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"Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : mar. 3 févr. 2009 15:34
par Georges
"Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?
Par Guillaume Weill-Raynal
Créé 02/03/2009 - 14:10

Pascal Boniface: antisémite! A défaut de reposer sur le moindre élément concret, l’accusation a au moins le mérite de la constance. Comme si la répétition inlassable d’une assertion sans fondement pouvait combler le vide du dossier d’un procès en diabolisation instruit depuis plusieurs années.

Voilà en effet bientôt huit ans que le directeur de l’Iris (Institut de recherches internationales et stratégiques) fait l’objet de l’accusation récurrente d’antisémitisme. Périodiquement, ressort une nouvelle "affaire Boniface"; reposant à chaque fois sur des éléments à charge pour le moins ténus. Mais la réputation sulfureuse de l’intéressé, soigneusement entretenue par tant de "précédents", garantit la permanence du préjugé chez ceux qui ne demandent qu’à être convaincus d’avance. Car un petit groupe, obsessionnel et acharné, s’est, en effet, juré d’avoir sa peau.

Dernier épisode en date, celui du Salon du livre d’Alger, dont il était l’invité à l’automne dernier. Lors d’une table ronde tenue le 3 novembre, un journaliste algérien l’interroge sur l’existence, en France, d’un "lobby juif". Le directeur de l’Iris récuse aussitôt l’existence d’un tel lobby, soulignant, bien au contraire, la diversité des sensibilités et des opinions au sein de la communauté juive française, notamment au sujet du Proche-Orient.

Dans la suite du débat, Pascal Boniface évoque, pour les critiquer, les positions sur l’islam, les musulmans et l’islamisme exprimées par des personnalités telles que Bernard-Henri Lévy, Philippe Val et Mohamed Sifaoui. Rien de très nouveau sous le soleil, donc.

Un lobby arabe

Mais le 5 novembre, le quotidien El Khabar rend compte de ce débat de manière quelque peu déformée, et rapporte que Pascal Boniface aurait dénoncé l’existence, en France, de "campagnes hostiles à l’islam commanditées par des intellectuels et des journalistes tels que Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val" et qu’il aurait regretté "l’absence d’un lobby arabe ou musulman en Occident, capable de défendre son image à l’instar du lobby juif".

Ce compte rendu très particulier est relayé, dès le lendemain, par le site Mediarabe.info, puis, deux semaines après, par le site de l’UPJF (Union des patrons et professionnels juifs de France) [1]. L’article intitulé "Pascal Boniface attaque les intellectuels juifs depuis Alger" [2], tient pour acquis la version des faits et des propos tels que rapportés par El Khabar:

"Boniface est resté Boniface, il vient de le prouver en réitérant ses propos contre les Juifs."

Et conclut d’un péremptoire "le Bonifacisme ne passera pas". Aucun de ces deux médias n’a pris soin, bien entendu, de demander à l’intéressé s’il confirmait ou démentait de tels propos, alors même qu’aucun autre média présent lors de cette table ronde n’avait rapporté que Pascal Boniface les eût prononcés, et que Mediarabe.info avait lui-même, auparavant, mis en garde ses lecteurs contre El Khabar "lamentablement discrédité" par la "médiocrité et la légèreté de ses analyses".

Mais chacun, depuis, y est allé de son article. Le site Causeur.fr, animé par la journaliste Elisabeth Lévy, a consacré un premier papier à l’"affaire", intitulé "Le lobby juif, voilà l’ennemi!" Pascal Boniface a envoyé un droit de réponse, qu’Elisabeth Lévy a refusé de publier… mais en se payant elle-même le luxe d’y répondre par un nouvel article au vitriol [3]:

"Boniface qui mal y pense. Les journalistes auraient déformé ses propos. Les salauds!"

Ou comment instruire un procès uniquement à charge en faisant soi-même les questions et les réponses.

L’hebdomadaire Actualité Juive a consacré deux articles à l’affaire, citant le démenti du directeur de l’Iris mais habilement construits dans un sens défavorable à ce dernier. Mohamed Sifaoui y a consacré deux billets [4] sur son blog:

"[Boniface] surfe sur une ligne qui se situe à la limite de l’antisémitisme non avoué et non assumé (…) Gollnisch, Dieudonné ou Jean-Marie Le Pen ne disent pas, hormis sur les questions liées au négationnisme et au révisionnisme, des choses très différentes."

Dans Charlie Hebdo, Philippe Val a exprimé son impatience de voir Pascal Boniface exiger un droit de réponse et assigner les journaux algériens. Façon de passer sous silence ceux que les médias français avaient refusé de publier.

La réputation de Pascal Boniface

Enfin, le site Mediarabe.info est revenu sur l’affaire pour reproduire un autre compte-rendu de la réunion d’Alger, publié par Le Jour d’Algérie [5], rapportant, parait-il, des propos tenus par Pascal Boniface, "similaires (à ceux rapportés par El Khabar), à quelques nuances près". A quelques nuances près, en effet: jamais l’intéressé n’y prononce le mot lobby juif, et Le jour d’Algérie note très justement qu’"il refuse la théorie du complot juif".

Qu’a donc fait Pascal Boniface pour mériter une telle réputation? En 2001, le directeur de l’IRIS avait adressé à la direction du Parti socialiste une note interne dans laquelle il s’interrogeait sur la difficulté à exprimer une critique rationnelle de la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens. La formulation de cette note pouvait laisser planer le soupçon d’un opportunisme électoral en direction de la communauté arabo-musulmane au détriment de la communauté juive.

L’historien Elie Barnavi, qui était alors ambassadeur d’Israël en France, avait été le premier à s’en alarmer. Depuis, toute ambiguïté aurait dû être levée. Pascal Boniface a dit et redit que sa note mettait précisément en garde contre le danger de penser le conflit en fonction des communautés en présence et non des principes du droit.

Il a, surtout, multiplié les initiatives par des livres, des articles et des colloques, destinées à faire se rencontrer et se parler ceux "qui critiquent Israël" et ceux qui le défendent. Car loin de constituer une provocation en forme de litote, le titre de son livre "Est-il permis de critiquer Israël?" (un "pamphlet", selon certains) ne faisait que réaffirmer la croyance dans les vertus du débat et de la confrontation d’idées pour aider à l’évolution vers une coexistence pacifique de deux états, israélien et palestinien, au Proche-Orient.

Ce dernier épisode du Salon du livre d’Alger constitue-t-il une crise d’"interprétationite" malencontreuse à forme paranoïde, ou un "coup monté"? Deux indices font pencher pour la seconde hypothèse. Car si Boniface est bien, "l’homme à faire taire", c'est précisément en raison du caractère modéré de ses positions sur le conflit du Proche-Orient, qui ne les rend que plus dangereuses pour les extrémistes de tout poil.

S’il était véritablement antisémite, on lui foutrait la paix. Mais, hélas, il ne l’est pas. Version actualisée du « qui veut noyer son chien… ». Mais surtout, cette affaire avait été précédée d’une première tentative, plus grossière, donc plus visible, mais étrangement similaire En décembre 2005, un responsable du CRIF avait informé Pascal Boniface qu’un « coup » se préparait contre lui et qu'il tenait à l’en avertir, se disant « révulsé » par de pareilles méthodes.

L'opération Balkans Infos

Une obscure revue, "Balkans Infos", vendue sur abonnement à 700 exemplaires, prêtait à Pascal Boniface des propos foncièrement antisémites prétendument tenus en octobre 2005, lors d’un colloque réunissant plusieurs centaines de personnes. Le caractère très confidentiel de la diffusion de cette revue pouvait laisser penser qu’aucune procédure en diffamation ne serait engagée dans le très court délai de trois mois après lequel le droit de la presse prévoit qu’aucune poursuite n’est plus possible. Et après lequel, donc, il aurait été possible de citer l’article en question pour nourrir de nouveaux articles. En toute impunité.

Après moult péripéties, l’auteur de cet article, bien en peine d’apporter le moindre commencement de preuves à ses allégations, a été reconnu coupable de diffamation, en juillet 2008, par le Tribunal correctionnel. En novembre de la même année, l’affaire du Salon d’Alger démarrait…

A lire aussi sur Rue89
► Le risque pour Israël est de reproduire son échec du Liban, par Pascal Boniface [6]

Ailleurs sur le Web
► Le site de l'Iris [7]
► La biographie de Pascal Boniface [8], sur Iris-France.org
► "Boniface qui mal y pense", par Elisabeth Levy [9], sur Causeur.fr


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URL source: http://www.rue89.com/2009/02/03/antisem ... l-boniface
Liens:
[1] http://www.rue89.com/www.upjf.org
[2] http://www.upjf.org/detail.do?noArticle ... id_key=145
[3] http://www.causeur.fr/le-lobby-juif-voila-l’ennemi,1395
[4] http://ffgop.canalblog.com/archives/200 ... 09427.html
[5] http://www.mediarabe.info/spip.php?article1589
[6] http://www.rue89.com/boniface/2008/12/3 ... c-du-liban
[7] http://www.iris-france.org/
[8] http://www.iris-france.org/cv.php?fichi ... m=boniface
[9] http://www.causeur.fr/boniface-qui-mal-y-pense,1445

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : mar. 3 févr. 2009 16:16
par Georges
Image

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : mar. 3 févr. 2009 18:02
par lorie
J'ai écouté plusieurs fois ce type à la télé ces derniers temps .. et franchement il est IMBUVABLE !!!

Ce n'est pas parce que je serais d'un parti pris .. mais il avance des théories foireuses .. des trucs qu'il sait totalement faux ..

Il est chercheur certes .. alors qu'il reste dans son domaine au lieu de se croire science infuse et qu'il croit que lui seul détient la vérité !!!

Je n'ai pas d'exemple concret à donner maintenant car je pars qq jours en déplacement à l'étranger .. mais je chercherais de quoi te répondre et en quoi ce type m'exaspère ..

Le plus gros problème avec lui c'est qu'il ne se tient pas à son rôle de chercheur ..

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : mar. 3 févr. 2009 18:20
par Georges
Mais c'est justement son domaine la géopolitique. :)
Il a d'ailleurs un livre qui prévoit la 4éme guerre mondiale.

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Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : jeu. 5 févr. 2009 12:32
par lorie
Georges a écrit :Mais c'est justement son domaine la géopolitique. :)
Il a d'ailleurs un livre qui prévoit la 4éme guerre mondiale.

Gag !!! ... Il félicite OUMA.TV DE LUI PERMETTRE DE DIALOGUER !!! .. non mais c'est comme quand M'Balla a été voir le FHAINE en disant que eux seuls lui permettait de causer !!!

Et puis il y a autre chose .. il ne parle jamais des torts des palestiniens .. jamais en mal du hamas qu'il ne critique JAMAIS .. Il dit faut pas mélanger mais il faut mélanger .. Il se plaint d'avoir perdu des marchés en France avec certaines collectivités en accusant le lobby juif ??? avec quelles preuves ??? ..

Il recevrait des menaces de mort ?? quelles preuves ???

Il serait interdit de séjour sur certaines chaines mais ne parle pas des interdictions de spectacles d'Arthur .. d'Enrico Macias ??? c'est quel lobby çà ???

Bref .. ce type se plaint qu'il serait personna non grata sur certaines chaines de radio alors qu'on le voit partout .. on le lit partout ..

Il se moque de qui là ??


C'est bien ce que je disais .. ce type est un nombriliste et avant même de le traiter d'antisémite .. il croit surtout avoir raison et ne se remets jamais en question ce qui pour un chercheur et surtout un directeur de recherches est un peu fort de café .. non ???


En tout cas il me fait bien rire dans son pauvre rôle de victime ..

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : ven. 6 févr. 2009 17:30
par Georges
Tu es objectif que BHL et Glucksman :D

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : ven. 6 févr. 2009 22:19
par lorie
Georges a écrit :Tu es objectif que BHL et Glucksman :D

Pas du tout .. cela n'a rien à voir .. mais quand on vient se plaindre que l'on serait interdit d'antenne et que l'on se pointe à toutes les émissions géo politiques .. j'appelle cela du mensonge ..


Tiens au fait j'ai reçu des tas de menaces de mort .. tu me crois ?? :rolleyes:

Il accuse sans la moindre preuve .. il dit des choses sans le moindre argument et surtout il va sur OUMA.TV pour ce plaindre que ces méchants sionistes lui font fermer sa gueule .. parce qu' OUMA TV c'est pas une télé communautaire qui a manifesté dans le calme et le respect de nos lois républicaines ???

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : sam. 7 févr. 2009 13:04
par Georges
Il ne s'est pas exprimé uniquement sur oumma et ce qu'il dit même Moscovici l' a dit.
Il s'efforce d' être juste.

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Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : sam. 7 févr. 2009 16:04
par lorie
Georges .. on le voit partout ce type .. comment peut il affirmer être muselé alors qu'il passe sur toutes les chaines ??? comment peut il affirmer recevoir des lettres de menaces sans preuve ???

Ce que j'essaie de te faire comprendre ce que je lui reproche ce ne serait même pas de l'antisémitisme .. mais un manque de sérieux dans ses interventions .. et pour un chercheur ce n'est pas terrible ..

Qu'il soit antisémite c'est dans l'air du temps .. et même plus punissable par la loi au vu des dernières manifestations .. mais quand il parle du problème I/P que sous un certain angle et en soutenant aussi fort le hamas .. je pense que pour un chercheur et surtout un directeur de recherches il manque d'objectivité du à sa fonction ..

Moscovici ??? la gauche française est totalement hamas .. que veux tu que je te dise ??

Objectivité ?? et quand ils parleront du boycott des produits israéliens ???

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : sam. 7 févr. 2009 20:32
par Georges
Emmanuel Todd & Pascal Boniface, lèche-babouches professionnels.
Par Yann le 7 novembre 2008

Myopie intellectuelle ? Cruelle ignorance ? Mauvaise foi à toute épreuve ? Quelle que soit la réponse, le résultat n’en est pas moins là : Todd et Boniface rivalisent dans les rôles d’idiots utiles de l’obscurantisme islamique.


Emmanuel Todd, le célèbre politologue, démographe, historien, sociologue et essayiste (tout ça à la fois), dans un entretien avec le journal algérien El-Wata (via l’Observatoire de l’islamisation)

« Il n’y a aucune raison d’avoir peur de l’Islam »

« La France est menacée dans son industrie, pas dans son identité »

«Les jeunes des banlieues qui caillassent la police sont des gamins insupportables, comme je l’étais à leur âge »

« Le milieu intellectuel parisien est dans une dérive parareligieuse, dans une islamophobie latente. Il existe une forme de crispation identitaire, une angoisse à la désoccidentalisation du monde »

« Les pays musulmans sont entrés dans la modernité »

Pascal Boniface, le géopolitologue, fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, lors d’une conférence à Alger (source : MediArabe)

« l’Islam a sa place, sa grande place en France, comme les autres religions. Mais les médias occidentaux en général, et européens en particulier, en répandent une image déformée en alimentant l’amalgame entre l’islam (religion) et les mouvements islamistes (politiques ou terroristes) ».

« Ces campagnes hostiles à l’islam sont commanditées par des intellectuels et des journalistes connus dans la sphère française, comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val. Ce qui rend plus facile d’injurier et d’insulter les musulmans. Ceci résulte aussi de l’absence d’un lobby musulman ou arabe en Occident, capable de défendre cette image à l’instar du lobby juif. C’est pour cette raison que le musulman ne trouve aucune institution pour le défendre et aucune atteinte porté à l’encontre des musulmans et des arabes ne donne des suites judiciaires, contrairement aux poursuites engagés contre les atteintes contre la franc-maçonnerie ».

« Les jeunes musulmans en Europe et en France en particulier, qui fréquentent les écoles et les universités, formeront la génération qui saura défendre leur image et mettre un terme à l’hostilité affichée contre l’Islam, les Musulmans et les Arabes. C’est une génération qui aspire à vivre en harmonie dans la société française et refuse d’être victime des clichés médiatiques négatifs ».

Pascal Boniface a également regretté que des musulmans contribuent à cette campagne anti-musulmane, prenant le cas de Mohammed Sifaoui notamment, qui bénéficie de l’appui des médias.

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : dim. 8 févr. 2009 18:10
par lorie
Georges a écrit : Pascal Boniface a également regretté que des musulmans contribuent à cette campagne anti-musulmane, prenant le cas de Mohammed Sifaoui notamment, qui bénéficie de l’appui des médias.

Et avec des phrases comme celles là il faudrait applaudir à ce type ??? et après il viendra nous pleurer qu'il est mal aimé ??? non mais tu te rends un peu compte de ce qu'il peut raconter ???

En plus c'est un copain de T Ramadan il me semble ..

Mais de tel propos dans la bouche d'un directeur de recherches c'est grave .. vraiment grave !!!

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : lun. 9 févr. 2009 20:01
par Georges
Pas du tout ami de Ramadan, Boniface est très anticommunautariste. :)

Réponse de Pascal Boniface à Caroline Fourest
Sur votre blog le 12 octobre 2006, vous n’avez pas apprécié le jugement que je porte sur l’attribution du prix du livre politique à La tentation obscurantiste.



Que ce jugement vous déplaise, je le conçois. Mais contrairement à ce que vous écrivez, je l’ai lu attentivement (il est vrai pas vos autres livres, mais je ne parle pas de ceux-là). Pardonnez-moi, mais je persiste à le trouver simpliste, bien qu’étant habile politiquement. Les commentaires que vous faites de mes propos conduisent à émettre de sérieux doutes sur vos méthodes et sur la différence entre vos convictions proclamées et vos orientations réelles.

Vos critiques à mon égard sont en fait des insinuations qui ne sont basées sur aucun argument fondé. Cela ne me paraît pas compatible avec un véritable débat intellectuel pour lequel je suis toujours disponible, comme le prouve justement le livre que nous avons co-écrit avec Elisabeth Schemla.

Vous me présentez comme « très critique envers Israël, beaucoup moins envers les Palestiniens côté international, ultra-sensible à l’islamophobie et moins vigilant face à l’islamisme et l’antisémitisme côté français ». Le problème est que cela est faux, et que vous seriez bien en peine de le démontrer en vous fondant sur mes écrits. Ce n’est d’ailleurs pas ce que pense de mes écrits et interventions la grande majorité du public. Cette thèse que vous relayez est en effet celle constamment développée contre moi par une petite minorité des défenseurs inconditionnels d’Israël, dont vous rejoignez donc l’argumentation, marquant ainsi vos propres préférences.

Lorsque vous écrivez que ma note interne invitait le Parti socialiste à se préoccuper davantage de l’électorat arabe que juif, là encore vous énoncez une contre-vérité, reprenant une fois encore une argumentation calomnieuse développée contre moi avec constance par les ultras pro-israéliens. Ma note recommandait au contraire non pas de faire jouer le poids des communautés, mais de s’appuyer sur des critères universels.
J’écrivais en effet : « A miser sur son poids électoral pour permettre l’impunité du gouvernement israélien, la communauté juive est perdante là aussi à moyen terme. La communauté d’origine arabe et/ou musulmane s’organise également, voudra faire contrepoids et, du moins en France, pèsera plus vite lourd, si ce n’est déjà le cas. Il serait donc préférable pour chacun de faire respecter des principes universels, et non le poids de chaque communauté ». Loin de prôner le communautarisme, j’en dénonçais donc le danger.

De deux choses l’une : soit vous l’ignorez et vous vous permettez de me mettre gravement en cause sans avoir pris la peine de vérifier la véracité de vos accusations, ce qui en dirait long sur le sérieux de vos méthodes. Soit vous déformez sciemment mes propos et ma pensée, et alors ce serait votre honnêteté intellectuelle qui serait en cause.

Dans un procès intenté contre le journal Technikart qui reprenait cet argument, un jugement du tribunal de Paris a d’ailleurs explicitement affirmé : « Ce document au ton mesuré constitue une analyse, laquelle peut être approuvée ou critiquée, de la situation au Proche-Orient comme de la façon dont elle est perçue en France et propose au Parti Socialiste d’adopter une position plus juste, aux yeux de son auteur, et plus conforme à l’intérêt bien compris des deux communautés particulièrement concernées sur le territoire national par le conflit. N’évoquant qu’en passant et pour mieux convaincre ses destinataires des considérations liées au poids électoral relatif des dites communautés, ce document est clairement dénaturé par le résumé sommaire et partial que Benoît Sabatier en a proposé ».
Passons sur la façon dont vous résumez les attaques portées contre moi lors de la polémique déclenchée par l’Ambassadeur d’Israël en France. Vous parlez d’un « pugilat médiatique » dont je dessinerais les contours avec une « émotion à la limite du rationnel ». Ceux qui m’ont lu auront du mal à reconnaître mes écrits dans votre description.

Par ailleurs, cette affaire ne s’est pas résumée à un simple « pugilat médiatique » comme vous l’affirmez, puisque j’ai subi des menaces de mort et j’ai été lourdement sanctionné professionnellement. Entre autres exemples, j’ai failli perdre mon poste de directeur de l’IRIS. Comme la manœuvre n’a pas réussi, l’IRIS a été sévèrement attaqué et a même failli devoir fermer. Tout ceci pour avoir osé critiquer la politique d’un gouvernement étranger. Je ne me rappelle pas qu’à l’époque, vous et vos amis, ayez défendu le principe de liberté d’expression pour venir à mon secours, comme vous le faites dans d’autres circonstances. Il est vrai que certains de vos amis ont eux-mêmes sonné la charge. Le moins que l’on puisse dire est que le principe voltairien « je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez vous exprimer », très en vogue aujourd’hui, n’a guère été évoqué à l’époque.

Je note que vous semblez au contraire regretter que je puisse continuer à m’exprimer dans les médias, malgré mon « évidente partialité ». Certes, quelques-uns de vos amis ont bien essayé de me priver du droit de m’exprimer. Ils n’y sont parvenus que partiellement. Quant à la partialité que vous m’attribuez, vous seriez bien en peine de l’étayer dans un débat contradictoire.

Vous établissez un parallèle entre les critiques que je vous porte et celles qui vous ont été adressées par Tariq Ramadan qui vous a qualifiée de « sioniste ». Pour moi, le qualificatif de « sioniste » n’est pas un terme offensant ou une critique. Sans doute cette comparaison entre M. Ramadan et moi-même est-elle faite pour que je sois l’objet de la même diabolisation. Je remarque que les mêmes qui défendent aujourd’hui Robert Redeker ont voulu priver Tariq Ramadan d’expression.

Affirmation gratuite encore et mensongère, lorsque vous écrivez que je donne une « vision essentialisée obscure, comme si les médias formaient une police de la pensée entre les mains de nombreux journalistes juifs ». L’affirmation se veut là sournoise. Cela devient franchement ridicule lorsque vous affirmez que parce qu’Elisabeth Schemla étant juive et journaliste, elle a été écartée des médias. Oseriez-vous affirmer qu’il y a des interdictions professionnelles en France contre les journalistes juifs ? Mais de façon assez amusante, vous déclarez ensuite qu’heureusement « existe encore l’édition pour remettre certaines pendules à l’heure ». Effectivement, il est plus facile de se faire publier en critiquant l’Islam, même à l’emporte-pièce, qu’en faisant une critique raisonnée (comparable à celles que l’on entend régulièrement en Israël).

Je comprends que l’attitude de quelqu’un comme moi, qui continue à dire ce qu’il pense et non ce qu’il pense avoir intérêt de dire, même s’il est conscient que cela peut lui susciter de nombreux désagréments, puisse vous laisser perplexe. Pour ne pas vous connaître personnellement, je ne jugerai pas de la sincérité ou non de vos convictions, mais la malhonnêteté avec laquelle vous déformez mes propos me laisse quelques doutes. Ce qui est certain, c’est que vos convictions n’ont pas nuit à vos intérêts et que tout en affirmant faire la différence entre musulmans modérés et fanatiques, vous jetez un opprobre global sur les musulmans et venez ainsi donner une caution, qui se veut de gauche, à la thèse du choc des civilisations.

En écrivant La tentation obscurantiste vous avez surtout cédé à la tentation opportuniste.

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : ven. 13 févr. 2009 21:31
par Georges
Suffit, B.-H. Lévy !
1 reaction(s)
Où l'on voit que la pitrerie fatigue quand elle ne fait plus rire



Monsieur Bernard-Henri Lévy écrit, il est habile à le faire savoir. M. Bernard-Henri Lévy parle, il est habile à se faire entendre. M. Bernard-Henri Lévy se montre, il est habile à se placer sous les objectifs. Cependant, quand on en a subi deux ou trois fois la lecture, on sait qu'il est impératif d'échapper à la prose de M. Bernard-Henri Lévy. Ce qui somme toute est facile, on tourne la page lorsqu'on la rencontre.
Echapper à sa parlerie est plus difficile. L'animal parle partout. Tous les micros lui sont ouverts. Cependant, comme le Bernard-Henri Lévy s'entend dans des émissions où se produisent les amis de M. Bernard-Henri Lévy, les connaissances de M. Bernard-Henri Lévy, les obligés de M. Bernard-Henri Lévy, ses épigones et ceux qui voudraient le devenir, on en repère un et à la trappe l'émission. Pour une fois il n'y était pas ? Qu'on se rassure, on n'a rien perdu quand même.
Echapper à la montrerie de M. Bernard-Henri Lévy. Là, c'est très difficile. Impossible, à la vérité. Qui, lisant tant soit peu la presse, regardant tant soit peu la télévision, subissant tant soit peu l'affichage publicitaire, peut se flatter d'échapper toujours à l'image de M. Bernard-Henri Lévy ? Qui n'a vu ses chemises, qui n'a vu ses ondulations ? Que voulez-vous, c'est la vie. On ne va pas se retirer au désert pour échapper à M. Bernard-Henri Lévy.
M. Bernard-Henri Lévy, soixante et un ans aux chrysanthèmes, fut crédité dans sa jeunesse d'une «nouvelle philosophie» : la pensée d'estrade. C'est une pensée sans cesse en tournée, il y a là-dedans quelque chose du music-hall, lequel d'ailleurs a quasiment disparu, et M. Bernard-Henri Lévy, à lui tout seul, tend à le remplacer. Ca doit gêner qui ? Personne. Des gens s'emportent. Cette emphase, disent-ils, cette outrecuidance, sa cuistrerie. Eh bien oui. Et alors ? Ses bidonnages, s'écrient-ils. Ses bidonnages, bien sûr, mais à quoi sert-il de reprocher à un bidon d'être bidon ?

Le Bernard-Henri Lévy est un produit de la nature. Il y a toujours eu des Bernard-Henri Lévy. Leur trait principal, c'est qu'on les a tous oubliés.
Voici, comme fatigué du music-hall, que M. Bernard-Henri Lévy semble vouloir consacrer le reste de sa carrière au cirque. On dira : le pitre, le cirque. Oui, mais M. Bernard-Henri Lévy a choisi pour se produire un cirque un peu particulier. Le cirque judiciaire. Après la tournée des micros qui marchent, la tournée des micros qui fonctionnent si mal, ceux des chambres correctionnelles et des cours d'assises. Rien qu'à Lyon, la semaine dernière, M. Bernard-Henri Lévy s'est produit deux fois, en deux jours. La première fois, il s'agissait d'accabler Siné, de témoigner devant le tribunal que Siné ne sait pas ce que c'est que l'humour, que lui, Bernard-Henri Lévy, le sait, et qu'en conséquence Siné doit être condamné pour incitation à la haine raciale.
La deuxième fois, il s agissait d accabler un meurtrier devant les assises. Son crime était avoué, avéré. Il s'agissait pour M. Bernard-Henri Lévy de démontrer qu'il avait un mobile raciste, qu'en conséquence sa peine devait être aggravée. Il n'en existait aucune preuve, M. Bernard-Henri Lévy n'était pas présent et le drame s'est joué dans un monde qui lui est tout à fait étranger mais, n'est-ce pas, selon ce qu'en écrit M. Bernard-Henri Lévy lui-même dans «le Point» du 5 février, le «progrès de l'esprit démocratique» conduit «à un régime d'énonciation qui est celui de la dénégation méthodique», ce qui signifie en français de tout le monde que puisque Garcia nie un mobile raciste c'est que son mobile était raciste. Le jury n'a pas suivi M. Bernard-Henri Lévy dans ce raisonnement péremptoire. On verra si le tribunal suivra la recommandation du procureur qui a demandé la relaxe de Siné.

C'est égal. La construction de sa propre gloire ne suffit plus à M. Bernard-Henri Lévy. Cela justifie-t-il qu'il entreprenne de détruire autrui ?




Delfeil de Ton
Le Nouvel Observateur

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : mer. 18 févr. 2009 16:15
par Georges
Iran : Le cas ambigu de Pascal Boniface
10.02.2008


Animer un site comme Iran-resist est un défi : il faut ne pas céder à l’envie d’une analyse à chaud et il faut souvent attendre au moins 24 heures avant d’analyser une action entreprise par les mollahs. Généralement, il y a un second volet complémentaire qui donne du sens à la première action. Nous l’avons vu dans le cas des récentes protestations iraniennes contre la politique française suivies d’une invitation à adopter une posture moins atlantiste. Ou encore dans le cas de la disqualification médiatisée du petit-fils de Khomeiny qui devait servir de rampe de lancement à Khatami, le challenger non déclaré d’Ahmadinejad. Mais tout n’est pas fait d’attentisme et d’analyses à tête reposée, il nous faut être à l’écoute des experts autoproclamés qui parlent de l’Iran, car ils jouent généralement aux lobbyistes pour le régime des mollahs. Ces lectures nous renseignent sur les préoccupations du régime que nous combattons. Cette semaine la palme du lobbying détourné revient à Pascal Boniface.




Chevalier de l’Ordre national du mérite, chevalier de la Légion d’honneur, Pascal Boniface est le directeur de l’IRIS (institut des relations internationales et stratégiques). Il enseigne à l’Institut d’études européennes de l’Université de Paris 8 et il dirige deux revues géopolitiques. Il est également membre du comité de soutien et de réflexion de l’académie diplomatique africaine. Son opinion compte donc au-delà de la France, c’est pourquoi nous avons jugé utile d’apporter un éclairage sur son discours ambigu à propos de l’Iran.

Dans un long entretien décousu dans la forme, il parle des origines démocratiques de la révolution islamique et du régime des mollahs. Il insiste sur la justification géopolitique d’un programme nucléaire militaire lié à un environnement hostile et insiste sur une volonté permanente de dialogue de la part des mollahs qui sont systématiquement (et donc sans raison apparente) diabolisés par les américains depuis 1979. Pour finir, il laisse entendre que c’est ce refus de dialogue qui a poussé les iraniens à s’isoler et à élire Ahmadinejad : une fine allusion au processus démocratique qui est censé exister en Iran.

Selon Boniface, il faut donc négocier avec les mollahs (donc avec Ahmadinejad) pour encourager les iraniens à voter pour des réformateurs. C’est un peu idiot puisque cette négociation sera une victoire politique pour Ahmadinejad, mais le discours de Boniface n’a jamais été logique (il demandait d’ailleurs la même chose en 2006).

Etrangement, ces demandes répétées de négociations immédiates et sans conditions préalables correspondent à une demande permanente de Téhéran, qui voit dans cette option une reconnaissance internationale et régionale. La filiation entre le discours de Boniface et celui du régime ne se résume pas à cette finalité de négociation. C’est tout au long de l’entretien que cette filiation se manifeste par des transgressions des réalités tant géopolitiques qu’historiques.


Aspect géopolitique | Dans cet entretien, Boniface révèle sa démarche intellectuelle. Il déclare par exemple : « Lorsque l’on regarde la carte du dispositif américain autour de l’Iran, lorsque l’on voit que ce pays est entouré d’autres puissances régionales disposant de l’arme nucléaire comme le Pakistan, l’Inde, Israël, on peut comprendre cette inquiétude et le débat sur les enjeux et l’importance de l’arme nucléaire à l’intérieur de l’Iran. Les Iraniens (il veut dire les mollahs) se posent la question de savoir si leur sécurité ne serait pas mieux garantie par l’arme nucléaire. Si l’Iran veut avoir l’arme nucléaire c’est pour sanctuariser son régime et son territoire » !

Voilà une carte géographique inédite qui attribue des frontières communes indiennes et israéliennes à l’Iran. Une carte imaginaire au service d’un objectif : justifier le programme nucléaire et militaire des mollahs.

Boniface n’analyse même pas l’invraisemblance des déclarations nucléaire iraniennes, il invente une carte imaginaire pour le justifier. Au passage, ce discours a aussi le don de séduire les Etats arabes qui le consultent comme expert ou encore comme conseiller diplomatique : il y est question de la présence américaine en Irak et du danger d’Israël, deux thèmes fédérateurs qui encouragent les arabo-musulmans à prêter oreille à ses discours. Ces deux thèmes sont des appâts qui endorment la vigilance de son public. Et pour contrebalancer le voisinage d’Israël ou la présence impopulaire des américains en Irak, Boniface ajoute à sa liste d’Etats qui menacent l’Iran, l’Inde et le Pakistan.

Il y a déjà de fortes incohérences dans ce discours : le programme nucléaire des mollahs date de 1985, c’est-à-dire 18 ans avant l’invasion de l’Irak ! De plus, aucune des trois puissances nucléaires précitées n’a jamais attaqué l’Iran (ce sont des faits historiques).

On pourrait nous rétorquer que la carte imaginaire de Boniface est une carte schématisée, mais si ce géopoliticien était honnête dans sa démarche il aurait cité la Russie comme un Etat nucléaire qui pourrait menacer l’Iran.

En effet contrairement aux trois autres pays précités (Inde, Israël, Pakistan), la Russie a attaqué l’Iran à plusieurs reprises : elle a ainsi occupé le pays pendant une dizaine d’années au début du XXe siècle et à nouveau à la fin de la seconde guerre mondiale. Elle a même fomenté des coups d’état en Iran pour annexer certaines régions stratégiques. Ce discours qui oublie Moscou, mais cite la menace nucléaire indo-pakistano-israélienne ressemble également aux prétextes avancés par Téhéran pour justifier ce programme nucléaire délibérément opaque et anxiogène. Ces arguments sont aussi ceux des mollahs.


Aspect historique | Une autre filiation entre le discours de Boniface et celui des mollahs concerne la nature du régime et son origine. Boniface parle de la révolution islamique et de la république islamique comme d’une revanche contre le renversement d’un gouvernement légitime élu réformateur nationaliste (il fait référence à Mossadegh). C’est encore une revendication des barbus de se dire les dignes héritiers patriotes de Mossadegh, mais ce dernier ne se définissait pas comme un réformateur. Ce mot réformateur appartient au vocabulaire du régime des mollahs. En plaçant ce mot hors contexte, Boniface cherche à utiliser la bonne réputation de Mossadegh hors Iran pour réhabiliter les soi-disant mollahs réformateurs, les seuls jokers du régime.

Ce sont là des tentatives géopolitiques et historiques (basées sur une carte et des faits factices) pour réhabiliter un régime terroriste, discriminatoire et assassin. A aucun moment, Boniface ne parle du régime et de son action ni en Iran ni dans la région. Il n’y a aucune trace du rôle néfaste des mollahs pour attiser les querelles entre chiites et sunnites, il n’est jamais question de leur rôle occulte dans le conflit israélo-palestinien, il n’y a rien sur les lois inhumaines imposées par ce régime à une population éduquée et instruite et à tout moment, il y a une volonté de créer un amalgame entre le pouvoir islamique et cette population qui lui est hostile. C’est une autre filiation avec les méthodes de communication du régime. Cet entretien est le cadeau de Boniface pour le 29e anniversaire de la naissance de la république islamique.

Mais ce discours de lobbyiste ne se résume pas à un recyclage des slogans anti-israéliens plaisants pour la rue arabe et des manipulations historiques ou dissimulation des réalités quotidiennes déplaisantes pour le peuple iranien. En cherchant à réhabiliter les mollahs, Boniface est entraîné à évoquer la compatibilité entre la démocratie et l’Islam politique. Ce lien n’est possible à établir que si on a auparavant manipulé les faits historiques sur la révolution islamique en Iran. Il nous est paru utile de dénoncer la démarche de Boniface et de rappeler des faits qu’il a oubliés.


Les oublis de Boniface : l’islam et les américains ! | Pour réhabiliter les mollahs, Boniface en fait des héritiers de Mossadegh, communément connu comme un anti-américain. Cependant, cette version café de commerce est historiquement fausse car les deux entités, Mossadegh et les mollahs avaient au départ le soutien de Washington qui comptait sur eux pour mobiliser la foule par leur maîtrise de l’art oratoire pour chasser le Chah, soupçonné de vouloir poursuivre le programme de modernisation laïque de son père, programme totalement déconnecté des attentes régionales des américains.

C’est pourtant une évidence que l’islam politique comme facteur anti-communiste et anti-modernisation a toujours fait partie des attentes américaines au Moyen-Orient et en Asie Centrale. La preuve est le soutien sans faille des américains à l’Arabie Saoudite, au Pakistan (1ere république islamique au monde) et il y a eu plus tard la création des talibans et l’instauration d’une république respectueuse de l’islam en Irak après le renversement d’un laïque. Il y a également le soutien des américains aux frères musulmans syriens.

De plus, l’islam en tant qu’entité supranationale incompatible avec le nationalisme du sol, a toujours servi les intérêts des colonialistes britanniques. Les américains appliquent cette même stratégie britannique conçue dès 1830 et fondée sur un soutien discriminatoire aux chiites pour encourager une confrontation interne qui occuperait les populations locales dans des querelles sans fins et laissant les mains libres aux colonisateurs pour agir en toute liberté. En Iran, ce plan directeur a été stoppé avec l’accession au pouvoir du premier roi Pahlavi qui décida de laïciser la vie politique pour rompre avec ce cercle infernal. Il fut chassé du pouvoir par les anglo-américains et remplacé par son fils, roi d’un pays occupé, mais décidé à poursuivre l’œuvre de son père.


Mossadegh et les américains | En 1951, les américains ont décidé de soutenir le très populiste et populaire Mossadegh afin de rompre avec la tradition des Pahlavi et qu’il applique la constitution iranienne adoptée en 1906 avec l’appui des britanniques. Cette constitution inféode le roi à l’application de la charia à 100% et place le pays sous la tutelle de l’imam caché !

Mais d’un point de vue historique, le très populiste Mossadegh qui n’avait pas de parti pour le soutenir a dévié du schéma théorique (des américains) d’alliance avec le clergé, et pour élargir sa base, il a conclu une coalition avec des communistes inféodés à Moscou. Les américains sont intervenus en encourageant les mollahs à lui retirer leur soutien afin d’empêcher la balkanisation prosoviétique de l’Iran.

Dans ses mémoires, Jalal Matini, un proche collaborateur de Mossadegh, évoque l’opposition du Chah à un coup contre Mossadegh. Nous préparons actuellement un article sur ce sujet délicat sur la base des révélations inédites de docteur Matini. Une fois Mossadegh renversé, les américains ont dû se contenter du Chah en étant certains qu’ils pourraient le renverser le moment venu. Ils ont dès lors commencé à renforcer leur présence physique en Iran pour y tisser des réseaux soi-disant culturels et universitaires afin de recruter les pions qui allaient leur servir pour ramener l’Iran à son modèle optimal de régime constitutionnellement islamique.


Khomeiny et les américains | En 1979, les américains avaient cette fois imaginé un plan plus imparable incluant des pseudo-gauchistes comme les Moudjahiddines du peuple, mais aussi les communistes iraniens, à qui ils avaient promis le pouvoir. Dans ce plan, les mollahs devaient être utilisés comme des mobilisateurs qui devaient transmettre le pouvoir à des islamo-gauchistes et des fédéralistes proches de Washington, issus de leurs réseaux universitaires. Mais une fois au pouvoir, les mollahs ont refusé de céder leur place.

Cependant malgré le fait que les mollahs ont rompu les relations avec Etats-Unis, leur accession au pouvoir a pleinement satisfait les Etats-Unis : les mollahs, agitateurs chiites, ont détruit la stabilité régionale garantie par l’Accord irano-irakien d’Alger et provoqué une guerre avec l’Irak.

Dans cette guerre, la totalité des infrastructures des deux pays (musulmans laïques, l’un sunnite et l’autre chiite) les plus industrialisés de la région a été détruite ou endommagée, les forces de travail ont péri à la guerre et les deux pays ont dû puiser dans leurs réserves ou s’endetter pour s’armer et s’entretuer (selon le schéma britannique). Les mollahs ont même contribué à faire durer la guerre 6 ans supplémentaires pour s’enrichir dans le commerce des armes. Cette guerre artificiellement prolongée a été une bénédiction pour les Etats-Unis et autres fabricants ou trafiquants d’armes et l’Iran en est sorti diminué et son industrie pétrolière, résultat de 25 années d’efforts du Chah (de 1954 à 1979), fut détruite.

Les mollahs ont également commencé à jouer un rôle très particulier au sein de l’OPEP où ils exigent de manière permanente une limitation des taux de production de cette organisation concurrente des grandes compagnies anglo-américaines. Le pétrole rare reste cher à la grande satisfaction des américains et des compagnies pétrolières notamment les 4 premières qui sont British Petroleum, Shell, Exxon et Chevron. Parallèlement, les mollahs vendent leur pétrole ou gaz en buy-back (à un prix négocié très bas) et imposent ainsi une baisse effective et secrète des prix de pétrole aux autres pays producteurs.

Contrairement à ce que prétend Boniface dans son analyse où il n’aborde jamais le problématique du pétrole, les américains n’ont jamais cherché à renverser ces alliés utiles que sont les mollahs. Ils cherchent uniquement à obtenir leur adhésion à leur projet de domination régionale par l’intermédiaire d’alliés démocratiquement et durablement ré-islamisés (comme la Turquie, l’Irak, le futur Pakistan démocratique, le futur Egypte démocratique...).

D’ailleurs le projet d’un grand Moyen-Orient démocratique de Bush se résume à l’organisation d’élections démocratiques dans des pays où les islamistes ont une base électorale comme au Maroc.


De son côté, Boniface fait semblant de vilipender les Etats-Unis pour plaire aux arabo-musulmans afin de se faire entendre, mais il professe secrètement des idées très conformes aux attentes des américains pour l’avenir du Maghreb, du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Soit il le fait sciemment et il mérite le boycott de ces pays, de leurs journalistes et dirigeants ; soit il le fait inconsciemment et dans ce cas, il mérite un bonnet d’âne en plus du boycott.

Re: "Antisémitisme" : qui veut la peau de Pascal Boniface ?

Publié : ven. 6 avr. 2012 20:21
par yacoub