Suite
LES PROCLAMATIONS SAOUDIENNE DE MODÉRATION
Depuis le 11 septembre 2001, le gouvernement saoudien a souvent répété devant une audience américaine qu’il a commencé une réforme en profondeur de l’éducation. En plusieurs occasions, le roi saoudien Abdullah, le représentant de l’Arabie saoudite à Washington et les ministères saoudiens de l’Éducation et des Affaires étrangères ont chacun déclaré leur volonté de réformer le système éducatif du royaume. Certaines réformes était assez spécifiques. L’un a précisé que seuls cinq pour cent du programme ont été conservés. (49) Un autre a attesté que 36 manuels sur 66 ont été révisés. (50) Un troisième que l’Arabie saoudite a retiré 31 points controversés de son programme. (51) Dans le même temps, ces représentants ont insisté sur le fait que la réforme sera appliquée “doucement” (52), ou ne prendra effet qu’après une “période de trois ans de vérifications” (53) ou même sur une période de “dix ans”. (54)
Le prince ambassadeur saoudien Turki el-Faisal, qui prit son poste à Washington à l’automne 2005, a travaillé assidument à convaincre les Américains que la réforme de l’éducation avait déjà eu lieu. En décembre 2005, l’ambassade a fait passer une annonce dans The New Republic, un journal politique américain, proclamant que :
Ayant modernisé tous les programmes scolaires pour mieux préparer nos enfants aux défis de demain… l’Arabie saoudite a fait vœu de combattre le mal par la justice, de confronter les pensées déviantes avec la sagesse et les idées nobles, et de défier l’extrémisme par la modération et la tolérance. (55)
Au cours d’une série de conférences aux États-Unis, l’ambassadeur Turki a fait la déclaration suivante, lors d’un meeting au Town Hall de Los Angeles, le 21 mars 2006 :
“Le Royaume a fait l’inventaire de toutes ses pratiques et matériels d’enseignement, et a supprimé les éléments en contradiction avec les besoins d’un enseignement moderne. Nous n’avons pas seulement éliminé de nos vieux manuels ce qui pouvait être perçu comme de l’intolérance, nous avons aussi mis en œuvre une révision interne complète et un plan de modernisation. Les nouveaux programmes mettent l’accent sur la pensée critique, les mathématiques et les sciences, et ils insistent aussi sur l’enseignement des vraies valeurs islamiques, sur les qualités positives requises pour une bonne citoyenneté et une bonne productivité, ainsi que sur la façon de sauvegarder (sic) la communauté dans la paix, et aussi l’environnement, la santé et les droits de l’Homme. À chaque niveau d’éducation, de l’école primaire au lycée, jusqu’à l’université, le gouvernement est même allé jusqu’à sponsoriser des cours destinés à promouvoir la modération et la tolérance. Dès les classes de maternelle, on enseigne aux enfants l’importance de la tolérance et de la paix.”
L’ambassadeur a aussi transmis à la Commission américaine sur la Liberté Religieuse Internationale un document de 74 pages publié par l’ambassade, daté de mars 2006, et intitulé “Résumé du programme complet de révision des programmes éducatifs nationaux de l’Arabie saoudite”. Désirant démontrer que les manuels saoudiens ont été réformés, ce document fournit une sélection d’exemples des suppressions et des révisions de leçons, tirés de certains des textes examinés ici (une partie des modifications étaient censées attester d’une tolérance accrue à l’égard du “capitalisme”, du “commerce”, des “relations commerciales avec les non-croyants”, des “partis politiques”, du patriotisme national, et de la “législation”, sujets qui ne sont pas traités dans cette étude). En ce qui concerne la tolérance envers d’autres religions, le rapport de mars 2006 donne les exemples suivants :
Dans les textes destinés au primaire, suppression des références à la croisade que des Chrétiens continuent de mener, aux revendications du jihad, et la dénonciation de l’étude de l’Orientalisme. Toutefois, selon la présente étude, des déclarations similaires figurent toujours dans les manuels scolaires à destination des cycles secondaires.
Redéfinition d’Abraham, présenté comme un “monothéiste”. Les opinions publiques occidentales sont susceptibles de comprendre cette révision comme étant le signe d’une plus grande tolérance à l’égard des Juifs, et même des Chrétiens, qui considèrent eux aussi qu’Abraham est leur “père dans la foi”. (58) Pourtant, les Musulmans aussi se réclament du prophète Abraham, et ce changement n’indique pas pour autant que leur position soit nouvelle, voire plus tolérante à l’égard d’autres religions.
De nouvelles exemptions par rapport à l’interdiction des images dans un passage mettant en garde contre “le fait de glorifier des images sculptées telles que des idoles ou des statues représentant la création de Dieu.” Cette révision, toutefois, ne semble pas nécessairement porter sur la tolérance d’autres groupes religieux, tels que les Musulmans chiites pour qui l’art fait partie de leur expression islamique. Le passage révisé répète sa mise en garde contre l’art religieux et dit clairement que ces exceptions sont d’ordre pragmatique et concernent les photographies figurant sur les passeports et les cartes d’identité. (59)
Le langage révisé qui enjoint le croyant à haïr l’incroyant et à le traiter “justement” (dans le texte révisé du CM1 sur le monothéisme). La nouvelle formulation est la suivante : “Haïr les infidèles qui s’opposent aux Musulmans, mais ne pas faire preuve d’injustice à leur encontre” ; et “Et aimer pour l’amour de Dieu et haïr pour l’amour de Dieu.” (60) Au mieux, les révisions des manuels envoient un message brouillé. D’autres manuels utilisés actuellement continuent à appeler au “jihad” (61) contre les infidèles, et à inciter à tuer des Juifs.
LA RÉACTION AMÉRICAINE
Depuis 2004, le Département d’État américain qualifie l’Arabie saoudite de “pays particulièrement inquiétant”, s’appuyant sur la Déclaration Internationale pour la Liberté Religieuse, après avoir découvert que “la liberté religieuse n’existait pas” dans le Royaume, (62) mais il s’est largement désintéressé de l’enseignement et la propagande saoudiens, sur le plan à la fois domestique et international.
Ce n’est qu’à la fin de l’année 2005 qu’un officiel américain a posé publiquement une question concernant le rôle du gouvernement saoudien dans la diffusion d’une idéologie islamiste extrémiste à travers ses publications éducatives. En visite en Arabie saoudite en octobre 2005, la sous-secrétaire d’État Karen Hughes a publiquement fait état des préoccupations américaines à ce propos, et cela pour la première fois, citant une étude, publiée plus tôt cette année-là par le Centre pour la Liberté Religieuse de Freedom House, concernant les manuels scolaires du gouvernement saoudien et les publications incitant à la haine religieuse, disponibles aux États-Unis.
En mars 2006, dans un rapport sur l’Arabie saoudite, le Département d’État américain, avec son Rapport sur les Droits de l’Homme, a fait pour la première fois un bref commentaire de la question : “Des ONG ont fait des rapports sur l’intolérance dans le système éducatif, et, en particulier, sur les manuels scolaires religieux encourageant l’intolérance et la haine des autres traditions religieuses, particulièrement le christianisme et le judaïsme. Des officiels saoudiens ont déclaré avoir corrigé les manuels scolaires pour en retirer les contenus visant à dénigrer les religions autres que l’Islam. Pourtant, de nombreux manuels récemment publiés ont continué à faire preuve d’intolérance, dans leurs textes, à l’égard du judaïsme, du christianisme et de la tradition chiite en particulier.” (63)
En dehors de ce commentaire sommaire du rapport du Département d’État, il y a peu d’indices que le gouvernement américain fournisse un effort soutenu pour donner suite aux déclarations du sous-secrétaire Hugh.
Ayant eu l’occasion de faire directement des remarques sur la réforme éducative saoudienne lors d’une conversation publique au Royaume-Uni le 31 mars 2006, la secrétaire d’État Condoleezza Rice a affirmé que la réforme est en cours, puis elle a minimisé l’ampleur des réformes, avant de changer de sujet sur les programmes d’échange avec l’étranger. (64) Les possibilités d’échanges pour les étudiants saoudiens sont en effet importantes, mais elles ne remplacent pas une réelle réforme éducative réelle qui profiterait aux étudiants en Arabie saoudite et dans les écoles financées par les Saoudiens dans le monde entier.
CONCLUSION
Les descriptions de l’”autre” – musulmans “déviants”, “polythéistes” et “infidèles” – dans ces manuels d’études islamiques de l’année scolaire en cours ne correspondent pas à l’image de “modération et de tolérance” présentée par l’ambassadeur saoudien à Washington et d’autres officiels saoudiens. Ces manuels continuent à être le reflet d’un programme qui inculque la haine religieuse envers ceux qui ne suivent pas l’enseignement wahhabite. Comme l’année scolaire se termine, des milliers de diplômés des écoles publiques saoudiennes sortiront imprégnés de la croyance que ceux qui sont d’une religion différente leur sont moralement inférieurs et même diaboliques.
L’histoire des autres guerres et conflits devrait nous rappeler que l’éducation peut être utilisée pour promouvoir la haine, la division et l’hostilité. Dans sa volonté de jouer un rôle central dans le monde musulman, l’Arabie saoudite devrait mettre en œuvre des politiques d’éducation tenant compte des inquiétudes des États-Unis et des autres gouvernements démocratiques. L’éducation est la base des perspectives d’importants progrès vers la liberté et la démocratie dans la région. Le leader d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden, l’avait bien compris. Le 23 avril 2006, dans sa cassette audio, il s’énervait contre ceux qui “se mêleraient des programmes scolaires.”
Un échec de l’Arabie saoudite à reformer son système éducatif sapera directement les objectifs de la politique étrangère visant à encourager les progrès en matière de modération et de démocratie dans le monde musulman.
De toute évidence, nous manquons d’informations. Le Département d’État devrait fournir des informations plus détaillées dans ses rapports publics concernant l’utilisation et les contenus des manuels d’études islamiques du programme des écoles publiques d’Arabie saoudite.
Le gouvernement américain doit aussi appuyer clairement ceux qui dénoncent l’intolérance. Aux plus hauts niveaux de l’État, il faudrait soulever auprès de l’Arabie saoudite le problème de l’enseignement du fanatisme et de l’intolérance existant dans le matériel éducatif. Il devrait apporter son aide à ceux qui prennent la défense des minorités musulmanes non wahhabites et des non musulmans résidant dans le Royaume.
En tant que signataire de la Déclaration des Droits de l’Homme, et en tant qu’État membre des Nations Unies, l’Arabie saoudite se doit de défendre la tolérance, le respect du pluralisme et la liberté de religion. En tant qu’allié stratégique des États-Unis, elle devrait mettre immédiatement fin à la propagation de la haine et des prétextes religieux prônant l’hostilité et la violence dans ses programmes et manuels d’éducation.
APPENDICE A : EXTRAITS DETAILLES DES MANUELS
Dans le manuel du cours préparatoire sur le monothéisme et sa jurisprudence, on enseigne aux étudiants que les juifs, les chrétiens et autres non musulmans sont promis “au feu de l’enfer”. Alors que beaucoup de religions enseignent qu’elles sont l’unique et vraie foi, les affirmations saoudiennes sont d’une nature différente : elles sont parrainées par le gouvernement, elles contredisent l’Islam qui enseigne que le judaïsme et le christianisme sont “des religions divines”, et elles sont utilisées comme point de départ d’une argumentation qui finalement conduit les manuels de l’enseignement secondaire à présenter une justification de la violence religieuse.
“Toute religion autre que l’Islam est fausse.” (65)
“Remplir les blancs avec les mots appropriés (Islam, enfer) :
Toute religion autre que _____ est fausse. Quiconque meurt en dehors de l’islam va _____.” (66)
“Donnez des exemples de fausses religions, comme le judaïsme, le christianisme, le paganisme, etc.” (67)
“Expliquez que quand quelqu’un meurt en dehors de l’islam, l’enfer est son destin.” (68)
Un manuel de CM1 sur le monothéisme et sa jurisprudence apprend aux élèves que “haïr les polythéistes et les infidèles” est une exigence de la “vraie foi”. D’une façon incongrue, la même phrase leur apprend qu’ils ne doivent pas traiter les infidèles “avec injustice”, mais ne fournit aucun éclaircissement de ce que ceci peut signifier.
“Croire n’est pas seulement un mot qu’une personne prononce avec la langue. Croire se manifeste par un discours, une conviction et une action.” (69)
“La Vraie croyance signifie : … Que vous haïssez les polythéistes et les infidèles mais que vous ne les traitez pas injustement.” (70)
La question de la haine de l’infidèle est développée plus loin dans une discussion sur la loyauté et l’amitié dans le manuel du CM2 sur le monothéisme, les hadiths, la jurisprudence et la récitation coranique. On apprend aux élèves à être loyal et à ne se lier d’amitié qu’aux autres “croyants au monothéisme”. Il enseigne que :
“Il n’est pas permis d’être un ami loyal de ceux qui s’opposent à Dieu et à Son prophète.” (71)
“Celui qui obéit au prophète et accepte l’unicité de Dieu ne peut pas être loyal à ceux qui s’opposent à Dieu et Son Prophète, même s’ils sont ses plus proches parents.” (72)
“Il est interdit à un musulman d’être l’ami loyal de quelqu’un qui ne croit pas en Dieu et en son Prophète, ou de quelqu’un qui combat l’Islam.” (73)
“Un musulman, même s’il vit au loin, est votre frère en religion. Quelqu’un qui s’oppose à Dieu, même s’il est votre frère par les liens familiaux, est votre ennemi en religion.” (74)
Le manuel de sixième sur le monothéisme, les hadiths, la jurisprudence et la récitation coranique ordonne aux élèves de ne pas “pleurer” aux funérailles et de ne pas “prier” dans les cimetières ou dans les mosquées construites sur des tombes, et donc de bannir les traditions de deuil de nombreux chiites et autres musulmans :
Interdictions pour les obsèques :
Il est interdit d’être en colère pour la perte du défunt, de pleurer fort, de déchirer ses vêtements, ou de se frapper les joues ou autres parties du corps.
Il est interdit de s’asseoir et de marcher sur les tombes.
Il est interdit de prier sur les tombes, à l’exception de la prière funéraire.
Il n’est pas bon d’élever la voix au cours des funérailles, même pour mentionner le nom de Dieu ou faire la lecture du Coran.
Il est interdit de construire des mosquées sur les tombes. ” (75)
Le manuel de sixième sur l’Histoire de l’Arabie saoudite contient une leçon sur la Palestine, dans laquelle les élèves apprennent que si les musulmans s’unissent dans le “combat” contre les Juifs et leurs alliés américains et britanniques, ils seront victorieux, comme ils le furent naguère contre les croisés chrétiens. En reliant la question palestinienne avec les croisades, on pourrait facilement déduire du texte que ce “combat” pourrait ou devrait être militaire. Une carte de la région accompagne le texte, mais à la place d’Israël avec ses frontières d’avant 1948, la légende mentionne “Palestine occupée, 1948.”
“Tout comme les musulmans se couvrirent jadis de succès lorsqu’ils s’unirent pour entreprendre de vraiment chasser de Palestine les croisés chrétiens, les arabes et les musulmans sortiront victorieux — si Dieu le veut — des Juifs et de leurs alliés, s’ils s’unissent et combattent le vrai jihad de Dieu, car Dieu en a le pouvoir.”
“Quel est le chef musulman qui a défait les croisés et libéré Jérusalem ?”
“Quel est le nom de la bataille où il triompha ?”
“Citer un autre verset du Coran qui proclame que Dieu aide les croyants.”
“Citer le noble hadith qui explique les caractéristiques des juifs.”
En quatrième, le manuel sur le monothéisme met en garde contre l’imitation des incroyants, et apprend aux élèves à repérer les caractéristiques “condamnables” des juifs. On y apprend aussi que font partie des incroyants, les musulmans qui ne respectent pas la pratique wahhabite consistant à ne pas construire de mosquée sur des lieux de sépulture.
“L’élève remarque certaines caractéristiques condamnables des juifs.”
“L’élève est mis en garde contre l’imitation des juifs et des chrétiens, qui vénèrent excessivement les hommes de bien.”
“L’élève donne des exemples de polythéisme parmi les membres de cette nation (l’Arabie saoudite).”
“Ce sont les gens du Chabbat, dont Dieu transforma les jeunes en singes et les vieux en porcs, pour les punir.” “Comme on le trouve dans Ibn Abbas : les singes sont [les] juifs, les gardiens du Chabbat, tandis que les porcs sont les chrétiens infidèles qui communient en Jésus.”
“Dieu a dit à son prophète Mahomet, à propos des juifs qui apprirent du livre de Dieu (la Torah et les Évangiles) que Dieu seul est digne d’adoration. Malgré cela, ils épousent de fausses croyances d’idolâtrie, de divination et de sorcellerie. En faisant cela, ils obéissent au Malin. Ils préfèrent les gens de fausseté aux gens de vérité, par envie et inimitié. Ils s’attirent ainsi la condamnation, et c’est pour nous une mise en garde de ne pas faire comme ils firent.”
“Les juifs ont perdu leur religion et attaqué la religion de l’Islam, qui consiste à accepter l’unicité de Dieu et ne vénérer que lui seul.”
“Ce sont les juifs, qui sont maudits de Dieu et contre lesquels Sa colère est telle que jamais plus il ne sera satisfait [d'eux].”
“Des gens du peuple du Chabbat furent transformés en singes et en porcs pour punition. Certains d’entre eux adorèrent le Malin, et non pas Dieu, par la consécration, le sacrifice, la prière, l’appel à l’aide, et d’autre types d’adorations. Certains juifs vénèrent le Malin. Pareillement, certains membres de cette nation (l’Arabie saoudite) vénèrent le Malin, et non pas Dieu.”
“Construire des mosquées sur des tombes est une forme de polythéisme.”
“Certains pays musulmans ont vu des tombes d’hommes de bien vénérées par la construction de mosquées. Des tombes ont été adorées. Ainsi, les musulmans imitèrent les chrétiens.”
“Lister certaines caractéristiques condamnables des juifs d’après le verset.”
“Activité : l’élève rédige une composition sur les dangers de l’imitation des infidèles, donnant des exemples d’imitation parmi les élèves. Il en fait ensuite la lecture à ses camarades de classe.”
Un manuel saoudien de troisième sur les hadiths décrit en termes apocalyptiques la violence de la punition de Dieu contre les juifs, les chrétiens et les autres incroyants. Il cite de manière sélective un hadith incendiaire à propos de la violente sanction contre les juifs, et le rend applicable largement, sans le remettre dans le contexte historique, et en ignorant les hadiths respectueux envers les juifs. Cette leçon est ensuite directement reliée à la situation politique des Palestiniens.
“Les affrontements entre cette communauté musulmane (oumma) d’une part, et les juifs et les chrétiens d’autre part, durent depuis longtemps, et continueront selon la volonté de Dieu. Dans ce hadith, Mahomet nous donne une illustration de la bataille entre les musulmans et les juifs.”
“Rapporté par Abu Huraira : le prophète a dit que l’Heure (du Jugement) n’adviendrait pas avant que les musulmans n’aient combattu les juifs et ne les aient tués. [Elle ne viendra pas] tant que les juifs se cachent derrière des rochers et des arbres, tant que les rochers et les arbres ne disent : “O musulman ! O serviteur de Dieu ! Il y a un juif qui se cache derrière moi. Viens et tue-le.” À part le gharqad, qui est un arbre des juifs.”
“C’est la sagesse de Dieu que musulmans et juifs continuent à lutter jusqu’à l’Heure du Jugement.”
“Voici la bonne nouvelle pour les musulmans : à la fin, Dieu leur viendra en aide contre les juifs, et ce sera un des signes qu’il est l’Heure du Jugement.”
“Les musulmans vont triompher car ils sont droits. Celui qui est droit triomphe toujours, même lorsque la majorité est contre lui.”
“Dieu aidera les musulmans si leur intentions sont sincères, s’ils sont unis, s’ils adhèrent à la loi de leur Seigneur, s’ils obéissent à Ses jugements, et s’ils sont patients et endurants.”
“Les juifs et les chrétiens sont les ennemis des croyants, et ils ne peuvent reconnaître les musulmans.”
“Ce hadith a montré une des caractéristiques des juifs. C’est : [remplir les balncs].”
“Aider ses camarades de classe à trouver des exemples de la façon dont nos frères musulmans souffrent en Palestine, et à proposer des moyens de réduire ces souffrances.”
Un manuel de seconde sur le monothéisme contient un long exposé où sont accusées de “polythéisme” d’autres traditions musulmanes qui interprètent différemment le Coran, en faisant référence aux sunnites, chiites et soufis, qui ensemble composent la majorité des musulmans qui résident en Arabie saoudite, et dans le monde en général. Les disciples de la doctrine Ashrite (musulmans sunnites qu’on trouve partout dans le monde) et ceux de la doctrine Maturidi (musulmans sunnites installés principalement au Pakistan et en Inde), c’est-à-dire des millions de sunnites au travers du monde, sont décrits comme “polythéistes” ou idolâtres :
Il affirme que les fondateurs et les disciples de ces doctrines sunnites sont “de mauvais prédécesseurs à de mauvais successeurs.”
Ils y sont aussi condamnés soit parce qu’ils ne font pas une lecture littérale des textes concernant les noms et caractères de Dieu, “comme interpréter le visage [de Dieu] comme Son essence, et Sa main comme les bénédictions qu’Il dispense”, soit parce qu’ils sont accusés de “croire que [les écritures] ne veulent pas dire ce que leur sens littéral suggère.”
Un autre manuel scolaire de seconde, sur le Hadith et la culture islamique, contient une leçon sur le “mouvement sioniste”. C’est un mélange curieux de théories conspirationnistes échevelées autour des loges maçonniques, des Rotary ou Lions clubs, accompagné d’insultes antisémites. Il affirme que “Les Protocoles des Sages de Sion” est un document authentique et enseigne aux élèves qu’il révèle ce que les juifs croient vraiment. Il tient les juifs pour responsables de beaucoup de guerres et discordes dans le monde. Bien que facilement identifiables comme cinglées, ces théories conspirationnistes gagnent du terrain. Le Hamas a adopté dans sa charte des théories complotistes qui sont calquées presque point par point sur celles de ce manuel saoudien. Cette année, le Mémorial des États-Unis pour l’Holocauste a inauguré une exposition sur les Protocoles, l’identifiant comme “dangereux” et signalant qu’ “en dépit d’innombrables démonstrations que les Protocoles est un faux, le mythe de la conspiration juive mondiale a conservé une force incroyable pour les Nazis et d’autres qui cherchent à répandre la haine des juifs.” Ce manuel saoudien de seconde affirme :
“La Franc-maçonnerie est secrètement juive. Elle met en avant des slogans généraux et humanistes de sorte que des non-juifs puissent rallier sa cause. C’est un mouvement séculier, athée et secret qui sert indirectement les juifs. Elle est le pouvoir secret qui crée des circonstances et conditions favorables pour les juifs. En tant que tel, elle aide le Sionisme à atteindre ses objectifs.
“Buts du mouvement sioniste
Instiller un état d’esprit belliqueux parmi les juifs, ainsi qu’un fanatisme religieux et nationaliste pour défier les autres religions, nations et peuples.
Etablir un contrôle du monde par les juifs. Le point de départ pour arriver à cette fin est l’instauration de leur gouvernement dans la terre promise, qui s’étend du Nil à l’Euphrate.
Inciter à la rancœur et à la rivalité entre les grandes puissances afin qu’elles se combattent, et allumer le feu de la guerre entre les États, pour les affaiblir et favoriser leur propre avènement.
Les Protocoles des Sages de Sion “a été découvert au XIXe siècle. Les juifs ont tenté de le réfuter mais il y a de nombreuses preuves de leur véracité et de leur origine parmi les sages de Sion.”
“Le protocole est résumé par les points suivants :
Saper les fondations de la communauté internationale existante et ses systèmes pour permettre au sionisme de s’arroger le contrôle sur le monde.
Eliminer en particulier les nationalités, les religions et les nations chrétiennes.
Œuvrer à accroître la corruption des gouvernements existant en Europe. Le sionisme croit en la corruption et l’effondrement de ces gouvernements.
Prendre le contrôle de la presse et des moyens de publication et de propagande ; utiliser l’or pour attiser les troubles ; exploiter les désirs des peuples et propager la dépravation.”
“La preuve irréfutable de la véracité des Protocoles et des plans juifs infernaux qu’il contient est que les plans, complots et conspirations qu’il détaille ont été mis à exécution. Quiconque lit les Protocoles — et il est apparu au XIXe siècle — réalisera à quel point ce qu’il décrit a déjà été mis en pratique.”
“Exemples de moyens par lesquels les sionistes atteignent leurs objectifs :
La sédition, les ruses et la conspiration tout au long de l’histoire. Par exemple :
La Révolution française : les juifs ont exploité la Révolution française pour combattre les religions, détruire les valeurs et répandre des slogans insensés. Ils ont participé aux préparatifs de la Révolution et à l’établissement de ses codes moraux.
La Première Guerre mondiale : les juifs ont joué un rôle en la déclenchant.
La chute du califat ottoman islamique : le rôle des juifs Dönme dans sa chute n’est pas un secret.
La Révolution russe bolchévique contre le règne du Tsar. Il est connu que les racines de la pensée marxiste sont juives. Karl Marx était un juif d’Allemagne.
“On ne peut quasiment pas trouver d’exemple de sédition dans laquelle les juifs n’aient pas joué un rôle.”
“La tentative de submerger les peuples par le vice et la prostitution généralisée. Les juifs ont pris le contrôle de cette économie et essayent de la développer. Ils gèrent des bars en Europe et en Amérique, ainsi qu’en Israël.”
“La prise de contrôle de la littérature et des arts ; la diffusion de littérature dégénérée, pornographique ; et l’encouragement de tendances perverties dans la littérature et les arts.”
“La prise de contrôle de l’industrie du cinéma dans le monde occidental et ailleurs dans le monde.”
“Fraude, corruption, vol, et escroqueries.”
“Les mouvements visant la destruction que le sionisme a utilisés pour atteindre ses buts.
Franc-maçonnerie. Il s’agit d’une organisation secrète juive qui travaille sournoisement à l’avancement des intérêts juifs au sens large. La Maçonnerie est un mot trompeur qui oriente les auditeurs à penser qu’il s’agit d’une noble profession de foi, puisqu’elle signifie “libre construction” et que son slogan est “liberté, fraternité et égalité.”
B’nai Brith, ou fils de l’Alliance. Ce groupe a été créé en Amérique en 1834.
Lions Club International. “Lions” veut dire lions. Ce sont des clubs maçonniques basés en Amérique, et ils ont des agents secrets partout sur la planète.
Rotary Club. Il a été fondé à Chicago en 1905 et s’est depuis répandu partout dans le monde.”
Le texte de niveau seconde sur la jurisprudence enseigne que, selon la loi, la vie d’une personne non musulmane (ainsi que des femmes et, par implication, des esclaves) ne vaut qu’une fraction de celle d’un “male musulman libre”. (117) Le prix du sang (la diyya) est l’argent payé à la victime ou à ses héritiers en cas de meurtre ou de blessure.
“La diyya pour un infidèle libre. [Sa quantité] est la moitié de la diyya pour un musulman mâle, qu’il appartienne ou non aux “gens du livre” (comme les païens, zoroastriens etc.)” (118)
“La diyya pour une femme : la moitié de la diyya pour un homme, selon sa religion. La diyya pour une femme musulmane est la moitié de la diyya pour un musulman mâle et la diyya pour une femme des infidèles est la moitié de la diyya pour un infidèle mâle.” (119)
Le manuel de première sur les hadiths et la culture islamique pour les garçons des filières Gestion, Études sociales, Histoire naturelle et Études techniques enseigne aux musulmans de ne pas saluer les infidèles et de ne pas faire preuve de courtoisie envers eux.
“La salutation ‘Que la paix soit avec vous’ est réservée aux fidèles. Elle ne peut être adressée aux autres.” (120)
“Si on arrive dans un lieu où il y a à là fois des musulmans et des infidèles, on devrait employer une salutation destinée aux musulmans.” (121)
“Ne leur [les chrétiens et les juifs] cédez pas le passage dans une route étroite par honneur et par respect.” (122)
Le manuel de première pour garçons sur les Hadiths dans les filières de Gestion, Sociologie, Histoire Naturelle et Études Techniques comprend également une leçon d’histoire sélective sur “La menace du Croisé” qui est identifiée comme “l’origine du conflit entre musulmans et chrétiens.” Il n’y est fait mention ni de la conquête musulmane du Moyen-Orient ni des invasions de l’Europe par les musulmans avant les Croisades ni d’aucun exemple de cohabitation paisible entre les musulmans et l’Occident ni d’aucun exemple d’aide militaire et de coopération des États-Unis envers l’Arabie saoudite ou aucun autre pays musulman. Il y est enseigné que la menace du Croisé a commencé avec la première Croisade en 1095 et se poursuit dans l’ère moderne avec le prosélytisme chrétien, les études orientalistes et le colonialisme. Cet enseignement inclut “le débat sur la condition de la femme” dans la croisade moderne. Différentes missions médicales ainsi que des écoles, universités, programmes radio et services sociaux chrétiens à l’œuvre au Moyen-Orient sont cités comme faisant partie de la croisade moderne. Le plus alarmant est que cet enseignement maintient que les croisades n’ont pas pris fin. En ceci, il fait écho aux déclarations d’Oussama ben Laden qui avait désigné ses ennemis comme “Croisés-Sionistes”.
“La nouvelle approche des croisades a pris plusieurs formes, dont :
Prosélytisme (Évangélisation) : conduit par l’Église et soutenu par les gouvernements chrétiens.
L’Orientalisme : conduit par des érudits et des intellectuels au service de l’Église et des gouvernements chrétiens.
La colonisation militaire.” (123)
“Domaines d’activité missionnaire
Services de santé
L’activité consiste à établir des hôpitaux et des cliniques chrétiennes et d’y envoyer des médecins itinérants. Comme dit l’un des évangélistes, “là où il y a des gens, il y a de la douleur. Et là où il y a de la douleur, il y a besoin de médecins. Et partout où il y a besoin de médecins, il y a une opportunité d’activité missionnaire (évangélisation).”
L’un des premiers exemples fut la Mission Médicale Américaine de Sivas en Turquie en 1859.
Après 1875, des centres médicaux croisés furent établis à Gaza, Naplouse et d’autres villes de Syrie et de Palestine.
Fondation d’églises, monastères et couvents
Cela a eu lieu dans tous les pays musulmans où se trouvent des chrétiens, même si ces derniers se comptent sur les doigts de la main. Des églises ont même été fondées dans des pays dans lesquels il n’y a pas de chrétiens parmi la population.
Fondation d’écoles
Ils fondèrent plusieurs écoles dans le monde islamique avec différents niveaux d’instruction. Ceci inclut : l’Université Américaine de Beyrouth et du Caire, l’Université Jésuite, le Collège Robert à Istanbul, le Collège Gordon [Memorial] à Khartoum, et d’autres trop nombreux pour être mentionnés.
Services sociaux
Il y a des maisons d’accueil pour orphelins, pour les vieux, les veuves, les femmes divorcées, etc.
Création de stations de radio diffusant dans les pays musulmans, dans leur langue
La radio “La Voix du Pardon”, Radio Chypre à Nicosie, Radio Monte Carlo, la radio “La Voix des Bonnes Nouvelles” à Addis-Abeba, et Radio Vatican.
Presse écrite et livres appelant à la conversion au christianisme”
Un manuel de terminale sur le Hadith et la culture islamique, destiné à des garçons inscrits au cursus de Gestion, Études Sociales, Sciences Naturelle et Technique, contient un chapitre “le Jihad et le chemin de Dieu”. Celui-ci explique les diverses significations du Jihad et examine leur application. Bien que le texte explique que l’un des sens du Jihad se trouve dans l’auto-amélioration et le “combat spirituel”, il reconnaît également que le mot contient aussi un sens plus militant. Cette discussion ne mentionne pas l’interdiction de l’usage de la contrainte dans l’Islam, et ne clarifie pas le fait de savoir si les infidèles peuvent être militairement forcés à accepter “l’appel”. En fait, en plusieurs endroits, le texte justifie l’aspect militant en tant que vecteur de propagation de la foi. Le mot qital, traduit ici par “bataille”, est dérivé de qatala, “tuer” et n’est quasiment jamais utilisé métaphoriquement.
“Le Jihad est le chemin de Dieu — qui consiste à combattre les incroyants, l’injustice et ceux qui la perpètrent — c’est le summum de l’Islam. Cette religion s’est levée par le Jihad et grâce au Jihad son étendard a flotté haut. C’est l’un des actes les plus nobles, qui rapproche de Dieu, et d’une des preuves les plus magnifiques de l’obéissance à Dieu” (125)
“Les clercs musulmans reconnaissent que le Jihad, utilisé pour répandre la foi, est une obligation. Si un nombre suffisamment important de personnes s’y attèlent, ceux qui restent n’ont pas commis de péché” (126)
“Dieu a interdit aux musulmans de faire le Jihad en masse, et leur recommande de mobiliser un groupe dans chaque communauté pour se soumettre à l’obligation du Jihad, ce qui libère le reste du groupe [de cette obligation].” (127)
“Quand le Jihad de combat est-il le chemin de Dieu ? La bataille ne peut poursuivre que deux buts : obéir à un ordre de Dieu, se sacrifier sur Son chemin, répandre la foi du Dieu Unique, défendre le royaume de l’Islam et des musulmans, et élever le verbe de Dieu. Cela est le Jihad dans la voie de Dieu.” (128)
“Le Jihad se poursuit jusqu’au jour de la Résurrection.” (129)
“Dans sa sagesse, Dieu fait perdurer le combat entre la Vérité et le Mensonge jusqu’au jour de la Résurrection. Aussi longtemps que ce conflit continue, le Jihad continue.” (130)
ANNEXE B
L’ACADEMIE ISLAMIQUE SAOUDIENNE
L’Académie Islamique saoudienne est la branche américaine d’un réseau mondial de 20 écoles supervisées et financées par l’État saoudien. Le président du conseil d’administration de l’académie est l’ambassadeur saoudien à Washington, actuellement le prince Turki Al-Faisal. Les frais de scolarité sont payés par le gouvernement saoudien. (131) Les études islamiques y sont enseignées à partir des mêmes manuels wahhabites qui ont été analysés dans cette étude (certains de ces manuels référencés dans cette étude ont été fournis par des familles liées avec l’Académie).
Établie en 1984, son campus principal (Classe 2 – 12) est situé à Alexandrie, Virginie, dans la périphérie de Washington, D.C. (132) Sa mission consiste à “être l’établissement d’enseignement de premier plan” pour la communauté musulmane. (133) L’école comprend plus d’un millier d’étudiants chaque année. Comme d’autres académies saoudiennes à l’étranger, l’inscription est ouverte aux enfants de diplomates saoudiens et à d’autres étudiants qui n’ont pas de lien avec le royaume.
Toutes les académies saoudiennes à l’étranger, avec l’exception de celles basées aux États-Unis et en Grande-Bretagne, utilisent le même programme fixé par le ministère saoudien de l’Éducation qui est également utilisé par les écoles publiques en Arabie saoudite même. Aux États-Unis, l’Académie saoudienne a un programme d’enseignement double, rassemblant le programme du ministère saoudien de l’Éducation pour les études islamiques et l’arabe avec le programme d’enseignement du district local pour les mathématiques, l’informatique, les sciences et l’anglais. (134)
En 2002, le Washington Post fournît un rare aperçu de ce qui est enseigné à l’Académie : “Alors [les étudiants] remplissent les classes du cours d’études islamiques, où les manuels leur disent que le Jour du Jugement ne peut pas venir avant que Jésus Christ ne revienne sur Terre, casse la croix et convertisse chacun à l’Islam, et avant que les musulmans ne commencent à attaquer les juifs.” (135) Un citoyen américain qui y était major de sa promotion fut reconnu coupable le 29 mars 2006 pour avoir comploté l’assassinat du Président George W. Bush et être un membre d’Al-Qaïda, et fut condamné à 30 années d’emprisonnement. (136)
L’Académie est accréditée par l’Association Méridionale des Collèges et Écoles et la Commission pour l’Accréditation Internationale et Trans-Régionale.
Dix-neuf autres écoles saoudiennes, chacune présidée par l’ambassadeur local d’Arabie saoudite, sont installées de par le monde, à Alger, Ankara, Beijing, Berlin, Bonn, Djibouti, Islamabad, Istanbul, Jakarta, Karachi, Kuala Lumpur, Londres, Madrid, Moscou, Paris, Rabat, Rome, Tunis et Vienne. (137)
Source : Freedom House, 2006
https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog ... e-saoudite
http://www.les-crises.fr/programmes-sco ... -saoudite/