitude, puisque la seule chose qu’il sache, c’est qu’il ne sait rien, alors que moi, si je devais dire un jour "je crois", l’absurde serait ma seule croyance.)
Pour revenir à ce qui a entraîné ce petit quiproquos (où j’avais mal interprété ce que tu avais dit concernant le ménagement des croyants par les autres), moi je n’y vois somme toute qu’une logique assez normale, puisque je considère les croyants comme des êtres atteints d’une maladie mentale, des malades qui ignorent leur propre maladie. Alors il est normal que les gens sains d’esprit (agnostique (vrai agnostique j’entend, pas ceux qui place une valeur dans l’astrologie par exemple) et athée) soient un peu déférent face à leur élucubrations. Cela dit, n’étant pas moi-même un sage, et bien que sachant que j’ai à faire à un malade, il m’arrive souvent de maudire sa maladie et le malade avec !
Pour revenir à ce qui a entraîné ce petit quiproquos (où j’avais mal interprété ce que tu avais dit concernant le ménagement des croyants par les autres), moi je n’y vois somme toute qu’une logique assez normale, puisque je considère les croyants comme des êtres atteints d’une maladie mentale, des malades qui ignorent leur propre maladie. Alors il est normal que les gens sains d’esprit (agnostique (vrai agnostique j’entend, pas ceux qui place une valeur dans l’astrologie par exemple) et athée) soient un peu déférent face à leur élucubrations. Cela dit, n’étant pas moi-même un sage, et bien que sachant que j’ai à faire à un malade, il m’arrive souvent de maudire sa maladie et le malade avec !
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rawbrol a écrit :Alice > (précision : pour moi, être athée, plus basiquement, ce n’est pas de ne pas croire du tout, c’est, comme son étymologie l’indique (a / théos), être sans dieu . Car dans le verbe croire, il n’y a pas que la place qu’occupe un ou plusieurs dieux, il y a aussi assez de place pour un questionnement constant, une interrogation sans cesse renouvelée. L’agnostique à déjà une certitude, puisque la seule chose qu’il sache, c’est qu’il ne sait rien, alors que moi, si je devais dire un jour "je crois", l’absurde serait ma seule croyance.)
Pour revenir à ce qui a entraîné ce petit quiproquos (où j’avais mal interprété ce que tu avais dit concernant le ménagement des croyants par les autres), moi je n’y vois somme toute qu’une logique assez normale, puisque je considère les croyants comme des êtres atteints d’une maladie mentale, des malades qui ignorent leur propre maladie. Alors il est normal que les gens sains d’esprit (agnostique (vrai agnostique j’entend, pas ceux qui place une valeur dans l’astrologie par exemple) et athée) soient un peu déférent face à leur élucubrations. Cela dit, n’étant pas moi-même un sage, et bien que sachant que j’ai à faire à un malade, il m’arrive souvent de maudire sa maladie et le malade avec !
Pour ton petit esprit ,les croyants sont des malades mentaux et toi tu te places sur le diapason de la plus haute marche !!
t'as pas honte de toi de tenir un discours illogique sans aucun sens.
et puis à propos,,moi je dois me défouler et comme il y a beaucoup de fil de discussions je perds des fois le sujet
tu disais à la communiste Sandra que je ne suis pas la politique française je te lance un défi
parlons rien que moi et toi de la politique française de puis 1936 date du front populaire de Léon Blum jusqu'a l'heure actuelle.
allez chiche!!
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rien que toi et moi….mmmmhhh….ça a comme un parfum d’amour….tu m’aiiiimes alors ? Grand fou !diablotin a écrit : parlons rien que moi et toi de la politique française de puis 1936 date du front populaire de Léon Blum jusqu'a l'heure actuelle
Bon, rien que toi et moi sur un forum, ça va pas le faire : espace démocratique par excellence, le forum n’est pas un salon privé de tchat. On ne décide pas qui doit intervenir : les gens interviennent, point barre.
de puis 1936 date du front populaire….pourquoi commencer en 36 ? Tu préfèrerais pas plutôt que je te pose des colles sur les années folles ? La couleur du boa de la grande Zaza par exemple ?
Plus sérieusement, réponds d’abord de manière cohérente, argumentée, à ces pôvres ch’tites questions que je t’ai déjà plusieurs fois posé :
1 - Si l’univers est immense, voir infini, et qu’une multiplicité d’espèces douées de raison l’habite, faut-il qu’elles est chacune leur paradis respectif ? Ou bien l’homme est seul dans cette immensité ?
2 - Quel est le lien entre adam et eve et le big-bang ?
…et je discuterai sérieusement avec toi de politique française et même j’arrêterai mon sarcasme sur ton éminente et doctorale personne. Et pas de réponse genre "dieu est grand" s’il te plait, que je considère, tu ne te l’imagines peut-être pas encore (c’est pour ça que j’insiste sur ce point), comme une réponse puissamment creuse et insignifiante (de mouche).
A défaut d’obtenir de toi des réponses claires à mes questions claires, je n’ai d’autre alternative que de te renvoyer idiotie pour idiotie.
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rawbrol a écrit :rien que toi et moi….mmmmhhh….ça a comme un parfum d’amour….tu m’aiiiimes alors ? Grand fou !diablotin a écrit : parlons rien que moi et toi de la politique française de puis 1936 date du front populaire de Léon Blum jusqu'a l'heure actuelle
Bon, rien que toi et moi sur un forum, ça va pas le faire : espace démocratique par excellence, le forum n’est pas un salon privé de tchat. On ne décide pas qui doit intervenir : les gens interviennent, point barre.
de puis 1936 date du front populaire….pourquoi commencer en 36 ? Tu préfèrerais pas plutôt que je te pose des colles sur les années folles ? La couleur du boa de la grande Zaza par exemple ?
Plus sérieusement, réponds d’abord de manière cohérente, argumentée, à ces pôvres ch’tites questions que je t’ai déjà plusieurs fois posé :
1 - Si l’univers est immense, voir infini, et qu’une multiplicité d’espèces douées de raison l’habite, faut-il qu’elles est chacune leur paradis respectif ? Ou bien l’homme est seul dans cette immensité ?
2 - Quel est le lien entre adam et eve et le big-bang ?
…et je discuterai sérieusement avec toi de politique française et même j’arrêterai mon sarcasme sur ton éminente et doctorale personne. Et pas de réponse genre "dieu est grand" s’il te plait, que je considère, tu ne te l’imagines peut-être pas encore (c’est pour ça que j’insiste sur ce point), comme une réponse puissamment creuse et insignifiante (de mouche).
A défaut d’obtenir de toi des réponses claires à mes questions claires, je n’ai d’autre alternative que de te renvoyer idiotie pour idiotie.
raw..brol tu as la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf et tu, as mis tout ce temps pour pondre une énormité pareille !
Remarque je commence à m'y habituer à tes bétises et rien ne m'étonne de ta part.
1° t je ne peux t'aimer désolé je ne suis pas un homo.
2 ) pour tes questions arrète de me prendre pour un imbécile !!
je t'ai répondu plusieurs fois et je ne vais pas m(amuser de te répondre à chaque fois .
J'ai d'autres choses que ça à faire.
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Ah oui, c'est vrai que les homos et l'islam, c'est "haram"
Croupis alors dans tes mensonges : tu ne m'as jamais répondu, ne veux pas me répondre, alors que mes questions sont claires, légitimes et fécondes.
Tu es donc privé de discution, rien que toi et moi, de politique française de 1936 à nos jours
Oo, what a mess...
Croupis alors dans tes mensonges : tu ne m'as jamais répondu, ne veux pas me répondre, alors que mes questions sont claires, légitimes et fécondes.
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rawbrol a écrit :Ah oui, c'est vrai que les homos et l'islam, c'est "haram"![]()
Croupis alors dans tes mensonges : tu ne m'as jamais répondu, ne veux pas me répondre, alors que mes questions sont claires, légitimes et fécondes.
Tu es donc privé de discution, rien que toi et moi, de politique française de 1936 à nos jours![]()
Oo, what a mess...
comme ça la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf veut me punir et me privait de discussion
Je n'ai rein raté au contraire c'est toi qui a raté une occasion de t'instruire.
c'est pitié de te voir traiter les etres humains d'animaux.
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Tiens, puisque je vois que tu adores les animaux, l'instruction et la modestie, je te renvois à cette merveilleuse phrase D'Orwell (un homo au passage) de son bouquin "La ferme des animaux" :diablotin a écrit :Je n'ai rein raté au contraire c'est toi qui a raté une occasion de t'instruire.
"Tous les animaux naissent libres et égaux en droits, sauf que certains sont plus égaux que d'autres"
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je prefere cette citation de Rousseau'' tous les hommes naissent bon c'est la société qui les rend mauvais '' je l'ai cité comme ça mais la phrase exacte je l'ai oubliéerawbrol a écrit :Tiens, puisque je vois que tu adores les animaux, l'instruction et la modestie, je te renvois à cette merveilleuse phrase D'Orwell (un homo au passage) de son bouquin "La ferme des animaux" :diablotin a écrit :Je n'ai rein raté au contraire c'est toi qui a raté une occasion de t'instruire.
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Re : Allelouia !!
Les débats de l'Obs. Grand entretien avec Martin Amis
Les virus de la terreur
Par Martin Amis (Écrivain)
Il fut l’enfant terrible de la littérature britannique. Il l’est plus que jamais. Il parle du 11-Septembre, du goulag, de l’islamisme et… des femmes
Né en 1949 en Angleterre, Martin Amis est l’auteur d’une quinzaine de romans et d’essais dont «la Flèche du temps», «Koba The Dread» et «Expérience». Il vient de publier «The Second Plane» (pas encore traduit en français) et son dernier roman, «la Maison des rencontres», chez Gallimard.
Le Nouvel Observateur. – Pour vous, décidément, on n’en a jamais fini avec le goulag. Votre nouveau roman, «la Maison des rencontres», est le pendant romanesque de «Koba The Dread», votre essai sur Staline. Pourquoi?
Martin Amis. – Deux ans après avoir écrit le livre sur Staline, je vivais en Uruguay quand j’ai eu l’idée d’écrire sur le goulag, ce que je n’avais pas vraiment fait dans «Koba», comme si j’avais gardé le sujet en réserve pour plus tard. Le temps était pour moi venu d’évoquer l’intensité de la souffrance subie. J’avais déjà écrit un livre sur l’Holocauste, «la Flèche du temps», dans lequel l’histoire était racontée du point de vue du tortionnaire. Je ne me sentais pas capable de me mettre dans la peau des victimes: je n’en avais pas le droit. Quand on travaille sur un roman, on est toujours à la recherche de ce qui en justifie l’écriture et rend le projet légitime, particulièrement dans le cas d’un sujet historique aussi douloureux. Psychologiquement, les réactions à l’Holocauste nazi sont très différentes de celles qu’a provoquées le totalitarisme soviétique. C’est assez mystérieux, mais il y a une certaine hiérarchie dans la douleur et le souvenir. La bibliothèque de l’Holocauste est gigantesque comparée à celle du goulag. L’historiographie des camps soviétiques est beaucoup moins fournie. Et les réactions à ces deux phénomènes historiques, comme vous le savez, ont été très divergentes: l’Occident s’est voilé la face en essayant de se persuader que l’expérience du communisme allait éclairer le monde. A l’opposé, il n’y a jamais eu le moindre doute quant à la véritable nature du nazisme: on savait qu’il conduirait à la guerre, on connaissait tout de son racisme pseudo-scientifique.
Tout était déjà annoncé dès 1924 avec la publication de «Mein Kampf».
Mais il y a eu une vraie sympathie pour l’Union soviétique et son projet politique, y compris chez les Russes. Aujourd’hui encore, la moitié d’entre eux admirent toujours Staline ! Je ne me sentais pas capable de comprendre ce qui se passait dans la tête d’une victime de l’Holocauste, mais je me suis dit que j’étais par contre en mesure de recréer la psychologie des victimes du bolchevisme. Mais ça n’a pas été facile. Je me suis mis au travail dans le cadre idyllique de mon domicile uruguayen, dans une maison en bord de mer avec vue sur des lagons magnifiques, entouré de ma femme et de mes deux filles. Au milieu de la folie du continent sud-américain, l’Uruguay est une oasis de paix et d’harmonie, un peu à l’image de la Suisse, mais sans pour autant être neutre. Les Uruguayens ont connu leur lot de guerres, de révolutions et d’horreurs, mais ils ont miraculeusement réussi à se sortir de cette spirale infernale. Il ne m’était donc pas aisé de m’imprégner du climat de souffrance sur lequel je devais écrire. Je me faisais l’effet d’une caricature d’écrivain assis au bord de sa piscine et sirotant son gin tonic en pleine rédaction de la grande scène tragique où il fait mourir un enfant. On devient vite très conscient du risque de l’imposture, dans ces cas-là. De manière ironique, il faut donc s’obliger à souffrir comme savent souffrir tous les écrivains: au quotidien, comme s’il fallait recommencer chaque jour à zéro.
Pendant que j’écrivais le roman, je me disais souvent que les Russes sont étonnamment doués pour la souffrance.
Si personne ne vient les tourmenter, ils s’inventent leurs propres raisons de souffrir. On voit ça tout le temps chez Dostoïevski: quand on tue une vieille dame, ce n’est pas pour un motif réel, mais pour se sentir coupable. C’est lié à l’Etat, à la lourdeur de l’Etat. Cela tient à l’histoire: depuis le XIe siècle, l’individu n’a aucun rôle à jouer. La Russie n’est pas un Etat-nation, mais une nation-Etat. Tout tourne autour de l’Etat. Vos choix personnels ne vous appartiennent plus. Cela débouche sur une corruption morale généralisée, à un degré difficilement imaginable pour nous.
N. O. – Dans les années 1950, à l’époque de votre roman, le goulag n’était pas un camp d’extermination, mais un camp de travail.
M. Amis. – A la différence des camps de concentration nazis, il existait en URSS des camps spécialisés dans les exécutions, mais pas de camps d’extermination à proprement parler. Chalamov, l’un des grands auteurs à avoir écrit sur le goulag, a comparé son expérience avec celle de Soljenitsyne et en est arrivé à la conclusion qu’il aurait pu vivre confortablement dans les camps tels que les décrit Soljenitsyne, dans la mesure où ce dernier avait été interné après la guerre, dans les années 1950. Chalamov, lui, avait connu les camps dans les années 1930. Selon lui, la finalité des camps était de réduire à néant l’humanité des prisonniers. C’est à cela que servait le goulag. En France, quand Victor Kravtchenko a publié «J’ai choisi la liberté», il a été attaqué en justice et accusé d’avoir tout inventé sur le goulag. Il a fini par gagner son procès en diffamation et l’histoire lui a donné raison. Il s’est suicidé peu de temps après. Primo Levi parle de ce cas de figure: ceux qui survivent à une expérience extrême choisissent soit de refuser catégoriquement d’évoquer le traumatisme qu’ils ont subi – c’est très courant, ils ne trouvent pas la force d’en parler –, soit de témoigner de ce qu’ils ont vécu, avec la hantise de ne pas être crus, idée pour eux insupportable. Lui aussi s’est suicidé.
N. O. – Votre père, l’écrivain Kingsley Amis, a été membre du Parti communiste britannique jusqu’en 1956. Votre roman se déroule justement à cette période?
M. Amis. – Cela ne m’avait pas traversé l’esprit: au moment où mes deux personnages sont au goulag, mon père jouait au petit communiste modèle. Les gens aiment cataloguer l’humanité et la diviser en sous-catégories. Nabokov disait que le monde se divise en deux catégories: ceux qui dorment du sommeil du juste et ceux qui dorment mal. Lui-même était un insomniaque notoire: il avait peur de la nuit, qu’il décrivait comme un «géant». Dans ses livres, mon père écrivait qu’il y a deux catégories de gens: ceux qui plaisent au sexe opposé et ceux qui ne lui plaisent pas. C’est un sacré clivage. Personnellement, je préfère opposer les gens qui ont des motivations idéologiques ou religieuses à ceux qui n’en ont pas. Quand il a rejeté le communisme, mon père a écrit un texte sur la question expliquant combien cela avait été douloureux. Il cite l’exemple de nombreuses personnes qui déclarent à quel point il est pénible de renoncer à ses convictions, et toutes décrivent ce sentiment de gueule de bois, ce vide intérieur qui s’installe lorsqu’on vous enlève les fondements de votre personnalité. On se sent exclu d’une communauté, d’une famille, on perd ses références collectives. Mais lorsqu’il a abjuré le communisme, mon père n’imaginait pas que l’idéologie qui le remplacerait serait l’anticommunisme, qui demeure aussi une forme d’idéologie, dangereuse. J’ai toujours refusé toute forme d’affiliation politique. Cette différence entre mon père et moi m’a toujours intéressé: il éprouvait ce besoin d’adhésion que je ne ressens pas du tout.
N. O. – Voyez-vous des points communs entre les deux totalitarismes du siècle dernier – le nazisme et le communisme – et l’islamisme que vous dénoncez?
M. Amis. – La différence fondamentale est qu’Al-Qaida n’est pas un Etat. On a parfois dit que c’est un Etat virtuel, né de l’âge d’internet. Mais Al-Qaida ne possède pas d’avions, ne dispose pas des moyens et des ressources d’un Etat. En tant que mouvement, il partage avec les totalitarismes une même logique émotionnelle, un même romantisme fondé sur l’auto-apitoiement, un même désir infantile de détruire.
Ce sont des révolutionnaires. Ils ont tendance à se réclamer à la fois de l’archaïsme et de la modernité. Ils se servent de tout ce que le monde moderne peut leur offrir tout en vivant dans le passé et en prônant une utopie vieille de quatorze siècles.
L’exaltation d’un leader quasi divin qui n’exige pas seulement la soumission, mais également une transformation radicale des personnes. La haine des sociétés occidentales, du progressisme et de l’individualisme, l’obsession du sacrifice et la quête du martyre, le goût de la révolte, l’obsession d’une pureté jamais atteinte et un antisémitisme exacerbé sont autant d’autres points communs. Fondamentalement, ce sont des idéologies qui tournent le dos à la raison et à la morale.
C’est frappant dans les écrits de Hitler, de Lénine et de Staline: quand ils emploient le mot raison, c’est pour l’associer à la lâcheté.
C’est assez extraordinaire, ce rejet de toute forme de raison, puisque dès lors qu’on la rejette, on rejette en même temps toute forme de morale. A court terme, c’est très libérateur: tout devient possible, il n’y a plus d’interdits, on se sent du coup empli d’une incroyable énergie. Trotski disait qu’il faut mépriser la mort comme la vie, qu’il faut s’affranchir de ces théories étriquées sur le caractère sacré de la vie humaine.
N. O. – Chez les islamistes, la mort est désirable.
M. Amis. – Oui, c’est le principe même du martyre. Mais il y a quelque chose de dérisoire dans ce genre de sacrifice. Un martyr étymologiquement est avant tout un témoin: en se sacrifiant, on devient témoin de sa propre mort.
Mais si l’on s’en tient à la théologie islamiste, à son interprétation de la religion, le djihadiste est persuadé de ne pas vraiment mourir: l’accession au paradis est immédiate et précède l’instant de la mort. Il n’existe pas d’autre manière de monter aussi rapidement au royaume des cieux.
Le plus pieux des musulmans est condamné à rester dans sa tombe pendant quelques siècles avant d’en être arraché par un terrible archange qui le questionnera sur ses péchés et ses vertus avant de décider s’il l’envoie au paradis ou en enfer.
Le martyr est dispensé de cette attente et de ce verdict. La grande différence entre les régimes totalitaires et l’islamisme, c’est que dans le cas des premiers la mort demeure la mort, même si la vie n’a aucune valeur. Ce n’est pas le cas pour les islamistes et, dans ces conditions, il est difficile de résister à la tentation du martyre dès lors que l’on est croyant.
Je ne sais pas ce qu’il en est en France, mais ici, en Grande-Bretagne, nous faisons toujours preuve d’une grande naïveté rationaliste sur cette question. Les gens ont toujours tendance à se persuader que les kamikazes qui se font exploser avec leur bombe constituent la seule arme dont disposent les pauvres et les opprimés. Ils n’arrivent pas à voir que l’islamisme radical est en réalité une secte, un phénomène pathologique.
N. O. – Vous venez de publier «The Second Plane», qui rassemble essais et nouvelles consacrés au 11-Septembre. Pourquoi?
M. Amis. – Je ne m’attendais absolument pas à être témoin de mon vivant d’un événement d’une telle magnitude. Je suis un enfant de la guerre froide. J’avais quatre jours lorsque l’Union soviétique a testé sa première bombe atomique. J’ai donc connu quatre jours de tranquillité avant que la guerre froide n’entre dans sa phase nucléaire en 1949. Je me souviens que, lorsque le mur de Berlin est tombé, en 1989, j’ai dit à mes fils, qui étaient encore très jeunes, à quel point j’étais content de savoir qu’ils n’auraient pas à connaître comme moi ce cauchemar. Puis l’histoire s’est mise en congé pendant une dizaine d’années et, subitement, en lieu et place d’une guerre froide, le monde s’est à nouveau retrouvé divisé, face à un ennemi avec lequel on ne peut pas négocier, et que l’on ne peut pas apaiser avec des propositions rationnelles.
N. O. – Vous avez écrit que l’après-11-Septembre était un « crash moral ».
M. Amis. – C’est la morale qui est atteinte, et il semble que l’Etat agressé réagisse toujours à cette menace en laissant libre cours à ses propres instincts terroristes – ce qui n’est pas une manière de le placer sur le même plan que les terroristes ou de dire que les deux sont équivalents. Je suppose que c’est un phénomène universel mais, même en Grande-Bretagne, lorsque l’IRA était très active dans les années 1970, Edward Heath, notre petit bonhomme de Premier ministre de l’époque, avait déjà recours à la même panoplie de mesures en utilisant une même langue de bois que celle qu’on entend actuellement. Les interrogatoires poussés et les transferts clandestins de prisonniers étaient déjà monnaie courante dans les années 1970. L’Etat réplique toujours au terrorisme par la torture et l’arbitraire. Dès lors que l’on commence à torturer au motif que c’est absolument nécessaire, son usage se généralise. C’est l’une des tristes réalités de la nature humaine: dès que l’on place quelqu’un entre vos mains et que l’on vous donne un pouvoir absolu sur cette personne, vous vous retrouvez dans la position d’un enfant à qui on confie un jouet. Renoncer à la légalité est une forme de défaite. Cela revient à concéder une victoire au terrorisme. En ce sens, Guantanamo est une catastrophe. Les détenus n’y sont pas des prisonniers de guerre, on leur refuse le droit d’être traités comme tels. Ils ne bénéficient pas non plus du statut de détenus de droit commun. Guantanamo existe dans un vide juridique total. On perd toute légitimité dès lors que la guerre que l’on mène devient contestable. C’est un peu comme un virus qui infecte un ordinateur. C’est pour cela que le terrorisme est si efficace: sous l’effet du choc, les Etats visés peuvent rapidement sombrer dans une forme de déclin moral qu’il est absolument vital de ne pas laisser s’installer.
N. O. – Goulag, camps de concentration, catastrophe écologique, attentats du 11-Septembre… Choisissez-vous délibérément pour vos livres des sujets apocalyptiques?
M. Amis. – Choisir n’est pas le mot qui convient. C’est assez mystérieux. Quelque chose vous travaille et vous ressentez le besoin d’écrire dessus. Dans le passé, je me sentais très peu concerné par la politique. J’étais jeune. Seule la littérature m’intéressait. Mais le cours de l’histoire s’est emballé et on se met à regarder la réalité en face. Je suppose que s’il existe un thème commun à tous mes livres, y compris les tout premiers, c’est la question de la masculinité. Ces temps-ci, ce ne sont pas les femmes qui sont les plus intéressantes à traiter, c’est le mâle. Le problème chez l’homme, c’est la violence. Bien sûr, les femmes peuvent elles aussi se révéler violentes, mais l’histoire ne nous démontre pas vraiment qu’elles sont la source de tous nos maux.
N. O. – Vous vous êtes décrit comme un «gynocrate» et vous avez affirmé que le monde serait meilleur s’il n’était peuplé que de femmes?
M. Amis. – Oui, mais c’était une idée complètement utopique, ne serait-ce que parce que si les femmes arrivent au pouvoir, il faudra qu’elles deviennent plus masculines que les hommes. De vraies amazones! Il faudrait qu’elles soient dures, qu’elles nient presque leur féminité. Si Hillary Clinton y parvient, je ne me frotterai pas à elle, elle ne vous prendra pas dans ses bras pour vous chanter une berceuse. Pauvre Bill... [Rires.]
N. O. – Quand vous étiez jeune, vos premières petites amies (iranienne, pakistanaise ou sud-africaine) étaient musulmanes. Selon vous, la crise de l’islam est une crise de la masculinité. Pourquoi?
M. Amis. – Aller dire aux gens comment ils doivent éduquer leur famille, gérer leur intimité et leurs relations est la meilleure façon de les agresser. Pourtant, il faudrait sans cesse rappeler aux pays musulmans que les femmes ne sont pas une minorité et que leur énergie n’a pas vocation à être systématiquement bridée.
Vous avez lu «Lolita» ? C’est si subtil, si puissant d’un point de vue littéraire. Dans les pays musulmans, on trouve souvent des petites filles plus jeunes que Lolita mariées à des hommes plus âgés qu’Humbert Humbert.
J’ai une fille qui a 11 ans, la plus jeune en a 8. L’idée qu’elle puisse être mariée à un homme adulte est effrayante.
J’aime les sociétés multiraciales, mais pas le multiculturalisme.
Qui parmi nous peut approuver les mutilations sexuelles, le mariage forcé des petites filles, la polygamie? Nous ne pouvons pas accepter ces pratiques, qui expriment toutes une forme de violence.
Notre tolérance aux autres cultures en Occident se manifeste parfois de manière étrange.
N. O. – Quels sont les trois livres que vous emporteriez sur une île déserte?
M. Amis. – Si je n’ai pas droit à Shakespeare ou à la Bible, j’emporterais les œuvres complètes de Milton. Les deux autres livres seraient sans doute des recueils de poèmes élisabéthains ou du XXe siècle, avec une préférence pour Yeats et Auden. Ce n’est plus vraiment à la mode ces jours-ci de se proclamer fier de son pays, mais si je suis fier d’être britannique, c’est à cause de notre poésie. Comme disait E.M. Forster, le roman britannique n’est pas une forme suprême. Le roman français ou allemand l’est peut-être, le roman russe l’est assurément. Mais la poésie britannique est sans rivale. Sinon, en trichant, j’emporterais les œuvres complètes de Nabokov ou de Saul Bellow.
Propos recueillis par François Armanet et Gilles Anquetil
Les virus de la terreur
Par Martin Amis (Écrivain)
Il fut l’enfant terrible de la littérature britannique. Il l’est plus que jamais. Il parle du 11-Septembre, du goulag, de l’islamisme et… des femmes
Né en 1949 en Angleterre, Martin Amis est l’auteur d’une quinzaine de romans et d’essais dont «la Flèche du temps», «Koba The Dread» et «Expérience». Il vient de publier «The Second Plane» (pas encore traduit en français) et son dernier roman, «la Maison des rencontres», chez Gallimard.
Le Nouvel Observateur. – Pour vous, décidément, on n’en a jamais fini avec le goulag. Votre nouveau roman, «la Maison des rencontres», est le pendant romanesque de «Koba The Dread», votre essai sur Staline. Pourquoi?
Martin Amis. – Deux ans après avoir écrit le livre sur Staline, je vivais en Uruguay quand j’ai eu l’idée d’écrire sur le goulag, ce que je n’avais pas vraiment fait dans «Koba», comme si j’avais gardé le sujet en réserve pour plus tard. Le temps était pour moi venu d’évoquer l’intensité de la souffrance subie. J’avais déjà écrit un livre sur l’Holocauste, «la Flèche du temps», dans lequel l’histoire était racontée du point de vue du tortionnaire. Je ne me sentais pas capable de me mettre dans la peau des victimes: je n’en avais pas le droit. Quand on travaille sur un roman, on est toujours à la recherche de ce qui en justifie l’écriture et rend le projet légitime, particulièrement dans le cas d’un sujet historique aussi douloureux. Psychologiquement, les réactions à l’Holocauste nazi sont très différentes de celles qu’a provoquées le totalitarisme soviétique. C’est assez mystérieux, mais il y a une certaine hiérarchie dans la douleur et le souvenir. La bibliothèque de l’Holocauste est gigantesque comparée à celle du goulag. L’historiographie des camps soviétiques est beaucoup moins fournie. Et les réactions à ces deux phénomènes historiques, comme vous le savez, ont été très divergentes: l’Occident s’est voilé la face en essayant de se persuader que l’expérience du communisme allait éclairer le monde. A l’opposé, il n’y a jamais eu le moindre doute quant à la véritable nature du nazisme: on savait qu’il conduirait à la guerre, on connaissait tout de son racisme pseudo-scientifique.
Tout était déjà annoncé dès 1924 avec la publication de «Mein Kampf».
Mais il y a eu une vraie sympathie pour l’Union soviétique et son projet politique, y compris chez les Russes. Aujourd’hui encore, la moitié d’entre eux admirent toujours Staline ! Je ne me sentais pas capable de comprendre ce qui se passait dans la tête d’une victime de l’Holocauste, mais je me suis dit que j’étais par contre en mesure de recréer la psychologie des victimes du bolchevisme. Mais ça n’a pas été facile. Je me suis mis au travail dans le cadre idyllique de mon domicile uruguayen, dans une maison en bord de mer avec vue sur des lagons magnifiques, entouré de ma femme et de mes deux filles. Au milieu de la folie du continent sud-américain, l’Uruguay est une oasis de paix et d’harmonie, un peu à l’image de la Suisse, mais sans pour autant être neutre. Les Uruguayens ont connu leur lot de guerres, de révolutions et d’horreurs, mais ils ont miraculeusement réussi à se sortir de cette spirale infernale. Il ne m’était donc pas aisé de m’imprégner du climat de souffrance sur lequel je devais écrire. Je me faisais l’effet d’une caricature d’écrivain assis au bord de sa piscine et sirotant son gin tonic en pleine rédaction de la grande scène tragique où il fait mourir un enfant. On devient vite très conscient du risque de l’imposture, dans ces cas-là. De manière ironique, il faut donc s’obliger à souffrir comme savent souffrir tous les écrivains: au quotidien, comme s’il fallait recommencer chaque jour à zéro.
Pendant que j’écrivais le roman, je me disais souvent que les Russes sont étonnamment doués pour la souffrance.
Si personne ne vient les tourmenter, ils s’inventent leurs propres raisons de souffrir. On voit ça tout le temps chez Dostoïevski: quand on tue une vieille dame, ce n’est pas pour un motif réel, mais pour se sentir coupable. C’est lié à l’Etat, à la lourdeur de l’Etat. Cela tient à l’histoire: depuis le XIe siècle, l’individu n’a aucun rôle à jouer. La Russie n’est pas un Etat-nation, mais une nation-Etat. Tout tourne autour de l’Etat. Vos choix personnels ne vous appartiennent plus. Cela débouche sur une corruption morale généralisée, à un degré difficilement imaginable pour nous.
N. O. – Dans les années 1950, à l’époque de votre roman, le goulag n’était pas un camp d’extermination, mais un camp de travail.
M. Amis. – A la différence des camps de concentration nazis, il existait en URSS des camps spécialisés dans les exécutions, mais pas de camps d’extermination à proprement parler. Chalamov, l’un des grands auteurs à avoir écrit sur le goulag, a comparé son expérience avec celle de Soljenitsyne et en est arrivé à la conclusion qu’il aurait pu vivre confortablement dans les camps tels que les décrit Soljenitsyne, dans la mesure où ce dernier avait été interné après la guerre, dans les années 1950. Chalamov, lui, avait connu les camps dans les années 1930. Selon lui, la finalité des camps était de réduire à néant l’humanité des prisonniers. C’est à cela que servait le goulag. En France, quand Victor Kravtchenko a publié «J’ai choisi la liberté», il a été attaqué en justice et accusé d’avoir tout inventé sur le goulag. Il a fini par gagner son procès en diffamation et l’histoire lui a donné raison. Il s’est suicidé peu de temps après. Primo Levi parle de ce cas de figure: ceux qui survivent à une expérience extrême choisissent soit de refuser catégoriquement d’évoquer le traumatisme qu’ils ont subi – c’est très courant, ils ne trouvent pas la force d’en parler –, soit de témoigner de ce qu’ils ont vécu, avec la hantise de ne pas être crus, idée pour eux insupportable. Lui aussi s’est suicidé.
N. O. – Votre père, l’écrivain Kingsley Amis, a été membre du Parti communiste britannique jusqu’en 1956. Votre roman se déroule justement à cette période?
M. Amis. – Cela ne m’avait pas traversé l’esprit: au moment où mes deux personnages sont au goulag, mon père jouait au petit communiste modèle. Les gens aiment cataloguer l’humanité et la diviser en sous-catégories. Nabokov disait que le monde se divise en deux catégories: ceux qui dorment du sommeil du juste et ceux qui dorment mal. Lui-même était un insomniaque notoire: il avait peur de la nuit, qu’il décrivait comme un «géant». Dans ses livres, mon père écrivait qu’il y a deux catégories de gens: ceux qui plaisent au sexe opposé et ceux qui ne lui plaisent pas. C’est un sacré clivage. Personnellement, je préfère opposer les gens qui ont des motivations idéologiques ou religieuses à ceux qui n’en ont pas. Quand il a rejeté le communisme, mon père a écrit un texte sur la question expliquant combien cela avait été douloureux. Il cite l’exemple de nombreuses personnes qui déclarent à quel point il est pénible de renoncer à ses convictions, et toutes décrivent ce sentiment de gueule de bois, ce vide intérieur qui s’installe lorsqu’on vous enlève les fondements de votre personnalité. On se sent exclu d’une communauté, d’une famille, on perd ses références collectives. Mais lorsqu’il a abjuré le communisme, mon père n’imaginait pas que l’idéologie qui le remplacerait serait l’anticommunisme, qui demeure aussi une forme d’idéologie, dangereuse. J’ai toujours refusé toute forme d’affiliation politique. Cette différence entre mon père et moi m’a toujours intéressé: il éprouvait ce besoin d’adhésion que je ne ressens pas du tout.
N. O. – Voyez-vous des points communs entre les deux totalitarismes du siècle dernier – le nazisme et le communisme – et l’islamisme que vous dénoncez?
M. Amis. – La différence fondamentale est qu’Al-Qaida n’est pas un Etat. On a parfois dit que c’est un Etat virtuel, né de l’âge d’internet. Mais Al-Qaida ne possède pas d’avions, ne dispose pas des moyens et des ressources d’un Etat. En tant que mouvement, il partage avec les totalitarismes une même logique émotionnelle, un même romantisme fondé sur l’auto-apitoiement, un même désir infantile de détruire.
Ce sont des révolutionnaires. Ils ont tendance à se réclamer à la fois de l’archaïsme et de la modernité. Ils se servent de tout ce que le monde moderne peut leur offrir tout en vivant dans le passé et en prônant une utopie vieille de quatorze siècles.
L’exaltation d’un leader quasi divin qui n’exige pas seulement la soumission, mais également une transformation radicale des personnes. La haine des sociétés occidentales, du progressisme et de l’individualisme, l’obsession du sacrifice et la quête du martyre, le goût de la révolte, l’obsession d’une pureté jamais atteinte et un antisémitisme exacerbé sont autant d’autres points communs. Fondamentalement, ce sont des idéologies qui tournent le dos à la raison et à la morale.
C’est frappant dans les écrits de Hitler, de Lénine et de Staline: quand ils emploient le mot raison, c’est pour l’associer à la lâcheté.
C’est assez extraordinaire, ce rejet de toute forme de raison, puisque dès lors qu’on la rejette, on rejette en même temps toute forme de morale. A court terme, c’est très libérateur: tout devient possible, il n’y a plus d’interdits, on se sent du coup empli d’une incroyable énergie. Trotski disait qu’il faut mépriser la mort comme la vie, qu’il faut s’affranchir de ces théories étriquées sur le caractère sacré de la vie humaine.
N. O. – Chez les islamistes, la mort est désirable.
M. Amis. – Oui, c’est le principe même du martyre. Mais il y a quelque chose de dérisoire dans ce genre de sacrifice. Un martyr étymologiquement est avant tout un témoin: en se sacrifiant, on devient témoin de sa propre mort.
Mais si l’on s’en tient à la théologie islamiste, à son interprétation de la religion, le djihadiste est persuadé de ne pas vraiment mourir: l’accession au paradis est immédiate et précède l’instant de la mort. Il n’existe pas d’autre manière de monter aussi rapidement au royaume des cieux.
Le plus pieux des musulmans est condamné à rester dans sa tombe pendant quelques siècles avant d’en être arraché par un terrible archange qui le questionnera sur ses péchés et ses vertus avant de décider s’il l’envoie au paradis ou en enfer.
Le martyr est dispensé de cette attente et de ce verdict. La grande différence entre les régimes totalitaires et l’islamisme, c’est que dans le cas des premiers la mort demeure la mort, même si la vie n’a aucune valeur. Ce n’est pas le cas pour les islamistes et, dans ces conditions, il est difficile de résister à la tentation du martyre dès lors que l’on est croyant.
Je ne sais pas ce qu’il en est en France, mais ici, en Grande-Bretagne, nous faisons toujours preuve d’une grande naïveté rationaliste sur cette question. Les gens ont toujours tendance à se persuader que les kamikazes qui se font exploser avec leur bombe constituent la seule arme dont disposent les pauvres et les opprimés. Ils n’arrivent pas à voir que l’islamisme radical est en réalité une secte, un phénomène pathologique.
N. O. – Vous venez de publier «The Second Plane», qui rassemble essais et nouvelles consacrés au 11-Septembre. Pourquoi?
M. Amis. – Je ne m’attendais absolument pas à être témoin de mon vivant d’un événement d’une telle magnitude. Je suis un enfant de la guerre froide. J’avais quatre jours lorsque l’Union soviétique a testé sa première bombe atomique. J’ai donc connu quatre jours de tranquillité avant que la guerre froide n’entre dans sa phase nucléaire en 1949. Je me souviens que, lorsque le mur de Berlin est tombé, en 1989, j’ai dit à mes fils, qui étaient encore très jeunes, à quel point j’étais content de savoir qu’ils n’auraient pas à connaître comme moi ce cauchemar. Puis l’histoire s’est mise en congé pendant une dizaine d’années et, subitement, en lieu et place d’une guerre froide, le monde s’est à nouveau retrouvé divisé, face à un ennemi avec lequel on ne peut pas négocier, et que l’on ne peut pas apaiser avec des propositions rationnelles.
N. O. – Vous avez écrit que l’après-11-Septembre était un « crash moral ».
M. Amis. – C’est la morale qui est atteinte, et il semble que l’Etat agressé réagisse toujours à cette menace en laissant libre cours à ses propres instincts terroristes – ce qui n’est pas une manière de le placer sur le même plan que les terroristes ou de dire que les deux sont équivalents. Je suppose que c’est un phénomène universel mais, même en Grande-Bretagne, lorsque l’IRA était très active dans les années 1970, Edward Heath, notre petit bonhomme de Premier ministre de l’époque, avait déjà recours à la même panoplie de mesures en utilisant une même langue de bois que celle qu’on entend actuellement. Les interrogatoires poussés et les transferts clandestins de prisonniers étaient déjà monnaie courante dans les années 1970. L’Etat réplique toujours au terrorisme par la torture et l’arbitraire. Dès lors que l’on commence à torturer au motif que c’est absolument nécessaire, son usage se généralise. C’est l’une des tristes réalités de la nature humaine: dès que l’on place quelqu’un entre vos mains et que l’on vous donne un pouvoir absolu sur cette personne, vous vous retrouvez dans la position d’un enfant à qui on confie un jouet. Renoncer à la légalité est une forme de défaite. Cela revient à concéder une victoire au terrorisme. En ce sens, Guantanamo est une catastrophe. Les détenus n’y sont pas des prisonniers de guerre, on leur refuse le droit d’être traités comme tels. Ils ne bénéficient pas non plus du statut de détenus de droit commun. Guantanamo existe dans un vide juridique total. On perd toute légitimité dès lors que la guerre que l’on mène devient contestable. C’est un peu comme un virus qui infecte un ordinateur. C’est pour cela que le terrorisme est si efficace: sous l’effet du choc, les Etats visés peuvent rapidement sombrer dans une forme de déclin moral qu’il est absolument vital de ne pas laisser s’installer.
N. O. – Goulag, camps de concentration, catastrophe écologique, attentats du 11-Septembre… Choisissez-vous délibérément pour vos livres des sujets apocalyptiques?
M. Amis. – Choisir n’est pas le mot qui convient. C’est assez mystérieux. Quelque chose vous travaille et vous ressentez le besoin d’écrire dessus. Dans le passé, je me sentais très peu concerné par la politique. J’étais jeune. Seule la littérature m’intéressait. Mais le cours de l’histoire s’est emballé et on se met à regarder la réalité en face. Je suppose que s’il existe un thème commun à tous mes livres, y compris les tout premiers, c’est la question de la masculinité. Ces temps-ci, ce ne sont pas les femmes qui sont les plus intéressantes à traiter, c’est le mâle. Le problème chez l’homme, c’est la violence. Bien sûr, les femmes peuvent elles aussi se révéler violentes, mais l’histoire ne nous démontre pas vraiment qu’elles sont la source de tous nos maux.
N. O. – Vous vous êtes décrit comme un «gynocrate» et vous avez affirmé que le monde serait meilleur s’il n’était peuplé que de femmes?
M. Amis. – Oui, mais c’était une idée complètement utopique, ne serait-ce que parce que si les femmes arrivent au pouvoir, il faudra qu’elles deviennent plus masculines que les hommes. De vraies amazones! Il faudrait qu’elles soient dures, qu’elles nient presque leur féminité. Si Hillary Clinton y parvient, je ne me frotterai pas à elle, elle ne vous prendra pas dans ses bras pour vous chanter une berceuse. Pauvre Bill... [Rires.]
N. O. – Quand vous étiez jeune, vos premières petites amies (iranienne, pakistanaise ou sud-africaine) étaient musulmanes. Selon vous, la crise de l’islam est une crise de la masculinité. Pourquoi?
M. Amis. – Aller dire aux gens comment ils doivent éduquer leur famille, gérer leur intimité et leurs relations est la meilleure façon de les agresser. Pourtant, il faudrait sans cesse rappeler aux pays musulmans que les femmes ne sont pas une minorité et que leur énergie n’a pas vocation à être systématiquement bridée.
Vous avez lu «Lolita» ? C’est si subtil, si puissant d’un point de vue littéraire. Dans les pays musulmans, on trouve souvent des petites filles plus jeunes que Lolita mariées à des hommes plus âgés qu’Humbert Humbert.
J’ai une fille qui a 11 ans, la plus jeune en a 8. L’idée qu’elle puisse être mariée à un homme adulte est effrayante.
J’aime les sociétés multiraciales, mais pas le multiculturalisme.
Qui parmi nous peut approuver les mutilations sexuelles, le mariage forcé des petites filles, la polygamie? Nous ne pouvons pas accepter ces pratiques, qui expriment toutes une forme de violence.
Notre tolérance aux autres cultures en Occident se manifeste parfois de manière étrange.
N. O. – Quels sont les trois livres que vous emporteriez sur une île déserte?
M. Amis. – Si je n’ai pas droit à Shakespeare ou à la Bible, j’emporterais les œuvres complètes de Milton. Les deux autres livres seraient sans doute des recueils de poèmes élisabéthains ou du XXe siècle, avec une préférence pour Yeats et Auden. Ce n’est plus vraiment à la mode ces jours-ci de se proclamer fier de son pays, mais si je suis fier d’être britannique, c’est à cause de notre poésie. Comme disait E.M. Forster, le roman britannique n’est pas une forme suprême. Le roman français ou allemand l’est peut-être, le roman russe l’est assurément. Mais la poésie britannique est sans rivale. Sinon, en trichant, j’emporterais les œuvres complètes de Nabokov ou de Saul Bellow.
Propos recueillis par François Armanet et Gilles Anquetil
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd
"Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet
"le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont.
Et la civilisation, c'est l'Occident, le Monde Moderne, dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre.
Mustafa Kemal, discours de 1928
https://www.facebook.com/georges.hulot.18
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd
"Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet
"le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont.
Et la civilisation, c'est l'Occident, le Monde Moderne, dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre.
Mustafa Kemal, discours de 1928
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