Les juifs en majorité veulent la laïcité qui les preservent du fanatisme islamique ou chrétien.
Préserver le rêve des Israéliens laïcs (Amos Oz)
Libération - 29 août 2005 (1/2 page)
Amos Oz est écrivain israélien, auteur de "Une histoire d'amour et de ténèbres" (Gallimard, 2004).
Le rêve des colons juifs, un cauchemar pour Amos Oz, est la création d’un Grand Israël avec des colonies où seuls les juifs pourraient résider. La démocratie devrait se plier aux décisions des rabbins. "Les colons croient qu'une fois que le Grand Israël sera devenu une entité religieuse et une «nation sainte», le Messie viendra et la rédemption complète du peuple juif sera accomplie. Dans cette chimère des colons, il n'y a pas de place pour le peuple palestinien, hormis pour quelques humbles serviteurs et travailleurs reconnaissants. Il n'y a pas plus de place pour moi dans cette chimère, ni pour un Israël laïque, moderne." Quant aux Israéliens séculiers, s’ils ont une vision différente pour l’avenir d’Israël, ils seront considérés comme des traîtres.
Le rêve d’Amos Oz est tout autre, "totalement différent de la chimère religieuse des colons. Nous voulons vivre en paix et dans la liberté, et non sous la férule des rabbins, pas même sous celle du Messie, mais sous celle de notre gouvernement élu." Il est favorable à la libération des territoires occupés. "Israël ne sera une nation libre qu'avec la fin de l'occupation, la disparition des colonies et l'émergence d'une Palestine voisine souveraine."
L’évacuation des colonies est une tentative par Ariel Sharon de rétablir l’autorité du gouvernement élu face à la "loi des colons". "Si cela réussit, le rêve des colons pourrait être bloqué et la vision des Israéliens laïques pourrait ressusciter."
Pour Amos Oz, la "bataille de Gaza" n’est pas un combat entre les faucons et les colombes, mais entre "entre la Synagogue et l'Etat". La question est la place de la religion dans les affaires d’un Etat. Les évènements de ces derniers jours sont un premier "round" et les Israéliens peuvent être fiers que, contrairement bien d’autres guerres entre Eglise et Etat, il n’y ait pas eu de sang versé. "En sera-t-il de même dans les prochains rounds ? En ira-t-il de même lorsque nous devrons abandonner la Cisjordanie et Jérusalem-Est en échange de la paix avec les Palestiniens ?" La question sera alors de savoir si les Palestiniens interprèteront une telle initiative comme "un acte courageux en vue d'un compromis historique" ou comme le "premier syndrome de la désintégration d'Israël" avec le risque de voir lancée une nouvelle vague de violence et de terrorisme.